• Accueil
  • > Recherche : mode en 18 siecle

Résultats de votre recherche

LA CHEVRE EN CORSE

Posté par othoharmonie le 10 mai 2014

 

280px-Murzo_chèvresL’agriculture reste le secteur productif le plus important malgré sa faible part dans le PIB. On ne peut comprendre la situation actuelle sans connaître un minimum l’histoire agraire de l’île. Les systèmes vivriers traditionnels disparaissent au début du vingtième siècle sous la pression conjuguée de la concurrence des céréales des pays neufs et de tarifs douaniers défavorables. Ces systèmes se basaient sur la culture des céréales en sec sur terrasses avec jachère biennale, voire culture sur brûlis en cas de crise alimentaire, de cultures d’appoint soignées (jardins, vignes, vergers) et d’un élevage « semi-nomade inverse » alliant terres de plaine d’hivernage et montagnes d’été avec village de montagne (Niolo, Alta Rocca, Ascu, etc.). Certaines régions remplacent les cultures de céréales par le châtaignier.

La brebis corse est une composante essentielle de cette agriculture vivrière de montagne grâces à sa rusticité et ses aptitudes mixtes en lait, viande et laine. À partir de la fin du xixe siècle, l’arrivée des industriels laitiers de roquefort sur l’île bouleverse cette économie et fait passer progressivement ses éleveurs dans l’ère industrielle.

L’autre composante est la chèvre corse, une race autochtone élevée en isolement des autres races, reconnue en 2003. D’ailleurs, tous les produits laitiers sont ici faits à base de lait de brebis et de chèvre.

Au tournant de 1945, l’intérieur est ruiné, en pleine déprise rurale et agricole. Les propriétaires fonciers ont bien souvent émigré. Se produit à 10 ans d’intervalle deux phénomènes qui vont dessiner le paysage agricole actuel : la mise en valeur de la plaine orientale et la reconquête de l’intérieur par l’agriculture et l’élevage pastoral.

L’élevage de la chèvre corse est un élevage extensif, basé sur la valorisation des ressources naturelles dans les parcours. Contrairement aux races continentales qui se sont sédentarisées, les corses ont conservé leurs systèmes basés sur la transhumance, et cherchant à valoriser au maximum les ressources naturelles de l’île, l’importation d’aliments extérieurs étant onéreuse. Ainsi, chaque éleveur fait parcourir tous les jours entre 7 à 10 km dans le maquis corse, chaque élevage ayant environ 300 à 500 ha à sa disposition, sans que les limites de ces secteurs soient toujours clairement définies. Les chèvres ingèrent en moyenne 2,5 kg de matière sèche par jour au cours de ce trajet. Les systèmes d’élevage les plus courants s’appuient sur des mises bas en automne. Les chevreaux sont ensuite élevés sous la mère pour être commercialisés à Noël. Le « cabri de Noël » constitue un produit traditionnel et festif en Corse. La très grande majorité des éleveurs (90 %), sont transformateurs et produisent leurs propres fromages, dont l’AOC brocciu

Depuis plus de 5 000 ans la chèvre corse donne son lait, un lait de qualité avec un taux moyen de matière grasse de 48 g/l et un taux moyen de matière protéique de 32 g/L. La qualité de ce lait résulte de facteurs génétiques mais également du mode d’alimentation sur parcours (et des caractéristiques particulières de la végétation du maquis corse). La production de lait en Corse, avec des animaux de race corse, donne un caractère unique aux fromages corses. C’est ce qui a permis l’obtention d’une AOC pour le fromage brocciu, un fromage de chèvre à base de lactosérum

L’origine de la chèvre corse n’est pas très bien connue. On pense qu’elle a été introduite sur l’île par les premiers colons de l’île, et qu’elle appartient au rameau des races caprines du pourtour de la Méditerranée. En tout cas, sa présence sur l’île est attestée depuis plusieurs millénaires, des ossements datant du VIe millénaire avant J-C ayant été retrouvés.

Ce dernier siècle le cheptel caprin de l’île a connu une très forte régression, diminuant de 87 % entre 1852 et 1988, soit une perte de 2 000 chèvres par an. Cette chute des effectifs a vraisemblablement été particulièrement marquée entre 1954 et 1965, avec une baisse du cheptel de 110 000 têtes. Ainsi, on ne trouve plus aujourd’hui sur l’île que 25 000 à 30 000 chèvres

LA CHEVRE EN CORSE dans CHEVRE Goat_DrawingLa corse est une race caprine venant de l’île dont elle porte le nom. La Corse a la particularité de posséder ses races bovine, caprine, ovine et porcine. Cette chèvre est une race autochtone élevée en isolement des autres races. Traditionnellement, elle est élevée pour sa viande : elle n’a pas été sélectionnée pour son lait, le fromage corse étant essentiellement à base de lait debrebis. Elle peut présenter toutes les couleurs du blanc au marron, brun et noir, souvent en mélange de couleurs. La chèvre corse est un animal laitier, qui se caractérise par sa rusticité, ses facultés d’adaptation à l’environnement corse et son aptitude à valoriser les terrains difficiles. Le 10 juin 2003, la race caprine corse a été reconnue par la Commission nationale d’amélioration génétique (CNAG).

Publié dans CHEVRE | Pas de Commentaires »

Le chant du bouc

Posté par othoharmonie le 20 avril 2014

 

images (8)Le « chant du bouc » (en grec trag-ôdia ) est à l’origine du nom de la « tragédie », très probablement parce que ce type de « chant » accompagnait les rituels dionysiaques. En effet, le dieu Dionysos s’était métamorphosé en bouc pour échapper à Typhon, pris d’une furie destructrice.

La réputation du bouc souffre fort de son odeur, de sa saleté, et de sa sexualité effrénée, qui en fait l’image même de l’érotisme brutal, de la fornication bestiale, de la luxure et de la lascivité sans réserve. Au premier siècle avant notre ère, Horace le qualifiait déjà de « libidinosus », libidineux, et Pline l’Ancien affirmait que les boucs « commencent à s’accoupler à partir de sept mois, quand ils tettent encore » (HN VII, lxxvi) ! Quant à Columelle, auteur d’un traité d’économie rurale (De re rustica), en douze livres il expose, au premier siècle de notre ère, que « le bouc est assez propre à la génération à l’âge de sept mois, puisqu’il est si peu modéré dans ses désirs qu’il viole sa mère en même temps qu’il la tette : aussi vieillit-il promptement, et avant d’être parvenu à l’âge de six ans. C’est pourquoi, pour peu qu’il ait cinq ans, on le regarde comme peu propre à couvrir les femelles » (col. VII, 6, 3-4). Les grecs anciens avaient du reste un verbe, tragízô, de la famille de trágos « bouc, libertinage », et signifiant « avoir l’odeur ou la lubricité du bouc », « être dans l’âge de la puberté », ou « muer [de la voix] ». Et le mot tragomáskalos, littéralement « dont l’aisselle sent le bouc », s’appliquait tout à la fois aux débauchés, et aux gens dotés d’une forte odeur corporelle. Un cas unique dans la mythologie est celui d’Attis, enfant abandonné qui fut élevé par un bouc selon certaines versions, ou nourri au « lait de bouc » (!) selon d’autres, ce qui lui valut son nom, dérivé du terme phrygien désignant le bouc, attagus.

 Mais cette fureur génésique du bouc fut d’abord considérée très positivement, comme la marque d’une contribution utile à la fertilité générale. La libido du bouc est telle qu’on dit, depuis l’Antiquité (notamment Pindare), qu’elle le pousse à tenter de s’accoupler – ô scandale ! – avec des femmes. Dans la mythologie grecque, le dieu du pouvoir procréateur universel, à savoir Pan, au torse et à la tête humaine, mais aux oreilles, cornes, et partie inférieure du corps de bouc, est né, durant l’absence d’Ulysse, des amours de Pénélope et d’Hermès (ou de Zeus) – lequel alors avait pris la forme d’un bouc. Et c’est également un bouc qui était offert lors de la fête quinquénale des Brauronies, en l’honneur d’Artémis.

Certains écrivent encore que les habitants de la ville égyptienne de Mendès  vénéraient un tel animal, conservé dans un temple où on lui présentait régulièrement des hiérodules, c’est-à-dire des femmes spécialisées dans son culte, lequel comprenait éventuellement l’union avec l’animal sacré… mais c’est là répéter une erreur d’Hérodote, puisque l’animal vénéré à Mendès était en realité un bélier. Il est vrai par contre qu’à Rome, au cours de la fête des Lupercales, les femmes étaient rituellement fouettées avec des lanières en peau de bouc ou de chèvre, afin d’assurer leur fertilité.

Le caractère combatif, agonistique, du bouc le prédisposait à être l’incarnation de Verethragna, homologue iranien de l’Indra Vritrahan de l’Inde ancienne, et dieu combattant du mazdéisme, dont le nom dérive de verethrâgan « celui qui frappe l’obstacle ».

Le seizième chapitre du Lévitique, décrit minutieusement le rituel suivant lequel, au jour dit des Expiations, le grand prêtre recevait rituellement deux boucs : l’un était sacrifié, et l’autre, chassé rituellement, était le fameux « bouc émissaire » (caper emissarius), chargé d’emporter au loin les péchés des hommes. Et le Lévitique condamne, non pas le bouc, mais les personnes qui ont commerce avec lui : « Ils n’offriront plus leurs sacrifices aux boucs avec lesquels ils se prostituent ». Du reste, puisqu’il se charge des péchés de l’humanité, le bouc émissaire peut être considéré comme une préfiguration du Christ. Saint Paul, qui écrivait au cours du premier siècle, estima donc que le sang du Christ a remplacé celui des boucs sacrifiés (Héb. 9, 12-14) et bien plus tard, saint Bernard (ayant vécu de 1091 à 1153) dira que « ce nom de Bouc s’applique justement au très bon Jésus, quoique le bouc soit un animal immonde ».

Pendant l’office de Yom Kippur (« Jour du pardon »), le grand prêtre du temple de Jérusalem tirait au sort entre deux boucs, l’un qui devait être sacrifié, et l’autre envoyé à Azazel, dans le désert. Ce nom d’Azazel a été diversement interprété : pour les uns il s’agirait d’une falaise du sommet de laquelle le bouc émissaire était précipité, pour d’autres il résulterait de la combinaison des noms de deux anges déchus et corrompus : Uza et Azaël. Il reste qu’en hébreu moderne, l’expression « va à Azazel ! » équivaut à notre « va au diable ! »

Le souvenir du bouc émissaire prenant sur lui les péchés d’autrui a peut-être en partie motivé la coutume poitevine de mettre un bouc dans les étables au prétexte – disaient les paysans – que les miaspes et germes d’épidémies se concentrent sur eux, et de ce fait épargnent le gros bétail ; mais entre les deux guerres, René Charbonneau-Lassay a plusieurs fois vérifié que lors de épidémies de fièvre aphteuse « la présence du bouc dans les étables n’empêchait nullement les animaux de mourir. Néanmoins, l’épidémie passée, le paysan remplaçait simplement son bouc par un autre, en prétendant que le premier était dégénéré » (1940 : 183).

Mais de ce bouc rédempteur et non coupable, le christianisme a fait le symbole de la culpabilité, et y a vu l’incarnation du Mal. À partir du XIIe siècle, l’animal innocent, mais chargé de péchés, est progressivement devenu l’image même du Mal. Aussi le diable est-il régulièrement doté, dans l’iconographie, de pattes, de cornes et d’oreilles de bouc, à l’instar de l’ancien Pan. On prétend alors que le bouc est la monture favorite des sorcières, et les clercs s’accordent à dire que c’est sous la forme de cet animal que Satan préside au Sabbat des sorcières, et qu’il possède charnellement ces dernières. Il est vrai que dans l’Ancien Testament déjà, le mot « bouc » intervenait avec une connotation péjorative, puisqu’il était utilisé pour surnommer des oppresseurs que YHVH menaçait de frapper (Zacharie 10, 3). L’agneau, le mouton, la brebis représentant le chrétien, les caprins auxquels ils s’opposent figureront les juifs, et l’encyclopédiste médiéval Raban Maur, qui avait déjà écrit que le bouc est « obscène et effronté… toujours porté au coït » (« Hircus, lascivum animal et petulum, et fervens semper ad coitum… »), ajoutera donc, au IXe siècle, que le nom de cet animal sert à désigner les hommes semblablement portés sur la chose, mais aussi les pécheurs en général, les païens, et… les juifs !

Une autre invention, également destinée à discréditer une communauté finalement peu appréciée de l’Église, est celle qui fit des templiers – accusés d’homosexualité – des adorateurs du Baphomet, figure de bouc satanique, et la psychanalyse a brodé sur cette symbolique, puisque Carl Jung a cru voir dans cet animal un symbole du penchant de l’homme pour la sodomie !

Dans la symbolique ésotérique, on a opposé l’ « étoile pentagrammatique de la spiritualité », blanche et à cinq branches dont l’une regarde le ciel, à l’« étoile noire déchue » dont les deux pointes du haut sont les cornes, les deux latérales les oreilles, et celle du bas la barbe… du bouc.

Si l’usage du bouc comme symbole pour stigmatiser les juifs a heureusement disparu, la réputation sulfureuse du bouc lui est restée, notamment en matière de sexualité. On accuse ainsi cet animal de laisser couvrir ses chèvres par d’autres boucs dans une totale indifférence et sans laisser paraître aucune jalousie… cela fait même l’argument du proverbe italien qui dit : «  E Meglio essere geloso che becco  (« il vaut mieux être jaloux que bouc »). De même, en espagnol, on traite le cocu de cabrón (« bouc ») s’il est consentant, et Covarrubias écrit que « traiter quelqu’un de “bouc”, en tout temps et en tout pays, c’est lui faire affront. Cela équivaut à le traiter de “cornard”, homme à qui sa femme n’est pas fidèle, tout comme la chèvre qui se laisse monter par tous les boucs » (Mariño Ferro 1996 : 86). Mais tout cela est contredit par l’un des contes que narre Élien au deuxième siècle de notre ère, conte justifiant l’aspect physique du dieu Pan par le fait qu’il serait né des amours d’un berger avec une chèvre :

« Un tout jeune adolescent, berger de son état et nommé Crathis, possédé par un violent désir sexuel, avait des relations avec la chèvre la plus belle de son troupeau. Il prenait plaisir à copuler avec elle et allait la chercher chaque fois qu’il avait besoin de satisfaire son désir, et il la traitait comme une amante. C’était au point que le berger amoureux apportait à l’amante en question tous les cadeaux qu’il pouvait se procurer, et il lui donnait à manger des rameaux de toute beauté, parfois de cytise, et souvent d’if ou encore de lentisque, pour imprégner sa bouche d’odeurs qui lui étaient agréables, pour le cas où il voudrait l’embrasser ; il alla même jusqu’à lui ménager, pour son sommeil, une couche raffinée et moelleuse comme on en prépare une à sa fiancée. Bien sûr, le bouc qui était à la tête du troupeau voyait tout cela d’un très mauvais œil, et la jalousie s’insinuait en lui. Il dissimula pourtant un certain temps sa colère et guetta le moment où l’enfant serait assis et assoupi. Alors le bouc lui donna un coup de tête de toutes ses forces et lui fracassa le sommet du crâne. Ces événements parvinrent aux oreilles des habitants du lieu qui dressèrent à l’enfant un tombeau magnifique et donnèrent son nom au fleuve, qu’ils appelèrent Crathis. De l’union qu’il avait eue avec la chèvre naquit un marmot, qui par ses jambes, était une chèvre et par son visage un homme. L’histoire veut qu’il ait été divinisé et qu’on l’ait adoré comme un dieu des forêts et des vallons. Le bouc enseigne que la jalousie fait également partie des passions animales » (livre VI, n° 42).

