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Mon chat sur mes genoux depuis son Monde

Posté par othoharmonie le 1 août 2014

 

chatLaisse toi envelopper dans cette douce vapeur et laisse venir à toi tout ceci.

Il existe bien un monde où je suis, comme un monde où tu es et les deux font la paire. Ils sont le pendant, comme ils sont le contenant et indissociables ; ils fonctionnent simultanément pareillement à ce que tu expliques comme étant le système des poupées russes. Ces mondes s’interpénètrent et changent de formes et de directions au gré de leurs fonctions et de leurs implications au sein de cet univers de conjonctions planétaires, mais aussi dans l’espace lui-même qui peut être nommé « sidéral ».

Et je suis comme cette vapeur qui t’enveloppe, à la fois là et ailleurs et je suis, pour autant.

J’ai eu la chance, comme le devoir, de t’accompagner pendant des années durant dans ton plan d’expression humaine et c’est en tant que compagnon de route que je me suis investi d’un manteau de poils gris, appelé vulgairement bleu. Mais rien de bleu là-dedans, si ce n’est l’appellation bien hautaine d’un gris très souris… Mais là n’est pas le but de mon discours.

J’ai demandé à ce que ce contact se fasse pour que quelques explications te soient données et que tu puisses aussi les transmettre aux autres, à tes proches comme à ceux que tu ne connais pas encore ou même jamais. Ce que vous nommez la vérité est tellement limitée dans l’histoire sans fin qu’il est difficile de faire changer les opinions, de moduler les acquis ou encore plus puissamment bouleverser des idées reçues qui ont fait leur trou et qui ne peuvent être déracinées, au risque de faire perdre la tête à ceux qui voudraient comprendre une autre réalité. Ces implications, dans le système qui est vôtre, sont telles que chaque « évolution » peut être comprise comme une remise en question, comme un événement si bouleversant qu’il ne peut trouver aucune place dans la mémoire, déjà saturée d’informations diverses et contradictoires. Alors, pourquoi aurais-tu droit à une information différente, toi, si ce n’est par le simple fait que c’est moi qui te l’offre.

Tu as longtemps caressé ma toison de poils, farouche ou craintive, et j’ai reçu chaque caresse comme venant de la main du divin. Toi, la divine. Et je ne peux que te remercier de m’avoir tant aimé, même s’il t’a semblé m’abandonner lors de tes sorties, pour tes occupations de quelques heures, comme de quelques mois. Quelle importance, quand la notion de temps ne peut faire oublier aucun geste, aucune parole, aucun échange d’amour, de regard de cuivre à regard marron ou autre. Et je te reconnais en tant que qui Tu es et je te glorifie pour l’être que tu es, tout simplement. Parce que je t’avais choisie depuis longtemps, moi le timide chat se cachant derrière les canapés, qui n’acceptait de câlin que de sa princesse, qui n’aimait pas être dérangé pour rien dans une quiétude si normale de chat de coussin. Et si cette timidité a pu être prise pour excessive c’est uniquement que mes occupations de chat méditatif ont porté leurs fruits. En tant que concepteur de transcommunications, j’ai fait et établi un réseau autour de toi et j’ai partagé nombre de tes engagements avec ceux que vous nommez des plans supérieurs, pour ne pas savoir où les mettre. J’ai établi une résonance de paraboles pour que les ouvrages se fassent et que les lignes de communication soient en permanence en bon fonctionnement. C’est alors que, dépérissant de mon plan de vie, tu as trouvé de plus en plus difficile la possibilité de te connecter avec ces ailleurs et que tu as même mis en stand-by, tes fonctions d’écrivaine. Ne recherchant juste que le plus aisé pour toi, la communication avec les plans d’expressions connus ou pas de toi, mais moins « loin » de tes rivages accueillants.

Ce n’est pas mon départ qui doit freiner ta propre élévation, variable dans les édifices de ce grand monde, et il est nécessaire de reprendre toute activité qui doit t’amener à rejoindre les très lointaines sphères d’accueil du Monde dans les mondes. Mais il n’est pas encore l’heure d’y revenir de nouveau.

Pour l’instant, permets que je te parle de moi et de mon royaume.

