Le nombre d’éléphants et de rhinocéros a chuté

Posté par othoharmonie le 6 septembre 2015

 de manière dramatique en cinq ans à peine.

Le 1er juin, le ministre tanzanien des Ressources naturelles et du Tourisme, Lazaro Nyalandu, a livré les conclusions d’une étude sur le nombre d’éléphants dans le pays africain. Le site Blueandgreentomorrow.com, qui relaie les données du recensement, explique que leur population a baissé de 60% entre 2009 et 2015, passant de 109.000 à seulement 43.330.

 elephants

Ces chiffres ressemblent à ceux du Mozambique, tout aussi effrayants. L’ONG WCS (Wildlife Conservation Society) rapportait fin mai que, ces cinq dernières années, le nombre d’éléphants est ainsi passé de 20.000 à 10.300, soit une chute de 48%. Alastair Nelson, directeur de la WCS, qui gère la réserve Niassa dans le pays, expliquait que «le problème majeur est la gouvernance. Le Nord a toujours été une région isolée et mal gouvernée, avec un haut niveau de corruption sous-jacente». 

Et que dire du nombre de rhinocéros encore en vie en Afrique du Sud? Le Washington Post, qui reprend des chiffres du ministère de l’Environnement sud-africain, explique que, de 1980 à 2007, on comptait neuf rhinocéros tués par an à cause des braconniers. Depuis, le nombre a explosé: on en dénombrait 1.215 pour la seule année 2014. 

Si cela continue, il pourrait y avoir plus de morts que de naissances d’ici un à trois ans, note Quartz, avant d’ajouter que les rhinos noirs de Namibie subissent le même massacre. La corne de rhinocéros se vendant plusieurs dizaine de milliers de dollars le kilo, notamment en Asie, où on lui prête des vertus médicinales. 

Car la Chine et d’autres pays d’Asie de l’Est font face à des accusations de la part de nombreux gouvernements et ONG. En dévoilant les chiffres sur les éléphants en Tanzanie, Lazaro Nyalandu n’avait pas hésité à utiliser le terme «abattoir» pour dénoncer cette recrudescence de ce commerce macabre dans la région:

«Il est hautement probable que le braconnage soit responsable de ce nombre de morts très élevé. […] La raison probable pourrait être l’augmentation de la demande d’ivoire, en particulier en Asie de l’Est.»

Arrestations

Mais les responsabilités ne sont pas uniquement asiatiques. L’année dernière,l’Environmental Investigation Agency accusait la Tanzanie de soutenir la Chine dans ce trafic, en facilitant notamment l’exportation de l’ivoire. 

Quartz rappelle toutefois que la Tanzanie a fait de nombreux efforts pour stopper ce trafic, notamment grâce à l’arrestation de vendeurs d’ivoire et de braconniers. Tout comme la Chine, qui a même lancé des campagnes de communication avec l’aide du basketteur chinois Yao Ming, immense star dans son pays.

 

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Difficile de savoir pour l’instant si ces efforts vont payer, tant la situation est critique. En 1979, la population d’éléphants en Afrique atteignait 1,3 million, rappelle le site Quartz, avant de chuter à un chiffre allant de 472.000 à 690.000 animaux en 2007.

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La colère du rhinocéros

Posté par othoharmonie le 21 décembre 2014

 

 

 téléchargementChristophe Ghislain, Belfond, 2010.

La colère du rhinocéros est une sorte de phénomène : paru il y a deux ans et demi chez Belfond, ce premier roman du Liégeois Christophe Ghislain a récolté 6 prix littéraires, dont le Prix de la première œuvre de la Fédération Wallonie-Bruxelles 2011 et l’important Prix Jean Muno 2012 décerné tous les deux ans par le Centre culturel du Brabant wallon. C’est dire si le roman a détonné, surpris, emballé. Moi-même, après avoir mis un certain temps à adhérer au récit, je me suis fait littéralement scotcher à ce climat si spécial – et pour mon plus grand plaisir.

Un roman comme un western décalé dans une improbable Belgique, sorte de surréaliste Far-West. Un roman à trois narrateurs, aux chapitres nerveux, au style très visuel pas si éloigné du road-movie. Et tous les topiques du western s’y trouvent : les plaines brûlées, la maison close, le shérif pas net et lâche, l’Indien sauvage et solitaire, la jeune fille au passé tragique, le gang de malfrats, le héros face à l’hostilité ambiante. Et puis tous ces sentiments rentrés de colère et de règlements de comptes qu’exprime bien cet étrange rhinocéros dont, en réalité, on ne fait qu’apercevoir l’ombre violente. Car il y a une vieille histoire là-derrière.

Le héros principal est Gibraltar ; en crise de couple et même existentielle, quittant sa vie au volant d’un corbillard en pleine canicule, il percute cet improbable rhinocéros – peut-être simplement échappé d’un ancien cirque où on le faisait voler en deltaplane: le voilà de retour chez lui à Trois-Plaines (Belgique) après 17 ans d’absence. Or Gibraltar n’est pas le bienvenu au village : trop de choses soulevées. C’est qu’il cherche à revoir son père – Arthur Mac Adam –, ce vieux cinglé, ce Don Quichotte qui avait eu le rêve insensé de faire venir la mer jusque-là, jusqu’au milieu des terres, faire de ce patelin perdu une sorte de station balnéaire, en faisant creuser la fosse à coup de vieilles mines. Et Gibraltar de reprendre ce rêve déglingué : il reconstruit pierre par pierre le phare qui aurait indiqué aux humains un ailleurs possible, une manière de quitter le sol, ne plus avoir peur. Mais la peur n’est pas ce qui touche Gibraltar, il veut seulement comprendre son histoire. Par exemple comment, quand les rêves sont brisés, il n’y a plus qu’à boire jusqu’à l’absurde; ou comment il y a toutes ces amours ratées, ces vies brisées, et l’incendie, et les désastres, et la violence des hommes dans les maïs du diable.

Difficile de passer à côté de ce roman atypique qui gagne puissance à mesure qu’il progresse, et nous prend à la gorge – une sorte de charge de rhinocéros peut-être. Le rapport à la Belgique ? Rien évidemment, sinon cet air de surréalisme amusé et poétique qui permet d’échapper au désespoir.

Dans le cadre des Nuits d’encre, le festival littéraire qui a lieu tout le mois de mars un peu partout en Brabant wallon, et surtout cette deuxième quinzaine, Christophe Ghislain est l’invité de deux soirées : mercredi 27 mars 20h à la librairie Calligrammes à Wavre, et le lendemain 28 mars, 20h aussi, à la bibliothèque publique de Rixensart – l’accès est libre bien sûr.

AVT_Christophe-Ghislain_7711RESUME / Pour chercher son père, qu’il a quitté dix-sept ans plus tôt et dont il n’a plus de nouvelles, Gibraltar revient à Trois-Plaines, son village natal. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n y est pas le bienvenu. Dans ce décor désertique et caniculaire, alors que Gibraltar reconstruit pierre par pierre un phare en ruines érigé par son père au milieu d’un pré, Emma, L’Esquimau et Gibraltar recollent tour à tour les morceaux de leur histoire dans un village où l’étrangeté est reine. Peu à peu, entre les femmes qui pêchent des poissons dans l’herbe des plaines, les cardiaques qu’on ranime à grands coups de sacs de frites surgelées et les rhinocéros qui volent en deltaplane, le passé refait surface. Et l’histoire familiale de Gibraltar prend forme autour de l’absence d’un père un peu fou et des ravages qu’il a commis sur le village. Mais les plus fous ne sont pas toujours ceux qu’on croit…

L’auteur : Christophe Ghislain est né le 22 juin 1978 en Belgique.

