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Formation de la terre végétale par les vers de terre

Posté par othoharmonie le 21 juin 2015

Darwin,_Earthworm,_Fig._2 

La Formation de la terre végétale par l’action des vers de terre, avec des observations sur leurs habitudes (titre original anglais : The Formation of Vegetable Mould through the Action of Worms, with Observations on their Habits, abréviation parfois utilisée : Worms) est le titre d’un ouvrage de Charles Darwin, dont la première édition est parue le 10 octobre 1881. Une année avant sa mort, Darwin concluait avec ce livre ses décennies d’études sur les interactions entre les vers de terre et la structure des sols, ainsi que sur le comportement de ces animaux.

Au début du xixe siècle, les vers de terre étaient considérés comme nuisibles, en particulier en dehors des sciences agraires. Les observations précises de Darwin sur leur mode de vie, ainsi que ses expériences sur leurs capacités auditives, visuelles et thermosensibles, ainsi que sur l’action de leurs réflexes conduisirent à la rapide diffusion de ses observations. Le savoir sur l’utilité des vers de terre dans l’agriculture s’imposa vite, même en-dehors des milieux spécialisés.

Sur la base de preuves de divers continents, Darwin avec l’exemple de l’écologie des vers de terre a démontré pour la première fois l’importance de la vie souterraine pour la formation des sols. 

De décembre 1831 à octobre 1836, Charles Darwin prend part à une expédition scientifique sur le HMS Beagle, qui le conduit autour du monde. Immédiatement après son retour, il commence à classer les éléments, les manuscrits et les notes qu’il a rapportés de ces cinq années, et à préparer les publications envisagées. La première paraît dès février 1838 sous le titre The Zoology of the Voyage of H.M.S. Beagle. Les suites du long voyage en mer et le travail intensif sur les manuscrits endommagent la santé de Darwin au point que ses médecins lui recommandent en 1837 d’arrêter ses travaux pendant quelques semaines, et d’aller passer l’été à la campagne. Darwin passe ces semaines de vacances chez son oncle Josiah Wedgwood II à Maer Hall dans le Staffordshire.

Pendant ce séjour dans la fraîcheur de l’été, son oncle lui raconte une observation qu’il a faite peu auparavant sur plusieurs de ses prairies. Francis Darwin, le troisième fils de Darwin rappelait en 1887 que son père n’avait jamais nié par qui il avait été incité à étudier les vers de terre : « Il était reconnaissant à son oncle Josiah Wedgwood de lui avoir fait observer que les vers, quand ils ramènent de la terre à la surface dans leurs excrétions, recouvrent tous les objets posés par terre » (repris de Graff). Peu de semaines après son départ de Maer Hall, le 1er novembre 1837, Darwin présenta devant la Geological Society of London une petite contribution : On the formation of mould (« Sur la formation des sols végétaux ») …

« […] dans lequel il est montré que les petits fragments de marne, de cendres, etc. répandus en couche épaisse sur plusieurs prairies se retrouvent au bout de quelques années à la profondeur de quelques pouces de profondeur, mais tout en gardant le profil de la couche initiale. Ce plongement apparent d’objets superficiels, résulte, comme Mr. Wedgwood de Maer Hall dans le Staffordshire m’en a suggéré au début l’hypothèse, de l’accumulation d’une grande quantité d’une terre très fine, qui est apportée constamment à la surface par les vers sous la forme de leurs excréments cylindriques. Ces excréments sont tôt ou tard étalés à la surface, et recouvrent tout objet resté à la surface du sol. J’ai donc été amené à la déduction que toute la terre végétale du pays est déjà passée de nombreuses fois par les voies digestives des vers, et y passera encore beaucoup. »

L’exposé de Darwin est publié tout d’abord en 1838, rédigé par un auteur inconnu, dans les Proceedings of the Geological Society of London, puis en 1840 par Darwin lui-même, dans une version retravaillée et complétée, dans les Transactions of the Geological Society. Une faute d’impression dans cette deuxième publication conduit Darwin à faire une petite communication en 1844 dans laGardeners’ Chronicle and Agricultural Gazette, sous le titre On the Origin of Mould

Ce n’est que dix ans après la publication de son ouvrage majeur L’Origine des espèces et qu’il a commencé son travail sur La Filiation de l’homme et la sélection liée au sexe qu’il recommence, en 1869, à s’occuper de l’importance des vers de terre pour la formation de la terre végétale. Le déclencheur en est une critique de son article de 1844 dans la Gardener’s Chronicle :

« En 1869, M. Fish a rejeté mes déductions concernant le rôle que les vers jouent dans la formation de la terre végétale, et ce pour l’unique raison de leur supposée incapacité à accomplir ce travail. Il remarque : « eu égard à leur faiblesse et à leur petite dimension, le travail qu’ils auraient accompli selon cette conception serait étonnant ». […] Bien que ces objections ne m’apparaissent avoir que peu de poids, je me suis décidé à entreprendre une série d’observations supplémentaires de la même nature que celles déjà publiées[…] »

Image illustrative de l'article La Formation de la terre végétale par l'action des vers de terreDe trois lettres de la nièce de Darwin, Lucy Wedgwood, il ressort que celle-ci a dès mai 1870 fait des observations sur les activités de vers de terre qu’elle gardait apparemment dans des récipients ; cependant, ce n’est qu’à partir de l’hiver 1870/71 que l’on peut avoir la preuve d’un tas de dessins de Darwin sur ce thème. Ce n’est qu’en 1983 que Graff a attiré l’attention sur ce point, après un réexamen des documents originaux laissés par Darwin.

Pendant les dix années suivantes, Darwin rassemble tous les écrits possibles sur les vers de terre, demande en des lieux éloignés dans le monde des collections d’échantillons, ou tout au moins des descriptions précises des excréments, et conduit de son côté de nombreuses expériences. Le manuscrit est terminé enfin à la fin de mai 1881 ; l’édition du livre est retardée jusqu’à octobre 1881, parce que l’éditeur anglais de Darwin s’attache à le faire paraître simultanément en Angleterre et aux États-Unis.

 

 

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DES PIERRES COMME DES CAMELEONS

Posté par othoharmonie le 7 juin 2015

 

images (8)Au milieu du XIXe siècle, la « pierre qui croule » d’Uchon, galet de granit de huit mètres de large et de 2 mètres 30 de haut, pesant plus de 20 tonnes et situé à l’orée du bois d’Escrots, jouissait d’une propriété curieuse, celle d’osciller du nord au sud à la moindre pression. C’était mystérieux et divertissant.

Les savants expliquaient déjà prosaïquement le phénomène : la « pierre qui croule » et son support, appartenant à la catégorie des granits porphyroïdes tendant à se décomposer, les parties exposées aux intempéries, depuis des siècles, s’effritèrent peu à peu. Seuls, les points de contact échappant à cette décomposition, formèrent un pivot naturel qui, par sa position légèrement oblique, permettait un déplacement facile du centre de gravité.

Mais pour les habitants, la « pierre qui croule » était auréolée de surnaturel. Les anciens, paraît-il, la consultaient comme un oracle, et leurs descendants, vigilants gardiens des traditions ancestrales, la prenaient encore pour arbitre. Seulement, par une singularité de leur nature, ils l’avaient transformée en juge spécialiste de la fidélité conjugale.

Quelque mari jaloux concevait-il des doutes sur la sagesse de son épouse ? Il l’amenait de gré ou de force à la « pierre qui croule ». Et là, de son doigt tremblant, l’inculpée devait mettre le juge en mouvement. Le nombre des oscillations fixait, sans erreur possible, le soupçonneux conjoint sur son bonheur ou son infortune.

Que de drames, que de comédies se jouèrent à l’ombre du rocher ! Les bonnes langues disent même que certaines villageoises à l’âme inquiète venaient en cachette s’exercer à risquer l’épreuve. Néanmoins, la « pierre qui croule » était la terreur des petites Morvandelles à tête folle, la bête noire aussi de tous les coqs de village. Une longue rancune s’amassait contre elle et devait, tôt ou tard, causer sa perte.

C’est en l’année 1869 que l’événement survint. Mortifiés par les méfaits de la pierre, naïvement curieux, surtout, d’en connaître le secret, les gars du pays, par un beau matin, s’acheminèrent au bois d’Escrots avec des cordes, une paire de bœufs et des leviers solides. Ils arrivent, lient étroitement le roc et attellent les bœufs à la corde. Puis, les leviers posés, l’attaque commence dans un effort combiné de pesées et de tractions. Comme surprise d’abord, la pierre vacille désespérément, mais résiste. Et c’est en vain que, tendue par les bœufs, la corde grince ; c’est en vain que les hommes halètent dans une poussée rageuse : le bloc les nargue et paraît inébranlable.

Alors les assaillants se piquent au jeu. On court chercher du renfort, l’attelage est doublé, l’assaut recommence furieux. Cette fois, la pierre, lasse de tant d’affronts, après une oscillation suprême, quitte son pivot, se déplace de quelques pouces et se condamne pour toujours à l’immobilité. Ce fut tout ! Une bande de niais venait, en une heure, de détruire l’œuvre patiente des siècles. A présent, rien n’est changé.

Le roc est toujours là, énorme sur son socle de granit. Mais, ne l’interrogez plus, son âme est absente. Absente ? En est-on sûr ? Arc-boutez-vous contre la pierre ; imprimez-lui une secousse et vous la sentirez tressaillir. Un rien, peut-être lui rendrait la vie, et quelque puissant vérin, prudemment secondé par des coins mis à propos, suffirait sans doute à rétablir l’oracle.

Un peu plus bas que l’église, à une centaine de mètres de celle-ci, l’oratoire présente un singulier aspect. Il est une sorte de guérite en pierres de taille ouverte d’un côté, et dont les parois latérales construites en encorbellement sont ornées de deux petites niches en accolades. On y accède par quatre marches disjointes, mais sa toiture en pinacle se compose de moellons bien équarris et d’une conservation parfaite. La croix, déposée à l’intérieur, remplace une stèle à tablette circulaire d’un usage indéterminé, provenant sans doute du château. Le pinacle lui-même était probablement amorti par une croix monumentale, car de tout temps l’édicule porta le nom de Belle-Croix.

Son histoire est intéressante. Les seigneurs d’Uchon gardaient jalousement, paraît-il, dans leur chapelle, quelques ossements de saint Sébastien. Or, saint Sébastien, comme on le sait, détournait la peste. Ses statues s’étaient multipliées au XVe et XVIe siècles dans nos églises de campagne, lorsque le fléau grandissant menaçait de devenir endémique. Autun fut, à maintes reprises, particulièrement éprouvé, et les habitants se rendirent plus d’une fois, au cours du XVIe et du XVIIe siècle, en pèlerinage aux reliques d’Uchon.

L’affluence était grande et l’église trop étroite. Aussi s’avisa-t-on de construire, au XVIe siècle, le petit édifice de Belle-Croix, afin que le prêtre y célébrât la messe et que tous les pèlerins pussent y assister en plein air. La chronique rapporte qu’en 1637, « sous la conduite de leur évêque, Messire Claude de la Magdelaine, 4 500 pèlerins d’Autun passèrent la planche de Mesvres » pour monter à Uchon. Et toute la région suivait l’exemple. Saint-Nizier, Montcenis, Luzy, Blanzy, Saint-Bérain, Charmoy, Arnay-le-Duc, venaient à tour de rôle prier saint Sébastien, chaque fois que la peste faisait de nouvelles victimes. Les habitants de Montcenis, même, offrirent longtemps en reconnaissance, à l’église d’Uchon, un pain bénit le lendemain de la Trinité.

Une après-midi suffit à l’excursion de la montagne rocheuse. Elle n’est d’ailleurs pas éloignée du village. Mais, quel étrange spectacle ! On a comme une impression de chaos. Il semble que ces blocs ont été projetés là, en de bizarres amoncellements, par des Titans en délire. On admire et on a le cœur serré devant ce bouleversement de la nature sur un sol aride et escarpé. Ces masses de granit grisâtres affectent les formes les plus hétéroclites. Imaginez-les en silhouette sur une demi-clarté lunaire, projetant leurs grandes ombres et vous aurez le décor le plus fantastique qu’il soit donné de rêver.

Ici, un sphinx pose éternellement son énigme ; plus bas, un monstrueux éléphant paraît s’être couché complaisamment pour présenter sa croupe aux visiteurs. Voyez cette grotte : longtemps elle servit d’asile à une pauvre vieille qui inspirait à tous crainte et respect. Sa demeure a conservé le nom de Celle aux fas (fas pour fées). Plus loin, c’est la chambre du loup de la Gravelière qui garde encore un mauvais renom. D’autres anfractuosités prêtent moins à la légende. Les tapis de plumes de volailles et de perdrix qui en garnissent l’entrée dénoncent assez les repaires du renard, le damné rôdeur de la montagne. Tout en haut dominent les amas gigantesques de la Ravière arrondis et patinés par le temps. Et, comme pour ajouter un attrait au paysage, certaines cavités circulaires ou elliptiques auxquelles on donne le nom d’écuelles ou de bassins, se rencontrent à la surface de gros blocs ; elles affectent la forme d’une demi-sphère concave ou la disposition de sièges.

Description de cette image, également commentée ci-aprèsLes savants expliquent la présence des écuelles et chaises d’Uchon par l’action des premiers rayons du soleil sur l’eau congelée dans quelques dépressions naturelles qui se creusent ainsi progressivement. Mais les pâtres y voient tout autre chose. S’ils jouent sur les rochers tant que le soleil brille, ils s’en éloignent avec crainte dès que la nuit tombe. Des êtres fallots, croient-ils, farfadets et lutins, rôdent dans ces solitudes, s’installent dans les fauteuils de granit, se baignent dans les bassins, hantent les grottes, agitent les pierres dans l’ombre.

Au fait, voici la griffe du Diable qui n’est rien moins que rassurante. C’est une roche haute de trois mètres et mesurant douze mètres de tour, tombée, on ne sait comment, en équilibre sur un socle. Elle porte dans ses flancs une large empreinte produite par des érosions naturelles et qui ressemble à une griffe colossale. A ses pieds, l’amoncellement des pierres donne l’impression d’un caméléon apocalyptique préposé à sa garde.

Comment une pareille mise en scène n’inspirerait-elle pas la légende ? Et celle que l’on conte est si vieille, qu’elle est, depuis bien longtemps, reçue dans la tradition. Pour Uchon, c’est de l’histoire. L’action se perd dans la nuit des temps, mais on sait qu’elle se passait à l’époque lointaine où les habitants de Toulon avaient décidé de jeter, sur l’Arroux, un solide pont de pierre. On procédait alors à peu près comme aujourd’hui, et plusieurs concurrents briguaient l’adjudication des travaux. Or, si le prix proposé paraissait rémunérateur, les conditions étaient dures. L’une d’elles notamment, plus dangereuse, fixait, pour l’achèvement du pont, un délai trop court à dire d’experts. L’inexécution de cette dernière clause entraînait retenue de la moitié du paiement.

Effrayés par ces exigences, les entrepreneurs d’alentour s’étaient retirés les uns après les autres, peu soucieux de risquer la ruine pour un gain peut-être illusoire. Un jour, survint à Toulon une sorte d’aventurier, maître maçon ambulant, comme il s’en trouvait au Moyen Age, habile de son métier, d’ailleurs, et confiant en son expérience. D’où venait-il ? Du Nord, croit-on. Il menait à sa remorque une gracieuse enfant, sa fille, à qui de grands yeux bleus dans un visage pâle auréolé de cheveux d’or donnaient un charme indéfinissable.

A peine arrivé, le maçon s’enquiert. Il apprend qu’un pont est à construire, examine les charges imposées, et, plus audacieux que ses confrères, prend l’engagement de livrer le travail en temps voulu. Il se met à l’œuvre, engage ses ouvriers et pousse activement les travaux. Cependant, le temps presse et bien que l’arcade soit menée bon train sur ses étais habilement combinés, voici venir la veille de l’échéance fixée pour la livraison du pont, et, par une erreur incompréhensible, la clef de voûte manque. Il faudrait une énorme pierre pour combler le vide et parachever l’œuvre.

Où la trouver ? On n’en connaît pas sur place ; Uchon seule pourrait la fournir. Mais Uchon n’est pas proche et le transport d’une telle masse, si tant est qu’il soit possible, exigerait plusieurs jours. Le maçon perdra-t-il donc le bénéfice de son industrie ? Le pauvre homme se désespère et s’arrache les cheveux. Au demeurant, il n’était point dévot et plutôt que d’invoquer le secours du Ciel : « Holà ! s’écrie-t-il, Messire Satan, venez à mon aide, et vous n’en serez point leurré. » Rarement le diable se mêle ostensiblement des affaires des hommes. Il n’en finirait plus de répondre à tous les mécréants qui l’invoquent. Mais il a parfois son idée et se montre quand il lui sied.

 

Cette fois, Satan mûrissait un projet. Ce maître en laideur et en corruption voyait d’un œil haineux croître en sagesse et en beauté la fille du constructeur. Rebelle à ses instigations, la belle enfant nourrissait en son cœur l’amour le plus chaste pour un brave garçon qui secondait son père avec intelligence. Le jeune homme, violemment épris de ses charmes lui avait demandé sa main et tous deux, fiancés désormais, n’attendaient que l’achèvement de l’entreprise pour obtenir le consentement paternel.

Trop favorable était l’occasion, le diable parut. Dans sa hâte, il n’avait pas pris le temps de se donner une apparence décente. Aussi n’était-il pas beau ! Sa longue tête grimaçante, ornée d’une barbe de bouc, d’oreilles de loup et de deux cornes sinistres, ballottait sur un corps noir efflanqué, de stature colossale. Ses pieds et ses mains se terminaient en griffes, et, sur son dos, deux longues ailes nervées comme celles des vampires, se repliaient, au repos, avec un bruit de papier froissé. « Or ça ! tu réclames mes services ? Je suis à toi, bonhomme ; mais rien pour rien, à bon entendeur salut ! »

Puis, de sa voix tantôt rauque, tantôt glapissante : « Je vois d’ici, parmi les roches d’Uchon, la pierre qui, sans équarrissage, sera ta clé de voûte. Demain je te la baillerai avant l’aurore. » Tremblant, d’abord, et médusé par la frayeur, le maçon s’était ressaisi. L’appât du gain l’endurcissait. « Oui bien, fit-il, mais qu’exigerez-vous en échange ? Mon âme, peut-être ? – Ton âme ne vaut pas qu’on se dérange. Non, ce qu’il me faut, c’est ta fille. – Ma fille ? vous plaisantez, elle n’a point seize ans ! – Il me la faut, te dis-je, ou tire-toi d’affaire. »

Description de l'image BennyTrapp Chamaeleo chamaeleon Samos Griechenland.jpg.Certes, le constructeur n’était pas un père modèle, mais la prétention du diable lui parut si monstrueuse, qu’il résista longtemps. Cependant, Satan voulait sa proie. Tantôt persuasif, tantôt menaçant, il fit tant et si bien que le malheureux père, grisé par ses promesses de fortune, se laissa tenter. Au bout d’une heure, il apposait sa signature sur le contrat livrant sa fille au diable, à condition que la clé de voûte lui serait apportée secrètement la nuit suivante, avant que le coq n’eût chanté. Satan avait partie gagnée. Satisfait, il étendit ses ailes et prit son vol en ricanant. A peine eut-il franchi l’horizon qu’un homme effaré surgit d’un buisson et prit sa course vers la ville. C’était le triste fiancé, involontaire témoin du marché criminel qui allait briser sa vie.