On a appris à certains que la manière la plus adéquate de considérer le règne animal était de le mettre à part, puisque faisant partie d’une autre forme d’expression, dite non humaine. Et il a été question de groupe d’âmes semblables qui se regrouperaient sous la forme d’une âme centrale, le plus souvent régie par un humain ou du moins un préposé à notre règne. Et la même chose a été établie avec les êtres de verdure et ceux des mondes de pierre. Mais, aujourd’hui, quelques barrières commencent à se fracasser, parce qu’elles ne correspondent plus à rien de ce que vous commencez à comprendre, de plus haut, de plus fort, de plus simple. Avec l’arrivée des dimensionnements dans votre compréhension de cette grande Vie, vous avez perçu que tout pouvait être mélangé, comme amalgamé, et non dispatché un peu partout, et surtout coupé des liens qui les unissaient. Vous avez entrevu l’hypothèse que « l’évolution », que vous placez dorénavant entre guillemets, pouvait se faire de manière bien différente et que rien n’était plus petit ou moins important et que tout pouvait prendre place sur le même rayonnage de la construction de la vie, comme de son expérimentation. Ainsi, je te confirme bien que je ne suis pas qu’un chat qui a donné plus de seize ans dans vos comptages de vie pour toi et tes proches, mais que je suis bel et bien un être qui circule, et n’a même jamais cessé de le faire consciemment dans toutes ces ficelles qui se ramifient pour fabriquer ce bel écheveau de vies en simultané, comme vous dites. Elles sont simplement des autres consciences confondues en perpétuelles connexions, interactions, reliances, peu importe le terme qui puisse vous faire admettre puis comprendre l’alliance si étroite qui existe entre tout ce Tout. C’est comme si vous faisiez la comparaison avec votre corps et ce dont il est composé, ainsi vous le mettez encore si souvent « en dehors » de cet équilibre parfait qui nous fait être unis totalement, indistinctement comme parallèlement, ensemble : « êtres » ou ce que vous nommez « choses », et tout ce qui semble entourer ces êtres et ces choses. Alors que même ce qui entoure toute vie est déjà vie.

Et ma démarche pour toi, outre ce merci du fond du cœur, fut pour te rappeler qu’il n’y a jamais séparation avec les mondes d’en haut, d’en bas, autour et dedans. L’interpénétration des éléments de la vie est telle qu’il n’y a que vous qui percevez tout ceci comme parcellé, morcelé et vous vous individualisez à outrance. C’est ainsi que je peux dormir sur ton lit en toute quiétude ou que je peux me reposer sur tes genoux ou encore que je suis parfaitement capable de te parler ouvertement ou encore de te proposer des solutions pour ton ouvrage ou ta vie de tous les jours, sans pour autant que tu me demandes des recettes de cuisine. Ce n’est pas plus ma spécialité que la tienne. Mais par contre, je pense que nous pourrons travailler de concert lorsque tu reprendras la longue écriture de ce nouveau livre qui mettra en scène l’univers. Je suis tout à fait capable de te donner ce coup demain salutaire et d’entreprendre avec toi ce bel édifice, de la même manière que lorsque je me posais sur tes genoux pour écrire en ta compagnie les autres volumes publiés.

Je n’ai que l’apparence qui a été modifiée et mon endormissent dans tes bras a été pour moi la sécurité d’un passage en douceur vers cet ailleurs que je devais rejoindre sans en trouver la force. Mon corps de chat endolori ne pouvait plus manifester ni joie ni souffrance, ni instinct autre que celui de la survie. Et ainsi j’ai offert à cet organisme ce qu’il lui fallait pour que cela soit toi qui m’aides encore, mais cette fois-ci à passer dans mon monde. Pas l’autre monde, mais le mien, qui est semblable au tien. Et j’ai pu aussi avoir l’aide de celui qui avait pris la place de père dans ta vie d’humaine. Et nous avons beaucoup ri de cette joyeuse rencontre en tant que personnages revêtus de notre véritable harmonie, la Vie.