Biographie : Après des études de lettres et de philosophie et une formation de réalisateur, il a obtenu en 2005 pour Lost in La Hesbaye le prix du meilleur premier film au Festival international du film indépendant de Bruxelles. 
La Colère du rhinocéros est son premier roman, et l’on y reconnaît ses talents pour le cinéma. 

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La métamorphose du Rhinocéros

Posté par othoharmonie le 21 décembre 2014

Sumatran_RhinoLes rhinocéros sont des animaux massifs aux membres courts, à l’encolure brève, généralement d’assez grande taille ; les plus grandes espèces atteignent presque 2 mètres au garrot et pèsent 3,5 tonnes

La peau, épaisse, forme parfois des plaques rigides fortement kératinisées, reliées entre elles par un tégument plus mince et souple. Les poils sont rares, sauf chez Rhinoceros tichorhinus, qui a été le contemporain de l’homme au Paléolithique, et chez le rhinocéros actuel de Sumatra (Didermocerus lasiotis), souvent appelé rhinocéros laineux en raison de sa toison relativement abondante.

Les membres antérieurs et les membres postérieurs sont terminés chacun par trois doigts. À peu près également développés, quoique le médian soit un peu plus robuste, ces doigts portent des sabots incomplets et reliés par une sole plantaire commune. Les cornes nasales sont les phanères les plus caractéristiques des rhinocéros. Elles sont formées de tubes ou de fibres cornés, noyés dans une gangue fortement kératinisée (cf. MAMMIFÈRES, pl. I). Selon les espèces, les animaux portent 1 ou 2 cornes pouvant atteindre une dimension considérable, jusqu’à 1,50 m chez les rhinocéros blancs (Ceratotherium simum). La denture a pour formule : 

Les dents jugales, prémolaires et molaires, ont une table d’usure où les replis d’émail dessinent grossièrement la lettre grecque π.

Le système nerveux se signale par le faible développement de l’encéphale, qui classe de ce point de vue les rhinocéros dans une position très inférieure aux autres Périssodactyles et à la plupart des Ongulés. Parmi les organes des sens, l’odorat est d’une extrême finesse, plaçant le rhinocéros tout de suite derrière l’éléphant (lequel est généralement considéré comme le Mammifère macrosmatique le plus évolué). L’ouïe est très fine, alors que la vision, surtout diurne, est médiocre.

Les rhinocéros sont généralement considérés comme des animaux plutôt craintifs mais qui peuvent devenir dangereux, en raison de leur masse, quand ils foncent pour se défendre. Les individus vivent habituellement isolés, ou par couples

Les religions, les mythologies et les arts font souvent appel à la métamorphose. Les dieux se transforment ou transforment les créatures en animaux, en arbres, en fleurs ou en rochers. Dieu – celui de la Genèse -, crée l’homme à partir d’une poignée de poussière et Ève à partir d’une côte enlevée à Adam.

Ailleurs – dans le domaine esthétique – sculpteurs, architectes et écrivains empruntent parfois leur matériau, sinon leur inspiration, à la mythologie. Celle-ci est donc un élément fondamental issue des profondeurs de l’imaginaire et du besoin impérieux qu’éprouve l’homme d’expliquer ou de se représenter le monde, donc d’en déchiffrer la signification. Elle appartient au vaste domaine de l’anthropologie dont les composantes psychologiques, sociales et ludiques ont partie liée avec les exigences propres au genre théâtral: la nécessité d’étonner, de susciter l’illusion, le rire ou la crainte, de matérialiser les fantasmes et les hallucinations.

La métamorphose s’insère fréquemment dans un mythe. Celui-ci, d’après MIRCEA ELIADE, « raconte une histoire sacrée, (…) relatant les « gesta » des êtres surnaturels et la manifestation de leur puissances sacrées ; il devient le modèle de toutes les activités humaines sacrées ».

Mais RHINOCÉROS (pas plus que LA MÉTAMORPHOSE de KAFKA) ne se propose comme « une histoire sacrée ». Toutefois, à y regarder de plus près, son contenu profane et parfois humoristique met en scène un « élément tabou » (de l’anglais « taboo » et du polynésien « tabu », « interdit, sacré »), frôlant donc l’interdit ou l’impur les êtres humains, frappés par un mal contagieux et endémique, rejettant la civilisation et ses valeurs (à savoir le contrôle des instincts, la tolérance, la liberté, l’humanisme, l’amitié, l’amour et la famille) pour le retour à l’état de nature, à la « loi de la jungle ».

D’une certaine façon, la métamorphose de l’homme met en oeuvre le processus inverse de la fable – récit dans lequel les animaux empruntent une conduite humaine. En fait, fable et mythe visent un objectif commun: « dégager, implicitement, une morale », donc une ligne de conduite à tenir, ou à ne pas tenir. Celle du mythe se dégage du caractère (monstrueux) de la métamorphose qui est perçue comme anormale, dangereuse pour l’ordre, la stabilité et le bonheur de l’individu ou de la société.

Photographie en noir et blanc d'un Rhinocéros vu de trois-quarts profil en train de gravir un talus dans le parc d'un zoo.Dans RHINOCÉROS, il a apparition et révélation progressive de la « bête humaine » et ce, à double titre: « bête » renvoie à bestialité – donc à ce qu’il y a de monstrueux dans l’homme-, mais aussi à « bêtise », donc aux dérapages et aux défaillances de l’intelligence et de la raison. L’humain devient le lieu de l’inhumain, l’inhumain en l’homme et dans l’histoire, l’humanité produisant des rhinocérites dont l’ampleur catastrophique confine au génocide. La métamorphose aboutit donc à la monstruosité.

EMMANUEL JACQUART commente RHINOCÉROS Folio p. 59,60,61.

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Pour sauver les rhinocéros

Posté par othoharmonie le 19 décembre 2014

290px-Woolly_rhino_nashornLes rhinocéros sont officiellement protégés par… un morceau de papier : l’Appendice I de la Convention de Washington CITES (Convention on International Trade in Endangered Species of Wild Fauna and Flora) qui interdit le commerce des produits dérivés du rhinocéros et d’autres espèces à risque. 

Pourtant, le commerce criminel continue, surtout en Chine, en Corée, à Taïwan et en Thaïlande. En effet, l’efficacité de la Convention CITES dépend exclusivement de la bonne volonté et des mesures adoptées par les états signataires.À part les soupçons de peu de fermeté, voire de connivence de certaines administrations, c’est un fait que les fonds, les ressources humaines et les instruments techniques à la disposition de la conservation des espèces naturelles à risque sont très réduits, surtout en Afrique. Parmi les techniques mises en oeuvre pour sauver les rhinocéros de l’extinction, outre le contrôle rapproché et les patrouilles anti-braconnage, on a tenté la coupe de la corne et le transfert dans des zones plus sûres. La coupe (avec une scie circulaire…) n’est pas efficace parce que les braconniers tuent l’animal pour les autres parties employées dans la magie et dans la médecine populaire, et surtout pour agacer les garde-chasses. En 1989, 58 rhinocéros indiens ont été foudroyés par les clôtures électrifiées qui devaient les protéger. Au Kenya, en revanche, il semble que le Tsavo Rhino Sanctuary à l’intérieur du Parc National de Tsavo, clôturé par une haie électrique à énergie solaire, ait du succès. 