Et l’on a vu plus haut que Columelle a tenté de résoudre ces contradictions en expliquant que le bouc, se livrant trop jeune à des excès, devient impuissant avant l’âge de six ans, et que son absence de jalousie à partir de cet âge, loin d’être une vertu, serait commandée par son incapacité à pouvoir faire autrement.

Mais quoi qu’il en soit de ces affirmations, le bouc a toujours conservé son aura libidinale et repoussante… À la toute fin du XVIIe siècle, l’héraldiste Marc Vulson de la Colombière s’étonnait ainsi de ce que certains portent l’image de cet animal sur leurs armoiries : « Quant au bouc, il dénote toute sorte de luxure et de méchanceté, les peintres le contrefont toujours avec des cornes ; ne pouvant au reste imaginer quelle raison ont eu ceux qui ont pris ces animaux pour leurs Armes, sinon qu’ils voulussent donner à entendre qu’ils avoient dompté leurs passions, ou bien qu’ils avoient défait quelque ennemi méchant et taché de mesmes vices que le Bouc et la Chèvre » (1699 : 299).

source : http://public.terredeschevres.fr/1_PRINCIPAL/1_1_terre/Histoire/Histoire_01mythes.html

Publié dans CHEVRE | Pas de Commentaires »

Le bouc et tragédie

Posté par othoharmonie le 19 avril 2014

 

téléchargement (9)Le « chant du bouc » (en grec trag-ôdia ) est à l’origine du nom de la « tragédie », très probablement parce que ce type de « chant » accompagnait les rituels dionysiaques. En effet, le dieu Dionysos s’était métamorphosé en bouc pour échapper à Typhon, pris d’une furie destructrice. 

La réputation du bouc souffre fort de son odeur, de sa saleté, et de sa sexualité effrénée, qui en fait l’image même de l’érotisme brutal, de la fornication bestiale, de la luxure et de la lascivité sans réserve. Au premier siècle avant notre ère, Horace le qualifiait déjà de « libidinosus », libidineux, et Pline l’Ancien affirmait que les boucs « commencent à s’accoupler à partir de sept mois, quand ils tètent encore » (HN VII, lxxvi) ! Quant à Columelle, auteur d’un traité d’économie rurale (De re rustica), en douze livres, il expose au premier siècle de notre ère que « le bouc est assez propre à la génération à l’âge de sept mois, puisqu’il est si peu modéré dans ses désirs qu’il viole sa mère en même temps qu’il la tette : aussi vieillit-il promptement, et avant d’être parvenu à l’âge de six ans. 

C’est pourquoi, pour peu qu’il ait cinq ans, on le regarde comme peu propre à couvrir les femelles » (col. VII, 6, 3-4). Les grecs anciens avaient du reste un verbe, tragízô, de la famille de trágos « bouc, libertinage », et signifiant « avoir l’odeur ou la lubricité du bouc », « être dans l’âge de la puberté », ou « muer [de la voix] ». Et le mot tragomáskalos, littéralement « dont l’aisselle sent le bouc », s’appliquait tout à la fois aux débauchés, et aux gens dotés d’une forte odeur corporelle. Un cas unique dans la mythologie est celui d’Attis, enfant abandonné qui fut élevé par un bouc selon certaines versions, ou nourri au « lait de bouc » (!) selon d’autres, ce qui lui valut son nom, dérivé du terme phrygien désignant le bouc, attagus. 

 Mais cette fureur génésique du bouc fut d’abord considérée très positivement, comme la marque d’une contribution utile à la fertilité générale. 

La libido du bouc est telle qu’on dit, depuis l’Antiquité (notamment Pindare), qu’elle le pousse à tenter de s’accoupler – ô scandale ! – avec des femmes. Dans la mythologie grecque, le dieu du pouvoir procréateur universel, à savoir Pan, au torse et à la tête humaine, mais aux oreilles, cornes, et partie inférieure du corps de bouc, est né, durant l’absence d’Ulysse, des amours de Pénélope et d’Hermès (ou de Zeus) – lequel alors avait pris la forme d’un bouc. Et c’est également un bouc qui était offert lors de la fête quinquénale des Brauronies, en l’honneur d’Artémis.

Publié dans CHEVRE | 1 Commentaire »

Le bouc

Posté par othoharmonie le 19 avril 2014

 

 

220px-Gorges_du_Verdon_Goat-Rove-brown_0255-1Certains écrivent que les habitants de la ville égyptienne de Mendès  vénéraient un tel animal, conservé dans un temple où on lui présentait régulièrement des hiérodules, c’est-à-dire des femmes spécialisées dans son culte, lequel comprenait éventuellement l’union avec l’animal sacré… mais c’est là répéter une erreur d’Hérodote, puisque l’animal vénéré à Mendès était en réalité un bélier. Il est vrai par contre qu’à Rome, au cours de la fête des Lupercales, les femmes étaient rituellement fouettées avec des lanières en peau de bouc ou de chèvre, afin d’assurer leur fertilité. 

Le caractère combatif, agonistique, du bouc le prédisposait à être l’incarnation de Verethragna, homologue iranien de l’Indra Vritrahan de l’Inde ancienne, et dieu combattant du mazdéisme, dont le nom dérive de verethrâgan « celui qui frappe l’obstacle ». 

Le seizième chapitre du Lévitique, décrit minutieusement le rituel, suivant lequel, au jour dit des Expiations, le grand prêtre recevait rituellement deux boucs : l’un était sacrifié, et l’autre, chassé rituellement, était le fameux « bouc émissaire » (caper emissarius), chargé d’emporter au loin les péchés des hommes. Et le Lévitique condamne, non pas le bouc, mais les personnes qui ont commerce avec lui : « Ils n’offriront plus leurs sacrifices aux boucs avec lesquels ils se prostituent ». Du reste, puisqu’il se charge des péchés de l’humanité, le bouc émissaire peut être considéré comme une préfiguration du Christ. Saint Paul, qui écrivait au cours du premier siècle, estima donc que le sang du Christ a remplacé celui des boucs sacrifiés (Héb. 9, 12-14) et bien plus tard, saint Bernard (ayant vécu de 1091 à 1153) dira que « ce nom de Bouc s’applique justement au très bon Jésus, quoique le bouc soit un animal immonde ». 

Pendant l’office de Yom Kippur (« Jour du pardon »), le grand prêtre du temple de Jérusalem tirait au sort entre deux boucs, l’un qui devait être sacrifié, et l’autre envoyé à Azazel, dans le désert. Ce nom d’Azazel a été diversement interprété : pour les uns il s’agirait d’une falaise du sommet de laquelle le bouc émissaire était précipité, pour d’autres il résulterait de la combinaison des noms de deux anges déchus et corrompus : Uza et Azaël. Il reste qu’en hébreu moderne, l’expression « va à Azazel ! » équivaut à notre « va au diable ! » 

Le souvenir du bouc émissaire prenant sur lui les péchés d’autrui a peut-être en partie motivé la coutume poitevine de mettre un bouc dans les étables au prétexte – disaient les paysans – que les miasmes et germes d’épidémies se concentrent sur eux, et de ce fait épargnent le gros bétail ; mais entre les deux guerres, René Charbonneau-Lassay a plusieurs fois vérifié que lors de épidémies de fièvre aphteuse « la présence du bouc dans les étables n’empêchait nullement les animaux de mourir. Néanmoins, l’épidémie passée, le paysan remplaçait simplement son bouc par un autre, en prétendant que le premier était dégénéré » (1940 : 183). 

Mais de ce bouc rédempteur et non coupable, le christianisme a fait le symbole de la culpabilité, et y a vu l’incarnation du Mal. À partir du XIIe siècle, l’animal innocent, mais chargé de péchés, est progressivement devenu l’image même du Mal. Aussi le diable est-il régulièrement doté, dans l’iconographie, de pattes, de cornes et d’oreilles de bouc, à l’instar de l’ancien Pan. On prétend alors que le bouc est la monture favorite des sorcières, et les clercs s’accordent à dire que c’est sous la forme de cet animal que Satan préside au Sabbat des sorcières, et qu’il possède charnellement ces dernières. Il est vrai que dans l’Ancien Testament déjà, le mot « bouc » intervenait avec une connotation péjorative, puisqu’il était utilisé pour surnommer des oppresseurs que YHVH menaçait de frapper (Zacharie 10, 3). L’agneau, le mouton, la brebis représentant le chrétien, les caprins auxquels ils s’opposent figureront les juifs, et l’encyclopédiste médiéval Raban Maur, qui avait déjà écrit que le bouc est « obscène et effronté… toujours porté au coït » (« Hircus, lascivum animal et petulum, et fervens semper ad coitum… »), ajoutera donc, au IXe siècle, que le nom de cet animal sert à désigner les hommes semblablement portés sur la chose, mais aussi les pécheurs en général, les païens, et… les juifs ! 

Une autre invention, également destinée à discréditer une communauté finalement peu appréciée de l’Église, est celle qui fit des templiers – accusés d’homosexualité – des adorateurs du Baphomet, figure de bouc satanique, et la psychanalyse a brodé sur cette symbolique, puisque Carl Jung a cru voir dans cet animal un symbole du penchant de l’homme pour la sodomie !

Publié dans CHEVRE | Pas de Commentaires »

La chèvre historique

Posté par othoharmonie le 19 avril 2014

 

250px-Chèvres_nainesEn Grèce, c’est la chèvre Amalthée qui s’appliqua à nourrir Zeus enfant quand son père Cronos le cherchait pour le dévorer ; c’est elle aussi qui organisa autour du petit les danses bruyantes des Courètes, destinées à couvrir les cris du divin bébé, caché dans une grotte du mont Ida. D’autres chèvres nourricières sont connues dans la mythologie grecque, comme celle qui donna la mammelle à Philandros et Phylacidès, les fils d’Acacallis et Apollon, ou celle qui allaita Égisthe, fils de Pélopie et de Thyeste ;  le nom de cet Égisthe, de même étymologie que le mot « égide », est d’ailleurs tiré de la dénomination grecque de la chèvre : aix, aigos (Grimal 1990 : 342, 367).

Mais, bien que mère attentive, la nourrice de Zeus était en réalité un animal monstrueux, si horrible à voir que les Titans avaient exigé qu’elle ne quitte pas sa caverne. Selon certaines versions du mythe Amalthée n’est pas le nom de la chèvre, mais celui d’une nymphe qui accompagnait cet animal alors appelé Aïx. Dans tous les cas, un jour que l’enfant divin jouait avec l’animal nourricier, il lui brisa involontairement une corne, dont il fit présent à la  nymphe qui l’accompagnait, en l’assurant qu’elle se remplirait de fruits suivant ses souhaits : ainsi apparut la Corne d’Abondance. À la mort de la chèvre qui l’avait nourri, Zeus, lors du combat des dieux contre les Titans, fit de sa peau un bouclier, celui-là même sur lequel la déesse Pallas attacherait plus tard la tête de la Méduse. La peau de cette chèvre prit le nom d’ « égide » (d’un mot grec dérivé du nom de la chèvre, Aix), devenue symbole de protection jusque dans notre expression actuelle « sous l’égide de… ». Voici la version du mythe, telle que contée par Ératosthène, qui vécut de 287 à 212 avant notre ère environ, et qui dit l’avoir empruntée au poète et chanteur mythique  Musée, disciple d’Orphée :

« Musée dit que Zeus, à sa naissance, fut remis par Rhéa entre les mains de Thémis, que celle-ci donna le nouveau-né à Amalthée, que cette dernière le confia à une chèvre qu’elle possédait, et que cette chèvre fut la nourrice de Zeus. Cette chèvre était une fille d’Hélios et d’un aspect si épouvantable que les dieux du temps de Cronos, horrifiés par l’aspect qu’avait cette fille, avaient demandé à Terre de la cacher dans une des grottes de Crète. Terre la cacha donc loin des regards et la remit entre les mains d’Amalthée, qui nourrit Zeus au lait de cette chèvre. Quand l’enfant parvint à l’âge viril et s’apprêta, bien qu’il fût sans armes, à faire la guerre aux Titans, un oracle invita Zeus à utiliser la peau de la chèvre comme une arme, en raison de son caractère invulnérable et terrifiant, et parce qu’elle portait, au milieu du dos, le visage de Gorgone. Zeus suivit l’oracle et apparut, grâce à ce stratagème, deux fois plus grand qu’il n’était. Il recouvrit les os de la chèvre d’une autre peau, lui donna la vie et la rendit immortelle. On dit qu’il la transforma en constellation céleste. »

Effectivement, la Chèvre se trouve maintenant au ciel, sous forme de la constellation du même nom, ainsi que le rapporte Ovide (Fastes V) : « le dieu métamorphosa en étoiles sa nourrice et la corne féconde de sa nourrice, qui aujourd’hui encore porte le nom de sa maîtresse ». Tout près, se trouvent les deux chevraux mis bas par la nourrice de Zeus au moment où le dieu lui était apporté. Le mythe dit que ces chevraux auraient été « catastérisés » (c’est-à-dire placés au ciel, honneur auquel nul bouc n’a eu droit) par Zeus en raison du service rendu par leur mère, mais les astronomes pensent qu’ils auraient été reconnus par Cléoastre de Ténédos, au VIe siècle avant notre ère. En tout cas, ils étaient bien connus des navigateurs, car leur lever et leur coucher était annonciateur des tempêtes d’équinoxe et, au quatrième siècle avant notre ère, Aratos écrit dans Les Phénomènes, un poème didactique sur l’astronomie, que « la Chèvre et les Chevreaux souvent voient des hommes faire naufrage sur la mer bouillonnante » (Charvet 1998 : 77-80).