Il ne te serait donc d’aucune utilité de te raconter qui je suis puisque je suis tout à la fois comme toi et les autres multiplicités dupliquées dans les mondes de la Vie. Voilà pourquoi tout le monde retrouve tout le monde, lors des passages…

Et j’ai fait, aussi grâce à toi, l’expérience d’un autre passage que peu de personnes humaines pratiquent et encore moins d’être comme je l’étais, faisant partie de la vie animale, ou du moins reconnue comme telle par vous. J’ai eu la merveilleuse chance de comprendre que l’on pouvait choisir de rester encore un peu, en compagnie de ceux que l’on aime, en changeant juste l’expression de vie et en la remplaçant par une autre désirant tenter l’expérience de celle-ci. J’ai fait un « walk-in » comme vous dites dans votre jargon francisé. Tu m’as donné cette permission et je t’en gratifie encore. Quelle merveille de regarder ces deux lumières qui se croisent, se reconnaissant parfaitement et qui se passent « les consignes » pour que l’échange de vie ne se « voie » pas trop pour l’entourage familial proche. Quelle belle expérience ! J’ai fait la « rencontre » d’un prolongement de ma fraternité et je l’ai remercié de prendre ainsi le relais et de te permettre aussi de conserver avec toi un compagnon de route, de vie. Il avait des informations que je ne connaissais pas et moi, je devenais plus apte à te renseigner sur tes occupations de travail, comme de situations courantes. Et l’expression de nos âmes, puisque vous les nommez ainsi, a donné ce cocktail détonant, permettant à ce corps déjà affaibli par les malaises et dysfonctionnements, de retrouver une nouvelle jeunesse, surtout dans le sens de la découverte d’un monde vu par les yeux d’un chat.

Réalises-tu combien, suivant la hauteur de ta situation et des fonctions vitales, la vie peut paraître complètement différente d’un état à un autre. Mes préoccupations n’étant pas les vôtres, mes instincts étant différents, mes besoins aussi et mes pensées, n’en parlons pas. Si, peut-être… À quoi peut bien penser un chat ? Qu’il soit de « gouttière » ou de « coussin ». En fait, il ne « pense » pas, il vit tout simplement. Il hume la vie, il la connaît par cœur, dans ses moindres fractions, dans ses plus grands secrets, il la sait. Il ne dort pas toujours, il écoute, il ressent, il transmet, il sait. Il ne ronronne pas non plus, il vibre de sa note primaire et la donne à son hôte. Il propage ses ondes de vibrations pour que le corps, qu’il soit humain ou pas, soit au fait de tout ce qui l’entoure. Il le renseigne, il le connecte, il le réaligne, il le projette même au delà de son monde lors de ses sommeils ou lors de ses états d’éveil non éveillé. Il est ce relais entre tout ce qui bouge, respire, vit et son maître. Mais qui est donc le maître, si tant est qu’il en existe vraiment Un ???

Ne sois donc pas surprise de me retrouver encore, lorsque les discussions reprendront, lorsque les réunions auront lieu, lorsque l’écriture sera de nouveau ton lot quotidien. Et transmets ceci à tous ceux qui ont besoin de comprendre la différence des mondes qui n’en est pas une. À ceux qui croient que leurs petits êtres chers ont rejoint les « défunts » qui ne sont jamais morts. À ceux qui ne savent pas que toute la Vie est une et que nul escalier, échelon, compartimentation ne peuvent la fractionner, la délimiter pour classifier les bons des moins bons, les mauvais des méchants, le plus évolués des plus faibles, les plus hauts et forts des plus simples et insignifiants…

Ainsi l’araignée du plafond est à la bonne place pour aider à communiquer entre vous. Le lézard qui réchauffe son corps sait bien quand il va pleuvoir ou fraîchir et tranquillise les humains apeurés. L’hirondelle n’annonce pas seulement le retour du printemps, car parfois, elle en loupe même la date. Elle gazouille ses sons aigus pour amener la joie dans le cœur des hommes. La cigale le réchauffe en essayant de jouer des ailes pour se rafraîchir. Le serpent apprend à l’homme à se cacher, à se terrer pour mieux se protéger, souvent de lui-même et de ses craintes. La fourmi qui paraît si avare et travailleuse aide l’humain à construire l’édifice de sa vie sans avoir peur du manque. Le papillon réapprend à l’homme la liberté, la buse ou l’épervier : la force, la ténacité ; l’aigle : la puissance et la grandeur d’âme ; le hérisson : la protection et la douceur mêlées font de bonnes amies. La grenouille chante l’humidité et honore l’élément eau. Le chien distille l’amour comme le fait un chat, mais différemment, sans condition car il acceptera même la maltraitance de son maître, non pas comme une fatalité, mais comme quelque chose qui lui paraît normal. Il absorbe la « négativité » de son entourage. Le cheval aime l’espace, la rapidité, il est la finesse, la réception du courage et de l’immensité de la vie. L’éléphant est la terre, la volonté, la ténacité. La girafe, la vision de loin, la vigie de la vie…