Un programme de transfert en masse des derniers exemplaires de rhinocéros du Zimbabwe loin des confins dangereux avec la Zambie dans le parc de Matusadona et un programme de surveillance par télémétrie ont permis de sauver des centaines de survivants. Mais déplacer les rhinocéros n’est pas toujours conseillé, étant donné qu’ils sont très sensibles aux changements environnementaux et ils peuvent mourir de troubles intestinaux ou de déshydratation.Toutefois, au Népal des dizaines de rhinocéros ont été déplacés avec succès du Royal Chitwan National Park au Royal Bardia National Park proche. Les rhinocéros sont suivis à dos d’éléphant et, quand on en aperçoit un, il est immédiatement encerclé par des éléphants et frappé par une seringue anesthésiante. En Afrique, en revanche, on dit que pour faire bouger rapidement un rhinocéros il suffit de lui mordre la queue… 

À part les sauvetages in extremis, les superstitions et les traditions, le problème a un aspect économique qui peut aussi offrir une solution possible. L’Unesco et la CITES considèrent le safari comme un instrument écologique très important pour financer la conservation des espèces, en plus de la sauvegarde de la culture ancienne de la symbiose entre indigènes et animaux. Les chasseurs qui agissent sous le contrôle strict de ranger et de Professional Hunter, et payent en devise forte, empêchent le braconnage et créent du travail, tandis que l’interdiction totale de la chasse a toujours entraîné le massacre illégal des animaux. Le safari ne requiert pas d’investissements et rend beaucoup plus que le tourisme de masse qui pollue énormément en raison des véhicules circulants, du nombre de visiteurs, de la concentration, des infrastructures, des bâtiments et des moyens de transport. Mais surtout, le tourisme de masse déracine la culture traditionnelle et corrompt les valeurs de base qui sont le fondement même d’un safari africain authentique et sérieux. Et par personne, un seul chasseur autorisé crée plus de postes de travail et paye des chiffres quotidiens nettement supérieurs à un quelconque touriste. 

 » La chasse, affirme Peter Beard, aurait très bien pu continuer au Kenya aussi sans avoir la moindre incidence sur le patrimoine faunique, il s’agit d’utiliser les ressources naturelles avec intelligence et clairvoyance « . Au Kenya, la conversion des braconniers a eu du succès : capturés, réarmés et destinés au contrôle sélectif du gibier jusqu’à trois cents pièces par an (par rapport aux milliers braconnées), ils produisent de la viande alimentaire. Au Zimbabwe, les game farm produisent avec les safaris plus de viande par hectare que le bétail domestique, et avec de moindres conséquences pour le terrain, rendu stérile par le piétinement des sabots des vaches et des chèvres. Par ailleurs l’animal sauvage vit aussi pendant les périodes de sécheresse, s’abreuvant à des sources plus lointaines que le bétail d’élevage. 

Ces données de fait sont le fondement de l’utilisation durable de la faune et de la flore sauvage comme ressource économique alimentaire et pharmaceutique, adopté par de nombreuses organisations naturalistes. Que la chasse légale soit une solution réaliste ne doit pas scandaliser. 

Dans la verte Angleterre, relève The Economist, en 2004, la population de cerfs a atteint des niveaux jamais vus depuis la préhistoire, au détriment des bois et de différentes espèces d’oiseaux, et toutes les associations écologiques britanniques s’accordent pour dire que la solution est celle de la chasse contrôlée et sélective. 

L’approche la plus correcte doit donc souligner la grande valeur économique de la faune sauvage pour les habitants qui la considèrent depuis toujours comme un risque pour le bétail et les récoltes, et pour cela braconnent et vendent la viande, les peaux et les cornes aux receleurs pour quelques shillings. En Afrique du Sud, le commerce contrôlé de produits de rhinocéros (d’abattages sélectifs payants d’exemplaires stériles ou malades) est une voie possible : les communautés Rhinocéros empaillé vu de profil.indigènes sont encouragées à protéger le rhinocéros comme source de revenu. En effet, l’homme conserve seulement ce qui a une valeur concrète et immédiate. Si la faune ne procure pas un revenu aux indigènes, elle est détruite parce qu’elle abîme les récoltes, menace les élevageset représente… des tripes gratuites. 

Comme a dit un indigène de la Namibie  » Avant nous abattions nos animaux pour manger, maintenant nous faisons les courses avec l’argent que les gens nous donnent pour en prendre soin, et c’est moins fatiguant « . 

Extrait de : Le Rhinocéros – Histoires fantastiques et légendes authentiques en Français

 

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LES PETITS SAUVEURS DE RHINOCEROS

Posté par othoharmonie le 19 décembre 2014

Javan_Rhino_ZimmermanQuand les rhinocéros étaient encore chassés avec l’arc et les flèches et avec les lances pour subsister, leur système de réaction, basé sur la première alarme donnée par le volettement des pique-boeufs (Buphagus erythrorhynchus) les gardes du rhinocéros ou askari wa kifaru en swahili, les petits oiseaux au bec rouge qui mangent les parasites sur leur peau, et sur l’ouïe fine et directionnelle, l’odorat et la vue qui n’est pas aussi faible qu’on le dit, suffisait à en garantir la sécurité par la fuite ou la charge. L’équilibre est altéré quand les  établissements humains se multiplient et les animaux sauvages sont considérés comme une menace pour l’agriculture et pour le développement commercial et industriel en Afrique qui, jusqu’aux années 60 du XXe siècle, était encore envisagé selon les canons occidentaux, et par l’attribution superstitieuse de pouvoirs occultes à des organes animaux. 

Les rhinocéros causent de graves dommages aux plantations, car leur estomac requiert une grande quantité de nourriture pour se remplir. Ainsi les agriculteurs anéantissent l’animal sauvage et les braconniers se consacrent à la chasse de spéculation. 

Le braconnage et la superstition constituent le cocktail assassin qui menace les rhinocéros, mais ce sont la surpopulation, la déforestation et l’agriculture qui ont limité la mobilité de ces animaux, empêchant leurs contacts et les échanges entre les différents groupes. Dans une aire donnée, il faut au moins cinquante rhinocéros pour en garantir la conservation : pour le succès de la reproduction, un nombre inférieur n’offrirait pas la diversité génétique nécessaire, causant maladies et malformations chez les petits. 

Contrairement à un lieu commun, la faute principale de la perte des rhinocéros n’est pas à attribuer aux chasseurs étrangers, mais elle est imputable aux politiques imprévoyantes de gestion du territoire et de la faune, et aux braconniers locaux. Il suffit de dire que l’anglais John A. Hunter qui a abattu selon les chroniques 1600 rhinocéros, agissait sur ordre du gouvernement afin de libérer les terres de ces grosses bêtes encombrantes, pour y transférer la tribu des Wakamba. Deux nettoyages ethniques en un seul coup. Malheureusement, même au troisième millénaire, un nouveau gouvernement africain a déclaré démagogiquement que le peuple vient avant la Nature ; ainsi on néglige l’environnement et tout le monde va mal. Par conséquent, la faune sauvage est anéantie par la réduction rapide des aires naturelles occupées par les immigrés illégaux, par la destruction de la végétation, par la faim, des éléments qui se traduisent aussi par le braconnage. 

