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L’âne par Victor Hugo 1

Posté par othoharmonie le 24 décembre 2011

 

MESDAMES ET MESSIEURS,

 Je devrais commencer par m’excuser d’avoir pris une tâche et revendiqué un honneur, assignés ordinairement à de plus dignes d’être écoutés.

 Mais le poème dont je veux vous donner l’analyse renferme en lui-même mon excuse.

L'âne par Victor Hugo 1 dans ANEVictor Hugo fait trop bien parler un âne, pour ne pas m’enhardir à parler, et nous sommes dans un temps d’âneries épidémiques, qui me donne l’irrésistible tentation d’applaudir celui qui les dénonce, qui les châtie, au risque d’en commettre une à mon tour.

 C’est d’un âne, en effet, qu’il s’agit dans ce livre, d’un âne et d’un philosophe ; mais l’âne a l’avantage, non pas d’un âne de meunier, mais d’un âne qui en sait plus long que ses oreilles, d’un âne dont l’ancêtre a porté Sancho Pança, et qui a vu les prouesses et les chutes de don Quichotte, d’un âne enfin, qui a brouté des palmes d’académicien.

 M. Geoffroy-Saint-Hilaire, le grand naturaliste, racontait que lors de l’expédition d’Égypte, les membres de l’Institut, pendant les marches, étaient montés sur des ânes. Quand, à l’approche de l’ennemi, nos bataillons se formaient en carrés, nos soldats, pleins de sollicitude pour leurs amis les savants, et glorieux de les défendre, s’écriaient tout d’abord : – Au centre les ânes ! – A ce signal, les membres de l’Institut, trottinant, se retiraient au milieu de cette citadelle vivante.

 L’âne du poème est probablement parent d’un des ânes de l’expédition d’Égypte.

Malgré tout, j’ai entendu dire : «Quelle singulière idée a eue Victor Hugo de prendre un âne pour héros de son poème !» (A SUIVRE…)

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Issu de la conférence faite à Courbevoie, le 7 novembre 1880 au profit de la bibliothèque populaire

par Louis Ulbach – sous la présidence de M. Laurent Pichat, sénateur

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L’âne par Victor Hugo 2

Posté par othoharmonie le 24 décembre 2011

Le poète a eu tout simplement l’idée de donner la parole à un héros du jour, et il lui a donné cette parole fière, superbe, inspirée, prophétique, dont il a le secret, mais qui, depuis la Bible, n’avait jamais été donnée à une bête.

L'âne par Victor Hugo 2 dans ANE Est-ce calomnier ce temps-ci que de prétendre être assourdi par des braîments, dans les journaux, dans les clubs, dans les banquets, dans les théâtres, dans des endroits en apparence plus solennels et d’ordinaire plus silencieux, quelquefois dans des conférences ?

 N’entendons-nous pas ruer des ânes sous leurs reliques ? Ne voyons-nous pas des ânes présomptueux se jeter dans le gué avec des éponges ? Ne voyons-nous pas des ânes braillards se dévorer réciproquement les oreilles, dans leurs conciliabules organisés pour choisir le bât dont ils veulent être bâtés ? N’assistons-nous pas au charivari d’ânes blancs, d’ânes noirs et d’ânes rouges, qui mettraient en fuite la Liberté, par leur façon de l’interpeller, si la Liberté n’était pas sourde aux bêtes, et si elle n’écoutait pas que des hommes, absolument hommes ?

Victor Hugo a donc écrit un très beau livre d’actualité.

 Au surplus, un écrivain de génie ne justifie pas sa gloire, uniquement par l’élan de son inspiration, par le charme qu’il lui donne. Il n’acquiert des droits incontestables à la postérité, que s’il est l’écho exact, permanent, autant que mélodieux, des douleurs, des aspirations, des hymnes ou des cris de détresse de son temps.