Chaque être que vous avez déjà reconnu comme étant porteur d’une certaine symbolique a son rôle à jouer à vos côtés et tous, dans leurs différences, vous permettent d’apprendre leurs particularités, leurs pouvoirs, leurs forces. Ils en détiennent plusieurs, bien évidemment, mais sont plus axés sur certaines capacités qu’ils vont mettre à votre service. Ainsi, ceux qui aiment la compagnie des cigales ne seront jamais ceux qui préfèrent les canaris. Rien n’est le fruit du hasard, vous le savez bien, rien n’est placé là comme ça, vous le comprenez parfaitement, tout a son « utilité », sa juste place. Ainsi, lorsque tu avais cinq perroquets différents chez toi et qu’ils me cassaient souvent ma sieste, ils étaient là pour t’apprendre à t’ouvrir et à parler devant le monde, devant un public ou simplement à t’exprimer au mieux de ton vocable quand le moment était venu de le faire… Et tu croyais que c’était toi qui leur apprenais à parler…

Il n’y a pas de faute à ne pas savoir, il n’y a pas de honte de n’avoir pas su. Il est si important de vivre, seulement.

Et comme un bel auteur de récit joyeux, je voudrais remercier tous ceux qui ont caressé mes poils, ceux qui le faisaient pour attirer mon attention, pour me câliner vraiment ou pour tenter d’apprivoiser le sauvage. Je remercie ceux qui m’ont aidé à me nourrir car je n’étais pas très enclin à la chasse de mes congénères les souris, mais plus joueur avec mes amis les oiseaux. Il en existe certains qui sont passés dans ma vie et d’autres qui m’ont permis de la réaliser et à tous ceux-là j’adresse ma plus belle révérence. Parce qu’ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient ni pour quoi ils le faisaient : pour eux, pour moi, pour la Vie…

Et que la Vie continue puisqu’elle n’a jamais cessé d’être, comme vous tous, comme toi, cette Mère qui m’as tant donné, toi cette enfant qui ne savait comment m’aimer, toi ce père adoptif qui m’a accepté, toi cet autre père qui m’a promené… Et tous les autres qui comprenaient, ou avaient reconnu, que j’étais un chat « à part » et qui ont su sentir ce que je portais en moi : la flamme de la Vie. Merci !

Pas d’épitaphe, pas de fleurs, pas de larmes, juste une photo, mais c’est tant me limiter déjà…

Fifi, alias Fievel de Falkland, le chat persan bleu aux yeux de cuivre, vous salue dans notre éternité…

Page d’origine : http://www.lesperlesdelunivers.fr/pages/Mon_Chat_dans_son_eternite-1522820.html

 

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Le Loup-Garou !

Posté par othoharmonie le 8 mai 2012

Une Histoire de Loup-garou 

Louvigny de Montigny (1876-1955)

– J’sus pas histoireux, non, vous savez que j’sus pas histoireux, répétait le chasseur Jos. Noël, chaque fois qu’il était sollicité de raconter quelques-unes de ses aventures qu’il rapportait volontiers après s’être fait prier un brin, et qu’il exagérait invariablement à chaque répétition.

De sorte que ses histoires étaient devenues fameuses et que les étrangers se faisaient un régal de les entendre de sa bouche. Et le remarquable, c’est que gascon comme à peu près tous les voyageurs canadiens, il finissait par se convaincre de la vraisemblance de ces souvenirs dont l’évocation lui mettait dans la voix un frisson qui ne manquait pas d’émouvoir aussi ses auditeurs.

Le Loup-Garou ! dans LOUP 220px-Loup-garou-LebrunJos. Noël, c’est le braconnier terrible, chassant également au poil, à la plume, et aussi adroit à dépister le gibier que les garde-chasses. Les paysans, plus attachés à la terre, l’appellent avec mépris et tout bas « un métis, comme qui dirait un commencement de sauvage. » Ce qualificatif l’humilie cependant, car Jos. Noël s’estime « pire qu’un sauvage. »

Aussi est-il ravissant de le voir rentrer d’une expédition où il a pu « faire cheniquer » les Algonquins qui braconnent comme lui dans la région du lac Thérien.