Les possessions françaises entre les XIXe et XXe siècles ont vu un véritable massacre encouragé par l’administration coloniale au nom du progrès. En 1927, pas moins de 800 cornes ont été exportées par le sultanat de la zone de Fort Archambault (Sahr) près du Lac Tchad. Le chasseur professionnel Cannon a tué avec un boucher appelé Tiran près de 350 rhinocéros en moins de quatre ans au Cameroun, en Oubangui-Chari et au Tchad. Le marché et l’opportunité ont également entraîné l’abandon de la chasse à l’ivoire pour celle aux rhinocéros, parce qu’abattre les rhinocéros est plus facile que les éléphants et la demande de cornes ne cesse de croître. La mentalité d’autrefois est bien représentée par l’opinion de Stewart Edward White dans son The Land of Footprints de 1913  » Les rhinocéros sont trop nombreux. Il ne fait aucun doute que cette espèce doit être la première à disparaître parmi les grands animaux africains. On ne saurait permettre à un animal si lunatique de courir dans une zone habitée, ni dans des zones constamment traversées par l’homme. L’espèce devra probablement être conservée dans des zones circonscrites appropriées. Ce serait un péché que de faire disparaître un exemple si parfait d’animal préhistorique  » et il indique que  » La peau de rhinocéros bien traitée devient transparente comme l’ambre et on réalise avec des souvenirs comme des écuelles, des plateaux, des coupe-papiers, des fouets, des bâtons et naturellement les pieds du rhinocéros sont d’excellentes boîtes à cigares ou encriers « . Par ailleurs, parmi les outrages que l’imagination perverse de l’homme a su infliger à la faune, il y a eu précisément l’expédition de White dans le but de prendre au lasso le plus grand nombre de rhinocéros et d’autres espèces sauvages africaines. 

Pour information, les cow-boys Ambrose Means et Marshall Loveless ont réussi l’exploit. Le psychologue Gerhard Swanepoel a tracé le portrait-robot du braconnier sud-africain : 30 ans, indigène, mâle, il parle afrikaans, zoulou ou anglais. Un tiers a suivi le premier cycle de l’enseignement secondaire, un tiers le second cycle du second degré, 30 % est au chômage, d’autres sont manoeuvres ou commerçants. L’écoulement a lieu dans les grandes villes dotées de voies de communication, d’aéroport et de criminalité organisée. Les délinquants attaquent les fermes privées pour voler les armes avec lesquelles braconner, mais le plus souvent les armes sont des vieux AK-47 qui se vendent à 100 rands à Soweto. Ceux qui procurent la bush meat pour le marché alimentaire indigène utilisent essentiellement les pièges de fil barbelé volé, au lieu des traditionnelles fibres des feuilles de Sansieveria aethiopica, ou construisent des fusils rustiques à chargement par la bouche. De moins en moins utilisés l’arc et les flèches empoisonnées avec l’uhlunguyembe (Acokanthera oppositifolia) ou le Strophanthus kombe pour les buffles et les antilopes, ou le gifbol (Boophane disticha) pour les petites proies. Dans le delta du Zambèze, les bandes de braconniers sur véhicules tout-terrain Unimog supplantent les pauvres indigènes Sena qui chassent avec les chiens, les faméliques Kaffir dogs et avec des lances et panga, la large serpe africaine. En général ils n’en tirent que les entrailles, étant donné que les indigènes sont très friands de tripes, le reste est jeté. Le pire c’est quand dans le bush les incendies font rage, allumés par les braconniers qui détruisent la végétation et les récoltes, entraînant des régimes plus pauvres en hydrates de carbone et vitamines, la famine pour les animaux d’élevage et une carence en protéines pour la population. 

À noter que le braconnier qui risque de nombreux coups, de nombreuses années de prison et la vie, les garde-chasses ayant en Afrique le permis de tuer, touche seulement quelques dollars. La corne est revendue à quelques intermédiaires, puis à un commerçant qui la garde en magasin pour atteindre une certaine quantité à exporter illégalement, dissimulée au milieu d’autres marchandises, par exemple du port de Beira, jusqu’à Hongkong, en Inde, à Singapour, au Japon. 

Les indices se dirigent vers des grossistes indiens qui approvisionnent les marchés orientaux et recyclent les profits en Inde, au Japon et en Chine. Les gains sont répartis entre les grossistes sur la côte (à Dar Es Salaam, etc.), les commerçants des pays importateurs et le cerveau de l’opération qui se trouve probablement à Tokyo. 

Extrait de : Le Rhinocéros – Histoires fantastiques et légendes authentiques en Français

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POUVOIRS MAGIQUES ATTRIBUES AU RHINOCEROS

Posté par othoharmonie le 19 décembre 2014

220px-Nas-HornLa médecine traditionnelle superstitieuse en Chine, à Taïwan, à Singapour, en Malaisie, à Hongkong, en Corée et dans les Chinatown du monde entier attribue des pouvoirs magiques aux préparations de rhinocéros. Cette fausseté a provoqué le massacre en masse des rhinocéros asiatiques, étant donné que leurs cornes sont réputées plus efficaces par les consommateurs du fait de leur petite taille qui signifierait une plus grande concentration et puissance. 

Et pourtant, l’aphrodisiaque le plus demandé en Orient et le plus cher du monde n’est pas la corne de rhinocéros, mais la sécrétion visqueuse à la forte odeur de musc de la glande génitale du chevrotain porte-musc (Moschus moschiferus) sans bois, qui vit dans les forêts des montagnes d’Asie orientale. Depuis 2000 ans, des millions de rhinocéros ont été dépecés comme ingrédient : la  corne contre la fièvre, la peau pour l’acné, le pénis comme aphrodisiaque, vu la durée de l’accouplement et le nombre d’éjaculations du périssodactyle, les os pour l’arthrite et le sang pour les problèmes menstruels. La médecine orientale a beaucoup de qualités : l’acuponcture est souvent efficace et les cornes de l’antilope Saïga (Saiga tatarica) peuvent calmer la fièvre. 

Mais ce n’est pas vrai pour la corne de rhinocéros. Cela fait longtemps que le groupe pharmaceutique suisse Hoffmann-LaRoche a démontré que les préparations de rhinocéros n’ont aucun effet sur le corps humain et il n’y a aucune évidence scientifique quant à l’action anti-âge de la poudre de corne de rhinocéros. Les scientifiques chinois de Hongkong ont montré que la corne de rhinocéros a un effet rafraîchissant sur la fièvre provoquée chez les cobayes, mais uniquement à des doses massives. Pourtant, il s’agit de kératine banale, protéine séquentielle, répétitive et cristalline, très résistante, qui présente une structure secondaire régulière en alpha-hélice et c’est la composante fondamentale des cheveux, poils et ongles chez l’homme et des écailles, sabots et plumes chez les animaux. 

La corne peut facilement être remplacée par d’autres substances. Le président de l’Association of Chinese Medicine and Philosophy a déclaré qu’au moins vingt sept plantes possèdent les propriétés médicinales attribuées erronément au rhinocéros. Et pour la fièvre il suffit de prendre une aspirine (à l’origine dérivée de l’écorce du saule). Expérimentation à part, la réalité est qu’aujourd’hui le rhinocéros risque sa peau, ou plutôt, ses cornes et l’extinction, non pas pour avoir rempli un rôle accompli dans l’évolution naturelle, mais à cause de la superstition. 

Le danger ne vient pas seulement de l’Extrême-Orient. On sait qu’au Yémen et en Oman, la corne de rhinocéros est utilisée pour produire les manches et les fourreaux du poignard traditionnel jambiya, même si récemment elle a été remplacée par l’agate, une initiative des commerçants qui avaient du mal à se procurer les cornes de rhinocéros, et non des écologistes. 