Que la chèvre nourrice de Zeus ait eu un aspect monstrueux, terrifiant, n’est pas très étonnant : le mot grec Khimairâ, signifiant « jeune chèvre » a donné notre mot Chimère, par allusion au monstre attesté dans L’Iliade, et qui était un hybride de trois animaux (lion, chèvre, serpent). La Chimère grecque, sorte de dragon cracheur de feu qui fut tué par le héros Bellérophon, était décrite soit la sous forme d’un être formé de trois parties prises à ces espèces, soit sous celle d’un lion à trois têtes de ces mêmes animaux. Dans tous les cas c’est un être composite, et son nom est maintenant utilisé pour désigner tout être, mythique ou réel, rassemblant les éléments de plusieurs espèces. En exemple de chimère, on peut donc citer le capricorne, qui a corps de bouc ou de chèvre, et queue de poisson ou de dauphin. Un autre exemple est le tragélaphos grec, mi-bouc mi-cerf, dont le nom a été donné par les naturalistes à une famille d’antilopes d’Afrique du Sud : les tragélaphinés.

La chèvre, participant de la grotte (comme dans le mythe d’Amalthée qui éleva Zeus dans une caverne de l’Ida), entrentient donc des sympathies avec le monde souterrain, et dans les contes populaires comme La Chèvre d’Or, elle garde les trésors enfouis. Elle n’en n’est pas moins un animal montagnard, familier des crevasses, des rochers escarpés et des cîmes, et donc aussi de nature aérienne, ce qui la prédispose à la prophétie. Ainsi, Diodore de Sicile nous apprend que l’emplacement du grand temple d’Apollon à Delphes fut découvert par des chèvres : leurs bergers avaient remarqué que chaque fois qu’elles s’approchaient d’une faille d’où s’exhalaient des fumées inquiétantes, elles se mettaient à danser ; ils y reconnurent un signe des dieux et y édifièrent un sanctuaire à Gaïa, déesse de la terre, ultérieurement dédié à Apollon (Bibliothèque historique, XVI). Là, durant des siècles, des pèlerins vinrent consulter les oracles donnés par une pythie (devineresse) que les exhalaisons d’éthylène naturel faisait tomber en une transe lui permettant de prophétiser (De Boer & al. 2001).

Autre découverte imputée par les grecs à une chèvre, celle des vertus du vin : le berger Staphylos (nom qui signifie « la grappe », en grec) remarqua que l’une de ses chèvres rentrait toujours plus tard, et surtout plus gaie, que les autres ; l’ayant suivie, il découvrit que c’est parce qu’elle se gavait de fruits jusqu’alors inconnus : les raisins, qu’on eut ensuite l’idée de presser pour en faire un liquide… dont les vertus sont désormais bien connues (Grimal 1990 : 428)

Description de cette image, également commentée ci-aprèsLe rôle nourricier de la chèvre s’atteste également dans la mythologie nordique, où la chèvre Heidhrún, qui broute l’arbre Læradhr poussant sur le toit de la valhöll (« salle des guerriers morts au combat »), fait couler de son pis un hydromel qui va remplir les coupes que servent les valkyries aux einherjar, qui sont les guerriers morts et rassemblés autour du dieu Odhinn (Simek 1996 : 102, 159-160).

En Orient (Chine, Tibet) la vivacité de la chèvre l’a prédisposée à être associée au dieu de la foudre, tout comme en Grèce, on l’a vu, la constellation de la Chèvre et des Chevreaux est annonciatrice d’orage. Et si la couverture du Tabernacle était tissée en poils de chèvres, ce n’est peut-être pas sans rapport avec le fait que YHVH s’était manifesté à Moïse sous la forme de tonnerre et d’éclairs. De même, le fait que le char de Thorr soit tiré par les deux boucs Tanngrísnir (« celui qui montre les dents ») et Tanngnjóstr (« celui qui grince des dents »), de sorte que ce dieu est surnommé hafra dróttin ou « seigneur des boucs », permet de corréler l’ensemble à l’image des caprinés en général, qui sont des animaux « orageux », prompts à se battre et à s’affronter à coups de cornes. La transposition mythique de ces combats voit dans les coups de tonnerre le fracas des cornes qui s’entre-frappent, et dans les éclairs les étincelles détachées par les sabots des lutteurs sur les rochers, ou bien, dans le cas des boucs de Thorr, l’éclat de leurs dents. Il n’est du reste pas impossible que l’odeur caractéristique des caprins (surtout du bouc !) ait été rapprochée de celle, méphitique, qui se produit au point de chute de la foudre. Cette métaphore caprine du tonnerre et de la foudre est donc la raison pour laquelle on a songé à se protéger de ce phénomène en plaçant une corne de bouc, ou sa peau, à l’étage supérieur des maisons (Charbonneau Lassay 1940 : 181).

Aristote (VI, 19) disait que les chèvres « n’ont pas de stabilité », et que ce sont des animaux « vifs et versatiles ». Le rapprochement du nom latin de la chèvre, capra, avec les termes du type « caprice » et « capricieux » a souvent été mis à profit pour justifier la libre nature de cet animal, semblant ne souffrir aucune loi. C’est pourquoi du reste saint Augustin en fit l’emblème du paganisme, ignorant la loi du Christ : « par la chèvre » – écrit-il dans un sermon – « il faut comprendre l’Église des païens qui sautait avec des bons sans entrave ».

Au cours des âges, on assiste en fait à une nette dégradation de l’image des caprins, progressivement contaminée par la mauvaise réputation du bouc, la lubricité légendaire de ce dernier en étant la cause (Voisenet 2000 : 31-32). Déjà, Philon écrivait que « les boucs […] sont lascifs dans leurs relations sexuelles où ils montrent une ardeur frénétique ». Avec l’avènement du christianisme, cet animal fut donc nettement rejeté dans le camp du mal, et à partir du XIIe siècle, on en fit même l’incarnation préférée du démon.

Par voie de conséquence, sa femelle et son petit, sans faire l’objet d’une condamnation aussi nette, n’en ont pas moins subi les effets de la réprobation des clercs, qui a fait pencher leur statut symbolique du côté du paganisme et du satanisme. Lors du jugement dernier, tel que décrit par Matthieu dans le Nouveau Testament,  les boucs ne sont-ils pas placés à gauche, alors que les brebis le sont à droite ? Dans son Sermon sur le Cantique, Saint Bernard commentait cela en disant que les boucs, symbole des « sens du corps égarés et lascifs par lesquels le péché est entré dans l’âme », représentent les pécheurs, et doivent donc être placés à gauche. Et Matthieu (XXV, 31, 34, 41) justifiait cette répartition en disant que YHVH se tournerait vers ceux de gauche en leur disant : « Retirez-vous de moi, maudits ; allez au feu que j’ai préparé pour le diable et les siens ».

En Europe, de nombreux mythes dualistiques de création de la chèvre imputent sa création au Diable cherchant à imiter l’œuvre divine, et l’opposent à d’autres animaux domestiques très positivement valorisés. En France, on dit ainsi que lorsque Dieu créa la vache, le diable voulut l’imiter, ne réussissant qu’à faire la chèvre, donc ici considérée comme une sorte de « vache ratée ». Un récit arménien comparable dit que Dieu créa le mouton, et le diable la chèvre, mais quand ce dernier voulut fièrement montrer sa créature à Dieu, il la prit par la queue, qui lui resta dans la main : dans cette optique, la chèvre serait donc un « mauvais mouton ». D’autres légendes, russes et polonaises, exposent qu’après avoir créé la chèvre, le diable, incapable de l’animer, ne put le faire qu’un invoquant la puissance divine ; et cela l’énerva tellement que, d’un coup de dent, il coupa la queue de la pauvre bête. Enfin, un petit conte catalan montre fort bien comment la chèvre est, au sens propre, « marquée » par le démon :

« Dieu et le diable parièrent à qui ferait le coursier le plus beau et le plus vigoureux. Dieu fit le cheval. Le diable, pour surpasser l’œuvre de Dieu, chargea un petit démon d’aller espionner ce que faisait Notre-Seigneur au Ciel. Le démon réussit à voir comment Dieu faisait la queue du cheval : il courut en enfer, et raconta au diable que la créature divine avait une longue queue formée d’une poignée de poils réunis seulement par un bout et qui pendaient librement comme sur un plumeau. Le diable voulut absolument savoir quelle était la longueur de la queue, et le petit espion lui dit qu’elle avait à peu près deux empans de long. Pour surpasser Notre-Seigneur, le diable fit à la chèvre – c’était son œuvre – une queue de sept aunes. Quand tous les deux comparurent à l’endroit convenu, Dieu présenta le cheval, avec son allure altière et son élégance inimitable. Il fit un parcours magnifique qui suscita l’admiration générale :  d’abord au pas, puis au trot, et pour finir au galop. Alors le diable lâcha la chèvre barbue, cornue et poilue comme lui. Elle avait une très longue queue qui traînait par terre sur plusieurs aunes, et s’accrochait à tous les buissons et à toutes les plantes, l’empêchant de marcher. Furieux et honteux de cet échec éclatant, le diable coupa la queue de la chèvre d’un coup de dents. Libérée de cette traîne qui l’entravait, la chèvre s’enfuit à toutes jambes et disparut. Comme elle était une œuvre du diable et qu’elle porte son empreinte, la chèvre l’aide autant qu’elle peut, et a une grande amitié pour lui : aussi le diable se cache-t-il souvent sous la forme d’un bouc. Sur la queue de la chèvre, on reconnaît encore la marque des dents du démon » (Amades 1988 : 240-241).

Un rituel de carême peu connu, mentionné par saint Augustin dans un de ses sermons confirme la valence négative de la chèvre : « Il faut fouler aux pieds les vices et les peaux de chèvre ; il faut déchirer la guenille maudite des chevreaux ». Ce rite consistait, pour le catéchumène, à se mettre debout sur une peau de chèvre, afin de bien montrer qu’il renonçait aux vices et aux péchés du passé (Mariño Ferro 1996 : 85).

Description de cette image, également commentée ci-aprèsPourtant, le côté aérien (car montagnard) de la chèvre sauve son image d’une totale contamination par celle du bouc. Cette nature aérienne s’atteste avec la « chèvre unijambiste » (Aja-ekapâda) du panthéon védique, qui est une sorte de tourbillon atmosphérique considéré comme une puissance. Et ce sont des chèvres qui tirent le chario de Pûshan, divinité védique du soleil, car il doit emprunter des chemins escarpés. Dans son Exposition sur le Cantique, Grégoire le Grand fait de la chèvre une image de « la foi, l’espérance et la charité par lesquelles nous nous gardons purs et grâce auxquelles nous gravissons les hautes montagnes de la contemplation ». Et dans son Élucidation du cantique, Alain de Lille va jusqu’à la comparer au Christ, à cause de l’acuité de son regard et de sa familiarité avec les hauteurs, selon une comparaison déjà exprimée par le Pseudo-Cassiodore à cause de la finesse de vue et de la rapidité de l’animal (Ayzac 1866, Miquel 1992 : 62). Mais il convient de préciser qu’il s’agit là de la chèvre sauvage, telle qu’elle est décrite dans les bestiaires médiévaux comme celui d’Oxford, du XIIIe siècle : « La chèvre a la particularité suivante : pour paître elle va de sommet en sommet et grâce à l’acuité de sa vue elle distingue les bonnes herbes des mauvaises herbes […]. De même les bons prédicateurs […] s’élèvent de vertu en vertu, toujours plus haut. Avec les yeux du cœur ils savent reconnaître les bonnes pensées des mauvaises. » Et d’ajouter : « La chèvre aime à rester sur les très hautes montagnes et sait reconnaître le simple promeneur du chasseur. De même, Notre-Seigneur Jésus-Christ aime les hautes montagnes, c’est-à-dire les Prophètes et les Apôtres. »

Ce thème de l’acuité visuelle légendaire des caprins remonte à l’Antiquité, car Pline l’Ancien rapporte déjà que, de son temps (Ier siècle), on disait « qu’elles voient aussi clair la nuit que le jour », et que manger du foie de bouc donne aux nyctalopes la faculté de voir la nuit (Histoire naturelle, livre VIII, lxxvi). La christianisation de ce motif s’opéra rapidement, et saint Grégoire de Nysse, qui mourut vers l’an 400 présentait la chèvre comme l’emblème de la totale perfection et de l’universalité du regard scrutateur du Christ. Et l’association de la chèvre au Christ se renforçait de la fameuse comparaison du Cantique de Salomon : « Mon Bien-Aimé est semblable à la chèvre ». Certaines figurations du Bon Pasteur le montrent environné de moutons et de chèvres et portant sur les épaules, non l’habituelle brebis égarée, mais bel et bien une chèvre. Nul doute que dans ce cas, la chèvre figure « l’âme égarée dans les vices impurs » (Charbonneau-Lassay 1940 : 194).

Parmi ces vices, figure évidemment la concupiscence, et Vulson de la Colombière en témoigne : « La Chèvre ronge avec des dents venimeuses les bourgeons des meilleurs arbres, ruinant la campagne, d’où vient que les Athéniens la bannissoient de leur territoire, et même aujourd’hui elles sont défendues en plusieurs provinces de France. La Chèvre dénote la femme de mauvaise vie, car tout de mesme que sa morsure est pestilentielle aux bourgeons, ainsi les baisers et les paroles de la courtisane causent beaucoup de dommages et de malheurs aux hommes ; et comme la Chèvre cherche à manger les bourgeons et nouvelles feuilles, tout de mesme la femme débauchée tasche à corrompre et attirer en ses filets les jeunes gens comme estant plus facile à décevoir pour le peu d’expérience qu’ils ont. »

Enfin, le caractère ambigu de la chèvre se retrouve dans ce que l’on dit de son intelligence. Pour Pline l’Ancien, elle est remarquable, et il en veut pour preuve l’histoire suivante : « Deux chèvres venant en sens contraire se rencontrèrent sur un pont très étroit ; le peu de largeur de la passerelle ne leur permettait pas de faire demi-tour, et la marche en arrière était rendue impossible en raison de la longueur du chemin à parcourir, sans voir, sur une piste étroite, avec, au-dessous, la menace d’un torrent aux ondes rapides. Alors une des deux chèvres se coucha, et l’autre passa en l’enjambant. »

Or La Fontaine, traitant du même sujet dans sa fable Les Deux Chèvres, leur prête assez de bêtise et de fierté mal placée pour qu’aucune ne veuille céder le chemin à l’autre, et que cela les conduise à leur perte :

Dès que les Chèvres ont brouté,

Certain esprit de liberté

Leur fait chercher fortune; elles vont en voyage

Vers les endroits du pâturage

Les moins fréquentés des humains.

Là s’il est quelque lieu sans route et sans chemins,

Un rocher, quelque mont pendant en précipices,

C’est où ces Dames vont promener leurs caprices;

Rien ne peut arrêter cet animal grimpant.

Deux Chèvres donc s’émancipant,

Toutes deux ayant patte blanche,

Quittèrent les bas prés, chacune de sa part.

L’une vers l’autre allait pour quelque bon hasard.

Un ruisseau se rencontre, et pour pont une planche.

Deux Belettes à peine auraient passé de front

Sur ce pont;

D’ailleurs, l’onde rapide et le ruisseau profond

Devaient faire trembler de peur ces Amazones.