Notre homme vit en effet pauvrement, si l’on veut, mais librement, à la façon des oiseaux. Il a son nid – sa masure – sur le rivage du lac qui étend soyeusement sa nappe sur les cantons de Preston et de Gagnon, cet immense élargissement de la rivière Petite-Nation que les colons continuent de nommer Lac-Long, bien qu’il ait reçu, il y a quelques années, le nom du premier pionnier de ce territoire, le vénérable abbé Amédée Thérien.

Puisque nous y sommes, notons donc en passant l’idée qu’ont eue des gens de raison d’émailler le martyrologue géographique qu’est notre province de Québec, par des dénominations signifiant enfin quelque chose. Et souhaitons voir bientôt les noms de nos législateurs, de nos poètes et de nos philanthropes s’appliquer à ces nappes d’eau majestueuses, à ces caps altiers, à ces monuments impérissables qui s’affichent aujourd’hui lacs Tortu, Rond, Long, Bossu, et montagnes Plate, en Équerre ou Carrée.

Encore que ces appellations baroques n’ont pas toujours la justesse de celles que Jos. Noël donne aux différents points de sa réserve. Quand il appelle une montagne Chevreuil, c’est qui s’y trouve quelques familles ruminant, paisibles, dans la chênaie ou dans l’érablière, mais condamnées par lui à mort, sans espoir de commutation. Quand il nomme un lac Castor, c’est qu’il s’y multiplie quelques castes de ces rongeurs dont la peau est vendue d’avance.

Mais là où Jos. Noël est superbe, c’est à l’arrivée en son domaine de sportsmen qui se confient à lui pour faire un bon coup de feu. Il se plaît alors à dévoiler ses cachettes, à indiquer ses « ravages » de chevreuils, ses « débarcadères » de loutres et ses « battues» de visons, soucieux seulement de faire porter son nom de grand chasseur à Montréal ou à Ottawa qui lui semblent la métropole et la capitale de l’univers. Au demeurant, Jos. Noël est suffisamment assuré qu’avec toutes leurs armes à répétition les citadins ne feront pas beaucoup de mal à ses bêtes.

Chaque été, avec quelques camarades, j’allais rater quelques belles pièces de gibier dans le domaine de Jos. Noël. Nous le louions pour nous guider, pendant les vacances du temps passé et déjà loin : ces années que je regrette assurément pour leurs soixante jours de liberté franche, mais pas du tout à cause de l’internement de dix mois qu’il nous fallait subir sous prétexte de nous instruire et qui nous faisait soupirer comme à l’attente d’un héritage après la sortie du collège.

Fichier:Lycaon-Nathan.jpgPar un de ces divins crépuscules de juillet, nous revenions d’un campement à l’embouchure du lac Poisson-Blanc où nous étions allés forcer une pauvre biche que nous ramenions victorieusement dans le canot, avec certaines autres dépouilles opimes et nos chiens haletants après une journée de course folle.

Fatigués nous aussi de deux heures d’aviron, nous mîmes une sourdine à notre gaieté lorsqu’il s’agit de faire le portage de cinq milles qui nous séparait du lac Thérien, et que nous devions cependant accomplir pour atteindre nos quartiers, à la station Duhamel.

Aussi, proposa-t-on, ayant enfin pris terre, de dresser la tente sur la berge et d’attendre le lendemain pour faire le portage. Au reste, la marche devait être délicieuse à entreprendre par une belle aurore d’été.

– I’mouillerait à boire deboute, prononça vivement Jos. Noël, i’ ventrait à m’dévisser la tête de d’sus les épaules, i’ ferait un temps à m’vendre au iable que jamais j’passerai la nuit su’ c’chemin-cite.

– Et pourquoi ça ?

– Pourquoi ?… Pourquoi ?… Tenez, j’sus pas histoireux, j’pas d’affaire à vous dire pourquoi ; mais croyez-moué qu’on a autant d’acquêt à continuer not’ bauche jusqu’au boute.

Et ayant en un clin d’oeil fait tourner le canot sur ses épaules, le guide cria : Ever up ! – celui, dans sa langue hétéroclite, invitait à se mettre en route. Il allait même partir lorsque nous lui demandâmes de donner au moins des explications ayant la vertu de nous faire oublier la fatigue de nos jambes et de nos bras.

– Eh ben, v’là ! L’loup-garou ravaude toutes les nuits par icite et j’ai pas envie de l’rencontrer encore une fois.