Haletant, il accourt près de la jeune fille, et lui conte tout ce qu’il vient de voir et d’entendre. Terrorisés, les pauvres enfants vont se jeter aux pieds de la Madone. Et soudain, le jeune homme se relève, une inspiration lui vient. Sans perdre une minute, il se munit d’un sac, glisse au fond le coq le mieux gorgé du bourg et s’élance vers le pays d’Uchon. Cinq lieues l’en séparent, mais le danger lui donne des ailes. Avant minuit, il atteint le sommet de la montagne et se blottit contre un rocher. La nuit est belle, la lune étend partout ses rayons blafards. Bientôt, un gigantesque oiseau de nuit grossit dans le ciel et vient planer sur la montagne. Il tournoie, descend et s’abat sur une roche comme un vautour sur sa proie.

C’est Satan. Il saisit le bloc entre ses griffes et, de nouveau, s’élève dans les airs. De sa cachette, le jeune homme a tout vu. Prestement, il tire du sac le coq endormi, le secoue et, bien en face de la lune, le perche sur le roc. Réveillé en pleine nuit, le chanteur matinal s’imagine voir l’aurore, et, de sa voix la plus claironnante, jette vers le ciel son cri de triomphe. Tout aussitôt déchire l’espace un affreux blasphème répercuté par les échos de la montagne. Dupe de l’ingénieux fiancé, Satan croit son marché rompu. Ses griffes se détendent, ses bras s’ouvrent et le rocher fend les airs pour retomber avec fracas sur le granit qui, depuis lors, lui sert de piédestal.

Telle était la dureté de la pierre, que le choc ne la brisa point ; mais, la griffe du diable, brillant des ardeurs de l’enfer, s’y était incrustée. L’empreinte en est visible et demeure en témoignage de l’histoire. Vainement, au point du jour, le constructeur attendit sa clé de voûte. Satan fut infidèle et le maçon encourut la déchéance. Mais, tandis qu’il se lamentait, vinrent à lui les deux fiancés. La joie qui rayonnait sur leur visage avait assez d’éloquence. Et comprenant enfin son ignominie, le père dénaturé implora son pardon. Ici se termine le récit.

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Caméléons et particularités

Posté par othoharmonie le 19 mai 2015

Chameleon02Les Caméléons sont une famille de sauriens. Elle a été créée par Constantine Samuel Rafinesque en 1815. Elle contient près de 200 espèces appelées caméléons. Cette famille est divisée en deux sous-familles : les Chamaeleoninae et les Brookesiinae.

Ce sont des animaux qui se caractérisent par la mobilité indépendante de leurs yeux, leur langue protractile qui leur permet d’attraper leurs proies à distance, les doigts groupés en deux blocs opposables assurant une bonne prise sur les branches et leur capacité à changer de couleur.

Les espèces de cette famille se rencontrent en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie du Sud et dans le sud de l’Europe.

Ces reptiles se rencontrent principalement en Afrique, à l’exception de la plupart des déserts, ainsi que dans les îles alentour : Madagascar,Seychelles, Comores, Canaries, Réunion, nombreuses îles de la Méditerranée. Une espèce se rencontre également dans le sud de l’Europe  : Chamaeleo chamaeleon. On rencontre également deux espèces dans la péninsule Arabique , et une dernière espèce  en Inde, au Pakistan et au Sri Lanka.
Plus du tiers des espèces de caméléons vivent à Madagascar.

Ils vivent principalement dans des zones forestières ou dans les plaines broussailleuses, humides à très humides, parfois jusqu’à plus de 2 000 m d’altitude.

Ce sont des lézards dotés d’une queue assez longue (entre un tiers et la moitié de la longueur totale chez la plupart des espèces). Cette queue peut s’enrouler sur elle-même, et est souvent utilisée pour assurer une meilleure prise dans les arbres.

Ceci n’est vrai que pour les caméléons arboricoles. Les caméléons nains (genres RhampholeonRieppeleon et Brookesia), de mœurs quasi-terrestres, présentent en général une queue bien plus petite et moins mobile.

Les doigts des pattes, griffus, sont rassemblés en deux groupes opposés qui forment une sorte de pince, utilisée pour agripper solidement les branches lors de leurs déplacements. Ils sont dits zygodactyles. Les doigts sont regroupés de sorte que la pince ait deux doigts en vis-à-vis des trois autres. Chez de nombreuses espèces les doigts adjacents sont plus ou moins soudés entre eux.

Les caméléons sont souvent dotés de casques, crêtes et cornes. Ce sont des téguments que l’on retrouve plus ou moins développés chez toutes les espèces.

Certaines espèces comme Trioceros jacksonii ou T. johnstoni présentent de grandes cornes (jusqu’à 3 cm) sur le rostre. D’autres espèces ont une ou deux cornes, plus ou moins longues. Certaines espèces n’en ont pas du tout.
D’autres (Chamaeleo calyptratus par exemple) présentent une crête rigide très proéminente sur le crâne.
D’autres encore ont une crête plus ou moins développée qui court sur le dos ou le ventre, parfois jusque sur la queue.
Quasiment toutes les espèces présentent une structure épaisse sur le dessus du crâne, un peu comme un casque.

Les mâles et femelles sont souvent très différents. Les mâles sont en général plus grands et gros bien qu’il existe quelques exceptions. De plus les crêtes, casques ou cornes sont en général moins développés, voire complètement absents chez les femelles.
La robe est généralement très différente. Les mâles ont la plupart du temps des couleurs plus vives et contrastées.

Les caméléons nains font encore exception, mâles et femelles ayant généralement les mêmes couleurs, et les femelles étant la plupart du temps plus grandes.

Les yeux des caméléons sont proéminents, et dotés de mouvements indépendants. Ceci permet à ces animaux de surveiller de tous cotés à la fois l’approche de prédateurs. Lorsqu’ils repèrent une proie les yeux convergent dessus pour obtenir une meilleure précision.
Quasiment dépourvus de bâtonnets, les caméléons ont une très mauvaise vue nocturne.

Pour chasser les insectes les caméléons utilisent leur langue protractile. Celle-ci est « rangée » dans la bouche sur l’os hyoïde, et est composée entre autres de muscles propulseurs et rétracteurs. L’animal projette avec une grande précision sa langue – dont l’extrémité est couverte d’un mucus gluant – sur ses proies, puis ramène le tout dans sa bouche.

Selon les espèces la langue peut atteindre la longueur du corps de l’animal, et être projetée à plus de 20 km/h.

Les caméléons sont également connus pour leurs couleurs variées et surtout la capacité chez certaines espèces à en changer rapidement. Cette capacité est due à la présence de chromatophores, cellules de peau dotées de pigments colorés. Il en existe de quatre types : noir, bleu, rouge et jaune.

Le philosophe péripatéticien Théophraste pensait que le phénomène de changement de couleur du caméléon – qu’il appelle métamorphose – vient de ce qu’il a le corps rempli d’air : comme les poumons occupent toute la place ou presque, l’air prédomine, et facilite son changement de couleur.

Caméléons et particularités dans CAMELEON 220px-Chamaeleo_namaquensis_%28Namib-Naukluft%2C_2011%29Ces différents pigments sont activés grâce à des hormones. Il s’agit principalement d’un mécanisme de communication sociale (les couleurs sombres marquent la colère, l’agressivité, avec des variations des rayures sur les flancs et des signaux visuels changeants qui se concentrent sur la face des combattants ; les mâles utilisent des couleurs claires et variées pour courtiser les femelles), et non d’une technique de camouflage (Alfred Edmund Brehm est le premier a avoir défendu cette thèse au xixe siècle) ; cependant la plupart des caméléons semblent utiliser le changement de couleur dans les deux buts. Le changement de couleur aurait d’abord été développé comme un moyen de communication, le camouflage n’intervenant que secondairement. Le Bradypodion taeniabronchum utilise cette technique de camouflage avec une efficacité remarquable.

Les robes des caméléons permettent de les identifier : chacun a un milieu favori. Les caméléons nains, plutôt terrestres, ont en général une robe plutôt marron, alors que les espèces arboricoles arborent souvent du vert, du jaune ou du bleu.

Les caméléons sont des reptiles de taille modérée : les plus petites espèces font près de 3 cm de longet les plus grandes atteignent les 70 cm . Ces tailles s’entendent queue comprise.

Février 2012 : annonce de la découverte à Madagascar du plus petit caméléon du monde, baptisé Brookesia micra, si petit qu’il pourrait tenir sur une allumette ; il ne peut changer de couleur comme ses cousins.

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Les Menaces pour les Orang-outan

Posté par othoharmonie le 26 avril 2015

Dans la littérature :

  • 220px-Druide_orang-outanDans la nouvelle  »Double assassinat dans la rue Morgue«  d’Edgar Allan Poe (1841), l’auteur d’un double meurtre apparemment inexplicable est en fait un orang-outan.
  • Dans  »La Planète des singes  » de Pierre Boulle (1963), ainsi que dans plusieurs de ses adaptations au cinéma, Zaïus est l’orang-outan ministre de la science et gardien de la foi.
  • Le bibliothécaire de l’Université de l’Invisible est un mage transformé en orang-outan par un sortilège, dans  »Les Annales du Disque-Monde  » de Terry Pratchett (1983-2009).
  • Dans le manga de Hirohiko Araki « Jojo’s Bizarre Adventure – Stardust Crusaders » tome 2, un Orang-Outan mets des bâtons dans les roues des personnages principaux grâce à son stand « Strenght ».

Dans les arts plastiques :

  • À la fin du xixe siècle, un thème à la mode inspire les artistes : celui de l’affrontement entre l’Homme et la Bête. La relation par The Times des expéditions de l’explorateur britannique Alfred Russel Wallace en Insulinde signale l’attaque d’un pisteur malais par un orang-outang furieux. Traduite avec beaucoup d’exagérations dans la presse continentale, cette anecdote inspire au sculpteur Emmanuel Frémiet son Orang-outang étranglant un sauvage de Bornéo réalisé en 1895 sur commande du Muséum national d’histoire naturelle. Il s’agit bien d’art et non de science : l’animal est un mâle, comme le signalent ses excroissances faciales, et pourtant accompagné d’un petit (ce qui est l’apanage des femelles en réalité) ; en étranglant le « sauvage » il accomplit un acte aussi impossible (physiquement et éthologiquement) que l’enlèvement d’une femme par un gorille, autre thème de l’époque et sujet d’une autre sculpture de Frémiet. Mais l’art opère, et des générations de visiteurs de la galerie du Muséum où elle est exposée, ont été horrifiés par la force émanant de cette œuvre.

Au cinéma :

  • Le roi Louie du  »Livre de la jungle«  de Walt Disney (1967), doublé par Louis Prima (ce personnage est absent du livre de Rudyard Kipling).
  • Dans  »Doux, dur et dingue«  (1978) et Ça va cogner (1980), Philo (Clint Eastwood) a pour compagnon d’aventures un orang-outan.
  • Dans L’Odyssée de Pi (2012), le jeune héros partage au début du film son radeau de sauvetage avec plusieurs animaux dont un orang-outan.

À la télévision :

  • Dans  »La Petite Maison dans la prairie », de l’épisode 20 à 22 de la saison 9, M. Edwards s’occupe d’un orang-outan femelle appelé Blanche (VF).

 

Pongo abelii est sur la liste rouge de l’IUCN, dans la catégorie en danger critique. En 2011, le déclin démographique évalué de ces orangs-outans dépasse les 80 % au cours des 75 dernières années.

Pongo pygmaeus est sur la liste rouge de l’IUCN, dans la catégorie en danger. En 2011, le déclin démographique évalué de ces orangs-outans dépasse nettement les 50 % au cours des 60 dernières années.

La survie des orangs-outans dans la nature est grandement menacée par le développement des activités humaines et en particulier la déforestation, récemment encouragée par les sylvicultures industrielles (exploitation ou surexploitation du bois), le développement de mines et de cultures destinées à produire des biocarburants, et l’agriculture (en particulier pour la production d’huile de palme transformée ensuite en biodiésel).

Description de cette image, également commentée ci-aprèsLa plupart de ces activités responsables de l’accélération de la destruction de leur habitat, sont illégales. Cela touche également les parcs nationaux officiellement hors d’atteinte des bûcherons, des mineurs et du développement des cultures. Certains jeunes orangs-outans sont également capturés pour être illégalement vendus, les braconniers tuent souvent la mère pour voler son bébé. Taipei, la capitale de Taïwan, compte beaucoup d’orangs-outans. Au marché noir, un petit singe se vend aisément. En dix ans, un millier de singes sont ainsi devenus des bêtes de cirque ou de compagnie. Or, sur six à huit petits capturés, un seul survit au choc et au voyage après que sa mère a été abattue par les braconniers.

L’espèce est également menacée par le braconnage, alimentant le marché de la viande sauvage et des animaux de compagnie, et les incendies de forêts, souvent volontaires. Seul un tiers de la population de l’État de Sabah se trouve dans des zones protégées telles que des parcs nationaux et réserves naturelles, ce qui laisse deux tiers des animaux sans protection et donc plus vulnérables encore.

Environ 80 pour cent de l’habitat des orang-outangs a été déboisé ces 20 dernières années. Les chercheurs de la « Wildlife Conservation Society » (Société de préservation de la faune) prévoient que la majeure partie de la population d’orang-outangs sauvages mondiale sera éteinte d’ici dix ans à moins que le braconnage et la destruction de son habitat puissent être arrêtés. Avec des pertes se montant à 1 000 individus chaque année, leur nombre est tombé de 12 000 en 1993 à 6 000 individus à peine aujourd’hui. Il y a onze ans, le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) avançait le chiffre de 800 orangs-outans au Sabah et de 5 000 dans le monde, sans avoir fait de recensement.

Le WWF travaille en collaboration avec les autorités et d’autres organisations pour la conservation de la nature : son but est d’étendre la superficie des aires protégées et d’en créer de nouvelles, où la chasse et l’exploitation forestière seront interdites. Le WWF a également aidé les autorités à faire appliquer les lois qui limitent sévèrement le commerce des orang-outangs vivants et des produits dérivés de ces primates. Lorsqu’un orang-outang est confisqué à un trafiquant, il est confié à un centre où il est réhabitué à la vie sauvage avant d’être relâché dans un site protégé.

Les principaux centres de conservation se trouvent :

  • En Indonésie :
    • Parc national de Kutai et parc national de Tanjung Puting dans l’ile de Bornéo.
    • Sanctuaire de Bukit Lawang, à l’intérieur du parc national de Gunung Leuser dans le nord de l’ile de Sumatra.
  • En Malaisie (tous deux sur l’ile de Bornéo) :
    • Semenggok à Sarawak.
    • Sepilok près de Sandakan à Sabah : c’est un centre de réhabilitation où les orangs-outans vivent en semi-liberté, ouvert aux touristes : il est possible d’y observer les orangs-outans lors de leurs 2 repas quotidiens.

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LA CHOUETTE, L’OISEAU LUNAIRE

Posté par othoharmonie le 2 mars 2015

 

 

La chouette, que nous poursuivons d’une fâcheuse réputation de voleuse et dont nous faisons un emblème de laideur, apparemment contre l’avis de Rabelais, était l’oiseau d’Athéna. Oiseau nocturne, en relation avec la lune, elle ne peut supporter la lumière du soleil, et s’oppose donc en ceci à l’aigle, qui la reçoit les yeux ouverts.

 

290px-Bubo_scandiacus_Delta_3René Guénon a noté qu’on pouvait voir là, ainsi que dans le rapport avec Athéna-Minerve, le symbole de la connaissance rationnelle, perception de la lumière lunaire par reflet, s’opposant à la connaissance intuitive, perception directe de la lumière solaire. C’est peut-être aussi pourquoi elle est traditionnellement un attribut des devins : elle symbolise leur don de clairvoyance, mais à travers les signes qu’ils interprètent.

Dans la mythologie grecque la chouette est représentée par Ascalaphos, fils d’Acheron et de la nymphe de l’obscurité : c’est elle qui voit Perséphone goûter à un fruit de l’enfer, un grain de grenage, et la dénonce, lui interdisant ainsi tout espoir de remonter définitivement au jour.

Chez les Aztèques, elle est l’animal symbolique du dieu des enfers, avec l’araignée. Dans plusieurs Codex, elle est représentée comme la gardienne de la maison obscure de la terre. Associée aux forces chthoniennes, elle est aussi un avatar de la nuit, de la pluie, des tempêtes. Ce symbolisme l’associe à la fois à la mort et aux forces de l’inconscient luni-terrestre, qui commandent les eaux, la végétation et la croissance en général.

Dans le matériel funéraire des tombes de la civilisation pré-incaïques Chimu (Pérou), se rencontre fréquemment la représentation d’un couteau sacrificiel en forme de demi-lune, surmonté de l’image d’une divinité mi-humaine mi-animale en forme d’oiseau de nuit, chouette ou hibou. Ce symbole qui est manifestement lié à l’idée de mort et de sacrifice, est orné de colliers de perles et de coquilles marines, la poitrine peinte en rouge, et la divinité ainsi représentée est souvent flanquée de deux chiens, dont on connaît la signification de psychopompe. Ce hibou, ou cette chouette, tient souvent un couteau de sacrifice dans une main et dans l’autre le vase destiné à recueillir le sang de la victime.

De nos jours encore elle est divinité de la mort et gardienne des cimetières pour de nombreuses ethnies indo-américaines. Il demeure cependant frappant qu’un vecteur de symbole aussi universellement ténébreux et associé à de sinistres idées ait pu, dans les langues latines, désigner en tant qu’adjectif la jolie femme, puis indifféremment tout ce qui est de bon présage.                                               

« Chouette » est un nom vernaculaire qui désigne des oiseaux de la famille des Strigidae, sans pour autant désigner tous les oiseaux de cette famille, qui regroupe environ 200 espèces caractérisées comme des rapaces solitaires et nocturnes. La chouette se distingue du hibou par la simple absence d’aigrettes sur la tête. Les aigrettes sont des touffes de plumes, qui dans le cas du hibou donne l’impression d’oreilles ou de cornes.