Extrait de : Le Rhinocéros – Histoires fantastiques et légendes authentiques en Français

 

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RHINOCEROS HERBIVORE

Posté par othoharmonie le 17 décembre 2014

images (4)Les rhinocéros sont classés comme périssodactyles, mammifères herbivores caractérisés par un nombre impair de doigts, troisième doigt très développé, ongles en forme de sabot, estomac simple et deux mamelles en position inguinale ; les divers habitats et les différences dans la nutrition en soulignent l’éclectisme du désert à la savane, à la forêt tropicale. Leur extinction serait une perte tragique pour la diversité biologique de la planète. Malheureusement, depuis 1970, plus de 90 % de la population de rhinocéros a disparu, et celui de Java est considéré comme le grand mammifère terrestre le plus rare du monde. Une curiosité est que près de 230 rhinocéros africains se trouvent dans des fermes d’Amérique du Nord. Le Rhinocéros Noir1 (Diceros bicornis), à la lèvre en crochet préhensile, habitait toute l’Afrique subsaharienne ; aujourd’hui il survit à grand-peine au Zimbabwe, en Afrique du Sud, en Namibie, en Tanzanie et au Kenya. En Afrique, on compte environ 3000 rhinocéros noirs, une misère si on les compare aux 100 000 qui erraient sur le contient dans les années 60. Quatre les sous-espèces : australe (Diceros bicornis minor), du sud-ouest (Diceros bicornis bicornis), orientale (Diceros bicornis michaeli) et du nord-ouest (Diceros bicornis longipes)

Au pelage gris-marron foncé (le même que celui du rhinocéros blanc), il a deux cornes en haut du nez, celle frontale a une base arrondie (la base de la corne frontale du rhinocéros blanc est droite). La lèvre supérieure est triangulaire et musclée pour faire prise sur l’herbe quand il broute (lèvres carrées chez le rhinocéros blanc). Les oreilles sont arrondies (plus petites chez le rhinocéros blanc). Dans la prairie du lowveld, mais pas dans les zones plus sèches, les flancs sont généralement marqués par des taches plus foncées, parfois saignantes, causées par des vers parasitaires (ce n’est pas le cas chez le rhinocéros blanc). La hauteur de l’épaule est entre 140 et 165 cm ; le poids est d’environ 700-1000 kg. Longueurs approximatives de la corne : frontale 105 cm, celle située derrière 52 cm ; les cornes poussent 4-6 cm par an et elles ont tendance à être plus longues et plus fines chez les femelles. Les mâles ont un grand pli sur le dos qui descend jusque derrière les pattes arrière. Les petits avancent derrière les mères (les petits rhinocéros blancs courent devant).D’un tempérament imprévisible, quand il charge, il émet un grognement coléreux. Les femelles avec les petits sont extrêmement dangereuses et il faut les éviter. 

L’empreinte n’est pas dentelée sur l’arrière (elle l’est chez le rhinocéros blanc). 

Le Rhinocéros Blanc (Ceratotherium simum) est présent au Congo, au Kenya, en Afrique du Sud, au Zimbabwe, au Botswana, en Namibie et au Swaziland. Il compte deux sous-espèces, le Rhinocéros blanc austral (Ceratotherium simum simum) et du nord (Ceratotherium simum cottoni) qui survit au Congo (République démocratique) dans le Parc National de la Garamba et on estime que quelques rhinocéros blancs « cottoni » sont encore présents au Soudan méridional. Par le passé, il était très répandu dans la savane septentrionale à l’ouest du Nil Blanc et dans la savane méridionale au sud du Zambèze. L’environnement ouvert et sa nature non agressive l’ont rendu particulièrement vulnérable à la prédation humaine. Le rhinocéros blanc, dit des Boeri witrenoster, a été  » découvert  » en 1817 à Kuruman, l’oasis du Kalahari, par William Burchell (1782-1863). La distinction entre rhinocéros blancs et noirs continue de donner lieu à des absurdités sur leur non-couleur grisâtre qui en réalité est tout à fait semblable pour les deux espèces. L’origine du nom  » blanc  » est simplement due à une erreur d’interprétation du mot hollandais wijt qui signifie large, pour définir les lèvres du Ceratotherium simum, maladroitement traduit en anglais par white blanc, au lieu de wide large. 

 Pour distinguer l’autre espèce, à la lèvre supérieure en crochet, on a donc arbitrairement adopté le mot  » noir « .

images (6)La couleur et la boue durcie sur la peau qui permet d’éliminer les parasites n’ont donc rien à voir avec ces noms, désormais entrés dans l’usage. Depuis le XIXe siècle, la réduction des aires disponibles et sa destruction comme animal nocif en ont réduit le nombre à trente individus isolés dans le Zululand. Heureusement, avec la constitution de la réserve faunique d’Umfolozi en 1897, dès les années 60 on pouvait exporter des exemplaires de Umfolozi-Hluhluwe vers les réserves de Mkuze, Kruger, Pilanesberg, Phinda,Waterberg et Madikwe, ainsi qu’au Zimbabwe et au Botswana. Il en existe actuellement près de 5000, dont la plupart en Afrique du Sud. 

Haut deux mètres, avec une bosse prononcée au niveau des épaules, pesant deux tonnes, c’est le plus grand mammifère terrestre après l’éléphant (bien qu’il soit dépassé pour le poids par l’hippopotame). La peau est rugueuse. Il possède deux cornes, celle frontale mesure en moyenne 60 cm et elle est plus longue mais plus fine chez la femelle ; la corne arrière est beaucoup plus courte, plus triangulaire. Ses oreilles sont directionnelles et indépendantes : si on l’approche par l’arrière, il ne se retourne pas, mais il tourne les oreilles pour suivre les déplacements. 

En attention, il avance bien droit, la tête haute, les oreilles tendues. Il charge tête basse, avec les oreilles en arrière et en grognant. Les petits marchent devant la mère. Les rhinocéros blancs sont plus tranquilles que les noirs, certains sont très lunatiques et d’autres taquins, et il ne faut jamais oublier la règle selon laquelle tout animal sauvage est imprévisible. Quand il prend un air menaçant, il frotte la corne par terre et prend une posture tête basse avec les oreilles en arrière, avec des grognements. Les femelles avec les petits sont extrêmement protectrices et il faut les éviter. Les empreintes sont dentelées sur l’arrière.

 

Extrait de : Le Rhinocéros – Histoires fantastiques et légendes authentiques en Français

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La vérité est un rhinocéros qui dort

Posté par othoharmonie le 17 décembre 2014

images (2)Le rhinocéros est omniprésent dans la littérature, souvent décrit comme un personnage déconcertant et surréel ou l’interprète perfide d’aventures improbables. Dans la Bible il est confondu avec un boeuf sauvage appelé re’em ou remim. Le terme reem, dans le Dittionario novo hebraico de David de Pomis publié à Venise en 1587, est traduit improprement en grec par monoceros et en latin par rhinoceros, naricornis et unicornis, il est donc identifié avec la licorne, depuis toujours un Doppelgänger du rhinocéros. La traduction d’un texte considéré par le dogme catholique comme inspiré de Dieu, du reste, crée des problèmes théologiques, parce que là où l’original parle d’un seul animal, dans la traduction latine on en retrouve deux ou trois… Il est singulier de noter que même dans la mythologie chinoise le xieniu ou hsi-niu ou  » boeuf de bon augure  » à une corne est traduit par rhinocéros. D’ailleurs, rimu est le grand aurochs assyrien, ou taureau primitif auroch du Moyen-Orient, tandis que rim en arabe est l’oryx blanc (Oryx leucoryx)1 que l’on trouve encore dans le désert, espèce voisine du gemsbok (Oryx gazella) de l’Afrique australe, espèce à la morphologie ressemblant beaucoup à l’iconographie traditionnelle de la licorne, mais avec deux cornes bien pointues et, bien que d’une taille moyenne-petite, très craint par les autres antilopes qui, lorsque les oryx arrivent à l’abreuvoir, s’en éloignent aussitôt par précaution. 