– Tiens, tiens, l’ami Jos. Noël qui a vu le loupgarou. Elle est inattendue, celle-là, et faut nous dire comment cela s’est fait.

– J’sus pas histoireux, mais puisque vous voulez pas vous décider à partir, écoutez ben et escusez-là.

Remettant alors son canot sur la touffe d’aulnettes verdissant le rivage, Jos. Noël alluma sa pipe et commença d’une voix tremblotante qui enleva tout doute sur sa sincérité :

– Vous allez voir, à un mille et quèques parches d’icite, le creek Doré qui servait à la drave des Edwards, y’ a sept ou huit ans. C’est su’ c’creek que j’ai blanchi plus que j’blanchirai pas dans toute ma vie.

C’était su’ la fin d’février. J’venais d’déouacher un ours tout justement au lac Vaseux, à la décharge du Poisson-Blanc, d’ous qu’on d’sort. C’était une fantaisie qui avait pris à un big bug d’Bytown d’avoir une peau d’ours, et j’étais allé li qu’ri, à la raquette, pendant qui s’soûlait au village.

J’trouve mon dormeux dans sa ouache, j’l’assomme et l’emmêne dans ma traîne. Le long du ch’min, mon chien Boulé fait lever un buck qui passe dret devant mon fusil. J’le caboche, au vol, et pis l’entraîne avec l’autre.

Mais on a beau avoir la patte alarte, on traverse point l’Poisson-Blanc et pis on le n’traverse pas en criant ciseau. C’qui fait qu’on arrivait su la breunante quand j’lâchai l’lac pour prendre le portage, en plein ous qu’on est dans l’moment d’à c’te heure.

La noirceur timbe tout d’un coup ; l’temps s’brumasse, s’pesantise et i’ commence à neiger, à mouiller, pis au bout d’une minute i’ timbait pus inque d’la pluie, à siaux.

Comme j’voulais pas rester su’ la route, à pas plus d’huit milles de chez nous, j’poigne mes jambes et j’me mets à marcher, mais au bout d’un mille, ça marchait pus, pantoute.

Ça calait comme une swamp, la traîne collait à terre, j’étais trempe comme an’ lavette et au bout d’mon respire.

Allons, Seigneur ! quoi faire ! Ça a l’air pas mal ch’nu d’rester en chemin… D’un autre côté, j’voulais pas m’en aller allège à la maison et laisser mes deux animaux dans l’bois ousque les loups ou les renards les auraient étripés. J’avais peur itou de c’sauvage de Tanascon, de c’trigaudeux qui passe son temps à ravauder pour faire des canailleries.

Pis j’pense aussi tout d’un coup qu’on s’trouvait faire su’ l’Mardi Gras et qu’il allait y avoir du fun avec queque chose à boire au village… J’me rattelle, mais ça pouvait plus avancer.

Toujours qu’pour lorse j’gagne l’vieux chanquier, qui avait été abandonné l’printemps d’avant, pour passer la nuit à l’abri, ou tant seulement me r’niper un p’tit brin et attendre qu’la pluie soit passée. Mais vous savez si c’est d’meure, ces pluies d’hiver : quand ça commence, ça finit pus.

J’fume trois, quatre pipes en faisant sécher mes hardes contre la cambuse ousque j’avais allumé une bonne attisée après avoir eu une misère de cheval maigre pour trouver des écopeaux sèches. Et comme j’étais à moquié mort d’éreintement et que j’cognais des clous d’six pouces et demi, j’me résine donc, en sacraillant ben un peu, à passer la nuit dans un chanquier.

J’accote la porte avec une bonne bûche, j’étends quéques branches de cèdre su l’bed qu’les hommes du chanquier avaient laissé correct, j’plie mon capot d’sus, j’snob mon fusil à la tête, et dors garçon !…

Ben sûr plusieurs heures plus tard, – parce que l’feu était éteindu, – mon chien Boulé, qui s’était couché avec moué, m’réveille en grognant… J’écoute et ça rôdait autour du chanquier. J’entendais rouler les quarts vides qui avaient été laissés là par les raftmen, comme si quéque finfin avait essayé d’faire des belles gestes avec… Et pis les archements s’approchent, et tout au ras d’la porte, j’entends un tas de r’niflages avec des grognements d’ours.