Malgré tant de dangers, l’une de ces personnes

Pose un pied sur la planche, et l’autre en fait autant.

Je m’imagine voir avec Louis le Grand

Philippe Quatre qui s’avance

Dans l’île de la Conférence.

Ainsi s’avançaient pas à pas,

Nez à nez, nos Aventurières,

Qui, toutes deux étant fort fières,

Vers le milieu du pont ne se voulurent pas

L’une à l’autre céder. Elles avaient la gloire

De compter dans leur race (à ce que dit l’Histoire)

L’une certaine Chèvre au mérite sans pair

Dont Polyphème fit présent à Galatée,

Et l’autre la chèvre Amalthée,

Par qui fut nourri Jupiter.

Faute de reculer, leur chute fut commune;

Toutes deux tombèrent dans l’eau.

Cet accident n’est pas nouveau

Dans le chemin de la Fortune.

Une fois de plus, on le voit, entre le texte antique et son adaptation du XVIIe siècle, le statut symbolique de la chèvre a subi une nette dépréciation : de particulièrement intelligent qu’était cet animal pour Pline, il devient un modèle de stupidité chez La Fontaine.

source : http://public.terredeschevres.fr/1_PRINCIPAL/1_1_terre/Histoire/Histoire_01mythes.html

Publié dans CHEVRE | Pas de Commentaires »

L’hippopotame et le philosophe

Posté par othoharmonie le 11 avril 2014

 

 

Tu veux aller vers l’infini, tourne-toi d’abord de tous côtés dans le fini.
Goethe

téléchargement (6)Ce titre fait écho à une savoureuse chronique radiophonique du professeur Théodore Monod, membre de l’Institut, “Un mythe moderne: la terre ferme”, recueillie dans L’hippopotame et le philosophe, Actes Sud, 1993. Le philosophe, en l’occurrence, c’est Schweitzer découvrant, à la vue d’un troupeau d’hippopotames sur l’Ogooué, la formule du Respect de la Vie(Ehrfucht vor dem Leben).

Albert Schweitzer éleva la voix pour dénoncer une église avec des frontières et des dogmes solides, une église tentée de se substituer au Royaume de Dieu, au lieu de le servir. Il entendait par là que le protestantisme ne pouvait devenir une voie (et une voix) vivante(s) pour le générations successives que « surgissent constamment des penseurs qui, dans l’esprit de Jésus, mais en tenant compte du monde où ils vivent, transforment la foi en connaissance »(1). Partout où le protestantisme se contente d’être une foi traditionnelle, il perd toute relation avec la vie spirituelle du moment, et toute faculté d’adaptation. Dès que cesse le débat entre la tradition et la pensée, la sincérité chrétienne est en danger.

Autrement dit, je suis persuadé qu’un protestantisme qui n’oserait plus mettre la vérité historique et scientifique au service de la vérité spirituelle recèlerait une faiblesse interne, si fort qu’il se figure être. Le respect de la vérité, comme telle, doit être inhérent à notre foi, si nous ne voulons pas être “des gens de peu de foi”, et le premier signe en est le respect de la vérité historique et scientifique. Autrement dit encore, osons le risque de passer notre foi au crible de la pensée.

Heureux de partager avec vous un aspect important de ma vie spirituelle, je n’ai pas l’intention de faire ici une apologie du protestantisme libéral (qui, comme chacun le sait, remonte historiquement aux sources de la Réforme) et ce, au sens d’une défense telle qu’on la pratique, hélas, trop souvent chez les orthodoxes et les fondamentalistes. Pour ceux-ci, l’apologie consiste à affirmer que le christianisme (le leur) renferme des vérités qui sont au-dessus de toute intelligence et qui n’ont donc pas à être confrontées à la raison.

A mon avis, se comporter ainsi revient à se retirer, tels des sectaires, sur une montagne fortifiée, position certes inexpugnable d’une élite religieuse, mais d’où l’on ne peut prétendre annoncer le message de Jésus.

Je voudrais illustrer mon propos par cette belle page de l’évangile, celle de la Cananéenne dans Matthieu 15. En effet, la soi-disant “élite religieuse” du temps de Jésus, ses disciples, et les premiers chrétiens, ensuite, étaient survoltés par un sentiment de supériorité, rongés par le cancer du doute et de la jalousie, étouffés par la dictature des conventions et l’étroitesse des traditions. Le message de Jésus, que les pharisiens se refusent à comprendre et à accepter, que les disciples ont peine à digérer, sera par contre étonnamment perçu par un être doublement “inférieur” parce que femme et parce que païenne. Un comble ! Gênante et agaçante cette Cananéenne qui interpelle les Juifs qui ne peuvent, elle le sait, lui adresser la parole sans se souiller. Habiles et très respectueux des traditions, ces pieux disciples qui suggèrent à leur maître: “Donne-lui son miracle et nous aurons la paix !”.

Rencontre providentielle car l’insistance de la femme aura raison du mutisme légaliste de Jésus. La païenne le met au pied du mur. Serait-il lui aussi enfermé dans les préjugés de sa race et de la religion des ancêtres ? Inattendue et singulièrement choquante mais combien noble et émouvante sera la réaction du prophète de Nazareth ! D’un mot, Jésus balaie conventions, prescriptions et règlements, nés de la mesquinerie et de la peur des hommes, pour amorcer un échange qui deviendra communion. Face aux pharisiens scandalisés et aux disciples ébahis, Jésus fera crédit aux paroles d’une femme, à la foi d’une païenne, jusqu’à lui permettre de révéler la grandeur de son être et la profondeur de sa confiance… Elle recevra le miracle espéré et l’amitié du maître, ce qu’elle ne pouvait même pas imaginer.

Nous avons nous aussi, peut-être, nos chiens et nos “Cananéennes”. L’esprit de ghetto, de clan ou de caste, nous guette aussi, au sein de l’Église Protestante Unie de Belgique. L’élitisme -qui impose “sa vérité”- risque toujours de nous tenter jusqu’à la méfiance souveraine, jusqu’au au mépris à peine dissimulé ou à l’orgueilleuse conviction de supériorité. Mais heureusement que des “petits chiens” nous aident à faire sauter les barrières de notre sectarisme pour nous ouvrir aux richesses d’autrui, à la fraternité universelle.   

Le contraire de la vérité n’est donc pas l’erreur, mais le fait d’imposer sa vérité. “Mettre la vérité au concours”(2), telle est la conviction des libéraux, la condition de toute recherche de Dieu, la règle de toute tolérance. Mais à condition que cette dernière ne devienne pas de l’indifférence et sache maintenir comme une exigence ce combat de la foi où s’équilibrent le non et le oui.

Ainsi, la foi protestante libérale est d’abord une foi chrétienne “qui attache la plus grande valeur à la rectitude de la conduite, par conséquent à la pratique. Elle n’est pas l’adhésion à un catalogue de formules philosophiques, religieuses ou dogmatiques. […] Cela implique évidemment une grande liberté d’esprit, puisque même si nous employons des formules qui peuvent paraître identiques à celle de l’orthodoxie ou du fondamentalisme, nous conservons toujours le droit de les interpréter pour les mettre en relation avec les exigences de notre conscience”.(3)

Théologiquement donc, la foi protestante libérale insiste plus sur le message et l’éthique de Jésus que sur l’aspect événementiel et doctrinal qui a été le facteur de divisions et de luttes outrageuses au sein du Christianisme.   

Sans nostalgie aucune, je vous l’assure, pour mon ancienne église, l’Église Protestante de Belgique (EPB), je continuerai à plaider pour une église ouverte, en recherche, pluraliste, un peu comme cette église qu’avait en vue Luther, dans ses trois grands écrits réformateurs de 1520, une église plus libérale et d’une autre nature que celle qui a été finalement réalisée, l’égliseunie qui prétend restaurer la foi ancienne de l’église des sept premiers siècles. Car une église dite “protestante réformée” est en vérité la communauté de ceux qui cherchent. Cette église dont je parle, notre église, l’EPUB, se trouve aujourd’hui devant le danger de cesser d’être une force spirituelle et prophétique engagée au sein d’une société laïque et démocrate, et risque de n’être plus qu’un simple facteur normatif d’une société qui favorise la pensée unique.

 

Description de cette image, également commentée ci-après

Je prie Dieu de nous donner la force et la sagesse d’oser nous rapprocher les uns les autres avec la plus sereine objectivité, afin de vivre une réelle fraternité, sans craindre la différence, sans lorgner en arrière. Ensemble, osons l’avenir avec ce sens de la responsabilité qui nous fait adhérer au monde, de cette « adhérence » qui forme la foi.

Pour terminer, je voudrais partager avec vous une parole d’Albert Schweitzer (4) qui illustre ce que je pense :

« La religion de notre temps ressemble à un fleuve africain pendant la saison sèche : un lit immense, des bancs de sable et, au milieu, un filet d’eau qui cherche son chemin. On essaye de s’imaginer qu’autrefois un fleuve remplissait ce lit, que les bancs de sable n’existaient pas, mais qu’il coulait majestueusement entre les berges et qu’un jour il en sera de nouveau ainsi. Est-il possible qu’autrefois il remplissait ce lit ? Y a-t-il eu une époque où la religion éthique était une force dans la vie spirituelle ? Oui, à l’époque du rationalisme du XVIIe siècle. Alors, la religion éthique et la pensée formaient une unité. La pensée était religieuse et la religion était pensante. Parce qu’elle était déterminée par des idées religieuses et éthiques, la pensée de cette époque entreprit de se représenter la réalité comme elle devrait être. Elle possédait un idéal éthique et elle se mit à transformer la réalité en accord avec lui. »

Pierre A. Bailleux 03|09|2001

(1) La mystique de l’apôtre Paul, chapitre XIV : « Ce qu’il y a d’impérissable dans la mystique de l’apôtre Paul ».
(2) Expression utilisée au début du XIXe siècle dans différentes publications libérales. Cfr J.-J. Goblot, « Les mots sous la Restauration », in Civilisation Chrétienne, Approche Historique d’une Idéologie, Beauchesne, Paris, 1975, pp. 208-2229.
(3) Isabelle Jarry, Théodore Monod, Plon, Paris, 1990, pp. 216-217
(4 ) Religion in modern Civilization, 1934 Traduction de Jean-Paul Sorg (AFAAS).

Publié dans HIPPOPOTAME | Pas de Commentaires »

L’hippopotame nain

Posté par othoharmonie le 11 avril 2014

téléchargement (5)L’hippopotame nain est un hippopotame originaire des forêts et des marécages de l’Afrique de l’Ouest. Ce mammifère est un animal discret, solitaire et nocturne même si la masse d’un mâle adulte peut avoisiner 275 kg. Il est une des deux seules espèces encore existantes dans la famille des Hippopotamidae, l’autre étant son cousin beaucoup plus imposant, l’hippopotame commun, dit amphibie.

L’hippopotame nain a conservé de nombreuses adaptations terrestres en comparaison de l’autre espèce d’hippopotame, mais comme lui, c’est un animal semi-aquatique qui se repose au bord de l’eau pour garder sa peau hydratée et une température basse pour son corps. L’accouplement et la mise bas peuvent se produire dans l’eau ou sur terre. L’hippopotame nain est herbivore, se nourrissant de toutes sortes de fougères, de plantes à larges feuilles et de fruits qu’il trouve dans la forêt riparienne. Il est difficile à étudier dans la nature.

Introduit dans les jardins zoologiques au début du xxe siècle, il s’est bien reproduit en captivité et la grande majorité des connaissances sur l’espèce proviennent de spécimens de zoo. La survie de l’espèce en captivité est plus assurée que dans la nature : l’Union internationale pour la conservation de la nature estime qu’il reste moins de 3 000 hippopotames nains vivant en liberté. Ils sont menacés principalement par la perte de leur habitat, les forêts étant déboisées et converties en terres agricoles. Ils sont également menacés par le braconnage, la chasse, les prédateurs naturels et la guerre.

Selon MSW il existe deux sous-espèces, la seconde étant éteinte :

  • sous-espèce Hexaprotodon liberiensis liberiensis
  • sous-espèce Hexaprotodon liberiensis heslopi

Son nom scientifique d’espèce signifie « du Libéria », car c’est là qu’une grande majorité d’entre eux vivent, son nom de genre est par contre controversé, il est classé soit dans le genre Choeropsis (terme issu du grec ancien et signifiant « qui ressemble à un porc ») soit dans le genre Hexaprotodon (terme grec ancien qui signifie « qui a six protodontes », c’est-à-dire six molaires à tubercule unique).

Son nom d’hippopotame nain ou d’hippopotame pygmée est ambigu du fait que les scientifiques occidentaux ont découvert plusieurs espèces fossiles d’hippopotames de petite taille, à quelques années seulement de la découverte de cette espèce vivante.

La taxonomie du genre de l’hippopotame nain a changé au fur et à mesure que les connaissances sur l’espèce augmentaient. Samuel Morton les avait initialement dénommés Hippopotamus minor mais il s’est aperçu par la suite qu’il y avait suffisamment de différences entre les deux espèces pour créer son propre genre à cette nouvelle espèce et il a appelé le nouveau genre Choeropsis. En 1977, un autre naturaliste, Robert Thorne Coryndon proposa que l’hippopotame nain soit rattaché au genre Hexaprotodon, un genre qui comprenait des hippopotames préhistoriques le plus souvent originaires d’Asie. Cette proposition fut largement acceptée jusqu’à ce qu’un naturaliste français Jean-Renaud Boisserie affirme en 2005, après avoir examiné de façon approfondie la phylogénie des Hippopotamidae, que l’hippopotame nain ne faisait pas partie du genre Hexaprodoton. Il suggère que l’hippopotame nain soit classé dans un genre distinct, le genre Choeropsis. Si le nom du genre ne fait pas l’unanimité, tout le monde convient que l’hippopotame nain moderne, qu’il soit appelé H. liberiensis ou C. liberiensis, est la seule espèce existante de son genre.

Publié dans HIPPOPOTAME | Pas de Commentaires »

Histoire et folklore autour de l’Hippopotame

Posté par othoharmonie le 9 avril 2014

 

téléchargement (1)Alors que les hippopotames communs étaient connus des Européens depuis l’Antiquité classique, l’hippopotame nain était inconnu en dehors de son aire de répartition en Afrique de l’Ouest jusqu’au xixe siècle. En raison de son mode de vie nocturne et uniquement dans les régions de forêt dense, l’animal était aussi mal connu dans sa région d’origine. Au Libéria l’animal était traditionnellement connu sous le nom de vache d’eau (water cow).

Les premiers rapports ont décrit l’animal à tort comme une sorte de porc sauvage. Plusieurs crânes furent envoyés au naturaliste américain, Samuel G. Morton, alors qu’il résidait à Monrovia, au Libéria. Morton décrivit pour la première fois l’espèce en 1843. Les premiers spécimens complets ont été recueillis dans le cadre d’une enquête sur la faune du Libéria dans les années 1870 à 1880 par le Dr. Johann Büttikofer et ont été envoyés au Muséum d’histoire naturelle de Leyde, aux Pays-Bas.