La symbolique de la chouette est multiple, et a beaucoup varié :

  • Comme on l’a vu, la chouette était, dans le monde antique, le symbole de la sagesse.  Elle était liée à la déesse grecque Athéna, déesse des Arts et de la sagesse de la guerre défensive et de l’activité intelligente. De ce fait la chouette  prêta son symbole ailé à la ville d’Athènes, qui frappa monnaie à l’effigie de l’animal qui, d’ailleurs, se retrouve actuellement sur la pièce grecque de un euro. Dans de nombreuses institutions (écoles, universités), la chouette fait partie des armes héraldiques.                                        
  • Dans le monde romain, les termes « striga » (sorcière) et « strix  » (chouette/stryge) étaient utilisés en parallèle. On accusait les oiseaux nocturnes de boire le sang des enfants pendant la nuit, d’où le mythe des stryges. Les Romains empruntèrent aux Grecs leur vision des chouettes. Ils y voyaient aussi un symbole de mort, car elles volent de nuit et nichent en des lieux difficiles d’accès. Voir une chouette de jour devenait alors un mauvais présage.
  • Au  Moyen Age, elle était associée à la rouerie et à la tromperie  du fait que la chouette  profite de la nuit pour chasser, moment où ses proies sont souvent « aveugles » tandis qu’elle voit clair. On la clouait donc devant sa porte pour conjurer le sort maléfique.
  • Dans l’armée française, elle est le symbole de la Brigade de Renseignement.
  • Pour les Romains, le cri de la chouette annonce le décès proche de quelqu’un vivant dans le voisinage. Cette croyance se retrouve dans certaines régions françaises mais ici associée au décès d’un être proche au niveau familial.
  • Son caractère nocturne lui vaut aussi une connotation démoniaque : elle se retrouve être l’animal de compagnie des sorcières comme le savent les lecteurs de Harry Potter.  
  • Sa capacité à voler en silence, sa couleur blanche et son cri strident, expliquent le nom de la chouette effraie,  dite aussi Dame Blanche, d’où sa présence dans de nombreuses histoires de fantômes.
  • De façon plus anecdotique,  la double symbolique « oiseau de la sagesse »/ »oiseau à lunettes qui veille tard » en fait le symbole tout trouvé de certains  khagneux (étudiants préparationnaires littéraires) qui la nomment «Vara » (cagneuse, en latin).
  • La chouette est le symbole touristique de la ville de Dijon, elle y est sculptée dans une pierre d’angle de l’Eglise Notre-Dame. Dans la rue de la Chouette, voie piétonne qui longe le côté nord de l’église et le chevet, une pierre de Notre-Dame porte une marque singulière qui a suscité la curiosité de certains historiens de la ville. A l’angle d’un contrefort d’une chapelle de l’église est sculpté un oiseau que les Dijonnais appellent la chouette. Sa signification est toujours inconnue, bien que de nombreuses hypothèses aient été émises à son sujet. Pour certains, la chouette pourrait être une forme de signature laissée là par un architecte ou par un tailleur de pierre. Il ne peut s’agir en tout cas de la signature de l’architecte de l’église, car cette chouette est sculptée sur une chapelle élevée à la fin du XVe ou au début du XVIe siècle, soit plusieurs siècles après la construction de Notre-Dame.

 

LA CHOUETTE, L’OISEAU LUNAIRE dans CHOUETTE ET HIBOU 220px-Aryballos_owl_630_BC_Staatliche_AntikensammlungenLa chouette est très usée à cause de la vénération  superstitieuse qu’elle suscite. En effet, Dijonnais et touristes ont coutume de la caresser, de la main gauche, pour demander que leur souhait soit exaucé. Il n’en subsiste donc aujourd’hui que la forme générale, la plupart des détails de la sculpture ayant depuis longtemps disparu.

Dans la nuit du 5 au 6 janvier 2001, un vandale a porté à la chouette plusieurs coups de marteau. Cette dégradation suscita l’émotion des Dijonnais. Plutôt que de laisser la chouette en l’état ou de remplacer le bloc de pierre sur lequel elle était sculptée, il fut décidé d’en réparer les cassures. Un moulage de la chouette avait été réalisé en 1988 par un statuaire mouleur du Louvre. Il servit de modèle à la réparation, qui consista à incruster des fragments de pierre, ensuite patinés. Ce travail s’accomplit fin janvier et début février 2001. Depuis cet incident, un système de vidéosurveillance a été mis en place afin de prévenir toute récidive. La chouette restaurée a été inaugurée officiellement le 12 mai 2001.

Ces péripéties n’ont fait qu’accroître la popularité de cette sculpture à Dijon. L’Office de tourisme l’a choisi en 2001 comme symbole de fléchage pour le Parcours de la Chouette, circuit touristique piéton qui fait le tour du centre historique avec un balisage devant les principaux monuments. 

Machin chouette est une expression familière qui désigne une personne dont on ne connaît pas, ou plus, le nom. C’est aussi le titre d’une pièce de théâtre de Marcel Achard, créée au Théâtre Antoine en 1964.

  • Au Japon, les chouettes sont des symboles positifs ou négatifs en fonction de leur espèce. Les chouettes effraies sont démoniaques alors que les chouettes hulottes sont des messagères des Dieux. 

Bibliographie : Dictionnaire des Symboles de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Editions Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

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Les otaries et l’Homme

Posté par othoharmonie le 10 janvier 2015

Leur histoire a souvent été liée à celle des Hommes.

220px-Leucistic_Antarctic_Fur_SealL’otarie de Kerguelen a été énormément chassée pour sa fourrure aux xviiie et xixe siècles siècles par des chasseurs américains et anglais. Au début du xxe siècle, elle a été considérée comme commercialement éteinte et peut-être même complètement disparue. En fait, une petite population avait subsisté sur l’Île Bird en Géorgie du Sud. Cette colonie s’est développée rapidement au cours duxxe siècle. Les populations actuelles sur les autres îles de l’Antarctique sont soupçonnées provenir également de cette colonie.

Cette espèce est toujours protégée par les États dans les eaux desquels elle réside, l’Afrique du Sud et l’Australie, ainsi que par la Convention sur la protection des phoques de l’Antarctique entrée en vigueur en 1972. Elle figure également dans l’annexe 2 de la CITES. Toutefois, quelques gouvernements, comme le Royaume-Uni, pensent que certaines de ces protections doivent être levées en raison des dommages que cause cette otarie à des plantes antarctiques vulnérables.

L’otarie et l’homme, c’est une histoire à sens unique. Le seul intéressé, c’est l’homme.
 La chasse fut le rapport initial entre l’homme et l’otarie.
L’otarie à fourrure du nord a été une des sources principales de nourriture des autochtones de l’Alaska, mais aussi de Sibérie Très vite, les otaries furent chassées à plus grande échelle. Les Russes déplacèrent des populations aléoutes vers les îles Pribilof et ce fut rapidement un massacre.
Dès 1820, des mesures de protection furent décidées, mais peu suivies.
Quand les îles devinrent possession américaine, la tuerie ne s’arrêta pas pour autant. Ce n’est qu’en 1911, et sous la pression populaire, l’opinion étant sensibilisée par des auteurs connus de l’époque, comme Jack London et Rudyard Kipling, que cette espèce fut protégée. Entretemps, la population était passée de plusieurs millions à 150 000, une véritable hécatombe.
De nos jours, cette otarie se porte bien, et seuls les locaux ont le droit de prélever 1500 individus par an. L’histoire de cette espèce est pratiquement l’histoire de toutes les otaries, qui ont été chassées jusqu’à la limite de l’extinction puis protégées par les pays de leurs aires de population respectives.

 

Les otaries artistes de cirque
Les otaries sont faciles à dresser, elles répondent bien à la récompense, et leur dressage s’apparente plus à celui du chien qu’à celui des dauphins, ce qui est normal lorsqu’on considère ses relations de parenté. L’image classique de l’otarie jouant avec un ballon au bout de son museau vient surtout des premiers dressages de l’otarie de Californie. Mais depuis, beaucoup d’espèces ont été utilisées dans des spectacles, y compris le lion de mer de Steller, dont la taille impressionne toujours les spectateurs.

Il est normal que les capacités de nage de l’animal associées à la facilité de dressage inspirent de nouvelles utilisations.
Les otaries sont les pinnipèdes les plus utilisés par les armées, notamment américaines et russes, pour divers buts, comme déposer une bombe sous un navire ou récupérer un objet perdu. Elles sont plus simples à dresser que les dauphins. Les différentes armées parlent peu de ces expériences, mais il a été dévoilé que lors du crash d’un avion en 1976 près de Porto Rico, la bombe atomique qu’il transportait a été localisée et récupérée grâce à des otaries.

 Diverses cultures humaines ont représenté pinnipèdes depuis des millénaires. Les Celtes des îles Orcades et Hébrides croyaient auxselkie – des phoques qui pouvaient se changer en homme et marcher sur terre. Les phoques ont aussi une grande importance dans la culture des Inuits. Dans la mythologie inuite, Sedna est une déesse qui règne sur la mer et des animaux marins. Elle est dépeinte comme une sirène, parfois avec le bas du corps d’un phoque. Selon une légende, les phoques, les baleines et les autres mammifères marins ont été formés à partir de ses doigts sectionnés. Une des premières monnaies grecques antiques représentait la tête d’un phoque, et ces animaux ont été mentionnés par Homère et Aristote. Les Grecs croyaient que les phoques adoraient la mer et le soleil et ils les considéraient comme étant sous la protection des dieux Poséidon et Apollon. Le peuple Moche de l’ancien Pérou adorait la mer et ses animaux, et les otaries sont souvent représentées dans leur art. Dans la culture populaire moderne, les pinnipèdes sont souvent dépeints comme des figures comiques, en référence à leurs performances dans les zoos, les cirques et les parcs de mammifères marins.

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LA GRANDE HISTOIRE DE LA CHASSE AU PHOQUE

Posté par othoharmonie le 7 janvier 2015

 

Pinniped_collageLes phoques sont chassés par les humains depuis l’âge de pierre. À l’origine, les phoques étaient frappés avec des bâtons lorsqu’ils sortaient de l’eau. Plus tard, les chasseurs de phoques se sont équipés de harpons pour lancer sur les animaux à partir de bateaux en mer, et de crochets pour tuer les petits sur la glace ou la terre. Les phoques peuvent également être pris au piège dans les filets. L’utilisation d’armes à feu pour chasser les phoques au cours de l’ère moderne a considérablement augmenté le nombre de prises. Les pinnipèdes sont généralement chassés pour leur viande et leur graisse. Les peaux des otaries à fourrure et des phocidés sont transformées en manteaux, et les défenses de morses continuent d’être utilisés pour des sculptures ou comme ornements. Il y a une distinction entre la chasse de subsistance du phoque par les peuples autochtones de l’Arctique et la chasse commerciale : les chasseurs de subsistance utilisent généralement des produits du phoque pour leur consommation propre et dépendent de cet animal et de sa chasse pour leur survie. Les autorités nationales et internationales ont établi une législation dérogatoire pour les chasseurs autochtones car leurs méthodes de chasse sont considérées comme moins destructrices pour les populations de pinnipèdes et l’environnement. Cette distinction est toutefois remise en question car les peuples autochtones utilisent de plus en plus des armes modernes et des transports mécanisés pour chasser, et vendent les produits issus de phoques sur les marchés. Certains anthropologues affirment que le terme «subsistance» devrait également s’appliquer à ces échanges tarifés tant qu’ils se déroulent dans la production et la consommation locale. Plus de 100 000 phocidés (notamment des Phoques annelés) ainsi que près de 10 000 morses sont pris chaque année par des chasseurs indigènes.

La chasse commerciale du phoque était historiquement aussi développée que l’industrie baleinière. Les espèces exploitées comprenaient le Phoque du Groenland, le Phoque à capuchon, le Phoque de la Caspienne, les éléphants de mer, les morses et toutes les espèces d’Otaries à fourrure. L’ampleur de la chasse au phoque a considérablement diminué après les années 1960, après que le gouvernement canadien a pris des mesures pour réduire la durée de la chasse et protéger les femelles adultes. Plusieurs espèces qui étaient auparavant exploitées commercialement ont vu leur population s’accroître à nouveau. Par exemple, la population d’Otaries à fourrure antarctiques est revenue à ce qu’elle était avant les débuts de la chasse commerciale. L’Eléphant de mer du nord a été chassé presque jusqu’à son extinction à la fin du xixe siècle, et il ne demeurait alors plus qu’une petite population sur l’île de Guadalupe. Car il a recolonisé une grande partie de son aire de répartition historique, a une bottleneck population. À l’inverse, le Phoque moine de Méditerranée a disparu de la plupart de son ancienne aire de répartition, qui s’étendait de la Méditerranée à la mer Noire et l’Afrique du Nord-Ouest, et on le trouve seulement dans le nord-est de la Méditerranée et certaines régions d’Afrique du Nord-Ouest. Plusieurs espèces de pinnipèdes continuent à être chassées. La Convention for the Conservation of Antarctic Seals permet une chasse limitée de Phoques crabiers, de Léopards de mer et de Phoques de Weddell. Cependant, la chasse du Phoque de Weddell est interdite entre septembre et février pour les animaux de plus d’un an, afin d’assurer la présence d’un bon nombre de reproducteurs sont en bonne santé. D’autres espèces sont strictement protégées comme les éléphants de mer, les Phoques de Ross et les Otaries à fourrure antarctiques. Le gouvernement du Canada autorise la chasse aux Phoques du Groenland. Cela soulève énormément de controverses et de débats. Les partisans de la chasse aux phoques insistent sur le fait que les animaux sont euthanasiés et que les jeunes à fourrure blanche ne sont pas chassés, tandis que leurs opposants soutiennent qu’il est irresponsable de tuer les phoques du Groenland car ils sont déjà menacés par le déclin de leur habitat.

Le Phoque moine des Caraïbes a été tué et exploité par les colons européens et leurs descendants à partir de 1494, commençant avec Christophe Colomb lui-même. Les phoques étaient des cibles faciles pour les chasseurs organisés, les pêcheurs, les chasseurs de tortues et les boucaniers parce qu’ils ont évolué dans un contexte où ils avaient très peu de prédateurs terrestres et étaient donc «génétiquement apprivoisés ». Aux Bahamas, pas moins de 100 phoques ont été abattus en une nuit. Dans le milieu duxixe siècle, on pensait que l’espèce était éteinte, jusqu’à ce qu’une petite colonie soit trouvée près de la péninsule du Yucatán en 1886. Toutefois les massacres de ces phoques se sont poursuivis, et la dernière observation fiable de l’animal date de 1952. L’UICN a déclaré l’espèce éteinte en 1996. L’Otarie du Japon était commune autour des îles japonaises, mais la surexploitation et la concurrence de la pêche sur ses ressources alimentaires a fait diminuer de façon drastique la population dans les années 1930. Le dernier individu observé était un jeune en 1974.

220px-Seals_at_Cape_Cross,_Namibia_(3045707919)Au contraire, certaines espèces sont devenues tellement abondantes qu’elles entrent en conflit avec les populations locales. Aux États-Unis, les pinnipèdes et les autres mammifères marins sont protégés en vertu de la Loi sur la protection des mammifères marins de 1972 (MMPA). Dès lors, la population d’Otaries de Californie n’a cessé de croître, et entre cette date et le début des années 2010 elle avait augmenté de 250 000 individus. Ces animaux ont commencé à exploiter des environnements plus artificiels comme les quais pour se reposer. Mais beaucoup de quais ne sont pas conçus pour supporter le poids de plusieurs lions de mer au repos, ce qui peut provoquer leur détérioration et divers autres problèmes. Les gestionnaires de la faune ont utilisé diverses méthodes pour contrôler ces animaux, et certains fonctionnaires des villes concernées ont redessiné les docks afin qu’ils puissent mieux résister. Les otaries sont aussi en conflit avec les pêcheurs puisque les deux exploitent les mêmes stocks de poisson. En 2007, la MMPA a été modifiée pour autoriser la chasse des otaries qui s’en prenaient aux saumons en migration au barrage Bonneville. La loi de 2007 vise à limiter les dégâts occasionnés sur les populations de saumons du Nord-Ouest du Pacifique. Les officiers de la faune sauvage ont tenté en vain de faire fuire les otaries en utilisant des bombes, des balles en caoutchouc et des bean bags. Les efforts pour chasser les lions de mer des zones occupées par l’Homme se sont également révélés inefficaces. Des critiques émanant par exemple de la Humane Society n’acceptent pas que des otaries soient tuées, affirmant que les barrages hydroélectriques constituent une plus grande menace pour le saumon. Des conflits similaires ont existé en Afrique du Sud avec les Otaries à fourrure d’Afrique du Sud, réputées suivre les bateaux et s’introduire à l’intérieur des filets des sennes coulissantes pour consommer les poissons en grande concentration. Dans les années 1980 et 1990, les politiciens et pêcheurs sud-africains demandaient que les otaries à fourrure puissent être abattues, estimant que ces animaux entraient en compétition avec les pêcheries commerciales. Des études scientifiques ont toutefois monté que l’abattage des otaries à fourrure aurait en fait un effet négatif sur l’industrie de la pêche, et l’idée a été abandonnée en 1993.

220px-Phoca_vitulina_(Habor_Seal),_Point_Lobos,_CA,_US_-_DiliffLes pinnipèdes peuvent également être menacés par l’homme de manière plus indirecte. Ils sont involontairement pris dans les filets de pêche par les pêcheurs et avalent accidentellement des hameçons. La pêche au filet maillant et la senne sont des causes importantes de mortalité chez les phoques et autres mammifères marins. Les espèces communément prises dans des filets sont l’Otarie de Californie, le Phoque moine d’Hawaï, les Otaries à fourrure du Nord et les Otaries à fourrures brunes. Les pinnipèdes sont également touchés par la pollution marine. Des niveaux élevés de produits chimiques organiques s’accumulent dans ces animaux car ils sont près du sommet de la chaîne alimentaire et ont de grandes réserves de graisse. Les mères allaitantes peuvent transmettre les toxines à leur jeune. Ces polluants peuvent causer des cancers gastro-intestinaux, une baisse de la reproductivité et une plus grande vulnérabilité aux maladies infectieuses. La destruction de l’habitat de ces animaux par l’exploitation du pétrole et du gaz et les collisions avec les bateaux sont d’autres menaces liées à l’Homme qui pèsent sur ces animaux.

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L ’Ours Par Aubépine

Posté par othoharmonie le 5 janvier 2015

 

images (2)Nom scientifique : Ursus sp. (racine commune pour les différents genres ; 8 espèces différentes ; le panda géant n’est pas pris en compte dans cette fiche, étant une race particulière)

Gaélique : Art («pierre de Dieu» ou «ours»)

Gaulois : Artos

Breton : Arzh

Vieux norrois : Björn

Amérindien : Honon (Miwok), Kuruk (Pawnee), Machk (Algonquin), Mato (Sioux), Nokosi (Seminole)…

Inuit : Pisugtooq (ours polaire littéralement : «l’éternel vagabond»)

Japonais : クマ Kuma

Taille et poids : De 130 à 280 cm (selon les espèces), de 100 à 730kg (pour les mâles) et de 50 à 450kg (pour les femelles)

Habitat : L’ours a besoin de grands espaces sauvages. On en retrouve en Europe, Amérique du

Nord, Amérique Sud et en Asie.

Régime : Omnivore (spécialisation selon espèce) et méliphage (aimant le miel et les larves d’abeilles)

Sens et performances : Grandes capacités olfactives et auditives. L’ours peut courir rapidement (jusqu’à 50km/h), grimper, nager et  se déplacer sur ses pattes arrières.

Longévité : De 25 à 40 ans.

Mode de vie : Le plus souvent diurne, l’ours peut aussi être actif la nuit. Il est semi-hibernant, il hiverne. Sa température baisse mais il peut se réveiller facilement. Solitaires, les ours ne se retrouvent qu’en période de reproduction ou, pour les femelles, durant les six mois où elles élèvent leurs petits (1 à 3 par portée).

Légendes et histoires : On retrouve fréquemment cet animal en peluche. A croire que sa médecine (après le Koala) est la plus appréciée des enfants. Le culte de cet animal pourrait être très ancien, remontant à 70 000 ans. A Drachenloch, en Suisse des autels et amas d’os des cavernes ont été retrouvé datant de cette période.