 Le poète qui a donné une forme sublime aux mélancolies de la première partie du siècle ; qui, pendant son noble exil, a infligé la marque des Châtiments au crime couronné ; qui a pleuré des larmes sanglantes sur l’Année terrible ; qui, à travers ses deuils intimes, a toujours porté plus haut dans son coeur les grands deuils de la patrie ; celui-là reste dans son rôle, dans son devoir, et, je le dis sérieusement, dans son action providentielle, quand, au faîte de sa vie, ébloui de cette autre aurore d’au delà de la vie qui monte vers lui, jetant un regard sur ceux qu’il dépasse et qui ne peuvent le suivre, il les exhorte avec une raillerie douce, assez mordante pour les stimuler, assez paternelle pour ne pas les décourager, et du haut de sa sérénité, ayant le secret de l’amour infini qui est l’épanouissement de tout effort humain, il met des bonnets d’âne à notre fausse science, à notre fausse sagesse, à notre fausse piété, à nos puériles ambitions.

 Issu de la conférence faite à Courbevoie, le 7 novembre 1880 au profit de la bibliothèque populaire

par Louis Ulbach – sous la présidence de M. Laurent Pichat, sénateur

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L’âne par Victor Hugo 3

Posté par othoharmonie le 24 décembre 2011

Ce livre est la gronderie d’un aïeul, tendre dans sa sévérité, touchante dans sa raillerie, gaie dans sa colère ; c’est le sourire et le dernier mot du désenchantement d’un enchanteur.

JL'âne par Victor Hugo 3 dans ANE‘ai pensé, Messieurs, que le meilleur conseil à donner à ceux qui ne viennent pas nous demander encore assez de livres à la Bibliothèque de Courbevoie, c’était de leur lire de beaux vers, tout palpitants d’une ironie saine contre l’ignorance, et, quand le pavé de nos rues est jonché de feuilles immondes, si nombreuses que la police n’a pas le temps de les balayer toutes, c’était de les mettre en goût de livres fortifiants pour la conscience, et qui maintiennent, au-dessus du fumier naturaliste, l’éternelle lumière de l’idéal.

 Ah ! l’idéal ! On s’en moque, comme on se moque de l’amour, de l’amitié, de toutes les vertus humaines, mais on ne peut pas s’en passer.

 Messieurs, quand je défends l’honneur de ma profession, j’ai l’habitude de dire sans réserve ce que je pense ; j’ai pris cette habitude-là sous l’Empire, ce n’est pas pour la perdre sous la République.

 J’oserai donc relever ici, en public, le braîment téméraire d’un écrivain qui, depuis moins de dix ans, a donné le signal de la corruption littéraire, dont la vanité jalouse ne se satisfait pas du succès obtenu par l’Assommoir, cette calomnie du peuple, par Nana, ce blasphème contre la femme, et qui, seul dans toute la presse, à propos de l’âne, a grossièrement insulté le poète que son grand âge au moins défendrait devant des sots ordinaires.

 M. Zola traite de rabâchages, de platitudes les choses que je vais vous lire.

Je souhaite que les applaudissements dont je suis certain d’avance pour les beaux vers de Victor Hugo, vous inspirent l’irrémédiable dégoût de la littérature putride, et qu’en vengeant avec moi, pour nous, le poète illustre qui n’a pas besoin d’être vengé, vous affirmiez avec moi la réalité de ces choses immortelles que les naturalistes prétendent nier, c’est-à-dire la conscience, le sentiment, le désintéressement, l’amour de l’humanité, l’idéal enfin !

 Qu’est-ce que la famille sans ces rêves adorables que nous mêlons à notre sollicitude instinctive ? Qu’est-ce que la patrie, sans l’idée attachée à cette terre que Danton emportait dans son âme, mais déclarait ne pas pouvoir emporter à la semelle de ses souliers ?

Il n’y aurait rien de durable, rien de fécond, rien de vrai dans la vie, sans l’idéal, cet arome de la réalité. (A SUIVRE…)

  

Issu de la conférence faite à Courbevoie, le 7 novembre 1880 au profit de la bibliothèque populaire

par Louis Ulbach – sous la présidence de M. Laurent Pichat, sénateur

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L’âne par Victor Hugo 4

Posté par othoharmonie le 24 décembre 2011

 

 Messieurs, on s’est beaucoup préoccupé, à Paris et à Courbevoie, des odeurs malsaines.

 File:Sommer, Giorgio (1834-1914) - Venditore ambulante.jpgIl y a des usines plus dangereuses par leurs émanations que les fabriques d’ammoniaque ou les dépotoirs ; ce sont ces usines de romans obscènes, de gravures honteuses, d’abaissement intellectuel et moral qui menacent vos foyers, vos fils, vos filles, qui salissent le ménage, le travail, la pauvreté, l’humanité.