Le premier hippopotame nain vivant a été importé en Europe en 1873 après avoir été capturé en Sierra Leone par un membre du service colonial britannique mais il est décédé peu de temps après son arrivée. Les premiers hippopotames nains introduits en Europe et à y avoir survécu l’ont été en 1911. Ils ont d’abord été expédiés en Allemagne, puis au zoo de Bronx à New York, où ils se sont également reproduits.

Histoire et folklore autour de l’Hippopotame dans HIPPOPOTAME 300px-Stavenn_Bronx_Zoo_00

En 1927, Harvey Firestone, le fondateur de la société de pneus Firestone offrit un hippopotame nain du nom de Billy au président américain Calvin Coolidge. Celui-ci l’offrit à son tour au parc zoologique national Smithsonien à Washington. Selon le zoo, Billy est l’ancêtre de la plupart des hippopotames nains présents dans les jardins zoologiques aux États-Unis aujourd’hui.

Plusieurs contes populaires ont été recueillis sur l’hippopotame nain. Une histoire dit que les hippopotames nains transportent un diamant brillant dans leur bouche pour les aider à circuler à travers les forêts épaisses la nuit, diamant que, le jour, ils mettent dans une cachette mais si un chasseur capture un hippopotame nain de nuit il pourra récupérer le diamant. Des villageois croyaient que les bébés hippopotames nains ne tétaient pas leur mère mais léchaient les sécrétions de sa peau.

La plus grande menace pour les hippopotames nains dans la nature est la perte de leur habitat. En effet, les forêts où ils vivent sont maintenant souvent exploitées pour la production de bois, l’installation de populations ou la mise en valeur agricole et peu d’efforts sont faits pour replanter les zones déboisées. Lorsque les forêts rétrécissent, les populations deviennent plus fragmentées, ce qui conduit à moins de diversité génétique dans le potentiel de reproduction de l’espèce et il y a moins de 3.000 individus dans la nature.

En raison de leur mode de vie très discret, les hippopotames ne sont pas exploités pour la chasse de subsistance, mais ils sont tirés par des chasseurs opportunistes. Leur viande est, dit-on, d’excellente qualité, rappelant celle du sanglier; contrairement à celles de l’hippopotame commun, les défenses de l’hippopotame nain n’ont pas de valeur. Les effets des guerres civiles en Afrique de l’Ouest sur l’hippopotame nain ne sont pas connus, mais ils ne sont probablement pas positifs. Si les hippopotames communs adultes n’ont pas de prédateurs naturels, les hippopotames nains peuvent être tués par des léopards, des crocodiles et des pythons. Le nombre d’hippopotames tués de cette façon n’est cependant pas connu.

C. liberiensis a été classé en 2007 au sixième rang dans les dix espèces demandant le plus de protection pour éviter la disparition d’une espèce très originale. Il figure ainsi à côté de l’échidné à bec long d’Attenborough, du Solénodon de Haïti, du chameau de Bactriane, du dauphin de Chine, du loris grêle, de l’antilope Hirola, du macroscélide à croupe dorée, du kitti à nez de porc et de la gerboise à longues oreilles.

Bien que menacés dans la nature, les hippopotames nains se reproduisent facilement dans les jardins zoologiques. Entre 1970 et 1991, la population d’hippopotames nains nés en captivité a plus que doublé. La survie de l’espèce dans les zoos est plus assurée que la survie de l’espèce dans la nature. En captivité, l’hippopotame nain vit de 30 à 55 ans, plus que dans la nature. Depuis 1919, Seulement 41 pour cent des hippopotames nains nés dans les jardins zoologiques étaient des mâles.

Publié dans HIPPOPOTAME | Pas de Commentaires »

Histoire d’hippopotame au Musée

Posté par othoharmonie le 23 mars 2014

 

Voir l’article sur son site original : http://www.ouest-france.fr/actu/actuLocale_-La-tete-d-hippopotame-cachee-du-Musee-Vert-_72181-avd-20121113-63983346_actuLocale.Htm

 téléchargement (5)

Pour son retour aux affaires, Tom a choisi de te faire découvrir la tête d’hippopotame conservée dans les réserves du Musée Vert. Un « trophée » très… secret et assez mystérieux.

Chaque mardi, Tom fait découvrir aux enfants une oeuvre, une exposition ou un musée du Mans.

Sa grande gueule baille dans un petit coin des réserves du Musée Vert, derrière une table, quelques dossiers et un ordinateur… Discret malgré sa taille, voici l’hippopotame que tu n’as jamais vu. Peut-être qu’un de tes arrière-grands-parents pourrait se souvenir de lui du temps où il était installé dans un couloir du premier étage du musée de Tessé. Mais on parle ici d’un temps que les moins de 70 ans ne peuvent pas connaître…

Le plus grand mystère entoure cette vieille tête d’hippopotame, « très bien naturalisée à l’époque », mais que le temps a tout de même sérieusement dégradée. En clair, on n’est pas près de la revoir exposée.

« Sa restauration serait très coûteuse, souligne Nicolas Morel, responsable du Musée Vert. Et puis, il s’agit d’un trophée. C’est-à-dire, d’une partie de l’animal que l’on accrochait souvent au mur pour le montrer aux visiteurs… Il y a un aspect « chasse » assez fort derrière tout ça. On peut se poser la question de la valeur pédagogique de la présentation d’une telle pièce dans un musée. »

La tête d’hippo du Musée Vert n’a probablement jamais été fixée à un mur. Elle est beaucoup trop lourde pour ça ! Il faut dire qu’on ne l’a pas naturalisée grosso modo en la bourrant de paille. Non, cette tête a été remplie de plâtre !

D’où viens-tu hippopotame ?

En réalité, on ne sait rien de cette gueule d’hippo. Ni le nom du chasseur, ni celui du donateur, ni même sa date d’entrée dans les collections du musée ! On peut cependant penser que le « prince des fleuves » – considéré comme l’animal le plus dangereux et meurtrier d’Afrique ! – a été chassé à la fin du XIX e ou au début du XX e siècle, à une époque où les safaris en terres africaines étaient très à la mode.

Tu retrouveras l’esprit de cette époque en lisant Tartarin de Tarascon écrit par Alphonse Daudet, en 1872 : l’histoire d’un drôle d’aventurier parti en Afrique chasser le lion…

Musée Vert, 204, avenue Jean-Jaurès. Du lundi au vendredi de 9 h à 12 h et de 14 h à 18 h, le dimanche de 14 h à 18 h. Tarifs : 2,80 €, 1,40 €. Gratuit pour les moins de 18 ans. À voir actuellement, l’exposition temporaire : « Biodiversité, la fin du sauvage ? ». Rens. 02 43 47 39 94.

Écrit par Olivier RENAULT.

Publié dans HIPPOPOTAME | Pas de Commentaires »

Le trône du paon

Posté par othoharmonie le 3 mars 2014

 

téléchargement (1)LIVRE de Sujit Saraf chez Grasset, 816 pages

Ce roman nous plonge au cœur de Delhi, dans Chandni Chowk un des plus grands marchés de la ville, où nous faisons la connaissance d’une multitude de personnages de cultures et d’origines différentes ; ceux qui m’ont le plus marqué sont Gauhar un gamin des rues (bangladeshi), Gopal le vendeur de thé (hindou brahmane), Sohan Lal commerçant (hindou membre du PPI – Parti du Peuple Indien), Suleman (politique musulman, adversaire du PPI), Chitra une jeune femme moderne devenue journaliste … il y en a beaucoup d’autres.

L’histoire, qui s’inspire de faits réels, démarre en 1984 au moment de l’assassinat du Premier Ministre, Indira Gandhi. Au cours de ses dernières années de règne, alors que les relations entre hindous et sickhs étaient délicates, Indira a ordonné le massacre de milliers de sikhs. Ce qui lui valu son assassinat. A l’annonce de sa mort, le peuple est partagé.

Tout au long de cette lecture, je me suis imprégnée de cette ambiance tendue et j’ai découvert la vie dans le bazar de Delhi au travers des différents personnages ; la pauvreté qui côtoie la richesse, la lutte pour le pouvoir, la manipulation exercée par les politiques sur les plus vulnérables, autant de méfaits particulièrement mis en exergue par l’auteur.

Composé de 796 pages, ce livre est un trésor d’informations sur l’Inde et une partie de son histoire ; c’est aussi un roman avec des personnages attachants et des paysages qu’on imagine tout en couleur ; les descriptions sont si présentes qu’on croirait sentir les odeurs du bazar !

J’ai trouvé ce livre très intéressant quoi qu’un peu difficile à lire quand comme moi, on ne connaît rien de l’Inde et de sa politique (heureusement, il y a un lexique pour les nombreux termes indiens). Quant à l’auteur, Sujit Saraf, c’est un homme qui m’épate : écrivain, chercheur à la NASA, directeur artistique d’une compagnie de théâtre … décidément, il a plus d’une corde à son arc !

Un extrait du roman ; la scène se déroule à l’occasion d’une manifestation organisée par des musulmans pour sauver une mosquée vieille de quatre siècles : « Chitra ordonne à son cameraman de filmer la guerre des cacahouètes. Elle déteste devoir se repaître d’un scandale en guise de reportage sur un moment historique crucial. Mais que voit-elle ? Un jeune homme, avec un calot blanc et or, se tient devant le mémorial, il le touche ! Ce qui est strictement interdit. De son unique main … Gauhar ! Si la police le repère, il risque de se faire arrêter. N’est-ce pas poignant ? La rencontre entre un garçon du Bangladesh et le Père de la Nation ? Mais que fait-il ? Il ouvre sa braguette, il urine sur le mémorial ! « Arrêtez cet homme ! » hurle-t-elle.

Gauhar pisse, tranquillement. Il pisse heureux, soulagé. Que ce Mahatma aille se faire foutre, lui et son herbe. Il regarde le merveilleux jet jaune frapper les lettres d’acier et couler le long de la paroi de la pierre douce, et former une mare en bas ! »

Quelques photos et un commentaire illustrant Chandni Chowk

Merci à Ulike pour cette belle lecture.

Chronique rédigée par l’auteur du blog Entrez dans ma bibliothèque !

Quatrième de couverture:

Nous sommes en 1984, à Dehli. Le matin se lève sur le bazar joyeux et bigarré du plus grand marché de la ville, Chandni Chowk, gigantesque complexe de petites boutiques où il se vend de tout. Gopal Pandey, marchand de thé chai, s’éveille en sursaut et s’apprête à ouvrir son échoppe quand il se rend compte que la foule du marché est en émoi… Que se passe-t-il ? téléchargement (2)Bientôt la rumeur lui parvient : le Premier ministre, Indira Gandhi, vient d’être assassinée. C’est très vite la confusion : tous s’agitent, courent en tous sens ; il y a ceux qui sont fous de joie en apprenant la mort de la  » putain « , et ceux qui pleurent leur guide. Les esprits s’enflamment, les communautés s’affrontent dans un embrasement populaire qui dégénère : les Hindous crient vengeance contre les Sikhs. Dans le chaos, Gopal recueille quelques hommes qui tentent d’échapper à l’émeute – y compris un certain Gyan Singh, dont personne ne sait qu’il est accusé d’être l’assassin d’Indira…

Biographie de l’auteur:

Sujit Saraf est né en Inde, dans le Bihar, en 1969. Il suit des études à Darjeeling puis à Delhi, où il obtient un diplôme d’ingénieur à l’Institut Indien de Technologie. Il écrit ensuite sa thèse à la prestigieuse université de Berkeley, en Californie. Chercheur scientifique à la NASA pendant quelques années, puis enseignant à l’IIT de Delhi, il est actuellement installé à Palo Alto, en Californie où il mène des travaux de recherche sur les missions spatiales et le contrôle des satellites. Parallèlement à ses activités scientifiques, Sujit Saraf est directeur artistique d’une compagnie de théâtre et de cinéma, Naatak, près de San Francisco. Le trône du paon est son premier roman.

Publié dans PAON | Pas de Commentaires »

Origine et évolution du castor

Posté par othoharmonie le 8 décembre 2013

images (18)

 Le castor eurasiatique, Castor fiber, et le castor nord-américain, Castor canadensis, sont les derniers représentants d’une des nombreuses familles de rongeurs, les castoridés.

   L’ordre des rongeurs est très bien représenté : sur les 5 400 espèces de mammifères décrites, environ 2 000 sont des rongeurs. Parmi les cousins peu éloignés des castors, on trouve les écureuils et les marmottes (famille des sciuridés), leurs deux familles faisant partie du même sous-ordre, celui des sciuromorphes  . Apparue au courant de l’ère tertiaire, la famille des castoridés est connue en Amérique du Nord dès le début de l’oligocène – il y a 38 millions d’années –, en Europe à la fin de l’oligocène (il y a 24 millions d’années) et en Asie depuis la fin du miocène (il y a 5 millions d’années).

   Différents genres se sont ainsi succédé ou côtoyés : une vingtaine a pu être identifiée, dont certains étaient d’une stature impressionnante : au pléistocène   , Trogontherium, en Europe, et Castoroides, en Amérique du Nord, avaient la taille d’un ours noir et pouvaient peser jusqu’à 200 ou 300 kg ! Ces géants ont dû d’ailleurs cohabiter un temps avec le genre Castor, puisqu’il est apparu en Europe il y a entre 3 et 5 millions d’années, avant de s’installer en Amérique du Nord. L’espèce eurasiatique serait donc plus ancienne que l’espèce nord-américaine, mais toutes deux se ressemblent tant que les chercheurs ont longtemps pensé qu’il s’agissait du même animal. Des études génétiques, notamment la comparaison de leurs chromosomes respectifs, ont toutefois confirmé leur distinction.

   Aujourd’hui, le castor est le plus gros rongeur de l’hémisphère Nord, avec un poids moyen de 30 kg. Dans l’autre hémisphère, en Amérique du Sud, ce record est battu par le capybara   , ou cabiai, un autre rongeur lui aussi semi-aquatique, de 50 kg.

   Les castors nord-américains étaient estimés à 60 millions d’individus à l’arrivée des Européens sur cette partie du continent. L’importance déterminante qu’ils ont eue, génération après génération, dans le modelage de nombreuses vallées est un exemple unique chez les rongeurs. Mais leur influence sur ce continent ne s’arrête pas là. Leur fourrure, provoquant bien des convoitises, a été, au XVIIIe siècle, une telle source de conflits entre les Européens immigrants, Anglais et Français et les Amérindiens qu’elle peut expliquer une partie de l’histoire récente du Nouveau Monde.

Publié dans CASTOR | Pas de Commentaires »

répartition du castor En France

Posté par othoharmonie le 2 décembre 2013

 

images (24)Le castor européen occupait la majorité des cours d’eau du territoire français. Pourtant, dès la fin du xixe siècle, la chasse en particulier pour sa fourrure très recherchée, le piégeage et la destruction de ses milieux de vie avaient entraîné une forte régression de l’espèce (moins d’une cinquantaine d’individus subsistaient en 1900) dont l’ultime refuge fut la basse vallée du Rhône.