 

A Saint Pé-d’Ardet, il existe un autel dédié à Ardehe (datant du 6ème siècle avant l’ère commune). Ce lieu se trouve dans la vallée de l’Ourse, près de Lourdes. Dans la Grèce antique, à Brauron, les filles de 5 à 10 ans réalisaient une danse de l’ourse dans le temple d’Artémis, en l’honneur de la Déesse.

Les Bersekkers, farouches guerriers-ours germano-nordique (plus connus que les Ulfhednar, les guerriers-loups), auraient eu la capacité d’adopter la force de cet animal, portant des peaux, lançant des cris et se déplaçant comme des ours suite à un rituel chamanique (peut-être accompagné de l’absorption d’une éventuelle drogue ?).

 images (3)

Dans la culture celtique, l’ours est associé à la classe guerrière, au pouvoir temporel et à la protection des terres, procurant l’abondance avec générosité. Au moyen âge, l’ours, symbole païen, fut associé par la chrétienté à la lubricité, la gloutonnerie, et la colère. Quelques villages des Pyrénées perpétuent encore aujourd’hui une tradition immémoriale au mois de février ou mars : la fête de l’ours.

 

Symbolisme : Associé aux cycles lunaires et à l’hibernation, l’ours est souvent vu comme un symbole d’introspection. L’alliance étroite de la sagesse et de la force ont fait de lui une icône importante associée à la juste royauté (l’image la plus parlante est celle de l’Arthur celtique). Cet animal symbolise l’énergie primordiale, la souveraineté, l’intuition et l’instinct. Bien sûr, une fiche sur l’ours ne serait pas complète sans évoquer les deux constellations qui portent son nom, la petite et le grande ourse (dont le nom provient de la mythologie grecque). L’aspect terrestre et celui stellaire donnent une fois encore, une dimension d’équilibre à cet animal.

 

En magie et chamanisme : Méditation et introspection en vue de réaliser des projets Accéder aux savoirs véhiculés par les rêves (appelé loge des rêves dans certaines cultures amérindiennes) Rechercher une vie plus équilibrée et harmonieuse Découvrir ses ressources intérieures Apprendre à poser ses limites Guérison physique, psychologique et énergétique Développer le courage et le dynamisme Développer son indépendance, sa dignité et son intégrité

 

Divinités et figures légendaires associées :

Grecs : Artémis (racine Art), nymphe Callisto ; Latins : Diane ; Celtes : Arthur, Andarta, Arduinna,

Matugenos (fils de l’ours), Ardeho, Arthe/Artahe/ Artehe (dieux pyrénéens) ; Nordiques : Thor ;

Inuits : Nanook

Végétaux associés : Le chêne, l’ail des ours

 

Médias : On retrouve régulièrement l’ours dans des fictions, contes ou dans le folklore populaire. Pour ne citer que quelques exemples (car la liste est très longue) : Rebelle (de Pixar), l’Ours (de Jean Jacques Annaud), Frère des Ours (de Disney), le petit ours brun etc…

Issu du Magazine Lune Bleue

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La vérité est un rhinocéros qui dort

Posté par othoharmonie le 17 décembre 2014

images (2)Le rhinocéros est omniprésent dans la littérature, souvent décrit comme un personnage déconcertant et surréel ou l’interprète perfide d’aventures improbables. Dans la Bible il est confondu avec un boeuf sauvage appelé re’em ou remim. Le terme reem, dans le Dittionario novo hebraico de David de Pomis publié à Venise en 1587, est traduit improprement en grec par monoceros et en latin par rhinoceros, naricornis et unicornis, il est donc identifié avec la licorne, depuis toujours un Doppelgänger du rhinocéros. La traduction d’un texte considéré par le dogme catholique comme inspiré de Dieu, du reste, crée des problèmes théologiques, parce que là où l’original parle d’un seul animal, dans la traduction latine on en retrouve deux ou trois… Il est singulier de noter que même dans la mythologie chinoise le xieniu ou hsi-niu ou  » boeuf de bon augure  » à une corne est traduit par rhinocéros. D’ailleurs, rimu est le grand aurochs assyrien, ou taureau primitif auroch du Moyen-Orient, tandis que rim en arabe est l’oryx blanc (Oryx leucoryx)1 que l’on trouve encore dans le désert, espèce voisine du gemsbok (Oryx gazella) de l’Afrique australe, espèce à la morphologie ressemblant beaucoup à l’iconographie traditionnelle de la licorne, mais avec deux cornes bien pointues et, bien que d’une taille moyenne-petite, très craint par les autres antilopes qui, lorsque les oryx arrivent à l’abreuvoir, s’en éloignent aussitôt par précaution. 

Le rhinocéros est confondu ou identifié avec des créatures fantastiques telles que la licorne ou avec le monoceros, avec l’âne à la tête rouge, avec l’onagre ou avec l’ealus, avec une corne vers l’avant et une vers l’arrière, décrit par Ctésias de Cnide, voyageur, historien et médecin à la cour d’Artaxerxés roi de Perse, au VIe siècle av. J.-C., qui dans l’Indikà écrivait des merveilles de l’Inde, rapportées dans une version fragmentaire du patriarche Photios de Jérusalem après environ mille trois cents ans. Élien cite Ctésias, dont le texte ne nous est connu que par cet intermédiaire « Il y a en Inde des ânes sauvages qui ne sont pas moins grands que des chevaux… Ils portent une corne sur le devant de la tête, longue d’une coudée et demie… J’ai entendu dire que les Indiens boivent dans ces cornes polychromes, pas tous mais les plus nobles d’entre eux, et ils les ornent d’or, comme les bracelets qu’ils portent aux bras. Et on dit que celui qui boit dans cette corne ne connaît plus les maladies, il n’en est plus atteint. Il ne connaît plus non plus ni spasmes, ni épilepsie, ni les effets du poison. S’il a bu avant quelque chose d’empoisonné, il le vomit et recouvre une parfaite santé ». Et il correspond à la licorne dans l’Histoire de l’Inde de Mégasthènes, quatre livres qui remontent au IIIe siècle av. J.-C. 

Nous savons de Pline (23/24-79 apr. J.-C.) que, dans la Rome antique, les rhinocéros provenaient d’Inde et d’Afrique, destinés à participer aux jeux, encouragés par Pompée qui bâtit le premier théâtre en pierre à Rome en 55 av. J.-C. Les jeux de Dion sont cités par Cicéron (106-43 av. J.-C.) dans ses lettres. Les animaux arrivés à Rome pour la venatio étaient confiés au custos vivarii, le responsable du vivarium, ou zoo ; les rhinocéros étaient présents dans celui d’Auguste de 29 à 14 av. J.-C., puis des empereurs Domitien (81-96 apr. J.-C.), Commode

(180-193), Caracalla (211-217), Élagabal (215-222) et Gordien III (238-244). La lutte entre les fauves, rapporte Marcus Valerius Martialis (environ 40-104), était très palpitante : le rhinocéros luttait souvent contre l’éléphant, tous deux incités avec des tisons allumés et des épouvantails en paille. Mais avec le déclin de l’Empire romain, la tradition brutale d’exhiber en public les rhinocéros, commencée en Egypte par le Roi Ptolémée II Philadelphe en 309 av. J.-C. se perd. Pline l’Ancien, donc, connaît les rhinocéros, cités précédemment par Hérodote  » le rhinocéros avec une seule corne sur le nez, comme on voit souvent. Cette bête, qui est le deuxième ennemi naturel de l’éléphant, après avoir aiguisé sa corne sur une pierre, se prépare au combat et dans la lutte vise surtout à frapper le ventre de l’adversaire, parce qu’il sait qu’il est plutôt mou. Il a la même longueur que l’éléphant, les pattes beaucoup plus courtes, la couleur du buis « . Pline considère d’autres animaux comme similaires, mais pas identiques au rhinocéros « . En Inde, ils connaissent aussi des boeufs aux sabots compacts, avec une seule corne (unicornes)

 La bête plus sauvage est le monoceros; il a le corps du cheval, la tête du cerf, les pieds de l’éléphant, la queue du sanglier ; un mugissement grave, une seule corne noire haute de deux coudées qui se dresse au milieu du front. On dit qu’on ne le prend pas vivant  » et sur l’aiguisage de la corne avant la lutte, il écrit que  » Cornu ad saxa limato praeparat se pugnae » une particularité que de nombreux auteurs démentent, mais le fait est documenté que, en 1994, trois rhinocéros ont détruit une roulotte pour aiguiser leurs cornes. 

Le Physiologus, manuscrit hellénistique du IIe siècle, rédigé à Alexandrie d’Égypte, est une synthèse de connaissances scientifiques et un manuel de doctrine chrétienne qui connaît une très large diffusion. Il est à la base des bestiaires d’époques postérieures et de la conviction en Occident de l’existence de la licorne qui dérive des mythes chinois les plus anciens. Le k’ilin, ou kirin en japonais, est un cerf à la queue de boeuf et aux sabots de cheval, avec une seule corne, des poils dorsaux de cinq couleurs et ceux du ventre jaunes ou bruns. Il ne piétine pas l’herbe fraîche, ni ne tue d’animaux, il paraît quand apparaissent des souverains parfaits et sa vision est maléfique s’il est blessé. Ainsi, l’existence diaphane et supposée de la licorne dans ses diverses interprétations s’entremêle et s’embrouille pendant des centaines d’années avec la présence réelle du rhinocéros, à une et même deux cornes. Et la confusion entre licorne fantastique et rhinocéros réel, observé par des voyageurs et découvreurs, accrédite pendant des siècles le mythe. 

Le rhinocéros est bien connu de Claudius Elianus de Préneste (170-235) naturaliste romain du IIIe siècle apr. J.-C. qui, dans De natura animalium, en donne pour sûre la description à ses contemporains grâce aux jeux du cirque et dit de la licorne qu’elle est un animal différent, de l’intérieur de l’Inde, grande comme un cheval, d’un pelage roussâtre que les indigènes appellent kartàzonos; revêche, à la corne noire à spirales, elle lutte aussi contre les femelles, sauf pendant la période des amours, une description qui semble toutefois correspondre parfaitement à celle du rhinocéros, comme le laisse supposer le nom qui vient du sanskrit khadgà, comme le mot arabe pour le rhinocéros, karkaddan

images (3)À côté de Pline, une autre source du surprenant dans le monde animal est la Collectanea rerum memorabilium (De mirabilibus mundi) de Caius Julius Solinus, géographe latin entre le IIIe et le Ive siècle apr. J.-C.  » le rhinocéros naît en Inde, la couleur est celle du buis, il porte sur le nez une seule corne qu’il aiguise avant de combattre contre l’éléphant  » et décrit dans sa Polyhistoria le monoceros comme  » un monstre au corps de cheval, les pattes d’éléphant, la queue de cochon, la tête de cerf, et une corne merveilleuse d’un mètre et demi, tellement pointue que, si elle touche à peine quelqu’un, elle le transperce aussitôt. Il n’est jamais capturé vivant : tué il peut l’être, mais pris, jamais « .

 

Extrait de : Le Rhinocéros – Histoires fantastiques et légendes authentiques en Français

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La Légende Du Rhinocéros

Posté par othoharmonie le 15 décembre 2014

1024px-Nosorożec_biały_-_Ceratotherium_simum_-_White_Rhinoceros_-_Breitmaulnashorn_(5)Autrefois, les rhinocéros n’avaient pas de cornes. Mais un beau jour, Evan, un rhinocéros , se leva et eut envie de faire sa balade. Quelques minutes après, un écureuil, sortant de son arbre, vit le rhinocéros et vint l’embêter. Alors, le rhinocéros lui courut après. L’écureuil se réfugia dans un arbre car il avait peur. Le rhinocéros fonça dedans. Mais une branche de l’arbre tomba et se planta dans le nez du rhinocéros. Le rhinocéros affolé, courut dans la mer et l’écume couvrit sa branche de blanc. Et c’est ainsi que les rhinocéros ont une corne blanche. Mais un jour le chef des rhinocéros, Ouka, décida qu’il faudrait deux cornes pour vaincre les prédateurs. Alors, les rhinocéros essayèrent de trouver une idée pour la deuxième corne. Un jour un des rhinocéros trouva une idée : faire pareil que pour la première mais avec un cailloux. Et c’est depuis ce jour là que les rhinocéros ont deux cornes. Ruben. 

Rhinocéros au pays des Monstres

Il existe, si l’on sait les chercher, des itinéraires évocateurs, des adresses vraies pour des lettres jamais écrites qui tracent un sentier subtil, loin des lieux communs qui ont rendu trop brèves les voies de notre temps. Il existe, si l’on a le courage de les entreprendre, des parcours de rêve, où l’on découvre la vérité dans chaque homme. L’histoire du rhinocéros est un journal de voyage autour d’aventures et de légendes, toutes vraies. C’est une histoire d’explorateurs blancs, de créatures invincibles,  de phénomènes exceptionnels, de sorciers diaphanes, de nymphes inquiétantes, une faune sauvage qui remonte aux origines du monde, qui naît dans le vent, de la terre, de l’eau, du feu, célébrée dans le rite ancien de la science occulte, de la vénerie, des armes des dieux et des héros.

Nous découvrons ainsi, et nous apprenons à connaître, un monde oublié fait de personnages énigmatiques d’une époque sans âge, mais si présents dans le troisième millénaire.

Les rhinocéros se trouvent sur la planète Terre depuis plus de 50 millions d’années. Anciennement, ils étaient présents avec une grande variété d’espèces et ils ont connu une large diffusion de l’Europe à l’Amérique du Nord, sans oublier l’Afrique et l’Asie où il en existe cinq espèces, divisées en onze sous-espèces. Elles sont toutes à risque d’extinction. Au total, les estimations actuelles parlent de seulement 17 500 exemplaires ayant survécu à l’état sauvage et 1200 en captivité. Deux tiers des rhinocéros survivants appartiennent à l’espèce Rhinocéros blanc,en plus des 3100 Rhinocéros noirs, 2400 Rhinocéros Indiens/Népalais, près de 300 Rhinocéros de Sumatra et presque 60 Rhinocéros de Java. Situation désespérée, ou presque, mais dans les années 2000, il est possible d’acheter légalement un rhinocéros blanc sur Internet pour une somme entre 180 000 et 250 000 rands, autant que pour une automobile, le couple coûte seulement entre 390 000 et 450 000 rands…

Ce colosse rare est depuis toujours objet de culte et de peurs ancestrales. L’iconographie du monstrum, du merveilleux, du prodige, comme manifestation de quelque chose de stupéfiant, très souvent de supraterrestre, qui peut susciter tant une appréhension respectueuse que la terreur, a donné naissance à des chapitres vastes et articulés dédiés au rhinocéros, qui ont laissé un signe indélébile dans cette Wunderkammer de l’esprit qui est constituée par l’âme de l’homme, par l’art, la littérature, le cinéma.

Les arts se sont inspirés du rhinocéros, animal gigantesque, imprévisible et inquiétant, dès les peintures pariétales les plus anciennes. En effet, dans la Grotte Chauvet1 près du village de Vallon Pont-d’Arc, dans les gorges de l’Ardèche, le rhinocéros laineux Coelodonta antiquitatis est l’an mal le plus fréquemment représenté dans les dessins paléolithiques qui remontent à 31000 ans.

Le rhinocéros est également présent dans les grottes de Lascaux2 d’il y a 17000 ans, et dans des milliers de représentations sur les roches des quatre collines Tsodilo du Botswana, une des concentrations les plus importantes au monde d’art pariétal avec 4500 peintures réalisées entre le IXe et le XIVe siècle.

Rhinocéros adulte avec un jeune situé à sa droite, vus de face.Le point de repère inévitable de toute l’iconographie du rhinocéros est la gravure sur bois réalisée par Albrecht Dürer3 (1471-1528) à Nuremberg en 1515 qui s’inspire d’un dessin et de la description d’un rhinocéros indien, envoyés par Valentin Ferdinand (un écrivain originaire de Moravie et traducteur, entre autres, de Marco Polo) à un marchand de Nuremberg, ami de Dürer qui ne voit pas l’exemplaire d’après nature, mais en tire un dessin à l’encre4 de 27,4 x 42 cm, conservé au British Museum, à partir duquel est réalisée la célèbre xylographie.

En effet, en 1514, le Sultan Muzaffar II (régnant de 1511 à 1526), souverain de Khambhat, au Gujarât, dans le Nord de l’Inde, offre à Afonso de Albuquerque, gouverneur de 1509 à 1515 de l’Inde portugaise, un rhinocéros et un éléphant qui sont envoyés au roi Dom Manuel Ier du Portugal (régnant de 1513 à 1521) sur le bateau Nossa Senhora da Ajuda au commandement de Francisco Pereira Coutinho, dit O Rusticão, avec un chargement d’oiseaux rares et d’épices. Le rhinocéros, baptisé Ulysse par les marins, arrive le 20 mai 1515 de Goa à Lisbonne où il suscite une vive impression, s’agissant du premier exemplaire vivant arrivé en Europe depuis le IIIe siècle apr. J.-C.

Le 3 juin 1515, le dimanche de la Sainte Trinité, Dom Manuel met donc à l’épreuve la supposée hostilité naturelle entre les deux animaux, rapportée par Pline l’Ancien dans la Naturalis Historia (77 apr. J.-C.) scène encore illustrée après plus d’un millénaire et demi dans la Cosmographie universelle d’André Thevet de 1575, organisant un affrontement entre les deux titans qui, à l’ouverture du rideau qui les sépare, se résout par la fuite de l’éléphant. C’est de cette preuve de force qu’Alexandre de Médicis, premier duc de Florence, tira son emblème, un rhinocéros avec la devise espagnole non bueluo sin vincer,  » je ne reviens qu’en vainqueur « . Plus tard, le missionnaire Jeronimo Lobo (1593-1678) rapporte encore que  » en Abyssinie on trouve également le rhinocéros, ennemi mortel de l’éléphant « . Francis Barlow5 (1626-1704) dans une demi-teinte présentée le 26 janvier 1684 sur la London Gazette représente le rhinocéros de Dürer, mais à cinq pattes, qui combat contre un éléphant et offre une synthèse improbable entre Pline et Ganda, faisant passer le dessin pour un portrait d’après nature d’un rhinocéros venant d’arriver à Londres en provenance des Indes.

En revanche, à la fin du XXe siècle, dans le Pilanesberg National Park, quelques jeunes éléphants introduits dans le parc ont tué treize rhinocéros blancs par manque d’un bon exemple de la part des adultes.

Les foules arrivent de toute l’Europe pour admirer le rhinocéros, surnommé Ganda en raison de son nom indien, jusqu’à ce qu’il soit envoyé à Rome comme présent à Jean de Médicis Pape Léon X (1475-1521) pour être opposé en combat à l’éléphant dans l’Amphithéâtre, comme aux temps anciens, mais, après l’escale de Marseille où le phénomène est examiné par les rois de France, le 24 janvier 1516, le bateau fait naufrage.