 Je ne demande pas la main de la police pour fermer ces dépotoirs littéraires ; la police, d’ailleurs, a assez à faire d’ouvrir des portes verrouillées ; mais j’invoque votre bon sens ; je fais appel à vos sentiments de famille, au respect de vous-mêmes et des autres.

 Le respect, Messieurs, ce devrait être la plus grande autorité, et presque le seul gouvernement d’une République. La liberté est bien compromise, quand on perd le sentiment du respect. On est mûr pour toutes les tyrannies, quand on a tout avili autour de soi et en soi-même.

 Méprisons donc l’école du mépris ; haussons-nous pour rester libres, et montons sur l’âne de Victor Hugo pour enjamber le fumier qui prétend nous barrer la route !

 Dans quelques vers de préambule, le grand poète explique son opiniâtreté à prendre, à garder la parole, quand il approche de l’éternel silence, c’est-à-dire, à prêcher sans relâche la paix, la clémence, l’amour, la justice, le droit, la vérité.

 On lui crie :

Ne te consume pas ! ami, songe au tombeau.
Calme, il répond : – Je fais mon devoir de flambeau.

 L’âne, ensuite, entre en scène. C’est l’âne qui va traduire le désappointement, la soif irritante que donne le savoir, strictement pédantesque, aux gens assez naïfs pour aller s’y abreuver.

Vous savez que Victor Hugo procède par grands coups. Il aime les arguments énormes, pour les rendre sensibles à tous. Il ne tire des conclusions qu’après avoir posé des prémisses violentes, semblant au premier aspect paradoxales.

 Les lecteurs qui s’arrêteraient aux premières pages pourraient s’imaginer que le poète blasphème réellement la science.

 Est-ce possible ? Quand on a passé soixante ans à aimer, à faire aimer l’étude, à exercer l’apostolat de l’idée, à affirmer la suprématie, l’éternité du livre, peut-on, quand on est si affermi dans sa gloire, la renier, la démentir ? Non. Laissez-vous conduire, et vous verrez à quelle profession de foi finale et grandiose vous amèneront ces négations violentes. (A SUIVRE…)

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Issu de la conférence faite à Courbevoie, le 7 novembre 1880 au profit de la bibliothèque populaire

par Louis Ulbach – sous la présidence de M. Laurent Pichat, sénateur

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L’âne par Victor Hugo 5

Posté par othoharmonie le 24 décembre 2011

 

File:Stanley Moor - geograph.org.uk - 88354.jpgL’âne, qui s’appelle Patience, (et quel nom plus juste fut jamais attribué à cet humble animal, si dur au labeur !) l’âne, qui était en train de devenir un grand savant, casse son licou, s’échappe de l’Institut qui lui servait d’écurie, et descend, au grand galop, de la science.

 

 

Il rue contre les livres, il brait ; il se livre à toutes les incongruités sur les bustes vénérés par lui jusque-là, et, après plusieurs pages d’imprécations, il s’écrie :

 

 

 

 Livres ! qui, compulsés, adorés, vermoulus, Sans cesse envahissant l’homme de plus en plus,
De la table des temps épuisez les rallonges, D’où sortent des lueurs, des visions, des songes,
Et des mains que les morts mettent sur les vivants, Codes des Sanhédrins, oracles des divans,
Textes graves, ardus, austères, difficiles, Appendices fameux des siècles, codiciles
Du testament de l’homme à chaque âge récrit, Dont le vélin fait peur quand le temps le flétrit,
Comme si l’on voyait, vieillissante et ridée, La face vénérable et chaste de l’idée ;
Vous qui faites, sous l’oeil du chercheur feuilletant, Un bruit si solennel, qu’il semble qu’on entend
Le grand chuchotement de l’inconnu dans l’ombre, Volumes sacro-saints que l’Institut dénombre,
Qui, jusqu’en Chine allez emplir de vos rayons Ce collège appelé la Forêt – de crayons,
Résidus de l’effort terrestre, où s’accumule Le chiffre dont ce sphinx compose sa formule,
Des hommes, lumineux, prodigieux produit, Oh ! comme vous m’avez obscurci, moi, la nuit !
Oh ! comme vous m’avez embêté, moi, la bête !