En 1909, le castor d’Europe fut protégé dans les Bouches-du-Rhône, le Gard et le Vaucluse. La population put alors prospérer et atteignit même Lyon vers 1960. La construction de barrages sur le Rhône interdit par la suite la colonisation naturelle d’autres secteurs. Des réintroductions eurent donc lieu çà et là en France dès 1950.

En 2003, l’espèce est présente à des degrés divers dans 42 départements, essentiellement dans la moitié est et dans le centre de la France. À cette date, la population estimée de castors est comprise entre 8 000 et 10 000 individus.

Depuis le début des années 1960, une vingtaine d’opérations de réintroduction concernant environ 270 castors ont été réalisées à partir de la souche rhodanienne, parmi les grands bassins concernés : la Loire, la Moselle, les affluents du Rhin (Doller, Ill, Moder), le Tarn dans le bassin supérieur de la Garonne.

Dans le sud-est de la France

Le castor est présent dans le delta du Rhône et le Rhône où l’effectif frôlerait actuellement les 3 000 sujets. Cette population se répartit sur le fleuve lui-même mais également sur la plupart de ses affluents en aval de Lyon (dont le Gardon, l’Ardèche, la Cèze, le Chassezac, l’Isère, la Drôme, le Gier, etc.). Dans ces régions à substrat rocheux, il fait peu de barrages.

Certains individus se seraient également implantés récemment plus au nord jusqu’à la Saône et dans quelques petits affluents du Jura français où les conditions environnementales pourraient lui être plus favorables (notamment à cause de la pollution du Rhône, mais surtout de son artificialisation et de l’aménagement des berges et digues pour les besoins du trafic fluvial ou le contrôle des crues).

Des castors vivent également sur le Vidourle, un fleuve côtier qui rejoint directement la mer et non le Rhône. Dans son ouvrage Au pays des castors, Paul-Henry Plantain mentionnait dans les années 1970 une colonie sur le Vidourle, réputée récemment disparue. On peut imaginer que des animaux ont été importés sur le Vidourle de manière officieuse, mais la colonie considérée comme éteinte dans le livre de Plantain pourrait aussi correspondre à un peuplement très ancien, distinct du rhodanien. Une étude génétique de ces animaux pourrait lever le doute.

Dans l’est de la France

images (25)Alsace : plusieurs familles de castors sont installées sur l’Ill, la Largue et la Doller en amont de Mulhouse. On peut observer la preuve de cette présence en marchant au bord de ces rivières et en étant attentif à la présence d’arbres coupés en forme de « crayons » à proximité immédiate de ces rivières.

Lorraine : 4 castors ont été réintroduits le 25 janvier 1983 sur la Moselle, en amont de Nancy, dans le secteur de Tonnoy. Ils ont été suivis de 11 autres en janvier et février 1984. Il s’agit, en tout, de 6 mâles et 9 femelles. Les individus se sont bien acclimatés et la population de castors connaît depuis une expansion régulière. Sa présence est considérée comme permanente sur la Moselle et ses affluents, dont le Madon, de Mirecourt à la ville de Toul. Alors que la population de castors était estimée à 40 individus en 1992, en 2007, un décompte opéré par le Groupe d’étude des mammifères de Lorraine, la situe entre 620 et 660 individus, répartis sur 200 sites. Le taux d’accroissement annuel est estimé à 18,6 % dans cette région, ce qui le rapproche des observations effectuées en Suisse ou en Allemagne. Il est désormais bien implanté sur la Moselle et la plupart des cours d’eau de son bassin. En 2000, le haut bassin de la Saône est colonisé. La progression moyenne annuelle du castor sur les cours d’eau lorrains est actuellement portée à 30 km. Par ailleurs, la présence de castors sur la Meuse et la Sarre est attestée et résulte des réintroductions en Belgique et en Allemagne. En Meuse, le Parc Naturel régional de Lorraine fait apparaître le castor dans la liste des espèces présentes dans la forêt humide de la Reine. Sa présence pourrait résulter de l’expansion territoriale de l’espèce depuis sa réintroduction en 1983.

Dans l’ouest et le centre de la France

Dans les années 1973, treize individus ont été réintroduits vers Blois, toute la population de Roanne à Nantes est issue de cette réintroduction. En 1994, treize autres individus ont été réintroduits par la FRAPNA Loire en plaine du Forez, la recolonisation naturelle étant impossible à cause du barrage de Villerest. Il colonise actuellement la Plaine du Forez sur le fleuve et les plus grands affluents (Lignon, Aix…). Plus de 100 km de cours d’eau sont occupés, une publication dans Arvicola montre cette recolonisation (Ulmer 2011). À partir des réintroductions, de petites populations se reconstituent sur le bassin versant de la Loire (Lignon de Haute-Loire, Loire en Forez et Roannais, Allier), et le castor y est aujourd’hui bien présent jusqu’en Loire-Atlantique. Les réintroductions expliquent la grande partie de cette expansioncertains pensent qu’il a franchi seul la ligne de partage des eaux entre Rhône et Loire, en haute Ardèche), lui permettent de recoloniser et d’animer à nouveau des kilomètres de ripisylves alluviales, maintenant qu’il est complètement protégé.

En Bretagne, dix individus furent relâchés de 1968 à 1971 dans le parc naturel régional d’Armorique, sur le cours de l’Elez. La population s’est quelque peu développée et se maintient aujourd’hui aux alentours d’une cinquantaine d’individus. De plus le castor est bien présent en Loire Atlantique, le long de la Loire.

Dans le nord de la France

Champagne-Ardenne : historiquement le castor est présent dans la région depuis les relâchés d’animaux en 1952 sur le Lac du Der. Cette population est depuis disparue et seuls quelques individus se sont maintenus quelque temps sur la rivière Marne, avant de disparaître. La population de castor européen sur la pointe des Ardennes est par contre bien vivace. Elle est effective depuis 1998. En effet, à la suite des relâchés « non officiels » effectués sur le plateau ardennais notamment à proximité des tourbières des Vieux-Moulins de Thilay en zone frontière avec la Belgique, l’espèce a retrouvé la Meuse. Elle recolonise depuis progressivement le département des Ardennes et aussi celui de la Meuse (sources ASBL Symbiose/Benoît MOINET et ONCFS).

Nord-Pas de Calais : de 1998 à 2000, une étude sur les potentialités d’accueil du castor européen dans la région a été commandée par le conseil régional. L’étude a été menée par les membres du Groupe Loutre Castor Nord qui ont poursuivi depuis un travail d’information et de sensibilisation sur les régions Nord-Pas de Calais, Picardie et Champagne Ardenne.

À travers la préservation d’espèces menacées, cette étude visait la gestion restauratoire et conservatoire des milieux naturels que constituent les cours d’eau, principaux corridors écologiques des bassins versants de la région. À terme, le retour du castor d’Europe (appelé aussi bièvre) au sein de rivières du bassin Artois-Picardie devait être la récompense d’un travail commun de réflexion, de la part des principaux acteurs, sur la préservation et l’évolution des cours d’eau de ce territoire, voire de la réhabilitation écologique de certains d’entre eux.
En effet, à l’occasion de chaque inondation, de chaque projet d’aménagement, la question de la gestion des cours d’eau revient au-devant de l’actualité. Qu’il s’agisse de petits cours d’eau oubliés ou de fleuves à forte valeur économique, la notion de « gestion intégrée » est maintenant entrée dans le vocabulaire commun, notamment grâce à la loi sur l’eau de 1992. Les applications sur le terrain sont quant à elles plus difficiles à mener.

La loi demande aux acteurs économiques de ne plus considérer les cours d’eau comme de simples vecteurs d’eau fluide à prélever, traiter, utiliser, épurer puis rejeter dans le milieu naturel. Ils doivent prendre de plus en plus en compte la qualité des milieux associés aux cours d’eau, l’objectif de la directive cadre sur l’eau étant le retour du « bon état écologique » des eaux et milieux humides en 2015. De leur côté, les acteurs chargés de la gestion durable de milieux fluviaux, notamment à haute valeur patrimoniale ne peuvent plus uniquement les considérer comme des espaces à conserver en l’état mais comme des écosystèmes complexes et dynamiques dont il faut accompagner l’évolution en préservant le fonctionnement hydrologique naturel et les écopotentialités du réseau hydraulique et de la trame bleue voulue par le Grenelle de l’environnement en 2007. « Laboratoires vivants », les espaces naturels fluviaux sont des terrains privilégiés pour la mise en œuvre de méthodes et de techniques originales en matière de gestion intégrée et restauratoire des cours d’eau et des milieux qui leur sont associés.

images (26)Au travers de la concertation, le travail collaboratif du Groupe Loutre Castor Nord (intégré depuis 1999 à l’association EAU VIVANTE), est de créer une dynamique de préservation des cours d’eau. En effet, sous l’action de symboles tels que le castor et la loutre d’Europe, l’un des buts était de faire se rencontrer les divers acteurs et gestionnaires institutionnels de nos fleuves, rivières et ruisseaux, afin que ceux-ci s’écoutent mutuellement et soient amenés à collaborer autour d’un projet de retour potentiel de ces animaux sur les rivières de la région. L’étude remise en octobre 1999 a conclu qu’un retour du castor européen en Avesnois était possible, la qualité des cours d’eau, la végétation et le cloisonnement limité des rivières et espaces aquatiques étant favorables à l’installation d’une trentaine de familles soit un peu plus de 100 individus sur le territoire du Parc Naturel Régional de l’Avesnois. En 2010, le Conseil Régional Nord-Pas de Calais a souhaité réactualiser cette étude. Les travaux d’inventaire ont été confiés au bureau d’études Biotope. Il ressort certaines évolutions de potentialités d’accueil après 12 ans, avec la possibilité de réintroduire l’espèce dans des secteurs encore favorable. La restauration de la Biodiversité des zones humides, dont le castor est un gestionnaire naturel, est la finalité de cette seconde étude.

Picardie : depuis 2007, quelques rares castors européens ont passé la frontière en venant de Belgique (au sud de Chimay) à la faveur de la proximité des sources de l’Eau blanche et de l’Oise. Ils sont installés dans le nord de la Thiérache sur la rivière Oise.

Avec l’aide de l’ensemble des acteurs institutionnels, locaux, associatifs et les populations riveraines des cours d’eau, des aménagements peuvent être réalisés spécifiquement en accompagnement du retour du plus gros rongeur européen dans le nord de la France (spontané ou aidé par réintroduction officielle des pouvoirs publics). Toute une politique de partenariat entre ces acteurs permettrait de développer à terme une démarche éco-touristique similaire aux actions engagées dans le territoire belge voisin.

Publié dans CASTOR | Pas de Commentaires »

Une recette de castor appréciée

Posté par othoharmonie le 23 novembre 2013

 

téléchargement (1)Les textes anciens rapportent nombre de croyances sur la vie du castor. On le considérait alors comme un poisson et certains disaient que l’ouverture de la hutte était prévue pour qu’il trempe sa queue dans l’eau afin d’y respirer ! Catalogué comme poisson par les hommes d’Église, la viande des castors était alors viande « maigre », et par conséquent consommable le vendredi et les jours de carême. De nombreuses recettes pour accommoder l’animal circulèrent dans toute l’Europe, et, encore au XVIIIe siècle, des moines, près du Rhône, fabriquaient du saucisson de castor garanti maigre !

   La viande de castor fait partie des viandes consommées par les Amérindiens des États-Unis et du Canada. Avec un peu plus de 20 % de protéines, elle est comparable aux viandes rouges. Certains ont même essayé le hamburger à la viande de castor ! Mais bien que l’animal soit chassé (la chasse est possible, bien que réglementée), sa viande n’est pas réellement exploitée.

 

Pâté de castor et queue de castor en chausson. C’est ce qui pourrait bientôt figurer sur les cartes des restaurants d’Ushuaia, ville la plus au Sud du monde, en Argentine. Les quelque 100.000 castors qui peuplent la province argentine de la Terre de Feu y deviennent gênants: leurs barrages provoquent des inondations et font disparaître des hectares de forêt. Pour venir à bout des rongeurs, introduits dans le pays en 1946, l’Argentine a trouvé la solution: les manger.

Des valeurs nutritionnelles intéressantes

Face à la rapide croissance de la population de castors en Argentine, les chercheurs du Conicet, le Conseil national d’investigations scientifiques et techniques argentin, ont préconisé de consommer la viande de rongeur dans les restaurants. Plusieurs chefs n’ont pas tardé à inventer des recettes comme les pâtés, les chaussons ou les tourtes au castor.

Marta Lizzaralde, à la tête du «Projet fédéral d’innovation productive pour la mise en valeur de la viande de castor», vante les mérites de cette viande peu commune: «Les études montrent que c’est une viande adaptée à la consommation humaine, et qu’elle a des qualités nutritionnelles importantes, comme une bonne teneur en acides gras».

Manger du castor, déjà une tradition

La méthode ne semble toutefois pas convaincre les autorités publiques. Engagé depuis plusieurs années dans la lutte contre le castor aux côtés du Chili, le gouvernement argentin préfère des méthodes plus radicales: «La consommation de la viande de castor est une alternative qui est parfaitement adaptée au niveau individuel. Mais les gouvernements (argentins et chiliens) ont opté pour une politique d’éradication qui prendra beaucoup plus de temps», explique Nicolas Lucas, secrétaire au Développement durable et à l’environnement de la province de la Terre de Feu.

Appliquant à la lettre le proverbe gaucho «Toute bestiole à pattes termine sur le grill», les paysans argentins n’ont toutefois pas attendu l’autorisation du gouvernement pour consommer du castor: «Ca fait bien longtemps qu’on cuisine de la viande de castor au four avec de la sauce aux champignons», témoigne un chercheur argentin.

Espèce importée du Canada, le castor a été introduit en Terre de Feu en 1946 par l’armée argentine pour développer le commerce des peaux. Seulement 25 couples de castors ont été installés à l’époque dans le pays, qui en compte aujourd’hui près de 100.000.

 Article de Audrey Chauvet

Publié dans CASTOR | Pas de Commentaires »

Oiseau symbolique et de bon augure de la cigogne

Posté par othoharmonie le 13 octobre 2013

Oiseau symbolique et de bon augure de la cigogne dans CIGOGNE stork_palic_serbiaLa Cigogne blanche, par sa grande taille, sa prédation des animaux nuisibles et parce qu’elle niche près de l’homme, a eu un impact important dans ​​la culture et le folklore. Dans l’Égypte antique, elle était associée au bâ, l’« âme », dont elle était le hiéroglyphe. Le mot hébreu pour désigner cette cigogne est « חסידה » (chasidah) et dérive de « חסד » (chesed), la « gentillesse, miséricorde », selon une croyance que l’oiseau est réputé pour être serviable avec les autres membres de son espèce. Les mythologies grecque et romaine dépeignent les cigognes comme des modèles de piété pour leurs parents, qui ne meurent pas de vieillesse mais s’envolent vers les îles et prennent l’apparence d’êtres humains. L’oiseau est le protagoniste de deux des fables d’Ésope : Du Laboureur et de la Cigogne et Du Renard et de la Cigogne. Cette dernière a inspiré Jean de La Fontaine dans l’écriture de sa fable Le Renard et la Cigogne ; le même auteur écrit également Le Loup et la Cigogne.