Paolo Giovio (1483-1552) écrit :  » il mare invidiò e tolse all’Italia questa bestia di inusitata fierez za, la quale si haveva a mettere a combattere nell’arena dell’Anfiteatro con l’elefante, percioc ché il naviglio nel quale egli era menato, urtando agli scogli della riviera di Genova andò a tra verso per fortuna di mare e ciò fu con tanto maggior dolore di ognuno, poiché la bestia, la quale era usata a passare il Gange e l’Indo, altissimi fiumi del suo paese, fu creduto che anche avreb be potuto venire a riva sopra a Porto Venere, ancora che ella sia asprissima per duri sassi ; se non che, trovandosi impedita da catene grandi, benché molto superbamente facesse ogni sfor zo per aiutarsi, fu però inghiottita dal mare « . Il semble, en revanche, que l’éléphant, dit Annone, soit arrivé à Rome, suscitant un vif intérêt pendant deux années, jusqu’à sa mort prématurée, pour être aussi représenté par les plus grands artistes de l’époque dont Raffaello Sanzio.

Un deuxième exemplaire indien, avec une seule corne et un seul œil, arrive à Lisbonne en 1577 quand le roi Henri du Portugal veut l’offrir au pape Grégoire XIII (1502-1585) mais sa mort l’en empêche, après laquelle Philippe II fait venir l’animal à Madrid comme symbole de la puissance coloniale portugaise. À la mort du rhinocéros, ses os sont donnés à l’empereur Rodolphe II.

La gravure de Dürer, malgré toutes les imprécisions d’un dessin de seconde main, connaît un immense succès au cours des siècles et sert de modèle à d’innombrables illustrations, peintures et sculptures, de Petrus Candidus1 (Pier Candido Decembrio, 1399-1477) dans son Bestiaire dédié au marquis Ludovico Gonzaga de Mantoue et basé sur le Liber de naturarerum de Thomas de Cantimpré (1200-1270) de 1230-1240, jusqu’à Les animaux de 1660 du flamand Jan Kessel (1626-1679) désormais au Prado de Madrid, et à Albrecht Herport (1641-1730) à Berne en 1669.

Nombreuses sont aussi les interprétations scientifiques qui reprennent l’image de Dürer, de la Cosmographie de 1544 de Sebastian Münster (1489-1552) au grand naturaliste suisse Konrad von Gesner2 (1516-1565) dans ses Historiae Animalium, Liber primus, De Quadrupedibus viviparis (1551 à Zurich) et dans son Thierbuch de 1606, puis du suisse Conrad Lycosthenes (Conrad Wolffhart, 1518-1561) dans Prodigiorum ac ostentorum chroni con… (Bâle, 1557) à une version identique à celle de Dürer, aux couleurs détrempées, par Jacopo Ligozzi (1547-1627) et à Edward Topsell (?-1638) dans la Historie of Foure-footed Beastes (1607), de Jan Jonston3 (1603-1675) dans la Naeukeurige Beschryving van de Natuur der Vier-Voetige Dieren… de 1660, à la Physica Curiosa sive Mirabilia Naturae et Artis (1667) du jésuite Gaspar Schott (1608-1666) jusqu’à l’estampe Africa de Paul Briel de 1775 où il est fait passer pour africain. Et, sur cette trace, de subir, encore dans le troisième millénaire, des reproches injustes de la part de critiques hâtifs qui ne reconnaissent pas dans l’œuvre les traits du rhinocéros africain… en effet il s’agit du rhinocéros indien, le Rhinocerus unicornis.

Dessin représentant deux rhinocéros s'abreuvant à un point d'eau.D’ailleurs, un dessin plus précis, aujourd’hui à la bibliothèque Albertine de Vienne, est réalisé à partir des mêmes sources par un ami de Dürer, Hans Burgkmair (1473-1531) mais, s’agissant d’un artiste  moins connu, son image n’a pas une grande popularité. Il faut noter que la grande diffusion des estampes provenant d’Europe déclenche des phénomènes surprenants de métissage culturel, comme dans le cas des dessins persans et indiens qui ne reproduisent pas les traits des autochtones originaux, mais reprennent les lignes des illustrations, inexactes et approximatives, occidentales, comme l’a mis en évidence le botaniste allemand Engelbert Kempfer (1651-1716 ; il introduit le soja en Occident) en 1684, qui remarque les lignes d’une gravure du flamand Philippe Galle (1537-1612) d’un rhinocéros arrivé à Madrid en 1586 dans le dessin d’un karkaddan effectué en Perse.

On a finalement une illustration correcte du rhinocéros asiatique dans les Voyages du Chevalier Chardin en Perse et autres lieux de l’Orient de 1711, du joaillier français Jean Chardin (1643-1713, un grand voyageur, si bien que sa pierre tombale à Westminster porte l’inscription nomensibifecit eundo) qui en voit un en Perse à la cour du Chah.

EXTRAIT DE : file:///C:/Users/salaun/Downloads/Le%20Rhinoc%C3%A9ros%20-%20histoires%20fantastiques%20et%20l%C3%A9gendes%20authentiques%20(French).pdf

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Origine et évolution du rhinocéros

Posté par othoharmonie le 9 décembre 2014

 

1024px-Rauhohr-Nashorn-drawingCinq espèces de rhinocéros, comptabilisant au total moins de 18 000 individus, vivent encore aujourd’hui en Afrique et en Asie. Toutes ont frôlé l’extinction. Il ne s’agit pourtant pas d’une lignée vieillissante, inadaptée au climat, à la végétation, à l’environnement : ces survivants d’une famille au passé glorieux sont des animaux tout à fait à l’aise dans leur milieu naturel. Mais, face à l’homme et à ses armes de plus en plus perfectionnées, ils sont impuissants à se défendre, et leur survie ne dépend que des mesures de protection dont ils bénéficient.

À l’ère tertiaire, il y a environ 40 millions d’années, la famille des rhinocérotidés – et d’autres groupes proches – a connu un foisonnement de formes rarement égalé, et quelques-unes vraiment extraordinaires. Certains ressemblaient à des chevaux et couraient sur des pieds munis de trois doigts. D’autres faisaient penser à de longs cylindres montés sur quatre petites pattes, évoquant par leur forme les hippopotames. Sans doute ceux-là étaient-ils amphibies. D’autres encore arboraient de surprenantes défenses qui leur donnaient un aspect formidable. Ainsi l’Indricotherium de Mongolie (appelé autrefois Baluchitherium), le plus grand mammifère à mode de vie terrestre ayant jamais existé. Cet animal mesurait de 5 à 6 m au garrot (à titre de comparaison, l’éléphant d’Afrique actuel atteint au maximum 4 m) et était capable de brouter des feuilles à 8 m du sol grâce à son long cou. Il devait peser environ 30 tonnes (l’éléphant en pèse en moyenne 4,5). Il s’est éteint il y a environ 10 millions d’années.

La lignée à laquelle appartiennent les rhinocéros « modernes » (famille des rhinocérotidés) s’est développée et diversifiée en une cinquantaine de genres et de très nombreuses espèces dont, outre les cinq que nous connaissons aujourd’hui, plusieurs ont été contemporaines de la lignée humaine. Elastotherium était une forme de grande taille (sans doute 2 m au garrot et jusqu’à 5 m de long), couvert d’un épais pelage et doté d’une extraordinaire corne atteignant 2 m. Le rhinocéros laineux, doté d’une épaisse et longue toison et qui habitait l’Europe et l’Asie, est l’objet de quelques représentations dans l’art pariétal paléolithique (par exemple sur les fresques de la grotte Chauvet, il y a 25 000 à 32 000 ans) ; il s’est éteint il y a 10 000 ans. 

Au cours du xxe siècle, les cinq espèces actuelles de rhinocéros se sont raréfiées sous les effets combinés de la chasse et de la dégradation de leurs habitats. Les effectifs du rhinocéros noir – qui était jadis l’espèce la plus abondante, avec plusieurs centaines de milliers d’individus – ont ainsi connu un effondrement dramatique (disparition de quelque 95 % de ses populations en quelques décennies) par suite d’une chasse intensive. Il en est de même du rhinocéros blanc et du rhinocéros unicorne de l’Inde, dont il restait moins de 200 individus de chaque espèce au début des années 1980. Heureusement, les mesures prises un peu partout en Afrique et en Asie, à l’échelle internationale ainsi qu’au niveau local, ont porté leurs fruits Indian Rhinoceros.jpgdans quelques réserves bien gardées, où les effectifs remontent lentement. À l’exception du rhinocéros blanc (le plus abondant aujourd’hui), la survie des rhinocéros reste toutefois extrêmement incertaine à long terme ; le rhinocéros de Java et celui de Sumatra font partie des mammifères les plus menacés du monde. 

Le massacre des rhinocéros n’est qu’un exemple parmi tant d’autres de disparition d’espèces à cause d’une chasse incontrôlée. Il est probable que certains pays ne reverront jamais l’espèce. Heureusement, dans certaines réserves, on assiste à une lente progression du nombre de rhinocéros, qui serviront – on peut l’espérer – à repeupler la savane.

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Le rhinocéros de 1515 et après

Posté par othoharmonie le 6 décembre 2014

350px-BurgkmairRhinocéros indien, connu sous le nom de gomda, du terme indien ganda. Offert par le roi Muzaffar II de Cambaye, en Inde, à Afonso de Albuquerque en 1514, cet animal fut envoyé au roi Emmanuel Ier de Portugal à Lisbonne, où il débarqua le 20 mai 1515. Aussitôt identifié comme le rhinoceros dont parlaient les Anciens, il devint la vedette de la ménagerie royale, le centre d’intérêt des savants.

Le rhinocéros devint immédiatement une célébrité européenne. Une lettre le décrivant, accompagnée d’un assez bon croquis, parvint à Nuremberg où, d’après ce document aujourd’hui perdu, Albrecht Dürer réalisa d’abord un dessin intitulé RHINOCERON 1515, puis une célèbre gravure sur bois intitulée RHINOCERVS 1515. D’après ce même document, Hans Burgkmair réalisa de son côté une gravure sur bois assez différente, intitulée RHINOCEROS MDXV, mais qui eut beaucoup moins de succès. D’après un document analogue parvenu en Italie, Giovanni Giacomo Penni publia à Rome le 13 juillet 1515 un poemetto sur la bête : Forma & natura & costumi de lo rinocerothe stato condutto importogallo dal Capitanio de larmata del Re & altre belle cose condutte dalle insule nouamente trouate.

En décembre, Emmanuel Ier, qui avait déjà offert au Pape Léon X l’éléphant Hannon, décida de lui envoyer le rhinocéros avec une ambassade fastueuse. La bête reprit la mer, et la nef portugaise qui le transportait le relâcha sur l’île d’If, face à Marseille, en janvier 1516. Le 24 janvier, le roi de France François Ier se rendit sur l’île avec sa cour afin de voir le reynoceron ; puis la nef repartit, mais fit naufrage au large de Portovenere, près de La Spezia. Le pauvre rhinocéros périt dans cette fortune de mer, et on ne sait pas précisément ce qu’il advint de son corps : il aurait été récupéré et sa dépouille offerte au Pape (mais le Vatican dément toujours officiellement posséder aucune peau de rhinocéros dans ses archives secrètes).

Le rhinocéros de Philippe II d’Espagne (1577 – après 1586)

Rhinocéros indien. C’était sans doute une femelle, connue sous le nom de lbada ou abada, d’après le nommalais de l’animal. En 1577, cet autre rhinocéros débarqua à Lisbonne à la ménagerie du roi fou SébastienIer de Portugal, auquel succéda Henri Ier l’année suivante. C’est le deuxième rhinocéros de l’Europe moderne. Par mesure de sécurité, on lui scia la corne (qui a sans doute repoussé par la suite).

Quand, en 1582, le roi Philippe II d’Espagne recueillit la succession d’Henri Ier et réunit les couronnes d’Espagne et de Portugal, il hérita du rhinocéros qu’il fit d’abord transporter dans sa ménagerie de la Casa de Campo, près de Madrid. Le 16 octobre 1583 Philippe II le fit transférer dans sa ménagerie de l’Escorial. Le transfert ne se passa pas sans incident : on voulut rafraîchir la pauvre bête en l’aspergeant de seaux d’eau, ce qui l’énerva et la abada renversa tout sur son passage. Elle fut ensuite exposée au public à l’Escorial et présentée aux ambassadeurs japonais en 1584. Sans doute mourut-elle avant 1588. Une rue de Madrid proche de la Puerta del Sol, la Calle de la Abada, porte toujours son nom.

Son image nous a été conservée par une gravure de Philippe Galle exécutée en 1586.

Réf.: J. Puerto, La leyenda verde. Naturaleza, sanidad y ciencia en la corte de Felipe II (1527-1598). Valladolid : Castilla y Leon. consejeria de Educacion y Cultura, 2003, p. 186.

Le rhinocéros londonien de 1684 (1684-1686)

Rhinocéros indien. C’est le troisième de l’Europe moderne, un siècle après la mort du second. Ce rhinocéros, provenant dit-on de la Cour de Golconde, fut ramené par le capitaine Henry Udall à bord du Herbert, un navire de laCompagnie anglaise des Indes orientales. Il débarqua à Londres en janvier 1684 et fut aussitôt vendu pour 2000 livres à un entrepreneur privé pour être exposé à la Bartholomew Fair, ou à l’auberge de la Belle Sauvage de Ludgate Hill. Le public paye 1 shilling pour le voir, 2 shillings pour avoir le droit de le chevaucher. La Belle Sauvage encaissait jusqu’à 15 livres par jour. C’est le premier rhinocéros privatisé (et sans doute rentable) de l’histoire : depuis celui de Ptolémée II Philadelphe, en passant par tous les empereurs romains, jusqu’à celui de Philippe II d’Espagne, la possession d’un rhinocéros avait toujours été en Occident monopole royal ou impérial. Ce rhinocéros vécut à Londres près de deux ans et demi, et mourut en 1686.

350px-Parsons1_1744Le rhinocéros londonien de 1739 (1739-1741)

Rhinocéros indien mâle. C’était un petit rhinocéros de moins de deux ans acquis en 1738 par Humphrey Cole, directeur d’une factorie de la Compagnie des Indes britanniques à Patna sur le Gange, et ramené par le Capitaine Acton à bord du Lyell. Il débarqua à Londres le 1er juin 1739 accompagné de son gardien indien, et fut exposé au public à partir du 15 juin à Eagle Street, près de Red Lion Square.

Ce rhinocéros suscita la curiosité du monde savant britannique. James Douglas fit deux communications à son sujet en 1739 devant la Royal Society, et James Parsons en fit une autre le 9 juin 1743, accompagnée de croquis, communication qui constitue la première étude scientifique de cet animal. Entre-temps, en 1741 précisément, le rhinocéros mourut. Parsons utilisa ses croquis pour réaliser deux grands tableaux représentant l’animal ; l’un a disparu depuis le xviiie siècle, l’autre, une huile sur toile de 122 × 147 cm représentant le rhinocéros dans un paysage imaginaire, est visible au Musée d’histoire naturelle de Londres.

Clara le rhinocéros 

Rhinocéros indien femelle. C’est le cinquième rhinocéros à parvenir vivant dans l’Europe moderne, et le second à gagner une célébrité internationale qui ne se compare qu’à celle du rhinocéros de 1515.

Âgée d’un an, Clara (dont la mère avait paraît-il été tuée par des chasseurs indiens) est adoptée par Jan Albert Sichterman, directeur au Bengale de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC). Il l’appelle Clara. Elle est parfaitement apprivoisée et circule librement dans la demeure de son maître. En 1740, Sichterman la donne – ou la vend – au capitaine Douwe Mout van der Meer, commandant du Knappenhof qui retourne en Hollande. Clara débarque à Rotterdam le 22 juillet 1741et, comme l’avaient été les rhinocéros anglais de 1684 et 1739, est immédiatement exposée au public.

640px-Clara_Rhinoceros_from_Bernhard_Siegfried_Albinus_TAB_IV_-_1749Le succès rencontré par ces expositions incite Douwe Mout van der Meer à quitter la VOC en 1744 et à entreprendre une tournée européenne avec son rhinocéros. On lui construit un véhicule spécial adapté aux longues étapes terrestres, et la tournée rencontre un succès prodigieux. Clara est exposée à Bruxelles dès 1743, puis à Hambourg en 1744.

La tournée débute véritablement au printemps 1746 : Hanovre, puis Berlin, au Spittelmarkt. Le 26 avril, le roi Frédéric II de Prusse vient la voir. Puis c’est Francfort-sur-l’Oder, Breslau(Wrocław), enfin Vienne, où elle fait une entrée triomphale escortée de huit gardes empanachés. Le 5 novembre, l’Empereur François Ier, l’Impératrice Marie-Thérèse et l’Impératrice douairière viennent la voir. En 1747, elle passe à Munich, Ratisbonne, Freiberg, le 5 avril à Dresde (où elle pose pour Johann Joachim Kaendler de la Manufacture de porcelaine de Meissen, et où elle reçoit le 19 avril la visite d’Auguste III, Électeur de Saxe et roi de Pologne), le 23 elle est à Leipzig pour la Foire de Pâques, dans une baraque de la Petersthor. En juillet elle est hébergée à l’orangerie du château de Kassel, invitée par le Landgrave Frédéric II de Hesse. En novembre, elle est à Mannheim, à l’Auberge du Paon (Gasthof zum Pfau) où elle reçoit la visite de l’Electeur Palatin Carl-Theodor et de sa famille ; en décembre elle est à Strasbourg pour la Foire de Noël. En 1748, elle passe à Berne, Zurich, Bâle, Schaffhouse, Stuttgart,Augsbourg, Nuremberg et Würzburg.

Après un probable retour à Leyde, elle prend la route de la France. En décembre 1748, elle passe à Reims, et est reçue en janvier 1749 par le roi Louis XV à la Ménagerie royale de Versailles. À partir de février, elle passe cinq mois à Paris dans une baraque de la foire Saint-Germain, rue des Quatre-Vents. Le succès est prodigieux et confine au délire, on publie à son sujet des livres, des épigrammes, même une cantatille ; on lance la mode des perruques ou des parures à la rhinocéros. Clara est examinée par Buffon, pose pour le peintre Jean-Baptiste Oudry (son Rhinocéros grandeur nature sera une des vedettes du Salon de 1750, et sert de modèle pour les gravures de l’Histoire Naturelle de Buffon) ; on baptise même Rhinocéros un vaisseau de la Marine Royale lancé à Rochefort en 1751. Fin 1749, Clara s’embarque à Marseille et entreprend une tournée italienne : Naples, dans une baraque près de Castelnuovo, puis Rome en mars 1750, aux Thermes de Dioclétien, cette dernière n’en n’ayant pas abrité depuis 1500 ans avec celui de Philippe l’Arabe). C’est à Rome que, pour des raisons de sécurité sans doute, on lui scie sa corne. Elle passe ensuite en août à Bologne puis en octobre à Milan, dans une baraque de la Piazza Mercanti. En janvier 1751elle arrive à Venise où elle est une des attractions majeures du carnaval le mois suivant, posant pour le peintre Pietro Longhi. Elle aurait rapporté 4000 ducats à Venise, dont son maître Douwe Mout van der Meer aurait reperdu une grande partie aux tables de jeu du Ridotto. Puis, en passant par Vérone, Clara revient à Vienne, pour gagner Londres à la fin de l’année, où le roi et la famille royale viennent l’admirer.

On connaît moins en détail sa tournée dans les années 1752-1758. On signale son passage à Prague, en 1754 à Varsovie, Cracovie et de nouveau à Breslau (Wrocław), en 1755 à Copenhague. En 1758 elle est de retour àLondres, visible pour 6 pence ou 1 shilling au Horse and Groom à Lambeth Market. Elle y meurt âgée de vingt ans le 14 avril 1758.