 

Vous le voyez, la ruade est rude, et l’âne brait fortement.

Mais, patience, Messieurs, faites crédit à Patience !

L’âne, essoufflé de son premier élan, se repose, et pour justifier son indignation, jette un coup d’oeil général sur la somme des connaissances que l’on fait brouter aux ânes, je veux dire aux hommes !

 Il conclut encore de même :

 J’ai lu, cherché, creusé jusqu’à m’estropier.
Ma pauvre intelligence est à peu près dissoute.
O qui que vous soyez, qui passez sur la route,
Fouaillez-moi, rossez-moi ; mais ne m’enseignez pas.
Gardez votre savoir sans but, dont je suis las,
Et ne m’en faites point tourner la manivelle.
Montez-moi sur le dos, mais non sur la cervelle !

 Pauvre âne ! si de jeunes auditeurs étaient tentés de trop applaudir l’âne et de le prendre au mot, je les avertis encore une fois de ne pas se fier à cette colère ; d’ailleurs, pour avoir le droit d’être de l’avis de cet âne, il faut commencer par être aussi savant que lui, et il l’est, je vous l’assure. 

(A SUIVRE…)                                                                gif animé anes 10.gif

  

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L’âne par Victor Hugo 7

Posté par othoharmonie le 24 décembre 2011

 

L'âne par Victor Hugo 7 dans ANELe poète exagère-t-il ? Souvenez-vous de tous les inventeurs, morts dans la misère et l’abandon ; de tous ceux qui, comme Christophe Colomb, sont revenus, enchaînés de leurs immenses découvertes. L’égoïsme même ne suffit pas à susciter la reconnaissance, et Jeanne d’Arc, sur son bûcher, est le symbole éternel de l’ingratitude de la sottise.

 L’homme qui estropie l’enfant, qui martyrise le génie, se conduit-il mieux envers la création ? Non. Il la nie, la mutile, la fait entrer dans un système ; lui défend d’être autrement qu’il ne la veut. Il excommuniait la terre, quand la terre prétendait tourner ; il mettait le soleil en sentinelle, jusqu’à la rentrée des troupes, si Josué avait besoin du soleil.

 Ce sont des contes anciens, direz-vous ? Ce sont des histoires d’hier. Ces miracles injurieux se répètent, non seulement dans les sacristies, mais parfois dans les Académies.

 Enfin, comment les hommes se conduisent-ils envers la société ?

 Les uns veulent la refaire entièrement, systématiquement, en la soumettant à la torture d’une orthopédie monstrueuse ; les autres veulent l’ankyloser dans les bandelettes rigides du passé.

Ici, Messieurs, je demande à citer un peu longuement, car nous sommes dans la partie vivante de l’oeuvre, et c’est de nous, de nos droits, de nos libertés, de notre vie qu’il s’agit :

                                                                                                      gif animé anes 09.gif

…………………………………. Les uns suppriment
Les siècles, jetés bas de leur trône lointain ; Ils construisent, mettant en ordre le destin
Comme un vaisseau réglé de la hune à la cale, Une fraternité blafarde et monacale
Entre les froids vivants que rien ne lie entre eux ; Ce rêve fut déjà rêvé par les chartreux ;
L’homme est ronce et végète ; il est ver et fourmille ; Plus de nom paternel, plus de nom de famille ; Pas de tradition, pas de transmission ;
L’être est isolement et disparition ; Ils réduisent, voyant l’idéal dans la chute,
L’homme à l’individu, le temps à la minute ; L’homme est un numéro dans l’infini, flottant
Hors de ce qui l’engendre et de ce qui l’attend, Vain, fuyant, coudoyé par d’autres chiffres vagues ;
L’humanité n’est plus qu’un tremblement de vagues ; Ayant vu les abus, ils disent : – Supprimons ; Puisque l’air est malsain, retranchons les poumons ; L’opprobe du passé doit emporter sa gloire ; Ils rêvent une perte infâme de mémoire, Un monde social sans pères, établi Sur l’immensité morne et blême de l’oubli ; Ils combinent Lycurgue et le pacha du Caire ; L’homme enregistré naît et meurt sous une équerre ; Le pied doit s’emboîter dans le niveau, le pas Doit avant de s’ouvrir consulter le compas ; De cette égalité dure et qui vit à peine,
La liberté s’en va, vieille républicaine, Car elle est la rebelle et ne sait pas plier ;
chacun doit à son heure entrer à l’atelier, Chacun a son cadran, chacun a sa banquette ;
L’homme dans un casier avec une étiquette, Délié de son père, ignorant son aïeul,
C’est là le dernier mot du progrès, – l’homme seul. Ces fous mettraient un chiffre au blanc poitrail du cygne Géomètres, ils font un songe rectiligne ; Esprits qui n’ont jamais contre terre écouté Le silence du gouffre et de l’éternité, Jamais collé l’oreille au mur des catacombes,
Coeurs sourds au battement mystérieux des tombes, Chassant les disparus, parquant les arrivants, Ils abolissent, plaie effroyable aux vivants,
La solidarité sépulcrale des hommes.
……………………………………………….