On prête également à ces oiseaux une forte piété filiale, avec la réputation de prendre soin de leurs vieux parents, de les nourrir et même de les transporter. Une loi grecque appelée Pelargonia, du grec ancien « πελαργός » (pelargos) désignant cette cigogne, exigeait des citoyens qu’ils prissent soin de leurs parents âgés. Les Grecs estimaient aussi que tuer une cigogne pouvait être puni de mort et dans la Thessalie antique, l’oiseau aurait été protégé car il chassait les serpents. L’« oiseau blanc haï des longs serpents » de Virgile est par ailleurs souvent considéré comme une référence à la Cigogne blanche, même si le Circaète Jean-le-Blanc , essentiellement ophiophage, a également été proposé pour interprétation. Virgile rapportait également que l’arrivée de l’« oiseau blanc » au printemps rappelait aux agriculteurs de planter leurs vignes. Au début du xixe siècle, les Grecs ont néanmoins tué de nombreuses Cigognes blanches après que les Turcs, qui les vénéraient, furent partis du pays.

La Cigogne blanche ne craint pas l’être humain tant qu’elle n’est pas dérangée, et niche souvent sur les bâtiments en Europe. En Allemagne, les cigognes étaient protégées car leurs âmes étaient dites humaines ; la présence d’un nid sur une maison était censé protéger la demeure des incendies. En 1007 à la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg, la foudre frappa l’édifice alors en construction et les ouvriers ne reprirent le travail qu’après qu’un couple de Cigognes blanches eut décidé de nidifier sur les échafaudages. Les allemands et les néerlandais encourageaient les cigognes à nicher sur leurs maisons pour leur porter chance, parfois en construisant des plateformes à cet effet. En Europe de l’Est, on pensait que les cigognes nichant sur une maison apportaient l’harmonie à la famille, qu’un village comptant beaucoup de ces oiseaux ferait une bonne moisson, et que l’animal pouvait prédire le temps : une agitation des cigognes était présage de mauvais temps, si l’oiseau se tenait sur une patte il allait faire froid, et s’il claquait du bec la journée serait ensoleillée. Dans l’islam, la cigogne (en arabe leklekou laqlaq par onomatopée), est soumise à un interdit alimentaire comme beaucoup d’oiseaux de proies, tout comme dans le judaïsme, selon le chapitre 14 duDeutéronome.

Les premiers éléments de compréhension sur la migration des oiseaux sont dus à un intérêt porté à la Cigogne blanche : l’appellation de Pfeilstorch (de l’allemand « cigogne à flèche ») désigne des cigognes ayant été touchées par des flèches africaines et retrouvées en Europe avec l’arme toujours fichée dans le corps. Un cas réputé concerne un individu trouvé dans l’été 1822 dans la ville allemande de Klütz, entièrement taxidermisé avec la flèche africaine ornée, et qui est exposé à l’université de Rostock. La Cigogne blanche figure sur plus de 120 timbres émis par plus de 60 organismes émetteurs. Elle est emblématique de l’Alsace, l’oiseau national de la Lituanie depuis 1973 et un symbole de la Biélorussie. On la retrouve beaucoup en héraldique, parfois avec un serpent dans le bec, comme dans les armoiries de la famille des Cicogna de Venise ou de La Haye, aux Pays-Bas. Elle était la mascotte polonaise de l’exposition universelle de 2000 de Hanovre. Pendant plusieurs siècles, les cigognes étaient réputées vivre uniquement dans les pays ayant une forme républicaine de gouvernement.

Publié dans CIGOGNE | Pas de Commentaires »

Cigognes et nouveau-nés

Posté par othoharmonie le 13 octobre 2013

Cigognes et nouveau-nés dans CIGOGNE 220px-ciconia_ciconia_-artis_zoo_netherlands_-parent_and_chicks-8a-1Une célèbre légende du nord de l’Europe conte que la Cigogne blanche est chargée d’apporter les bébés aux jeunes parents. La première trace remonterait à 1840 avec un poème gravé par l’allemand Jean Frédéric Wentzel, mais ce mythe a probablement une origine très ancienne ; il est popularisé par le danois Hans Christian Andersen au xixe siècle par son petit conte intitulé Les Cigognes. Le folklore allemand rapportait que les cigognes trouvaient les bébés dans les grottes ou les marais et les apportaient aux ménages dans un panier, en les portant sur leur dos ou les tenant dans leur bec. Les grottes étaient alors censées contenir l’adebarsteine ​ou « pierre de cigogne », mais les oiseaux pouvaient aussi trouver les enfants dans la Kindelsbrunnen ou « fontaine aux enfants » en allemand. Les nouveau-nés étaient directement donnés à la mère ou lâchés dans la cheminée. Les couples désirant un enfant pouvaient le signifier en plaçant des sucreries pour la cigogne sur le rebord de la fenêtre. Depuis l’Europe, le folklore s’est propagé partout dans le monde aussi loin que dans les Philippines et en Amérique du Sud.

Dans la mythologie slave, la cigogne fait naître les âmes en les apportant du paradis, Iriy, jusque sur la Terre, au printemps et en été. Dans le folklore germanique, Holda donne vie aux nouveau-nés à partir des âmes des défunts et l’oiseau est chargé d’apporter les enfants aux parents. Ces croyances sont toujours présentes dans la culture populaire moderne de nombreux pays slaves, au travers de l’histoire pour enfants simplifiée expliquant que les cigognes apportent les enfants dans ce monde. Les néerlandais nomment l’oiseau Ooievaar de l’allemand odebaar pour « transporteur d’âmes ». Les slaves voyaient la cigogne comme un porte-bonheur, et tuer l’un de ces oiseaux portait malheur. La légende sur l’origine des enfants est apparue sous différentes formes dans l’histoire, et l’on disait parfois aux enfants d’esclaves afro-américains que les bébés blancs étaient apportés par les cigognes tandis que les bébés noirs naissaient à partir d’œufs de buses. En Orient, un simple regard de l’oiseau suffit à rendre une femme enceinte.

images-122 dans CIGOGNELe caractère durable de ce mythe du nouveau-né est possiblement lié au fait qu’il remédie à l’inconfort de parler de sexe et de procréation à des enfants. Les oiseaux ont longtemps été associés à des symboles maternels, des déesses païennes comme Junon ou Ilithyie jusqu’au Saint-Esprit, et la cigogne peut avoir été choisie pour son plumage blanc (représentant la pureté), sa taille (elle est assez grande pour transporter un nouveau-né) ou son vol à haute altitude (comparé à un vol entre la Terre et le Ciel). Dans la mythologie grecque, Antigone, fille de Laomédon est changée en cigogne par Junon, « celle qui permet à l’enfant de voir la lumière du jour », après lui avoir disputé la beauté. La légende des bébés et sa relation avec le monde interne de l’enfant a été étudiée par Sigmund Freud, et parCarl Gustav Jung qui se rappelle s’être entendu raconter cette histoire pour la naissance de sa propre sœur.

Le mythe est toujours entretenu avec des utilisations dans les faire-part de naissance, ou dans la publicité pour des produits tels que des couches. Chez les Schtroumpfs, de la bande dessinée de Peyo, c’est également la Cigogne blanche qui apporte les bébés les nuits de « lune bleue ». Une étude à long terme montrant une corrélation trompeuse entre le nombre de nids de cigognes et celui des naissances humaines est souvent citée dans l’enseignement basique des statistiques comme un exemple montrant que corrélation n’implique pas nécessairement causalité : c’est une illustration du sophisme cum hoc ergo propter hoc, parfois appelé « effet cigogne ».

Symbolique plus sombre

Le folklore autour de la Cigogne blanche compte aussi des aspects négatifs. Ainsi un conte polonais narre comment Dieu a fait le blanc plumage de l’oiseau, et comment le diable a ajouté le noir de ses ailes, insufflant dans l’animal des impulsions à la fois bonnes et mauvaises. En Allemagne, on expliquait les nouveau-nés handicapés ou mort-nés comme ayant été lâchés accidentellement en chemin par la cigogne, ou comme une punition pour de mauvais actes passés des parents ; les angiomes de naissance portent parfois le nom de « Storch beißt » (morsures de cigogne). La mère alitée avant l’accouchement était dite « becquée » par la cigogne. Au Danemark, on disait que les couples de cigognes jetaient un jeune du nid, puis des œufs les années suivantes. Dans l’Angleterre médiévale, la cigogne était également associée à l’adultère, peut-être à cause de ses ostensibles parades nuptiales, sa toilette et ses postures qui étaient interprétées comme de la fatuité ; elle réprimandait les femmes infidèles par des coups de bec, mais le sexe masculin n’était pas concerné par son comportement moraliste.

Publié dans CIGOGNE | Pas de Commentaires »

Le pigeon, messager depuis toujours

Posté par othoharmonie le 26 septembre 2013


Le pigeon, messager depuis toujours dans PIGEON - COLOMBE telechargement-51Le pigeon messager est déjà cité dans la Bible. En effet, après quarante jours de déluge, Noé lâche une colombe qui revient en tenant dans son bec un brin d’herbe qui prouve que les eaux se sont retirées.

Trois mille ans avant Jésus-Christ, les pigeons sont utilisés par les navigateurs Égyptiens pour annoncer leur arrivée au port plusieurs jours à l’avance. Plus tard, les Grecs les utilisent pour annoncer les résultats des Jeux Olympiques. Jules César informe le Sénat des ses victoires par pigeon voyageur.

En 732, Charles Martel annonce ainsi la victoire de Poitiers sur les Sarrasins.

Au cours des siècles qui suivent, les pigeons continuent à être employés pour acheminer l’information dont la maîtrise est un facteur de puissance et souvent de richesse.

Avant l’abolition des privilèges du 4 août 1789, seuls les nobles et le clergé ont le droit de posséder des colombiers.

Le 18 juin 1815, Napoléon est défait à Waterloo. Ce jour-là le télégraphe de Chappe n’est pas opérationnel à cause du brouillard. L’un des fils du banquier Rothschild est installé à Londres. Par pigeon voyageur privé, il est informé de la défaite française avant le gouvernement anglais. Il spécule sans risque en achetant massivement à la Bourse et réalise des plus-values considérables.

Au début des deux conflits mondiaux, les Allemands s’empressent d’interdire la possession de pigeons voyageurs dans les territoires occupés et la punissent de mort.

L’idée de recourir aux pigeons voyageurs dans les opérations militaires remonte à l’Antiquité. En 43 avant Jésus-Christ, les légions d’Antoine assiègent Modène. Decimus Brutus, qui défend la cité, envoie à Hirtius, au camp des consuls, des lettres attachées aux pattes de pigeons. Pline en conclut: « Que servaient donc à Antoine ses retranchements profonds, la vigilance de ses sentinelles et même les filets tendus à travers le fleuve, quand il est possible de communiquer avec l’extérieur par la route du ciel?« .

Le pigeon voyageur a toujours joué un rôle primordial dans les guerres de siège, parfois au détriment des assiégés. En 1098, lors de la Première Croisade, Godefroi de Bouillon s’épuise en faisant le siège du fort d’Hajar, dans la plaine de Saint-Jean-d’Acre. Il s’apprête à lever le camp, quand un pigeon abattu en plein vol lui apprend que les assiégés sont au bord de la capitulation.

Publié dans PIGEON - COLOMBE | Pas de Commentaires »

Pigeon biset

Posté par othoharmonie le 17 septembre 2013

Pigeon biset dans PIGEON - COLOMBE pigeon_biset-pigeonneauLe pigeon biset (Columba livia) est l’espèce qui comprend le pigeon domestique et la plupart des pigeons des villes  mais qui subsiste également comme oiseau sauvage dans son milieu naturel original : les falaises et autres milieux rocheux. Le type domestique est différent du type sauvage.

C’est un oiseau de la famille des Columbidés. L’espèce (Columba livia) a donné naissance à de nombreuses races élevées pour la chair, l’ornement ou la course (pigeon voyageur).

L’espèce est présente à l’état sauvage sur tous les continents. De nombreuses sous-espèces ont été décrites, les possibles croisements avec les populations férales rendant la situation confuse.

  • Columba livia dakhlae Meinertzhagen, 1928
  • Columba livia gaddi (Zarudny & Loudon, 1906)
  • Columba livia gymnocycla G. R. Gray, 1856
  • Columba livia intermedia Strickland, 1844
  • Columba livia livia Gmelin, 1789
  • Columba livia neglecta Hume, 1873
  • Columba livia palaestinae Zedlitz, 1912
  • Columba livia schimperi Bonaparte, 1854
  • Columba livia targia Geyr von Schweppenburg, 1916

Le pigeon est domestiqué depuis la préhistoire. Les colombiers de l’époque romaine, cités par Pline l’Ancien dans son Histoire Naturelle ont pour l’essentiel disparu, mais les colombiers européens construits du Moyen Âge au XIXe siècle constituent encore à eux seuls un patrimoine architectural, d’une variété de formes et de décorations qui n’a pas d’équivalent pour les basse-cours ou autres bâtiments d’élevage, hormis les écuries.

Le pigeon a en effet connu d’importantes fonctions commerciales et militaires, jouant jusqu’en 1918 un rôle important, voire essentiel pour la transmission des messages stratégiques. Il semble d’ailleurs que les Chinois, les Égyptiens, les Perses, et les Grecs aient très tôt appris à profiter de l’instinct remarquable qui ramène au pigeonnier le pigeon domestiqué. Les pigeons voyageurs sont ainsi devenus vecteurs et porteurs d’importants messages qui ont changé le cours de campagnes militaires, d’histoires d’amour ou du pouvoir et des complots. Ils ont aussi été utilisés pour le commerce et pour la spéculation financière. Ils se nourrissent essentiellement de graines, de fruits et plus rarement de quelques insectes.

Des esclaves ou serviteurs, puis des soldats spécialisés ont été affectés à l’élevage, aux soins et au transport des pigeons messagers. Pour abriter et élever ses pigeons, l’empire romain a construit de nombreux et énormes pigeonniers pouvant abriter 4 000 à 5 000 pigeons chacun. Les messages pouvaient être codés, ou c’est simplement le pigeon qui pouvait porter un objet (ruban coloré) ou être lui-même teint pour annoncer une nouvelle. Au siège de Modène par Marc Antoine, en 43 avant J.-C., le consul Hirtius est réputé pour avoir fait parvenir à Decimus Brutus, commandant de la ville, un message attaché au cou d’un pigeon auquel Decimus Brutus a répondu par un message attaché à la patte d’un autre pigeon. Pline l’Ancien dans son Histoire Naturelle évoque la moindre utilité des remparts, sentinelles et sièges alors qu’on « peut faire parvenir des nouvelles à travers l’espace ».