J’compte ben qu’c’est pas la peine d’vous dire si i’ faisait noir, en grand, dans not’ sacrée cabane pas d’feu, par c’te nuit mouillée.

J’me dis : C’est drôle qu’un ours ait sorti de sa ouache de c’temps-cite ; mais l’crapet a p’t’être ben cru que c’était l’printemps, rapport à la pluie, et fatigué de se licher la patte, i’aurait aussi ben voulu recommencer à manger pour tout de bon. Toujours que j’m’assis su l’bed, j’décroche mon tisonnier, j’y rentre deux balles par-dessus la charge de posses qu’i avait déjà et j’me dis qu’si l’vingueux venait roffer trop proche, j’y vrillerais un pruneau qui y ferait changer les idées.

J’me disais : J’voué rien, c’est ben clair, mais si l’ours rentre dans l’chanquier ousqu’i’ sent son pareil et pis l’chevreux mort, i’ pourra pas faire autrement que d’faire canter la porte et j’watcherai l’moment d’le garrocher.

Ben, j’avais pas aussitôt dit ça qu’l’animal était entré dans la cabane sans qu’la porte eusse canté d’une ligne.

Ça bite le iable ! que j’dis. Et j’étais ben sûr qu’i’étais rentré, par c’qu’i marchait en faisant craquer l’plancher comme si un animal de deux cents se s’rait promené su’ l’side walk…

La peur, ça m’connaît pas, mais j’vous persuade qu’j’aurais une tapée mieux aimé m’voir à danser quelque rigodon d’Mardi Gras et à passer la diche avec mes voisins du lac Long.

Pis, c’était d’voir mon Boulé ; lui qu’i’ aurait pas kické d’s’engueuler avec un cocodrile enragé, le v’là qui s’racotille, qui s’colle su moué, la queue entour les jambes, et si ébiscaillé qu’i’ devait pus avoir formance de chien en toute.

J’le poigne pour tâcher d’le sacrer en bas, d’le soukser, pas d’affaire. I’s’grippe après moué, et s’met à siller comme un chien qu’i’ aurait attrapé l’aspe et qu’il aurait senti sa mort.

Tandis c’temps-là, l’animal qui tournaillait dans la place, nous avait aperçus, et j’me trouve tout d’un coup face à face avec une paire de z’yeux d’flammes, qui remuaient, tenez, pareils à des trous d’feu dans une couverte de laine ; c’était pas des yeux d’ours, c’est moué qui vous l’dis. Le v’là qui s’met à grogner, pis à rire, pis à brailler, pis à s’rouler su’l’dos, à planter l’chêne, à swingner qui timbe dans son jack. I’ achevait pus d’culbuter, l’maudit.

Débarque donc, véreux d’chien, que j’dis à Boulé.

Mais i’était collé au bed, i’ tremblait comme une feuille avec pus une coppe de coeur…

Vous pensez qu’j’étais pas gros, moué non plus, avec c’te gibier dans c’te noirceur d’enfer… J’avais les cheveux dret su’ la tête ; l’eau m’coulait dans l’dos et même que j’me tenais la gueule pour empêcher mes dents d’faire du train…

À la fin, y’a un sacré boute, que j’dis. J’griffe mon fusil et j’vise l’animal dans ses yeux de feu : V’lan ! L’coup part pas… Ah ben, ça y est, c’est l’iable qui nous a ensorcelés. Mais avant d’me laisser emporter tout rond par le gripet, j’voulais au moins essayer l’aut’coup, et pour pas l’manquer, j’attends que l’animal arrive au ras moué.

Comme si i’avait diviné mon idée, le v’là qui arrive aussitôt… Ah ! mon blasphème ! que j’dis, puisque t’en veux, poigne-le. Et, mes vieux, c’coup-là partit en faisant un éclair qui m’fit voir une bête effrayante avec un corps d’ours, une grande queue et haut su pattes comme un veau.

Mais aussitôt l’éclair passé, v’la-t-i pas que j’entends appeler mon nom, oui :

Jos. Noël ! Jos. Noël !

et par une voix que j’connaissais d’puis des années, par Ti-Toine Tourteau.