Dès 1748 Douwe Mout van der Meer propose au public, outre bien sûr le spectacle payant (avec plusieurs classes), toute une gamme de produits dérivés adaptés à toutes les bourses : des gravures de différents formats, des médailles souvenirs fabriquées à Nuremberg en argent ou en bronze, voire (au début de la tournée du moins) des fioles d’urine de Clara censées avoir des vertus curatives.

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L’ironie du salon des Dames

Posté par othoharmonie le 2 novembre 2014

 

images (11)La question du bras droit ou du bras gauche divise et déchire tout ce grand pays qu’on appelle « le Monde », ironise l’Académicien Emile Faguet au début du XXe siècle. Doit-on, conduisant du salon à la salle à manger, et reconduisant de la salle à manger au salon la demoiselle ou la dame qui a été confiée à votre sollicitude et à votre galanterie par le maître de la maison, lui offrir le bras gauche ou le bras droit ?

Il y a là-dessus des discussions sans fin et qui commencent à devenir aigres, fait observer notre Académicien. La tradition est que l’on doit offrir le bras gauche, et les hommes de mon âge continueront d’offrir le bras gauche tant que la solution contraire n’aura pas pris force de loi.

La raison de cette tradition est qu’offrir son bras est un symbole qui signifie qu’on offre son cœur et qu’il est assez naturel qu’on offre son cœur du côté où il est. Or, sauf dans la théorie du médecin de Molière, qui avait « changé tout cela », le cœur est à gauche. La raison encore est, ou était, qu’il faut réserver la main droite pour saluer, le salut de la main gauche étant incorrect.

Seulement, cette raison est périmée. Elle n’existait que du temps où l’on donnait le bras à une femme à la promenade. Elle n’existe plus depuis que l’on ne donne le bras à une femme que du salon à la salle à manger et vice versa. Il est évident que du salon à la salle à manger on n’aura pas à saluer un tableau ou un buste. Et du reste, on est tête nue. Cependant, ceci explique très bien la tradition. On donnait le bras gauche à une femme dans les appartements parce qu’on avait l’habitude de le lui donner dans la rue pour conserver sa dextre libre à dessein de saluer.

Il y a toujours eu une exception. Les officiers ont toujours donné le bras droit, par la très bonne raison qu’ils ont un glaive au côté gauche, et qu’il était bon qu’ils n’en heurtassent point la hanche délicate de leur compagne. Mais ceci même remonte au temps où l’on donnait le bras aux femmes dans la rue. Car la correction — du moins de mon temps, précise Faguet — voulait que l’officier, en entrant dans le salon d’une maison où il devait passer un long temps, dîner, par exemple, demandât à la maîtresse de maison la permission de déposer son sabre ou son épée, obtînt cette permission, et se débarrassât de son acier ; après quoi, il n’y avait plus de raison pour qu’il n’offrît pas le bras gauche, comme un autre, pour se rendre à l’endroit où l’on dîne.

Seulement, comme il avait l’habitude d’offrir le bras droit dans la rue, il conservait cette habitude dans le salon, et c’était comme une règle qu’un officier tendît toujours son bras droit. Mais encore, il est bien évident que cette exception, qui avait sa raison toute particulière, confirmait, et très nettement, la règle générale.

Aujourd’hui, il y a une tendance pour le bras droit, ou, tout au moins, le bras droit a beaucoup de partisans. Pourquoi ? Il y a une raison. Il y a toujours une raison. La raison, s’il vous plaît, et j’en sens, n’en doutez point, toute l’importance, est que la droite est la place d’honneur. La place d’honneur dans les cérémonies publiques est à droite, la place d’honneur à table est à droite de la maîtresse de maison. Il est donc assez naturel qu’on offre à une dame la place d’honneur à son côté pour les trop courts moments où l’on a le plaisir de la mener d’un endroit à un autre.

Voilà une bonne raison. Il faut bien, du reste, que je la déclare bonne, pour peu que j’aie d’impartialité, parce que c’est absolument la seule. Elle n’est pas mauvaise, certes, et peut se défendre. Je ferai remarquer cependant qu’elle est plus spécieuse que réelle. La place droite est la place d’honneur, s’il vous plaît, à la condition qu’il y en ait deux. Le chef d’un Etat met un roi à sa droite et un prince à sa gauche ; une maîtresse de maison met un sénateur à sa droite et un député à sa gauche, parce qu’elle a une droite et une gauche, une place à sa gauche et une place à sa droite.

S’il était d’usage, ce qui, du reste, serait grotesque, de conduire deux dames et de faire ce que le peuple appelle plaisamment le panier à deux anses, il est bien certain qu’il faudrait offrir son bras droit à la dame âgée et son bras gauche à la petite demoiselle. Mais du moment qu’il n’y a point deux places, qu’il n’y en a qu’une et qu’il ne peut y en avoir qu’une, le bras droit n’est pas une place.

Vous conduisez une dame et voilà tout ; et vous la conduisez de la manière qui est la plus commode — pour elle — et la plus honnête. Or, ici revient cette considération que c’est le côté du cœur que vous lui offrez en lui offrant le bras gauche, ce qui est honnête. Et ici vient cette considération, enfin, qu’en conduisant une dame vous êtes censé devoir écarter devant elle tous les obstacles qui peuvent se présenter : porte à pousser, chaise à déplacer, etc. Cela n’arrive jamais dans les maisons bien tenues. Autant dire, cela n’arrive jamais.

Mais cela est censé pouvoir arriver. C’est le sens même, le sens secret, le sens profond, le sens mystique du fait même de conduire une dame : on la conduit pour la protéger dans son voyage. Dès lors, étant admis qu’il peut y avoir obstacle à écarter, c’est le bras faible qu’il faut donner ; c’est le bras fort qu’il faut se réserver. Je crois que cet argument est décisif pour le bras gauche.

Tous ces usages mondains, il faut toujours chercher l’origine utile de ce qui est devenu un simple geste conventionnel. Cette origine utile vous donnera la clé de toute la cérémonie et vous enseignera très nettement ce qu’il en faut conserver et dans quelles conditions il faut la maintenir. Si la politesse, en quêtant dans une église, est de passer devant la quêteuse, c’est, la chose ici est lumineuse, qu’il s’agit de lui frayer le passage entre les chaises, un peu pressées quelquefois les unes contre les autres.

Si la place à droite, cette fameuse place à droite, elle-même, est la place d’honneur, c’a été parce que vous placez à votre droite, en quelque sorte sous votre bras droit, qui est le plus fort, la personne que vous tenez le plus à protéger. La place droite, place d’honneur, n’a pas d’autre sens.

Par conséquent, lorsqu’il s’agit de conduire une dame, encore que vous soyez dans un salon, vous faites comme vous feriez dans une forêt, vous vous réservez le bras qui peut vous servir le mieux à renverser les obstacles devant l’être faible que vous avec sous votre haute protection. Je crois que nous sommes au point.

En attendant, tout le monde discute. Les plaisants s’en mêlent :

— Je suis pour le bras droit.
— Pourquoi ?
— Parce que, en offrant le bras gauche à une jeune dame, je lui fais sentir les battements de mon cœur.
— Eh bien ?
— Tandis qu’en lui offrant le bras droit, je sens battre le sien.

Très gentil. Un poète du XVIIIe siècle aurait fait de cela un madrigal, s’amuse Emile Faguet.

— Je suis pour le bras gauche.
— Pourquoi ?
— Parce que je suis gauche moi-même. Alors, en offrant le bras gauche, il me semble que je m’offre tout entier.

Douce modestie.

— Moi, ça m’est égal. Je n’ai pas même à écouter ces discussions.
— Comment donc ! Des discussions si importantes !
— Ça ne me regarde pas. Je suis manchot.

Il n’y a rien à dire.

images (13)En tout cas, cette querelle même est d’une utilité immense. Pourquoi ? Mais parce qu’il y a toujours, au commencement des dîners, un instant, sinon de gêne, du moins d’indécision. On ne sait pas de quoi l’on va bien pouvoir parler, et par conséquent on ne parle pas. Maintenant, comme il y a toujours quelqu’un, familier dans la maison, qui, au salon, au moment de prendre la file, a dit en riant à sa compagne désignée : « Bras droit ou bras gauche ? », on cause bras droit et bras gauche dès qu’on est assis à table, jusqu’aux entrées.

C’est d’une utilité incontestable. Ce sont les maîtresses de maison qui ont soulevé cette question pour vivifier le moment du potage.

source : (D’après « Le Mois littéraire et pittoresque », paru en 1904)

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LES PUCES A L’HONNEUR

Posté par othoharmonie le 2 octobre 2014

 

téléchargement (4)Au Moyen âge, avoir une chambre à coucher individuelle était un luxe que seuls les plus riches pouvaient s’offrir. Les villageois pauvres dormaient sur des dalles de pierre recouvertes de matelas très fins faits de foin ou de mousse de tourbe. La chambre à coucher dans les milieux les plus humbles c’était souvent une pièce commune chauffée par un feu central. En plein hiver, quand toutes les fenêtres étaient fermées, l’air était lourd de fumée et irrespirable. Les lieux étaient souvent insalubres, humides et peuplés d’oiseaux, de rats, de souris et d’insectes en tout genre qui trouvaient refuge dans tous les recoins des taudis.

Les plus aisés, propriétaires ou commerçants, pouvaient s’offrir un peu plus de luxe pour accommoder leur sommeil : un lit avec un matelas, des draps, des couvertures, un dais, des rideaux, etc. On retrouve trace de ses biens mobiliers dans les testaments de l’époque comme preuve de leur grande valeur.

Les lits étaient très larges ce qui permettait à toute la famille de dormir ensemble dans la même couche. Des invités pouvaient aussi se joindre au lit commun pour profiter de sa chaleur.

C’est peu dire que cette grande promiscuité faisait la part belle à tous les parasites qui pouvaient se reproduire et se développer sans trop de difficulté. Les poux, les puces et les punaises de lit ont élu domicile dans ces bouges et faisaient partie intégrante de la vie quotidienne.

De fines housses de protection tissées aidaient parfois à limiter la prolifération des insectes nocturnes. On utilisait aussi des coffres de cèdre que l’on plaçait aux pieds des lits. D’autres habitudes comme celles de se servir de couvertures en fourrure ou d’oreillers en plume provoquaient des ravages.

Nul n’était vraiment à l’abri des parasites, car même la chambre du Roi était visitée par ces créatures désagréables alors même que son matelas et sa literie étaient changés tous les jours.

En ces temps médiévaux, il était bien vu et même viril d’avoir des poux et des puces et surtout de ne pas chercher à s’en débarrasser. Ces parasites étaient perçus comme des « perles de la pauvreté » et plus on en avait plus on était considéré comme étant un saint.

Au Moyen âge, on pouvait librement étudier et spéculer sur l’origine de ces insectes. On pensait qu’ils surgissaient de nulle part par génération spontanée apportés par l’air, la rosée, la saleté et tout autre moyen sans conséquence, mais en aucun cas on ne les considérait comme des créatures de Dieu comme c’était le cas des autres animaux.

N’étant pas sous la protection de l’église ils furent même parfois maudits et excommuniés. La loi s’en mêlait aussi ordonnant parfois la destruction par le feu des biens infestés.

C’est aussi à cette époque que les punaises de lit ont été jugées responsables de la peste bubonique ce qui est complètement inexact puisque ce sont les piqures des puces contaminées par la bactérie Yersinia pestis  qui le sont. Cette croyance subsiste encore aujourd’hui et est très largement relayée par des sites Web de qualité très médiocre en quête de visiteurs et de sensationnel.

images (9)Le terme « Cimices » pour désigner les punaises de lit a été utilisé jusqu’au 17ème siècle (c’est la forme plurielle du mot latin « Cimex ») pour être remplacé ensuite par l’expression punaises de lit encore en usage aujourd’hui. En anglais, on emploie l’expression « bed bugs » (insecte de lit) dérivée du mot bogy ou hobgoblin qui signifie « une terreur dans le noir ».

Avant la découverte de l’Amérique, ce continent ne connaissait pas les punaises de lit. Ce sont les colons qui les ont introduites dans leurs navires ce qui a ensuite contaminé les Indiens. Elles ont rapidement colonisé le pays en suivant les voies de communication empruntées par les chevaux, les chariots et les charrettes puis plus tard par le chemin de fer.

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A l’époque où on dressait les Puces

Posté par othoharmonie le 29 septembre 2014

 

téléchargement (6)On a bien attelé des éléphants, mais, « Qui peut le plus ne peut il pas le moins ? » alors, pourquoi ne pas atteler des puces ? On dit que déjà, dans l’Ancienne Egypte, des amuseurs publics auraient présenté des puces dressées…mais, c’est au XVIIIème siècle qu’apparaissent les premiers « mini-cirques » présentant des puces savantes capables d’exécuter de nombreux tours et, entre autres, de tirer des charges.

Nous sommes à l’époque des « cabinets de curiosités » et, jouant sur le goût de l’époque, des saltimbanques imaginatifs, qui tous se faisaient appeler Maitre ou Professeur, créèrent de petits cirques, tenant souvent dans une valise, et dont les « artistes « étaient des puces qu’ils dressaient, disaient ils, « comme on dompte les fauves , et cela « sous les plus grands des petits chapiteaux du monde ! »

Au XIXème puis au XXème siècle, ils seront des dizaines à parcourir l’Europe et le Nouveau Monde : Acme flea circus, Bertolotto (1833) Buckland (1891) Heckler (1930) Chester (1935), George Tollerton (1935) Alfred Testo (1950) Michael et Richard Bentine (1950) Ballantine (1958) Heckler fils (1958) Tomlin (1976) Likonti’s, (1920). William & Elsi Torp (1920) qui installent leur cirque dans les jardins de Tivoli à Copenhague, leur fils assurera leur succession jusqu’ en 1965. Entre temps il se sera produit à Atlantic City (New jersey), et terminera sa carrière à Ténériffe aux Canaries en 1970.

A côté des itinérants, se produisant dans les baraques foraines, parcs d’attractions et foires, certains cirques sont installés de façon permanente, à Londres au 238 Régent Street, à Copenhague dans Tivoli Gardens, dans de grandes villes aux USA : en Alaska, au Texas, à New York, en Floride. En France, il semble que des cirques étaient installés, à Paris et à Nice, mais les documents sont rares.

Les actrices

Les puces, qui vont être les artistes de ces spectacles, sont de l’espèce pulex irritans, puce spécifiquement adaptée à l’espèce humaine. Elles ont été choisies pour leur taille et leur puissance. Il s’agit d’insectes de 4 à 8 mm de long, dépourvus d’ailes, piqueurs et hématophages (ne consommant que du sang humain), de couleur brune, aplatis latéralement et disposant de trois paires de pattes dont la dernière, très développée, les rend aptes au saut.

Leur tête et leur thorax portent des peignes, des épines et ou soies cornées dont la répartition permet l’identification des espèces, très nombreuses. Enfin leurs pattes portent des crochets qui faciliteront leur accroche au cours des exercices qu’elles devront effectuer.

Elles pèsent de 0,5 à 1 milligramme, selon qu’elles soient gorgées ou non, et peuvent tirer de 500 à 1000 fois leur poids. Une puce vit de 1 à 2 ans selon les conditions ambiantes (température, humidité, nourriture).

S’il est une expression courante grossièrement erronée c’est bien : « faire un saut de puce », pour désigner un faible déplacement, car, en réalité, les puces sont les championnes incontestées du saut en hauteur, avec des bonds de plus de 20 cm, (record à 48 cm) ce qui, rapporté à l’échelle humaine, équivaudrait à sauter par-dessus la Tour Eiffel ! Enfin, une puce peut effectuer jusqu’à 600 sauts en une heure. Ces bonds fabuleux sont réalisés grâce à une protéine élastique : la résiline, présente dans les muscles des cuisses et qui accumule l’énergie, comme dans une catapulte, lors du relâchement, la propulsion se fait avec une très forte accélération, vers le haut. (140G ont été enregistrés !)

images (7)Dans les premiers temps, les entrepreneurs de spectacles s’approvisionnaient en puces auprès des vagabonds et des clochards dont l’hygiène douteuse favorisait la croissance des petites bêtes, mais , avec le temps et l’apparition des aspirateurs, l’offre devint rare et les prix augmentèrent ; En 1935, Professeur Chester payait 2 shillings la douzaine de puces, en 1950, Professeur Testo dit payer 6 shillings, en 1976 l’inflation galopante voit les puces valoir une demi couronne pièce ! ( soit 2,5 shillings). Les difficultés d’approvisionnement obligèrent les cirques à se sédentariser, car la mortalité importante des artistes imposait un renouvellement fréquent, impossible en voyage ; (certains recevaient leurs puces par la poste dans des enveloppes, encore fallait il que le coup de tampon oblitérateur du postier ne frappe pas au mauvais endroit !). Les puces devant prendre deux repas sanguins par jour pour vivre, c’est sur l’avant bras du propriétaire que les repas étaient servis et duraient un bon quart d’heure … (c’est le principe du « boy piqure » utilisé naguère en Afrique pour les expérimentations sur les moustiques vecteurs du paludisme).

Les « cirques » se présentaient sous globe ou dans de petites valises et c’est sur les affiches que le programme du spectacle était détaillé et illustré. On y voyait : danseuses avec orchestre, trapézistes, danseuse sur corde, cracheuses de feu, jongleuses , équilibristes plongeuse de haut vol, puce canon ,saut dans le cercle de flammes, des escrimeuses, Samson l’hercule, des personnages historiques à cheval et en costume : les trois héros de Waterloo : Napoléon, Blücher, Wellington, des scènes domestiques ,des batailles, les Champs Elysées, ainsi que des véhicules variés, animés ou tractés par des puces : moulin à trépigneuse, coach, char antique, landau, corbillard, tricycle ,ballons, grand bi, canon, petit train, ou encore :tirer une chaînette d’argent de 200 maillons avec crochet à une extrémité, cadenas et sa clef à l’autre, faire rouler une grosse boule, dérouler un tapis etc.…. Les spectateurs, une vingtaine au maximum, pouvaient louer des loupes, pour ne rien rater du spectacle.

Tous les accessoires étaient fabriqués, parfois en ivoire, par des modélistes et orfèvres qui s’efforçaient de diminuer le poids autant que possible, les vêtements étaient cousus par des Sœurs mexicaines aux doigts de fées ! Restait à atteler les puces ! opération digne de la microchirurgie consistant à passer un fil extrêmement fin (0,35mm), mais solide, de soie, d’or ou de platine, que l’on fixait sans trop serrer sur le céphalothorax de l’insecte et qu’il conservait sa vie durant.

La mise en œuvre de toutes ces activités ne devait bien entendu rien au dressage, de nombreuses astuces permettaient de stimuler le mouvement des puces : collage à poste fixe, agitation des supports, chauffage des planchers !, stimulation manuelle …Ces procédés plus ou moins barbares émurent les bonnes âmes et, en Angleterre, une très sérieuse « Society for the Prévention of Cruelty to Insects » SPCI : Société pour la Protection des Insectes Maltraités) vit le jour et porta plainte contre les cirques de puces et réclama leur fermeture.