Les croisés ont voyagé avec un véritable service rapide, aéropostal avant l’heure, assuré par des pigeons. Les pirates et corsaires en auraient utilisé.

Une difficulté du système est qu’il faut posséder des pigeons élevés dans le pigeonnier du destinataire. Il peut également arriver que le pigeon meure en route, éventuellement sous les serres du faucon dressé à la chasse, c’est pourquoi les messages importants étaient envoyés en plusieurs copies par différents pigeons.

Après les pigeons de la guerre de 1870, le pigeon de 1914-1918 a encore joué une fonction importante, mais qui s’est presque éteinte avec le développement des transmissions par voie électrique (télégraphe, téléphone) puis hertziennes ou mixtes, liées au réseau Internet ou au téléphone portable. Néanmoins on peut citer le « Project Pigeon » (Projet Pigeon) qui lors de la Seconde Guerre mondiale, était destiné à utiliser des pigeons dressés pour guider un missile. De nombreuses armées entretiennent toujours un petit nombre de pigeons voyageurs, qui servent aussi parfois au sauvetage (en mer par exemple).

Lors de la révolution industrielle, il est au XIXe siècle devenu un animal de concours choyé par de nombreuses associations colombophiles (environ 10 000 adhérents pour la seule région Nord-Pas-de-Calais en France à la fin du XXe siècle, et autant de l’autre côté de la frontière).

Publié dans PIGEON - COLOMBE | Pas de Commentaires »

Peuple aux corbeaux

Posté par othoharmonie le 2 août 2013

Peuple aux corbeaux   dans CORBEAU telechargementNation courageuse, les Crows doivent se défendre à la fois contre les Lakotas, les Cheyennes et les puissants Blackfeet. Dans l’espoir de préserver leurs terres de l’invasion blanche, ils fournissent, entre 1875 et 1878, des éclaireurs à l’armée américaine. Ils ont actuellement une réserve dans l’est du Montana.  

Leur véritable nom est Absaroka qui signifie « Corbeau« . Les Crows sont très représentatifs de la culture des Indiens des Plaines. Ils étaient, avec les Cheyennes, les plus grands et les plus beaux parmi les Indiens. Leurs tipis étaient grands et bien construits, leurs vêtements parmi les plus riches et les plus confortables. Les femmes crows tannaient des peaux douces et souples comme le velours. Ils possédaient de grands troupeaux de beaux chevaux convoités par les tribus voisines.

Comme la plupart des Indiens qui occupaient les grandes plaines américaines au XVIIIè et au XIXè siècle, les Crows sont venus de l’Est. Leurs ancêtres semblent avoir vécu au XVIè siècle dans ce qui est maintenant l’état du Minnesota.

Vers 1580, un groupe se déplace vers l’ouest, atteignant la région des Black Hills. Ils deviendront les Crows de la Montagne. Un autre groupe qui allait devenir les Crows de la Rivière atteint la haute vallée du Missouri seulement au début du XVIIIè siècle. Ceux de leur peuple demeurés à l’est du Missouri seront connus comme les Hidatsas. Les Crows de la Rivière ont durant de nombreuses années des relations suivies avec leurs parents hidatsas, puis, ayant acquis des chevaux, ils adoptent définitivement le mode de vie des Plaines, basé sur la chasse au bison. Au XVIIIè siècle, Crows de la Montagne et Crows de la Rivière entretiennent des rapports étroits.

Publié dans CORBEAU | Pas de Commentaires »

Autruches Élevées dans des fermes

Posté par othoharmonie le 9 juin 2013

 surtout pour leurs plumes

Autruches Élevées dans des fermes dans AUTRUCHE - EMEU elevageImmenses et bouffantes, les plumes d’autruche, pour les Égyptiens, symbolisaient la justice et l’équité, car elles sont de largeur égale de part et d’autre de leur axe central (ce qui n’est pas le cas chez les autres oiseaux). Une plume d’autruche surmontait ainsi la tête de la déesse égyptienne Maat, qui présidait à la pesée des âmes. Les chasse-mouches des pharaons et des hauts dignitaires étaient en plumes d’autruche pour rappeler que leur devoir essentiel était la justice.

   Les plumes d’autruche ont aussi été utilisées pour la décoration des attributs guerriers. Les Égyptiens en ornaient le frontal des chevaux qui tiraient leurs chars de combat ou de parade, et, au Moyen Âge, elles surmontaient souvent le heaume des chevaliers. Plus tard, elles ont servi, notamment, à empanacher le large feutre des mousquetaires.

   À partir du XVIIe siècle en Occident, elles paraient les coiffures des dames de la noblesse et les chapeaux extravagants des premiers artistes lyriques. Mais c’est au cours du XIXe siècle que les plumes d’autruche connaissent leur plus grand succès en suscitant un véritable engouement. Les modistes en font une énorme consommation et les revues à grand spectacle, des deux côtés de l’Atlantique, ne peuvent être conçues sans une profusion de plumes froufroutantes. Pour satisfaire une telle demande, la chasse ne suffit plus, sous peine de voir se tarir définitivement la source. Aussi voit-on apparaître des fermes spécialisées dans l’élevage des autruches. La première est créée en 1838, en Afrique du Sud, dans la vallée du Petit Carro, au sud de la province du Cap. La région, fertile et facile à irriguer, permet de planter des champs de luzerne, où les autruches sont lâchées en semi-liberté. Les fermes se multiplient ; en 1875, 2 159 autruches sont élevées dans cette région, et 110 000 en 1914. On voit apparaître des élevages en Algérie, en Sicile et en Floride. Une ferme est même créée en France, à Nice, et une autre en Allemagne, à Hambourg. Dans les années 1910, l’Afrique du Sud exporte 370 000 kg de plumes d’autruche par an, ce qui représente un nombre de plumes considérable. Puis, avec la guerre, tout bascule. La mode changee, les chapeaux se portent moins. Seuls les music-halls ont encore des besoins importants, et aujourd’hui encore, les plumes sont surtout utilisées par l’industrie du spectacle. Les plus recherchées sont celles des mâles, les noires, mais plus encore les blanches, qui se prêtent bien à la teinture. La collecte des plumes se fait tous les neuf mois, peu après la mue, afin qu’elles ne soient pas encore usées. Les plumes ne sont pas arrachées, mais coupées au ras de la peau (ce qui est indolore pour l’animal) et prélevées uniquement sur des autruches de 3 à 12 ans.

   Les fermes d’autruches produisent aujourd’hui également du cuir, de la viande (consommée sous forme de steaks, de terrines, etc.) et des œufs. Ces élevages, que l’on peut tous visiter, ont aussi une fonction touristique, en Afrique (où sont organisées des courses d’autruches montées par des jockeys) comme en Europe.

Publié dans AUTRUCHE - EMEU | Pas de Commentaires »

La Dame à l’hermine

Posté par othoharmonie le 28 mai 2013

venez me rejoindre sur le forum  : http://devantsoi.forumgratuit.org/ 

La Dame à l'hermine dans HERMINE - VISON- BELETTE dame-a-lhermine-219x300La Dame à l’hermine est un tableau de 54 × 39 cm peint par Léonard de Vinci entre 1488 et 1490. Il est peint sur du bois de noyer, provenant du même tronc d’arbre que La Belle Ferronnière. Le fond du tableau a été repeint dans une couleur sombre à une époque tardive. Des analyses menées grâce à une caméra multi-spectrale en 2007 ont montré qu’à l’origine, « il s’agissait d’un bleu-gris modulé différemment de gauche à droite du tableau, ce qui permettait de donner une impression de profondeur ». Des repeints ont aussi été repérés (dans la zone inférieure notamment, ainsi que sur la coiffe ou sur la main droite). Le pelage de l’hermine a perdu de son éclat. En dépit des dommages subis, le tableau est néanmoins dans un meilleur état de conservation que plusieurs autres peintures de Léonard.

La peinture est acquise en 1798 par Adam Jerzy Czartoryski, pour sa mère la princesse Izabela Czartoryska et intégrée dans les collections de la famille Czartoryski en 1800. Entre 1830 et 1876, elle est accrochée à l’hôtel Lambert, siège de l’immigration polonaise libéral-aristocratique à Paris et propriété des Czartoryski, puis elle revient ensuite en Pologne, à Cracovie dans le nouveau musée Czartoryski. En 1914, la princesse Maria Ludwika la confie à la Gemäldegalerie de Dresde. Elle est restituée en 1920, puis saisie en 1939 par les nazis et envoyée au Kaiser Friedrich Museum à Berlin. En 1940 Hans Frank, gouverneur général de la Pologne non incorporée au Reich, demande qu’elle soit restituée à la ville de Cracovie et il l’accroche, par la suite, dans ses bureaux. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, elle est découverte par les troupes alliées dans la maison de Frank en Bavière. Elle revient en Pologne en 1946 et est actuellement exposée depuis le 12 mai 2012 au Château du Wawel à Cracovie en attendant la réhabilitation du musée Czartoryski dans la même ville, après avoir été exposée du 9 novembre 2011 au 5 février 2012 à la National Gallery à Londres, au sein de l’exposition temporaire « Léonard de Vinci, un peintre à la cour de Milan ».

La peinture est l’un des quatre portraits connus de femme peints par Léonard, les trois autres étant le portrait de la Joconde, celui de Ginevra de’ Benci et celui de la Belle Ferronnière. On pense que l’œuvre représente Cecilia Gallerani, la maîtresse de Ludovic Sforza, duc de Milan. Cecilia Gallerani (1473-1536) était devenue la maîtresse de Ludovic Sforza très jeune (vers 1488-1489). Leur liaison dura jusqu’au milieu de l’année 1492, après qu’elle eut donné naissance à un fils, César. En 1490, Ludovic Sforza épousa Béatrice d’Este, qui le contraint à mettre fin à cette relation. On peut donc dater le tableau soit des années 1488-1489 avant le mariage, soit un peu plus tard, si l’on admet comme Frank Zöllner qu’il puisse s’agir d’un cadeau d’adieu de Ludovic Sforza à son ancienne maîtresse.

Nous possédons une correspondance datant de 1498 entre Cecilia Gallerani et Isabelle d’Este faisant directement référence à ce tableau. Isabelle d’Este s’adresse ainsi à Cécilia : « Ayant eu aujourd’hui l’occasion de voir quelques tableaux de Giovanni Bellini, j’ai réfléchi à l’œuvre de Léonard avec le désir de la comparer et me souvenant qu’il avait fait votre portrait d’après nature, je vous prie […] de bien vouloir m’envoyer le portrait. »

Une inscription erronée figure dans le coin haut gauche de la toile, « LA BELE FERIONIERE. LEONARD D’AWINCI. », probablement une confusion faite par un restaurateur avec le portrait de profil du Louvre attribué par Bernard Berenson à Bernardino de Conti6, et considéré tout au long du xvie siècle comme un portrait authentique de la Belle Ferronnière.

Si nous analysons ce tableau :

Le tableau concentre toutes les innovations du portrait inspiré à Léonard par l’exemple d’Antonello de Messine : la pose de trois-quart, le visage tourné vers le spectateur, la grâce du geste de la main (depuis l’abandon du portrait de profil, les peintres sont devenus particulièrement attentifs aux gestes des mains) « la définition de la forme par la lumière », et « le sens du mouvement interrompu » (Cécilia semble tourner la tête comme si quelqu’un lui parlait). Cécilia porte une robe somptueuse, « préfigurant la mode espagnole, et peut-être rapportée de Naples par Ludovic Sforza » Sa tête est enveloppée d’un précieux voile transparent. Léonard a mis un soin tout particulier à rendre le collier de perles, ainsi que ses reflets noirs sur la chair rose du modèle. Le décalage entre la richesse des vêtements, le geste ferme et le visage encore juvénile ajoutent au charme du tableau.

Ce portrait très raffiné est à l’image de son modèle. Cecilia Gallerani avait appris très tôt le latin. Elle composait des poèmes, pour lesquels on la comparait à Sapho. Plus tard, Matteo Bandello la qualifiera même d’un des « grands phares de la langue italienne ».

Plusieurs interprétations iconographiques de l’hermine que tient la jeune femme ont été proposées. On y a vu le symbole de la pureté. Léonard de Vinci lui-même le rappelle dans le Manuscrit H : « L’hermine (…) se laisse capturer par les chasseurs plutôt que de se réfugier dans un terrier plein de boue, pour ne pas entacher sa pureté ». Ce pourrait être aussi un calembour sur son nom de famille, Gallerani, l’hermine en grec se disant galay, ou encore l’emblème du More, qui était « l’ermellino », une petite hermine, depuis qu’il avait été décoré de l’ordre d’ell’ermillino en 1488 par Ferdinand II de Naples… , même si Léonard souhaitait peindre une hermine.

Vraisemblance L’hermine est un petit animal au corps allongé de 16 à 31 centimètres, blanc en hiver, la queue noire toute l’année, de petites oreilles ourlées et liserées de blanc, un museau effilé (un peu comme un rat), des pattes ne dépassant pas 5 centimètres, qui servait d’animal de compagnie à cette époque, dont la ressemblance est proche de la belette de la même famille des mustélidés. La représentation de Léonard de Vinci est très vraisemblable, allongé sur un avant bras féminin d’une trentaine de centimètres, une main toute aussi féminine d’une vingtaine de centimètres, dont la tête ne dépasse pas l’épaule, en appui sur son membre antérieur. L’hermine est prisée à la fois pour la blancheur de sa fourrure d’été, (pelage brun au dessus, blanc jaunâtre en hiver), ainsi que pour sa plus petite taille par rapport au furet dont la taille est le double et les dents beaucoup plus dangereuses. C’est davantage le furet qui paraîtrait énorme, trois fois plus long que la main de la dame, et sa tête est très différente (plus proche d’un petit renard). La représentation du peintre semble assez fidèle.

La Dame à l’hermine a été choisie en illustration sur la couverture du coffret 15 Years After (2005) du projet musical Enigma, créé par Michael Cretu. image reprise pour la couverture de l’album Enigma: The Platinium Collection (2010) célébrant 20 ans de musique d’Enigma.

La Dame à l’Hermine a servi de base pour une œuvre de Street’Art effectuée par Mr Degri le mercredi 22 septembre 2010 en direct à la galerie l’Entrepôt Monaco dans le cadre de l’exposition « Gestes Urbains » pour l’œuvre de bienfaisance de la fondation Théodora.

 

Publié dans HERMINE - VISON- BELETTE | Pas de Commentaires »

12345
 

Жихен - Tendresse Éternelle |
binsle120 |
Univers sans lisse |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Les maux avec des mots
| Iz avance
| mbuello