 
Ils ne comprennent pas que la sainte série Des aïeux, à travers le sépulcre attendrie,
Suit tout des yeux, s’émeut à voir hors du tombeau Courir de main en main le frissonnant flambeau, Et que dans les enfants le père continue.
Chose sombre ! fermer la paupière inconnue, Eteindre ce regard d’en haut, et, sans remords,
Etouffer ce grand souffle obscur ; tuer les morts !
…………………………………………………

…………………………………………………
Tournant le dos au roi du ciel que l’aube dore, Ayant pour lampe un crâne où tremble le phosphore, Objectant à tout fait nouveau leur surdité, Engloutis par la caste et dans l’hérédité,
Ceux-ci, pires encor, sont l’extrême contraire.
A force d’être fils, on cesse d’être frère ; Le père par l’aïeul est lui-même éclipsé ;
L’ancêtre seul existe ; il se nomme Passé ; Il est l’immense chef, vénérable et stupide ;
Sa barbe est la sagesse, et le beau, c’est sa ride ; Il est mort ; c’est pourquoi lui seul est proclamé Vivant, et d’autant plus patent qu’il est fermé ; Il est pétrifié dans sa morne attitude,
Et son autorité, c’est la décrépitude.
……………………………………………..

(A SUIVRE…)                                                                          gif animé anes 09.gif

 

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L’âne par Victor Hugo 8

Posté par othoharmonie le 24 décembre 2011

L’homme, entre un passé qui s’obstine et un présent qui s’impatiente, est-il juste au moins envers lui-même ? Non. Sa conscience troublée fait défaillir sa volonté. Se sentant impuissant, il s’abandonne au hasard.

                                  File:Sommer, Giorgio (1834-1914) - n. 6143 - Napoli - (Kostümszene Gemüsehändler mit Esel (Asinaio).jpg

 Et pourtant, s’il le voulait, la nature est là, en attendant les maîtres, qui le conseille, qui l’invite, qui lui ouvre des horizons infinis ; mais, halluciné par ses rêves, égaré par ses calculs, ballotté entre le despotisme et la licence, abruti par l’autorité de la doctrine, de la loi, du fait, enivré de la liberté buissonnière, l’homme broie du vide dans un moulin qui tourne à tous les vents.

 Voilà ce que dit l’âne, à peu près, à un philosophe. Le philosophe devient triste. Il réfléchit que l’âne n’est pas si bête ; il s’incline, et les bras croisés, sentant battre son coeur dans son habit de pédant, il murmure :

 ……………………………….. Jusqu’à ce jour
Où la science aura pour but l’immense amour, Où partout l’homme, aidant la nature asservie,
Fera de la lumière et fera de la vie, Où les peuples verront les puissants écrivains,
Les songeurs, les penseurs, les poètes divins, Tous les saints instructeurs, toutes les fières âmes,
Passer devant leurs yeux comme des vols de flammes ; Où l’on verra, devant le grand, le pur, le beau,
Fuir le dernier despote et le dernier fléau ; Jusqu’au jour de vertu, de candeur, d’espérance,
Où l’étude pourra s’appeler délivrance, Où les livres plus clairs réflèteront les cieux,
Où tout convergera vers ce point radieux :
- L’esprit humain meilleur, l’âme humaine plus haute, La terre, éden sacré, digne d’Adam, son hôte,
L’homme marchant vers Dieu sans trouble et sans effroi, La douce liberté cherchant la douce loi,
La fin des attentats, la fin des catastrophes ; – Oui, jusqu’à ce jour-là, tant que les philosophes,
Prêtres du beau, d’autant plus vils qu’ils sont plus grands, Seront les courtisans possibles des tyrans,
………………………………………………………
Les oreilles de l’âne auront raison dans l’ombre !