Là, j’vous l’dis, j’ai eu peur, un peu croche. Et, ma foi d’gueux ! j’aurais aimé mieux m’voir entouré d’une gang de chats tigrés en furie que d’me savoir face à face avec c’pendard, c’vendu au mistigris, c’t’étripeur d’poules noires, c’te chasseur de galeries… c’te tout c’que vous voudrez d’maudit. On rencontre pas des églises à tous les pas dans l’bois et pis on n’a pas toujours le temps d’faire ses dévotions all right ; mais j’vous dis que c’pendard-là nous escandalisait tous et qu’pas un chrétien voulait y parler sans avoir quéque médaille bénite dans l’gousset : un sacreur qui faisait lever les poêles… c’est bien simple, un sorcier qui méritait d’être cruxifié su’ un poteau de télégraphe.

C’était lui, l’possédé, qui m’parlait, sûr comme vous êtes là, avec un’ voix d’mourant :

– Tu m’as tué, Jos. Noël, tu m’as tué, mon Dieu, mon Dieu.

- Pardon…

– Hein, c’t’y toué, Ti-Toine, c’t’y toué ? qu’ j’y criais quasiment plus mort que lui. Mais lève-toi donc, animal, es-tu mort ?…

Batème ! répond donc ; as-tu envie que l’iable m’emporte avec toué ? I’ continuait à s’lamenter :

– J’vas mourir, j’vas mourir.

– Torrieux d’sarpent, veux-tu m’faire mourir de peur ? Réponds donc une bonne fois. C’t’y toué, Ti- Toine Tourteau ?

– Oui,… oui,… tu m’as tué,… j’vas mourir.

– Ous tu d’viens ?…

I’ répondait pus, mais j’l’entendais qui gigotait comme un croxignole dans la graisse bouillante.

J’ai p’t’-être ben rêvé, que j’me dis, en fin d’compte ; l’gars est p’t’être ben malade ; ça s’peut ben que j’me trouve chez lui… Quoi penser dans un ravau pareil ? J’essaye d’allumer une allumette, mais i’s’cassaient à mesure que j’les frottais su’ l’mur.

Ah ben, y’a des sacrées imites, que j’dis. J’saute en vas du lite pour voir si c’était du lard ou du cochon, mais v’là que j’timbe su’ un corps étendu cont’ la cambuse. Des grands doigts fretes comme d’la glace m’attrapent le poignet et me mettent la main dans une mare chaude et collante comme du sang.

– Tu m’as tué, soupirait-il encore, tu m’as tué…

Fallait inque m’égratigner… une goutte de sang.

Ah ! sainte bénite ! j’me rappelle tout d’un coup qu’on délivre les loups-garous en les grafignant, en leur faisant sortir une goutte de sang, et j’y d’mande ben vite :

– T’es-tu loup-garou ?

I’répétait :

– Tu m’as trop fait mal, tu m’as tué… oui, j’sus loup-garou…

C’est tout c’que j’ai entendu parce que je revins à moué inque le sourlendemain, ou plutôt le lendemain, puisque c’ravau-là s’était passé l’mercredi des Cendres.

220px-Loup_garou_02 dans LOUPDepuis sept ans que c’pendard de Tourteau faisait pas ses pâques, i’avait viré en loup-garou à la première heure du huitième carême qui i’allait encore commencer comme un chien. C’est l’matin du jeudi qu’j’ai été trouvé à la porte du chanquier par Tanascon qui s’vante encore d’m’avoir sauvé la vie, parce que c’jour-là i’ m’a volé mon chevreux pis mon ours…

– Et Ti-Toine Tourteau ? demandâmes-nous sans rire à Jos. Noël qui ne parlait plus.

– On l’a jamais r’vu.

– Et le chantier en question, il doit être fort intéressant à visiter…

– Pour ça, y’a pas d’trouble, vous l’voirez point. La première chose que j’ai faite a été d’y mettre une allumette qui a pris celle-là, j’en réponds…

Voyant que nous n’allions pas réussir à décider notre guide, nous fîmes le sacrifice de notre nuit en forêt, dédommagés d’ailleurs par la narration qui avait dissipé notre lassitude.

Et Jos. Noël, morne encore du souvenir évoqué, recoiffa son canot et reprit le portage qui fut franchi d’une haleine, dans le silence de la veillée fraîchissante que nous nous gardions aussi de troubler, les oreilles à la confidence des oiseaux commençant à rêver, les yeux au ciel où fuyaient des petits nuages, comme un troupeau de grands cerfs blancs, poursuivis par les archanges qui leur lançaient des étoiles. 

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