Enfin, les puces ne furent pas les seuls insectes mis « au travail » ; des phasmes, bourdons, araignées, mouches, bousiers, scorpions, fourmis, papillons adultes et larvaires, coccinelles, pucerons…n’y échappèrent pas et furent identifiés dans trois cirques anglais inspectés par la SPCI. Une question se pose : Pourquoi les « dresseurs »n’ont-ils pas utilisé le pou de l’homme ( pediculus capitis ou phtirius pubis , le morpion !) ces insectes sont plus grands, plus visibles et plus puissants, faciles à se procurer, ils ne sautent pas ni ne volent et leurs pattes sont pourvues de fortes griffes qui auraient facilité accrochage et déplacements ?

téléchargement (7)Faux et usage de faux !

Au XXème siècle, des organisateurs peu scrupuleux présentaient dans attractions ou aucune puce ne figurait ! la supercherie consistait à animer artificiellement des grains de riz sculptés et teints, ou d’autres éléments inertes que l’on disait être des puces En 1950, Michael Bentine , un animateur britannique fameux, présenta un faux cirque de puces au Royal Variety Show, que la BBC le programma durant 30 années dans ses programmes pour enfants ; il alla même en Amérique se produire, à la télévision, au fameux Johnny Carson show. Il est probable que de nos jours, avec les merveilles des nanotechnologies on verra des puces électroniques attelées, et fort savantes !

source : http://www.jbwhips.com/QUAND-ON-ATTELAIT-LES-PUCES.html

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A l’origine des Puces Savantes

Posté par othoharmonie le 27 septembre 2014

 

Métiers oubliés… Il n’y a pas que les ménageries foraines et leurs dresseurs de fauves qui ont disparus de nos fêtes foraines… Les entresorts de dresseurs de puces savantes ne s’y installent plus depuis déjà belle lurette. Pourtant, de grandes « figures » ont marqué de leur empreinte cette activité insolite qui attirait un public chaque fois surpris des exploits de ces petits insectes. Parmi ces dresseurs, « les » professeurs Schmidt, dont plusieurs générations se sont produites sous ce nom, mais aussi les Roloff oncle et neveu, sans oublier Madeleine Wagner, fille d’un talentueux dresseur s’il en fut. « Portraits » d’un métier disparu à jamais de nos fêtes, vogues, foires et kermesses…

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L’origine des puces savantes
Les puces existent depuis le commencement du monde, ou presque, et d’aucuns affirment que l’origine de cet art remonte à la plus Haute Antiquité : Cléopâtre adorait, paraît-il, se faire présenter par ses esclaves, des puces trainant de petits fardeaux au moyen d’un fil de soie… 

D’autres prétendent que son origine date du Premier Empire, époque où les prisonniers Français, gardés par des soldats Anglais sur des pontons de bois grouillant de vermine, eurent l’idée – pour passer le temps – de capturer les puces dont ils étaient couverts afin de s’amuser à leur faire traîner des petits morceaux de bois et autres objets modelés par leurs soins… 
Loin de nous, l’idée de nous immiscer dans cette querelle d’ « historiens », mais force est de constater que la première hypothèse semble la plus vraisemblable. D’autant plus que  Brienne évoque les puces savantes dans ses « Mémoires », que Mme de Sévigné le fait aussi dans les lettres à sa fille, sans oublier La Bruyère à la fin du chapitre des « Jugements » ainsi que l’écrit Victor Fournel dans « Les rues de Paris ».

Quoi qu’il en soit, en 1804, un matelot allemand montrait déjà, au microscope, des puces dont il avait fait le dressage, dans un spectacle qui fut très prisé du public, tant au dix-neuvième, qu’au début du vingtième siècle.

LES ROLOFF
Né en Tchécoslovaquie, Roloff, éminent dresseur de puces habitué des fêtes parisiennes dans la première moitié du vingtième siècle, portait le nom de son oncle, d’origine roumaine, qui se produisait déjà comme dresseur de puces sur les fêtes et foires européennes. Un oncle qui vint à ce « métier » de bien curieuse façon…

En effet, vers 1838, l’oncle Roloff, courtier en bijouterie était de passage en Italie lorsqu’un meurtre fut commis dans l’hôtel où illogeait. Soupçonné malgré ses protestations, Roloff  qui était en possession de bijoux (ceux qu’il venait vendre !) fut emprisonné. Ce n’est que deux ans plus tard, lorsqu’on découvrit enfin le véritable assassin qu’il fut relâché après avoir croupi dans une cellule infestée de poux et de puces, qui n’avaient rien de savantes !

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Pour tromper l’ennui, il eut l’idée d’en capturer quelques-unes, et de les attacher à l’aide d’un de ses longs cheveux qui n’avaient pas connu la caresse du peigne depuis de longs mois.
Avec ce qu’il pouvait trouver dans sa cellule, il fabriqua des petites voitures, et lorsqu’il sorti de prison, ne voulant absolument plus entendre parler de négoce de bijoux, il s’improvisa dompteur de puces… 
Il substitua à ses cheveux de minces fils d’or, et confectionna des véhicules miniatures en argent avant de rencontrer –très vite- le succès et parcourir le monde…

Des champs de foire au Vatican
En 1888, Roloff et sa troupe « d’artistes » savants se produisirent devant la Reine Victoria à la Cour Impériale de Russie. Ils furent aussi accueillis par différents monarques et, en 1896, Pape Léon XIII les applaudit au Vatican. Roloff l’aîné était alors au sommet de sa gloire. Il gagnait 40 livres par jour et trouvait encore le temps de construire des baraques semblables à la sienne qu’il céda notamment à Mmes Hausschild et Schilling, à MM. Schneider, Tansiq, etc., qui firent également les beaux jours du métier sur les champs de foire européens.

Le neveu prend la relève
C’est à cette époque que son neveu vint travailler avec lui. Cela dura quelques années, et lorsque son oncle mourut, à Rome, en 1900, il lui légua son matériel et sa troupe d’artistes, lui laissant le soin de poursuivre le métier sous le nom de Roloff.
Roloff le neveu tourna alors pendant de longues années sur les foires avec ses puces savantes. Il leur fit tirer d’invraisemblables attelages en argent et de dimensions microscopiques, un corbillard, une locomotive, une pompe à incendie qui, chaque fois, ravissait le public… Certes, le spectacle  ne durait que quelques minutes, guère plus, mais cela suffisait à juger l’habileté des artistes. D’ailleurs, le succès le conduisit, comme son oncle avant lui, à voyager un peu partout en Europe, mais aussi en Amérique où le public se pressait autour de sa petite table de démonstration !

LE PROFESSEUR SCHMIDT 
Autre famille de dresseurs de puces, les Schmidt. A la tête de son… « Théâtre des Puces Savantes » avec plus de 200 « artistes » à l’affiche,  Robert Schmidt parcourait les champs de foire de France et d’Outre Quiévrain où il collabora un temps au journal professionnel  « La Comète Belge ». 

Dans un article paru à la fin des années 40, L’Inter-Forain rappelait combien notre homme était à son aise derrière le plateau scénique de son « Théâtre ». Après guerre, sur l’affiche de sa baraque, on pouvait lire : « 200 puces dressées, présentées par le dresseur Robert, l’unique dresseur français de la famille Schmidt, les créateurs du genre.

A chaque séance le programme suivant est présenté en entier :
1-    L’enterrement
2-    Les puces au travail
3-    Puces acrobates
4-    Puces dressées en liberté
5-    Le football
6-    Appartement de puces
7-    Le repas des artistes
8-    Le ballet dansé par des puces costumées, etc. ».

Le public faisait la queue devant la baraque qui venait rarement à Paris, hormis à la fête de Montmartre. Il est vrai qu’à l’époque, Robert Schmidt, alerte septuagénaire aux cheveux blanc obtenait des résultats surprenants.
Tour à tour jongleuses, acrobates, équilibristes, danseuses… ses « puces » entraînaient le public dans un spectacle à nul autre pareil. Pourtant, ce n’était pas une mince affaire que de les saisir et de les manipuler – à l’aide d’une petite pince de bijoutier – sans les écraser ! Sans compter que notre dresseur devait rattraper ses petits pensionnaires qui s’échappaient, mais aussi les attacher par le cou de la même façon qu’on passe un collier avec une laisse à un chien. Si ce n’est que la manœuvre, minutieuse en diable, réclamait un doigté spécial. Un exercice dans lequel Robert Schmidt excellait !

Des performances étonnantes
Une fois le boniment terminé et le public installé à l’intérieur de la baraque, c’était, chaque fois, le même rituel… Notre homme s’installait à une table placée devant lui. Table sur laquelle le public découvrait alors un cirque miniature avec des gradins sur lesquels étaient assis de petits personnages de plomb.
La loge des « artistes » était constituée d’une série de petites boîtes bien fermées dans lesquelles les puces se trouvaient munies de leurs accessoires.

Un micro cravate autour du cou et cela dès l’après-guerre, Robert Schmidt commentait le programme, permettant ainsi au public de suivre l’évolution de ses « artistes » sur la piste : défilé des véhicules (camion, vélo, carrosse, corbillard, etc.).
Incroyable, mais vrai ! Le public ébahi voyait les roues tourner, les pédales fonctionner… Il assistait même à un match de foot avec, en guise de ballon, des boules grosses comme un petit pois !

Devenue acrobate, une des vedettes de la troupe évoluait ensuite sur un fil, tel un acrobate, alors qu’une autre soulevait un poids mille fois plus gros qu’elle… Sans oublier le « clou » du spectacle : un ballet de puces vêtues de tutus multicolores et valsant au rythme de la musique. Bref, un univers surprenant qui explique le succès de cette attraction des années durant.
A l’époque, L’Inter-Forain, présentant notre homme, rappelait que le Professeur Robert assurait seul le ravitaillement de son cheptel, précisant même : « Avant la matinée ou la soirée, il place les puces sur ses bras où elles sucent son sang pendant un certain temps. Gonflées à bloc, les puces sont alors plus vigoureuses et M. Robert peut ainsi montrer ses bras ornés de lentilles rouges au public car, immunisé par les piqures successives, les traces disparaissent vite (…) ». Comme a aujourd’hui disparu de nos fêtes ce genre de spectacle qui, dans les années 50 faisait encore la joie et bonheur du public !

MADELEINE WAGNER
C’est à la mort de son père, Paul, que Madeleine Wagner, alors âgée de 18 ans, lui succèda à la tête du… « Théâtre des Puces Savantes ». 
Belge de naissance, Paul Wagner a longtemps tourné sur les champs de foire d’Outre Quiévrain, après avoir apprit le métier avec Mme Anna. L’art du dressage des puces ayant ses maîtres comme Emma Sténégry et son « Salon des Puces Savantes », Roloff, habitué des fêtes parisiennes, le Professeur Schmidt (il y en eut 3 générations) …
Après de nombreuses tournées sur les champs de foire belges, à Liège notamment, Paul Wagner et sa famille s’installèrent en France et tournent sur Paris et la région parisienne avec leurs puces savantes. Ainsi que le relatait L’Inter-Forain dans les années 50, la jeune Madeleine excellait dans son « Théâtre ». Il est vrai qu’elle était allée à bonne école puisque son père lui avait enseigné l’art du dressage dès son plus jeune âge… 

Des performances étonnantes
Une fois le boniment terminé et le public installé à l’intérieur de la baraque, le « Rose » précisait alors que c’était, chaque fois, le même rituel… Après avoir passé au front une visière de cellophane, elle sortait délicatement d’une boîte de minuscules voitures attelées (à ses « artistes » maison, bien sur !) pour la composition de son programme : rouleau compresseur, corbillard… que ces « vedettes », attachées à un fil de soie, tiraient de toute leur force, sans oublier les manèges qu’elles faisaient tourner, ou les petites boules de sureau qu’elles faisaient rouler de leurs pattes au grand étonnement des spectateurs peu habitués à de tels attelages. 
Patience et dextérité faisaient partie du quotidien de celle à qui les puces savantes –capables des performances les plus étonnantes- obéissaient au doigt et à l’œil !

téléchargement (16)Sa ménagerie tenait dans quelques boîtes au format de grosses boîtes d’allumettes. Et, à l’intérieur de son « Théâtre des Puces Savantes », Mlle Wagner commentait en peu de mots son travail alors qu’une loupe circulait de spectateurs en spectateurs afin qu’ils puissent admirer le travail de la dresseuse à la tête d’une troupe de cent cinquante « artistes » qu’elle faisait travailler sur les fêtes de l’Hexagone, que ce soit à Neuilly, ou encore à la fête du Lion de Belfort, place Denfert-Rochereau, à Paris, où, au début des années 50, son « Théâtre des Puces Savantes » côtoyait les dernières ménageries foraines, où encore la baraque des « Filles de Feu » où Wanda triomphait en parade…

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Historiques des poux, puces et autres

Posté par othoharmonie le 27 septembre 2014

 

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Longtemps le savoir occidental a classé les animaux en cinq grandes familles : les quadrupèdes, les oiseaux, les poissons, les serpents et les vers. Jusqu’à l’époque moderne, bien des notions qui nous sont aujourd’hui familières sont restées inconnues. Ainsi celle de « mammifère », que certes Aristote discerne plus ou moins mais dont il ne fait pas un élément essentiel de ses classifications zoologiques.

Il faudra attendre l’époque des Lumières pour que quelques savants lui accordent une importance première dans l’organisation du monde animal. Ainsi également les notions de cétacés, de reptiles, de batraciens, qui n’émergent vraiment qu’au tournant des XVIIIe-XIXe siècles et conduisent tardivement à séparer ou à regrouper des espèces dont la parenté restait incertaine. Ainsi surtout, par rapport au sujet qui nous occupe ici, la notion d’insecte, inconnue des savoirs antiques et médiévaux.

Elle n’est clairement définie qu’au XVIe siècle, donnant peu à peu naissance à un domaine spécifique des études de zoologie : l’entomologie, à laquelle se consacrent désormais quelques spécialistes, au premier rang desquels Thomas Moufet, auteur d’un ouvrage pionnier, le Theatrum insectorum, compilé dans la seconde moitié du siècle mais qui ne sortira des presses qu’en 1634. Toutefois, ce n’est qu’au XVIIIe siècle que l’entomologie sera reconnue comme une science à part entière, grâce aux recherches de savants de grand renom, tel l’immense Réaumur (1683-1857), à la fois physicien et naturaliste. Au siècle suivant, Jean-Henri Fabre (1823-1915), par ses ouvrages de vulgarisation, notamment ses Souvenirs entomologiques (1870-1889), fera connaître à un public relativement large cette branche particulière de la zoologie. Avec lu

i, l’univers des insectes cesse enfin d’être un univers inquiétant et mystérieux.

En français, le mot insecte n’existe pas avant le milieu du XVIe siècle. Il vient du latin savant insectum, création tardive pour qualifier une catégorie de vers ou de bestioles jusque-là peu différenciés, dont le corps présentait un aspect apparemment inorganisé. Les savoirs antiques et médiévaux, en effet, regroupent souvent dans une seule et même catégorie zoologique tous les animaux de petite taille qu’ils rampent, volent, marchent ou nagent : larves, vers, insectes, rongeurs, tétards, mollusques. Pour ces savoirs, les escargots, les papillons, les souris, les grenouilles, les crevettes et les mouches font partie du même monde. Tout au plus distingue-t-on dans ce vaste ensemble les « vers » (vermes), qui rampent ou qui nagent, des « bestelettes » (bestiolae), qui marchent. Mais les petits animaux qui volent ne trouvent pas leur place dans cette distinction. Bien des auteurs ne savent pas qu’en faire, notamment parce que beaucoup de ces animaux sont des larves avant de se transformer en créatures volantes. Où les ranger ? À qui ou à quoi les rattacher. Un auteur anonyme cité par Vincent de Beauvais, encyclopédiste dominicain du XIIIe siècle, va jusqu’à affirmer que « les papillons sont des fleurs qui volent ».

Avec la Renaissance et ses curiosités renouvelées pour la nature et le monde animal, le savoir se précise davantage. À partir du milieu du XVIe siècle, plusieurs naturalistes commencent à regrouper dans une même catégorie les très petites bêtes dépourvues d’ailes (fourmis, punaises, araignées par exemple) et celles qui en sont dotées. Les secondes sont mieux connues que les premières, mais ensemble elles commencent enfin à former une famille autonome, distincte de celle des vers proprement dits, et plus encore des petits rongeurs ou des petits oiseaux : les insecta

, dont le corps semble insectum, c’est à dire découpé en plusieurs parties.

Cependant, malgré différents ouvrages qui leur sont déjà spécialement consacrés, c’est surtout au siècle suivant, grâce à l’apparition des premiers microscopes, que la connaissance des insectes fait des progrès notables. Des subdivisions apparaissent, appuyées à la fois sur l’aspect externe des animaux, sur leur anatomie interne et sur leurs relations avec les hommes. Certains sont depuis longtemps reconnus comme utiles (les abeilles ou les vers à soie, par exemple), d’autres au contraire sont qualifiés de « vermineux » : ils mangent les récoltes, empoisonnent l’eau et les aliments, éprouvent le bétail. Désormais un groupe de « vermineux » fait l’objet d’une attention particulière : les parasites du corps humains, poux, puces, punaises, morpions et quelques autres.

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Le XVIIe siècle est particulièrement bavard sur ces parasites, peut-être parce  qu’ils se font plus nombreux et plus redoutables qu’aux siècles précédents. À cela différentes raisons dont la principale concerne l’hygiène, spécialement l’hygiène du corps. De fait, dans la longue histoire de l’Europe, aucune autre époque ne fut sans doute aussi sale que le XVIIe siècle. À la saleté et la souillure hélas ! ordinaires, dues aux malheurs du temps (guerres, famines, épidémies, crise climatique, catastrophes naturelles) s’ajoutent désormais  celles qu’engendre le discours nouveau d’un grand nombre de médecins : l’eau est mauvaise pour le corps ; la peau mouillée est perméable à toutes les infections ; mieux vaut se laver peu souvent, et se baigner encore moins ; surtout, il faut fuir les bains publics, lieux de débauche et de pestilence. Pour bon nombre de médecins, changer de chemise régulièrement et se parfumer abondamment suffit pour être propre.

D’où un manque d’hygiène généralisé, une saleté et une puanteur qui touchent toutes les classes sociales, même les plus favorisées. L’envers du Grand Siècle est un cloaque. Les historiens le savent depuis longtemps, les contemporains en ayant fourni de nombreux témoignages. Ces derniers, en revanche, n’ont pas conscience que le lavage quotidien et la propreté corporelle constituent des moyens efficaces de lutter contre les parasites et les maladies qu’ils véhiculent. Ce n’est qu’au XIXe siècle que l’on comprendra le rôle déterminant que certains d’entre eux jouent dans la transmission des épidémies (la peste notamment). Auparavant, comme au Moyen Âge, on croit encore et toujours que ces parasites naissent par génération spontanée, sortant de la peau humide ou échauffée comme les vers sortent des chairs putréfiées.

Du XVIe au XVIIIe siècle, en France mais aussi dans toute l’Europe occidentale, poux, puces, punaises, cirons et morpions sont donc surabondants.

Les puces notamment occupent une place considérable dans la vie quotidienne, dans les relations sociales et dans l’imaginaire. C’est à elles qu’est spécialement consacrée la belle étude de Camille le Doze. Ce livre original et passionnant, le premier sur un tel sujet depuis le XVIe siècle, nous conduira de l’histoire naturelle jusqu’à la poésie érotique, en passant par le discours médical et la pharmacopée, les pratiques d’hygiène et de santé,  les croyances et les superstitions, les manuels de civilité et les règles morales, les stratégies amoureuses et le commerce charnel, l’âme des bêtes et les ruses du Diable.