 

Est-ce le dernier mot du poème ? Non, Messieurs. Je vous ai dit d’espérer. Victor Hugo est de ceux qui ne désespèrent jamais ; car ils ont la moitié du secret que l’homme n’aura jamais tout entier. Le poète répond au philosophe :

 

Tout marche au but ; tout sert ; il ne faut pas maudire. Le bleu sort de la brume et le mieux sort du pire ;
Pas un nuage n’est au hasard répandu ; Pas un pli du rideau du temple n’est perdu ; L’éternelle splendeur lentement se dévoile.
Laisse passer l’éclipse et tu verras l’étoile !

 

C’est là la conclusion du livre. (A SUIVRE…)

  

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L’âne par Victor Hugo 9

Posté par othoharmonie le 24 décembre 2011

 

Vous le voyez, l’âne soumis rentrera à l’étable ; et quelque jour, l’homme sachant mieux lire dans la nature, dans lui-même, et dans la science, ayant conquis avec son estime l’estime de l’âne qu’il torture et qui le juge, s’en servira comme de File:Johan Thomas Lundbye - Et æsel, plaget af fluer og et æselhoved set forfra.jpgmonture triomphale pour entrer dans une Jérusalem lumineuse, où commencera la Pâque des délivrances définitives, sans qu’on ait à redouter des crachats et un gibet pour le juste.

 Victor Hugo fait-il un rêve impossible ? Faisons-le avec lui, Messieurs ; car on gagne toujours quelque chose à souhaiter l’irréalisable, et, quand nous bornons trop nos désirs de justice et d’amour, nous les tuons.

 Suivons-le dans cette ascension, et, surtout, à chaque fois qu’il écrit un livre, lisons-le avec recueillement, en souhaitant qu’il en écrive longtemps encore.

 Ce grand vieillard est le survivant d’une génération disparue qui a préparé par l’élaboration de toutes sortes d’idées généreuses ou folles, par ses enthousiasmes, par ses découvertes, par ses erreurs aussi, la crise salutaire que nous traversons.

 Croyons, comme lui, que la science, qui n’augmente pas la fraternité, si audacieuse qu’elle soit dans ses recherches, rapetisse l’horizon humain ; mais pour aimer instruisons-nous, et ceci, Messieurs, est la secrète intention de cette conférence.

 Je ne vous ai lu des passages du poème de Victor Hugo que pour vous exhorter à lire, lui d’abord, d’autres ensuite.

 Nous n’insistons pour vous attirer dans nos bibliothèques, pour vous donner la passion du livre, que pour vous initier plus vite, plus profondément à cette solidarité des âmes qui est la conséquence naturelle de la solidarité des intelligences.

 Le livre est le gage le plus solide des fédérations. L’échange des idées entre les peuples rendra impossible l’échange des coups de fusils ; et la communion des citoyens autour d’une table de lecture est le véritable banquet d’où l’on sort fraternels. On se dispute partout, dans la vie, à la tribune comme au cabaret ; mais le recueillement indispensable pour la lecture, l’émotion qui se dégage du livre, cette confidence humaine qui semble s’adresser à chacun en particulier, qui s’exhale doucement, qui monte en vous, qui donne des formules de paix, de concorde à vos instincts, qui vous fait aimer l’humanité, en vous faisant aimer l’auteur, qui vous rend fiers de votre raison quand elle se mesure au génie ; voilà le véritable apaisement, l’amnistie incessante et féconde, voilà le relèvement par le progrès !

 Je reviens d’un congrès qui s’est tenu à Lisbonne, d’un congrès littéraire. En allant y travailler, je savais bien qu’il dépasserait son but, et que, quand nous aurions affirmé les principes de la propriété litttéraire, provoqué des traités internationaux, il se dégagerait de cette réunion d’écrivains, venus de tous les points du monde, une cordialité qui nouerait les mains et les coeurs. (A SUIVRE…)

  

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