Le rhinocéros est confondu ou identifié avec des créatures fantastiques telles que la licorne ou avec le monoceros, avec l’âne à la tête rouge, avec l’onagre ou avec l’ealus, avec une corne vers l’avant et une vers l’arrière, décrit par Ctésias de Cnide, voyageur, historien et médecin à la cour d’Artaxerxés roi de Perse, au VIe siècle av. J.-C., qui dans l’Indikà écrivait des merveilles de l’Inde, rapportées dans une version fragmentaire du patriarche Photios de Jérusalem après environ mille trois cents ans. Élien cite Ctésias, dont le texte ne nous est connu que par cet intermédiaire « Il y a en Inde des ânes sauvages qui ne sont pas moins grands que des chevaux… Ils portent une corne sur le devant de la tête, longue d’une coudée et demie… J’ai entendu dire que les Indiens boivent dans ces cornes polychromes, pas tous mais les plus nobles d’entre eux, et ils les ornent d’or, comme les bracelets qu’ils portent aux bras. Et on dit que celui qui boit dans cette corne ne connaît plus les maladies, il n’en est plus atteint. Il ne connaît plus non plus ni spasmes, ni épilepsie, ni les effets du poison. S’il a bu avant quelque chose d’empoisonné, il le vomit et recouvre une parfaite santé ». Et il correspond à la licorne dans l’Histoire de l’Inde de Mégasthènes, quatre livres qui remontent au IIIe siècle av. J.-C. 

Nous savons de Pline (23/24-79 apr. J.-C.) que, dans la Rome antique, les rhinocéros provenaient d’Inde et d’Afrique, destinés à participer aux jeux, encouragés par Pompée qui bâtit le premier théâtre en pierre à Rome en 55 av. J.-C. Les jeux de Dion sont cités par Cicéron (106-43 av. J.-C.) dans ses lettres. Les animaux arrivés à Rome pour la venatio étaient confiés au custos vivarii, le responsable du vivarium, ou zoo ; les rhinocéros étaient présents dans celui d’Auguste de 29 à 14 av. J.-C., puis des empereurs Domitien (81-96 apr. J.-C.), Commode

(180-193), Caracalla (211-217), Élagabal (215-222) et Gordien III (238-244). La lutte entre les fauves, rapporte Marcus Valerius Martialis (environ 40-104), était très palpitante : le rhinocéros luttait souvent contre l’éléphant, tous deux incités avec des tisons allumés et des épouvantails en paille. Mais avec le déclin de l’Empire romain, la tradition brutale d’exhiber en public les rhinocéros, commencée en Egypte par le Roi Ptolémée II Philadelphe en 309 av. J.-C. se perd. Pline l’Ancien, donc, connaît les rhinocéros, cités précédemment par Hérodote  » le rhinocéros avec une seule corne sur le nez, comme on voit souvent. Cette bête, qui est le deuxième ennemi naturel de l’éléphant, après avoir aiguisé sa corne sur une pierre, se prépare au combat et dans la lutte vise surtout à frapper le ventre de l’adversaire, parce qu’il sait qu’il est plutôt mou. Il a la même longueur que l’éléphant, les pattes beaucoup plus courtes, la couleur du buis « . Pline considère d’autres animaux comme similaires, mais pas identiques au rhinocéros « . En Inde, ils connaissent aussi des boeufs aux sabots compacts, avec une seule corne (unicornes)

 La bête plus sauvage est le monoceros; il a le corps du cheval, la tête du cerf, les pieds de l’éléphant, la queue du sanglier ; un mugissement grave, une seule corne noire haute de deux coudées qui se dresse au milieu du front. On dit qu’on ne le prend pas vivant  » et sur l’aiguisage de la corne avant la lutte, il écrit que  » Cornu ad saxa limato praeparat se pugnae » une particularité que de nombreux auteurs démentent, mais le fait est documenté que, en 1994, trois rhinocéros ont détruit une roulotte pour aiguiser leurs cornes. 

Le Physiologus, manuscrit hellénistique du IIe siècle, rédigé à Alexandrie d’Égypte, est une synthèse de connaissances scientifiques et un manuel de doctrine chrétienne qui connaît une très large diffusion. Il est à la base des bestiaires d’époques postérieures et de la conviction en Occident de l’existence de la licorne qui dérive des mythes chinois les plus anciens. Le k’ilin, ou kirin en japonais, est un cerf à la queue de boeuf et aux sabots de cheval, avec une seule corne, des poils dorsaux de cinq couleurs et ceux du ventre jaunes ou bruns. Il ne piétine pas l’herbe fraîche, ni ne tue d’animaux, il paraît quand apparaissent des souverains parfaits et sa vision est maléfique s’il est blessé. Ainsi, l’existence diaphane et supposée de la licorne dans ses diverses interprétations s’entremêle et s’embrouille pendant des centaines d’années avec la présence réelle du rhinocéros, à une et même deux cornes. Et la confusion entre licorne fantastique et rhinocéros réel, observé par des voyageurs et découvreurs, accrédite pendant des siècles le mythe. 

Le rhinocéros est bien connu de Claudius Elianus de Préneste (170-235) naturaliste romain du IIIe siècle apr. J.-C. qui, dans De natura animalium, en donne pour sûre la description à ses contemporains grâce aux jeux du cirque et dit de la licorne qu’elle est un animal différent, de l’intérieur de l’Inde, grande comme un cheval, d’un pelage roussâtre que les indigènes appellent kartàzonos; revêche, à la corne noire à spirales, elle lutte aussi contre les femelles, sauf pendant la période des amours, une description qui semble toutefois correspondre parfaitement à celle du rhinocéros, comme le laisse supposer le nom qui vient du sanskrit khadgà, comme le mot arabe pour le rhinocéros, karkaddan

images (3)À côté de Pline, une autre source du surprenant dans le monde animal est la Collectanea rerum memorabilium (De mirabilibus mundi) de Caius Julius Solinus, géographe latin entre le IIIe et le Ive siècle apr. J.-C.  » le rhinocéros naît en Inde, la couleur est celle du buis, il porte sur le nez une seule corne qu’il aiguise avant de combattre contre l’éléphant  » et décrit dans sa Polyhistoria le monoceros comme  » un monstre au corps de cheval, les pattes d’éléphant, la queue de cochon, la tête de cerf, et une corne merveilleuse d’un mètre et demi, tellement pointue que, si elle touche à peine quelqu’un, elle le transperce aussitôt. Il n’est jamais capturé vivant : tué il peut l’être, mais pris, jamais « .

 

Extrait de : Le Rhinocéros – Histoires fantastiques et légendes authentiques en Français

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LES RHINOCEROS AU CINEMA

Posté par othoharmonie le 17 décembre 2014

 

Au cinéma, les rhinocéros interprètent, entre autres, les gardes bourrus dans le dessin animé

 images (1)

Robin des Bois de Walt Disney de 1973, tandis que le film Et vogue le navire de 1983 de Federico Fellini (1920-1993), écrit avec Tonino Guerra, est dédié au rhinocéros. Il raconte que, en 1914, une croisière vers Erimo est organisée pour disperser dans la mer les cendres d’une grande cancantatrice, Edmea Tetua. De la cale du paquebot  » Gloria N.  » monte la puanteur insupportable d’un rhinocéros qui est ensuite hissé sur le pont et lavé. Des naufragés serbes s’étant enfuis après l’attentat de Sarajevo sont recueillis, la vie à bord s’anime, jusqu’au moment où, arrivés au large d’Erimo, les cendres d’Edmea sont dispersées en mer. Enfin, un serbe lance une bombe contre un cuirassé austro-hongrois qui tire des obus contre le Gloria N. qui coule. Les rescapés sont un journaliste qui vogue amusé sur une chaloupe de sauvetage à bord de laquelle rumine placidement le rhinocéros1.