Assurément, la puce est partout et, comme le souligne avec force Camille le Doze, l’Ancien Régime est son « âge d’or ».

Michel Pastoureau

Directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études

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AVOIR LA PUCE A L’OREILLE

Posté par othoharmonie le 16 septembre 2014

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oranotypieLe monde moderne, du moins en Occident, ne pas plus à la puce la place qu’elle avait autrefois dans la vie quotidienne. S’il existe encore, cet insecte familier, pour ne pas dire ce parasite intime, a cessé d’habiter nos jours et de hanter notre sommeil. Nous avons certes bien d’autres sujets d’insomnies, mais l’habitude s’est perdue de chercher les puces dans sont avant de se coucher, de les capturer d’un bond d’une main experte, et de les écraser sur l’ongle après les avoir roulées entre le pouce et l’index. Un vieux rite … C’est le plus naturellement du monde que le bourgeois du « Ménagier » au XIVè siècle conseillait à sa jeune épouse : « En esté, gardez-vous que en vostre chambre ni en vostre lit n’ait nulles puces ».

Car ces bestioles ont grouillé autrefois à la ville comme à la campagne,  dans la bonne comme dans la mauvaise société. On se grattait sous les haillons mais aussi sous les habits de fête, sur les paillasses et sous les baldaquins, dans les cours les plus huppées les princes et les princesses étaient soumis à des démangeaisons subites et à des gesticulations que négligent toujours les auteurs de films historiques, mais qui surprendraient beaucoup un observateur moderne habitué au maintien sobre et gracieux qu’arborent les royautés dans les magazines en couleur.

Les puces nous ont laissé l’expression superbe et autrefois grivoise « avoir ou mettre la puce à l’oreille » ; éveiller, alerter l’attention d’une personne par un détail en apparence anodin, par une confidence qui trouble sa sérénité en laissant soupçonner anguille sous roche, et généralement prévoir un danger.

Cette façon de parler est très ancienne. Elle semble avoir eu à l’origine le sens très fort, non seulement de violente inquiétude, mais de véritable tourment physique et moral – par analogie sans doute avec l’affolement et la douleur d’une personne dans le cas réel où une puce se serait logée dans son conduit auditif et l’aurait piquée en cet endroit sensible pendant son sommeil. C’est ainsi que l’expression apparaît dans une version du XIVè siècle du Girard de Rossillon, sous une forme qui semble déjà établie de longue date. Des marchands viennent annoncer au roi Charles que son ennemi Girart, qu’il fait rechercher partout pour le pendre, est déjà mort et enterré. Mais le roi se réjouit trop tôt, car c’est Girart lui-même qui, déguisé en pèlerin, a répandu cette fausse nouvelle :

Quant il vindrent en France tout droit au roi alèrent

La mort duduc Girard pour certain li nuncèrent.

Charles en fist tel joie ne fist mais la paroille ;

Mais encor en aura telle puce en l’oroille

Dont il aura préour de perdre corps et terre,

Si com après orrès ; ainssin va de la guerre,

On voit sovant fortune tourner en petit d’ore ;

Telx rit devers le main qui devers le soir plore.

 

C’est probablement sous l’influence de la vieille idée que l’on est mystérieusement averti, lorsque quelqu’un parle de vous, par des démangeaisons ou des sifflements de l’oreille que l’expression a évolué, par sens croisés, vers sa signification moderne d’inquiétude et de mise en alerte. La croyance, plus ou moins prise au sérieux, était, elle aussi, déjà commune au XIVè siècle ; « Les oreilles vous deveroient bien fort et souvent mangier [démanger] ; car je ne suis en compagnie, que on ne parle toujours de vous » ( Machaut).

Mais c’est dans son sens érotique que l’expression a connu le succès le plus net. Pendant des siècles, avoir la puce à l’oreillevoulait dire « avoir des démangeaisons amoureuses ». C’est également au début du XIVè siècle qu’elle apparaît bien établie dans un contexte amoureux, en des vers de Jean de Condé, lorsqu’une chambrière pousse avec beaucoup d’insistance sa dame à prendre un amant :

Ne puis pas toutes les paroles

Recorder, et sages et foles,

Dittes et avant et arrière

De a dame et sa cambriere,

Ki un tel caudiel lui atempre

Dont annuiera tart ou tempre

Porc ose la dame desist

Ne laissa que ne li mesist

Pluisour fois la puche en l’oreille.

 

C’est bien le « tourment », l’agacement du désir amoureux que désigne cette façon de parler, comme pendant des siècles, et que l’on retrouve chez de nombreux écrivains que ce soit G.Crétin au XVIè parlant de :

Dames qui ont tant de puce à l’oreille

Qu’il ne les fault appeler ni esveiller.

 

Ou plus tard La Fontaine, dans une formule qui résume admirablement la situation :

Fille qui pense à son amant absent

Toute la nuit, dit-on, a la puce à l’oreille.

                                                                                                                                                                    

C’est en prenant la locution au pied de la lettre que Rabelais prêtait à Panurge cette curieuse fantaisie de se fixer une puce à l’oreille ; « Au lendemain Panurge se feit perser l’aureille dextre à la Judaïque, et y attache un petit anneau d’or à ouvreige de touchie, ou caston [chaton] duqeul estoit une pusse enchassée ». Il pouvait dès lors annoncer : « J’ay la pusse en l’aureille. Je me veulx marier » (Tiers Livre, chap.7).

Pourtant, bien qu’issue de l’ »inquiétude » provoquée par le désir, cette puce curieusement mal placée n’en constitue pas moins un euphémisme galant pour désigner des « piqûres » extrêmement spécifiques, et – qui sait ? – offre peut-être un A2818exemple de rare locution prise au langage féminin… 

Ce n’est pas d’hier en effet que l’on compare l’oreille à une coquille, et réciproquement un coquillage à une oreille. Les noms de plusieurs mollusques, « oreilles de mer », « oreilles de Vénus », sont les noms vulgaires de divers haliotides. Ce n’est peut-être pas la peine que je fasse un dessin, mais ce n’est pas non plus d’hier que la coquille désigne le sexe de la femme – sexe qui justement signale son désir par des démangeaisons plus ou moins tenaces. Deux textes de 1622 disent clairement les choses. Dans l’Histoire comique de Franion, la vieille Agate raconte ainsi le cap franchi par sa jeune protégée : « Laurette à qui la coquille démangeait beaucoup, quelque modestie qu’elle eust, se résolut à manier tout de bon ce qu’elle avait fient de tant haïr ». Dans Les Caquets de l’accouchée, la veille mère déplore en ces termes que sa fille  en soit déjà son septième enfant ; « Si j’eusse bien pensé que ma fille eust été si vite en besogne, je luy eusse laissé gratter son devant jusques à l’aage de vingt-sept ans sans être mariée ». A la même date, Tabarin, suivant Brantôme, proclamait carrément sur le Pont-Neuf ; « La nature des filles est de chair de ciron |Moustic|parce que leur coquille leur démange toujours ». 

L’époque, d’autre part, avait la puce en poupe. Peut-être par attention naturelle, mais sans doute aussi à cause de l’expression, la puce eut ses heures de gloire dans le domaine érotique. En 1579, tout un recueil de vers lui fut consacré sous le titre La Puce de Mademoiselle Desroches. La jeune fille ainsi nommée avait en effet suscité de la part de divers poètes une série de vers coquins, et elle en avait elle-même écrit sur ce sujet chatouilleux. Voici par exemple ceux que lui avait dédiés E.Pasquier : 

Pleust or à Dieu que j epusse

Seulement devenir une pulce :

Tantost je prendrois mon vol

Tout en haut de ton col,

Ou d’une douce rapine

Je sucerois ta poitrine ;

Ou lentement, pas à pas,

Je me glisserois plus bas :

Là, d’un muselin folastre

Je serois pulce idolastre,

Incetant je ne say quoy

Que j’aime trop plus que moy.

 

Il s’ensuivit une mode des puces liées à « l’objet aimé », qui dura presque un demi-siècle. Au XVIIè, un soupirant qui avait la chance de capturer une puce sur le corps de sa belle l’attachait avec une minuscule chaîne en or, ou bin, reprenant la fantaisie de Panurge, la faisati enchâsser, dans un médaillon et « la portait au cou comme une relique » (P.Larousse). 

A la fin du siècle, Furetière concluait : « On dit que quelqu’un a la puce à l’oreille, quand il est fort éveillé, ou quand il a quelque passion agréable qui l’empêche de dormir ». Au XVIIIè, le mot faisait encore image ; c’est sur la même équivoque « oreille, coquille », que joue Diderot dans Jacques le Fataliste, en même temps que sur la démangeaison prémonitoire, lorsque le héros blessé entend dans la chambre voisine les ébats nocturnes de sa jeune hôtesse et de son mari :

« … Je suis sûre que je vais être grosse !

-          Voilà comme tu dis toutes les fois.

-          Et cela n’a jamais manqué quand l’oreille me démange après, et j’y sens une démangeaison comme jamais.

-          Ton oreille ne sait ce qu’elle dit.

-          Ne me touche pas. Laisse là mon oreille. Laisse donc l’homme ; est-ce que tu es fou ?…

-          Ah ! ah !

-          Eh bien, qu’est-ce !

-          Mon oreille !…

-          Eh bien ton oreille ?

-          C’est pis que jamais.

-          Dors, cela se passera.

-          Je ne saurais. Ah l’oreille ! ah ! l’oreille !

-          L’oreille, l’oreille, cela est bien aisé à dire …

 

« Je ne vous dirai point ce qui se passait entre eux ; mais la femme, après avoir répété l’oreille, l’oreille plusieurs fois de suite à voix basse et précipitée, finit par balbutier à syllabes interrompues l’o… reil… le, et à la suite de cette o…reil…le, je ne sais quoi, qui, joint au silence qui succéda, me fit imaginer que son mal d’oreille s’était apaisé d’une ou d’une autre façon, il n’importe ; cela me fit plaisir. Et à elle donc !!

 

EXTRAIT de LA PUCE A L’OREILLE de Claude Duneton – Editions Stock 1973 – Anthologie des expressions populaires avec leur origine. 

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Les colibris et l’homme

Posté par othoharmonie le 6 septembre 2014

 

images (22)Naturalisés et montés en bijoux ou exposés en décor, ces minuscules oiseaux étaient, au xixe siècle, la coqueluche des salons. La mode est passée, et ils sont encore nombreux ; mais, aujourd’hui, ils dépendent du bon vouloir des hommes, ne s’adaptant pas toujours quand ceux-ci détruisent leur habitat et les privent de leurs sources de nourriture habituelles.

Le colibri d’Arica

Le colibri d’Arica, Eulidia yarrellii, long de 8 cm en moyenne et dont le mâle est vert sur le dos, blanc en dessous et porte une bavette bleu violacé, n’existe que dans les environs d’Arica, petite ville du nord du Chili, au milieu d’une région particulièrement aride. On le trouve uniquement dans deux vallées – les vallées Lluta et Azapa – et, bien qu’il y soit plus rare, dans les jardins mêmes d’Arica. L’histoire du colibri d’Arica n’est pas connue avec précision, mais il semble qu’il ait vécu dans plusieurs autres vallées fertiles avant qu’elles ne soient cultivées. Ils se nourrissent du nectar des fleurs des arbustes indigènes des vallées Lluta et Azapa et, dans les jardins, essentiellement de celui des fleurs d’hibiscus et de lantanas.

 Depuis le milieu du xxe siècle, époque à laquelle on pouvait parfois observer jusqu’à une centaine d’oiseaux se nourrissant en même temps – bien que cet oiseau cherche habituellement sa nourriture en solitaire –, la population de colibris d’Arica a vertigineusement chuté. L’espèce, devenue rare, est aujourd’hui menacée, de par son aire de répartition très réduite et parce que la mise en culture intensive des vallées où elle vit ne laisse que peu d’îlots de végétation intacts comprenant les arbustes qu’elle « butine ». Le colibri d’Arica est inscrit en Annexe II de la Cites (Convention sur le commerce international des espèces menacées d’extinction) ; l’exportation de tout spécimen est strictement contrôlée.

 Très prisé au xixe siècle

Les colibris ont commencé à souffrir des agissements de l’homme au xixe siècle. Leur petite taille, leurs teintes éclatantes et leur plumage parfois extravagant étaient idéals pour en faire des accessoires de mode. En vogue surtout à Paris, New York et Londres, des colibris naturalisés apparurent comme éléments de décoration sur les chapeaux des élégantes ou bien, montés en broche, sur leur corsage. Il devint également de bon ton de posséder des compositions « artistiques » avec des colibris présentés sous des globes de verre ou dans des vitrines. Au muséum d’histoire naturelle de Londres, on peut voir l’une de ces vitrines. De très grandes dimensions, elle abrite des centaines de colibris naturalisés de diverses espèces, au milieu d’un décor de forêt vierge.

Vers 1890, un importateur londonien traitait 400 000 colibris annuellement. Curieusement, une si large prédation sur ces oiseaux n’entraîna la disparition que d’une petite dizaine d’espèces de colibris, qui ne sont aujourd’hui connues que par l’intermédiaire de sujets naturalisés au xixe siècle.

Des pesticides meurtriers

De nos jours, les colibris n’ont plus à souffrir de captures en nombre à des fins lucratives ; pourtant, ils sont peut-être plus gravement menacés qu’au siècle précédent. La déforestation galopante opérée en Amérique centrale et du Sud prive certains colibris de leur habitat et de leurs ressources alimentaires. Les espèces dont la situation est la plus délicate sont évidemment celles dont la spécialisation est la plus poussée : les colibris à long bec, qui sont liés à certaines fleurs, comptent ainsi parmi les premiers visés. Que les végétaux épiphytes, dont ils consomment le nectar des fleurs et qui se développent sur les grands arbres, viennent à disparaître, et leur fin serait inéluctable. Sur la liste rouge des espèces menacées 2007 publiée par l’U.I.C.N. (Union internationale pour la conservation de la nature), une cinquantaine d’espèces sont placées dans diverses catégories de risque, de « quasi-menacée » à « en danger critique d’extinction ».

Les modifications apportées par l’homme au milieu naturel des colibris ont cependant favorisé certaines espèces. Les vergers, par exemple, sont aisément adoptés, car ils offrent du nectar. Mais les grandes plantations et les zones de cultures font l’objet de traitements préventifs ou curatifs à l’aide de produits phytosanitaires qui peuvent être néfastes aux colibris, très sensibles en raison même de leur faible taille. Ainsi les oiseaux-mouches peuvent-ils être affectés par des empoisonnements directs, si le nectar qu’ils consomment a été contaminé par des pesticides, ou indirects, s’ils attrapent des insectes dans une zone traitée. Localement, une parade – hélas très ponctuelle – peut être mise en œuvre. Elle consiste à procurer aux colibris, à l’aide de mangeoires artificielles, une nourriture adaptée, exempte de toute contamination chimique.

 

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Les poux aquatiques

Posté par othoharmonie le 13 août 2014

 

220px-ArgulusLes représentants de la famille des Cyamidae sont connus sous le nom de « poux des baleines ». Ce sont en effet des parasites obligatoires des cétacés dont la totalité du cycle se déroule sur l’hôte, sans stade larvaire nageur ; la contamination se fait par contact direct. Il s’agit de véritables parasites qui se nourrissent à partir de la peau des baleines et autres cétacés. Ils sont également collectivement nommés whale lice (poux de baleine) en anglais.

De nombreux parasites externes de poissons ont reçu le nom de « poux ». Ils correspondent à quatre grands groupes de crustacés : les branchioures, les copépodes et les isopodes. Il règne toutefois une certaine confusion dans l’application de ces noms vernaculaires, en particulier pour les termes les plus généraux — « pou de mer », « pou de poisson » — qui peuvent concerner divers types de parasites. Les qualificatifs concernent tantôt l’habitat (« pou de mer », plus rarement « pou de rivière »), tantôt les hôtes (« pou de poisson » ou, plus spécifiquement, « pou du saumon », « pou de la carpe », « pou de sarde », etc.).

Les branchioures sont tous parasites externes de poissons, et majoritairement de poissons d’eau douce. C’est le plus souvent à eux que s’adressent les noms de « pou de poisson » et — autrefois — « pou de rivière », en particulier les représentants du genre Argulus qui parasite de nombreuses espèces, surtout de cyprinidés, bien connu des pêcheurs et des aquariophiles. Comme les poux véritables, mais contrairement à la plupart des autres ectoparasites des poissons, ces petits crustacés conservent la capacité de se déplacer librement sur leur hôte ; ce sont néanmoins d’authentiques parasites, qui disposent de pièces buccales spécialisées leur permettant de s’ancrer solidement dans la peau des poissons et de s’y alimenter. Le « pou de la carpe » appartient à cette catégorie.

L’expression « pou de poisson » s’applique aussi à diverses catégories de copépodes attachés à de très nombreux poissons marins, d’eaux saumâtres et d’eaux douces. Plus de 2 000 espèces de copépodes sont parasites, mais ils appartiennent pour la plupart à deux ordres, les Monstrilloida et surtout les Siphonostomatoida ; ce dernier comporte à lui seul 18 familles et 1 550 espèces environ (75 % du total), dont 1 050 sont considérées comme parasites de vertébrés, presque exclusivement de poissons, et la plupart ectoparasites. C’est à des représentants de ce groupe que l’on donne généralement le nom de « poux » : « poux de poissons », « poux de mer » ou plus spécifiquement « poux du saumon ». Les plus connus appartiennent à la famille des Caligidae, et notamment aux genres Lepeophtheirus et Caligus susceptibles de causer d’importants dégâts dans les populations sauvages et cultivées de salmonidés.

Les Cymothoidae sont une famille d’isopodes — des crustacés parents des cloportes — dont presque tous les représentants sont parasites externes de poissons, marins le plus souvent. Depuis le XIXe siècle au moins, ils sont eux aussi connus sous le nom de « poux de mer », plus rarement « poux de poisson ». Ces animaux s’attachent plus ou moins étroitement à leur hôte : soit de façon totalement externe, généralement sous les écailles, soit sur les branchies ou dans la bouche, soit diversement enfoncés dans la musculature. Parmi les représentants les plus connus de cette catégorie, on peut citer Anilocra physodes, parasite de nombreux poissons des mers européennes et nord-africaines, Cymothoa exigua, espèce californienne provoquant l’atrophie de la langue des poissons dont elle habite la bouche, ou les membres du genre Livoneca dont certains, originaires des eaux douces brésiliennes, sont retrouvés sur des poissons importés par les aquariophiles.

Divers organismes utilisent les surfaces externes d’animaux de plus grande taille comme simple support, sans entretenir de relation parasitaire véritable avec eux. Dans ce cas de figure, l’analogie avec les vrais poux est très lointaine, ces épibiontes ne ressemblant pas, même approximativement, à un insecte phtiraptère, ni au plan morphologique, ni pour ce qui concerne le mode de vie. Certains ou pourtant reçu le nom de « poux » : il s’agit de balanes, crustacés se fixant normalement de façon permanente sur différents substrats marins, le plus souvent rocheux, mais dans le cas présent sur des cétacés et des tortues.

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