 

Dans les bandes dessinées et les cartoons de Marvel, Rhino2 est l’ennemi juré de Spiderman, alors que Guido Crepax (1933-2003) dans Storia di U dessine un monde d’animaux qui se comportent un peu comme les humains avec U, le seul humain de l’histoire, qui a comme patron un rhinocéros… et Hugo Pratt (1927-1995) en présente un dans Ann de la Jungle3.

 

Le périssodactyle colossal est aussi le figurant menaçant de nombreux films ayant pour thème l’Afrique, dont King Solomon’s Mines4 de 1950, inspiré du roman de 1885 de H. Rider Haggard (1856-1925), avec Stewart Granger, Deborah Kerr et Richard Carlson, réalisation de Compton Bennett et Andrew Marton, Hatari! (danger) de 1962 de Howard Hawks, avec John Wayne et Elsa Martinelli, et Mogambo de 1953 de John Ford, avec Clark Gable, Ava Gardner, Grace Kelly. Il fait même une apparition dans Indiana Jones et la dernière croisade de 1989 et il est le protagoniste d’innombrables documentaires dont ceux extraordinaires de Martin et Osa Johnson des

années 30, jusqu’au rhinocéros aux très longues cornes du documentaire en couleurs d’Armand et Michaela Denis de 1958, ou encore le documentaire sur le rhinocéros noir en Namibie de Blythe et Rudi Loutit, sur le rhinocéros blanc dans Natal de Rudolf Lammers et The Rhino War du National Geographic de 1987 sur le braconnage au Kenya.

 

Extrait de : Le Rhinocéros – Histoires fantastiques et légendes authentiques en Français

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La Légende Du Rhinocéros

Posté par othoharmonie le 15 décembre 2014

1024px-Nosorożec_biały_-_Ceratotherium_simum_-_White_Rhinoceros_-_Breitmaulnashorn_(5)Autrefois, les rhinocéros n’avaient pas de cornes. Mais un beau jour, Evan, un rhinocéros , se leva et eut envie de faire sa balade. Quelques minutes après, un écureuil, sortant de son arbre, vit le rhinocéros et vint l’embêter. Alors, le rhinocéros lui courut après. L’écureuil se réfugia dans un arbre car il avait peur. Le rhinocéros fonça dedans. Mais une branche de l’arbre tomba et se planta dans le nez du rhinocéros. Le rhinocéros affolé, courut dans la mer et l’écume couvrit sa branche de blanc. Et c’est ainsi que les rhinocéros ont une corne blanche. Mais un jour le chef des rhinocéros, Ouka, décida qu’il faudrait deux cornes pour vaincre les prédateurs. Alors, les rhinocéros essayèrent de trouver une idée pour la deuxième corne. Un jour un des rhinocéros trouva une idée : faire pareil que pour la première mais avec un cailloux. Et c’est depuis ce jour là que les rhinocéros ont deux cornes. Ruben. 

Rhinocéros au pays des Monstres

Il existe, si l’on sait les chercher, des itinéraires évocateurs, des adresses vraies pour des lettres jamais écrites qui tracent un sentier subtil, loin des lieux communs qui ont rendu trop brèves les voies de notre temps. Il existe, si l’on a le courage de les entreprendre, des parcours de rêve, où l’on découvre la vérité dans chaque homme. L’histoire du rhinocéros est un journal de voyage autour d’aventures et de légendes, toutes vraies. C’est une histoire d’explorateurs blancs, de créatures invincibles,  de phénomènes exceptionnels, de sorciers diaphanes, de nymphes inquiétantes, une faune sauvage qui remonte aux origines du monde, qui naît dans le vent, de la terre, de l’eau, du feu, célébrée dans le rite ancien de la science occulte, de la vénerie, des armes des dieux et des héros.

Nous découvrons ainsi, et nous apprenons à connaître, un monde oublié fait de personnages énigmatiques d’une époque sans âge, mais si présents dans le troisième millénaire.

Les rhinocéros se trouvent sur la planète Terre depuis plus de 50 millions d’années. Anciennement, ils étaient présents avec une grande variété d’espèces et ils ont connu une large diffusion de l’Europe à l’Amérique du Nord, sans oublier l’Afrique et l’Asie où il en existe cinq espèces, divisées en onze sous-espèces. Elles sont toutes à risque d’extinction. Au total, les estimations actuelles parlent de seulement 17 500 exemplaires ayant survécu à l’état sauvage et 1200 en captivité. Deux tiers des rhinocéros survivants appartiennent à l’espèce Rhinocéros blanc,en plus des 3100 Rhinocéros noirs, 2400 Rhinocéros Indiens/Népalais, près de 300 Rhinocéros de Sumatra et presque 60 Rhinocéros de Java. Situation désespérée, ou presque, mais dans les années 2000, il est possible d’acheter légalement un rhinocéros blanc sur Internet pour une somme entre 180 000 et 250 000 rands, autant que pour une automobile, le couple coûte seulement entre 390 000 et 450 000 rands…

Ce colosse rare est depuis toujours objet de culte et de peurs ancestrales. L’iconographie du monstrum, du merveilleux, du prodige, comme manifestation de quelque chose de stupéfiant, très souvent de supraterrestre, qui peut susciter tant une appréhension respectueuse que la terreur, a donné naissance à des chapitres vastes et articulés dédiés au rhinocéros, qui ont laissé un signe indélébile dans cette Wunderkammer de l’esprit qui est constituée par l’âme de l’homme, par l’art, la littérature, le cinéma.

Les arts se sont inspirés du rhinocéros, animal gigantesque, imprévisible et inquiétant, dès les peintures pariétales les plus anciennes. En effet, dans la Grotte Chauvet1 près du village de Vallon Pont-d’Arc, dans les gorges de l’Ardèche, le rhinocéros laineux Coelodonta antiquitatis est l’an mal le plus fréquemment représenté dans les dessins paléolithiques qui remontent à 31000 ans.

Le rhinocéros est également présent dans les grottes de Lascaux2 d’il y a 17000 ans, et dans des milliers de représentations sur les roches des quatre collines Tsodilo du Botswana, une des concentrations les plus importantes au monde d’art pariétal avec 4500 peintures réalisées entre le IXe et le XIVe siècle.

Rhinocéros adulte avec un jeune situé à sa droite, vus de face.Le point de repère inévitable de toute l’iconographie du rhinocéros est la gravure sur bois réalisée par Albrecht Dürer3 (1471-1528) à Nuremberg en 1515 qui s’inspire d’un dessin et de la description d’un rhinocéros indien, envoyés par Valentin Ferdinand (un écrivain originaire de Moravie et traducteur, entre autres, de Marco Polo) à un marchand de Nuremberg, ami de Dürer qui ne voit pas l’exemplaire d’après nature, mais en tire un dessin à l’encre4 de 27,4 x 42 cm, conservé au British Museum, à partir duquel est réalisée la célèbre xylographie.

En effet, en 1514, le Sultan Muzaffar II (régnant de 1511 à 1526), souverain de Khambhat, au Gujarât, dans le Nord de l’Inde, offre à Afonso de Albuquerque, gouverneur de 1509 à 1515 de l’Inde portugaise, un rhinocéros et un éléphant qui sont envoyés au roi Dom Manuel Ier du Portugal (régnant de 1513 à 1521) sur le bateau Nossa Senhora da Ajuda au commandement de Francisco Pereira Coutinho, dit O Rusticão, avec un chargement d’oiseaux rares et d’épices. Le rhinocéros, baptisé Ulysse par les marins, arrive le 20 mai 1515 de Goa à Lisbonne où il suscite une vive impression, s’agissant du premier exemplaire vivant arrivé en Europe depuis le IIIe siècle apr. J.-C.

Le 3 juin 1515, le dimanche de la Sainte Trinité, Dom Manuel met donc à l’épreuve la supposée hostilité naturelle entre les deux animaux, rapportée par Pline l’Ancien dans la Naturalis Historia (77 apr. J.-C.) scène encore illustrée après plus d’un millénaire et demi dans la Cosmographie universelle d’André Thevet de 1575, organisant un affrontement entre les deux titans qui, à l’ouverture du rideau qui les sépare, se résout par la fuite de l’éléphant. C’est de cette preuve de force qu’Alexandre de Médicis, premier duc de Florence, tira son emblème, un rhinocéros avec la devise espagnole non bueluo sin vincer,  » je ne reviens qu’en vainqueur « . Plus tard, le missionnaire Jeronimo Lobo (1593-1678) rapporte encore que  » en Abyssinie on trouve également le rhinocéros, ennemi mortel de l’éléphant « . Francis Barlow5 (1626-1704) dans une demi-teinte présentée le 26 janvier 1684 sur la London Gazette représente le rhinocéros de Dürer, mais à cinq pattes, qui combat contre un éléphant et offre une synthèse improbable entre Pline et Ganda, faisant passer le dessin pour un portrait d’après nature d’un rhinocéros venant d’arriver à Londres en provenance des Indes.

En revanche, à la fin du XXe siècle, dans le Pilanesberg National Park, quelques jeunes éléphants introduits dans le parc ont tué treize rhinocéros blancs par manque d’un bon exemple de la part des adultes.

Les foules arrivent de toute l’Europe pour admirer le rhinocéros, surnommé Ganda en raison de son nom indien, jusqu’à ce qu’il soit envoyé à Rome comme présent à Jean de Médicis Pape Léon X (1475-1521) pour être opposé en combat à l’éléphant dans l’Amphithéâtre, comme aux temps anciens, mais, après l’escale de Marseille où le phénomène est examiné par les rois de France, le 24 janvier 1516, le bateau fait naufrage.

Paolo Giovio (1483-1552) écrit :  » il mare invidiò e tolse all’Italia questa bestia di inusitata fierez za, la quale si haveva a mettere a combattere nell’arena dell’Anfiteatro con l’elefante, percioc ché il naviglio nel quale egli era menato, urtando agli scogli della riviera di Genova andò a tra verso per fortuna di mare e ciò fu con tanto maggior dolore di ognuno, poiché la bestia, la quale era usata a passare il Gange e l’Indo, altissimi fiumi del suo paese, fu creduto che anche avreb be potuto venire a riva sopra a Porto Venere, ancora che ella sia asprissima per duri sassi ; se non che, trovandosi impedita da catene grandi, benché molto superbamente facesse ogni sfor zo per aiutarsi, fu però inghiottita dal mare « . Il semble, en revanche, que l’éléphant, dit Annone, soit arrivé à Rome, suscitant un vif intérêt pendant deux années, jusqu’à sa mort prématurée, pour être aussi représenté par les plus grands artistes de l’époque dont Raffaello Sanzio.

Un deuxième exemplaire indien, avec une seule corne et un seul œil, arrive à Lisbonne en 1577 quand le roi Henri du Portugal veut l’offrir au pape Grégoire XIII (1502-1585) mais sa mort l’en empêche, après laquelle Philippe II fait venir l’animal à Madrid comme symbole de la puissance coloniale portugaise. À la mort du rhinocéros, ses os sont donnés à l’empereur Rodolphe II.

La gravure de Dürer, malgré toutes les imprécisions d’un dessin de seconde main, connaît un immense succès au cours des siècles et sert de modèle à d’innombrables illustrations, peintures et sculptures, de Petrus Candidus1 (Pier Candido Decembrio, 1399-1477) dans son Bestiaire dédié au marquis Ludovico Gonzaga de Mantoue et basé sur le Liber de naturarerum de Thomas de Cantimpré (1200-1270) de 1230-1240, jusqu’à Les animaux de 1660 du flamand Jan Kessel (1626-1679) désormais au Prado de Madrid, et à Albrecht Herport (1641-1730) à Berne en 1669.

Nombreuses sont aussi les interprétations scientifiques qui reprennent l’image de Dürer, de la Cosmographie de 1544 de Sebastian Münster (1489-1552) au grand naturaliste suisse Konrad von Gesner2 (1516-1565) dans ses Historiae Animalium, Liber primus, De Quadrupedibus viviparis (1551 à Zurich) et dans son Thierbuch de 1606, puis du suisse Conrad Lycosthenes (Conrad Wolffhart, 1518-1561) dans Prodigiorum ac ostentorum chroni con… (Bâle, 1557) à une version identique à celle de Dürer, aux couleurs détrempées, par Jacopo Ligozzi (1547-1627) et à Edward Topsell (?-1638) dans la Historie of Foure-footed Beastes (1607), de Jan Jonston3 (1603-1675) dans la Naeukeurige Beschryving van de Natuur der Vier-Voetige Dieren… de 1660, à la Physica Curiosa sive Mirabilia Naturae et Artis (1667) du jésuite Gaspar Schott (1608-1666) jusqu’à l’estampe Africa de Paul Briel de 1775 où il est fait passer pour africain. Et, sur cette trace, de subir, encore dans le troisième millénaire, des reproches injustes de la part de critiques hâtifs qui ne reconnaissent pas dans l’œuvre les traits du rhinocéros africain… en effet il s’agit du rhinocéros indien, le Rhinocerus unicornis.

Dessin représentant deux rhinocéros s'abreuvant à un point d'eau.D’ailleurs, un dessin plus précis, aujourd’hui à la bibliothèque Albertine de Vienne, est réalisé à partir des mêmes sources par un ami de Dürer, Hans Burgkmair (1473-1531) mais, s’agissant d’un artiste  moins connu, son image n’a pas une grande popularité. Il faut noter que la grande diffusion des estampes provenant d’Europe déclenche des phénomènes surprenants de métissage culturel, comme dans le cas des dessins persans et indiens qui ne reproduisent pas les traits des autochtones originaux, mais reprennent les lignes des illustrations, inexactes et approximatives, occidentales, comme l’a mis en évidence le botaniste allemand Engelbert Kempfer (1651-1716 ; il introduit le soja en Occident) en 1684, qui remarque les lignes d’une gravure du flamand Philippe Galle (1537-1612) d’un rhinocéros arrivé à Madrid en 1586 dans le dessin d’un karkaddan effectué en Perse.

On a finalement une illustration correcte du rhinocéros asiatique dans les Voyages du Chevalier Chardin en Perse et autres lieux de l’Orient de 1711, du joaillier français Jean Chardin (1643-1713, un grand voyageur, si bien que sa pierre tombale à Westminster porte l’inscription nomensibifecit eundo) qui en voit un en Perse à la cour du Chah.

EXTRAIT DE : file:///C:/Users/salaun/Downloads/Le%20Rhinoc%C3%A9ros%20-%20histoires%20fantastiques%20et%20l%C3%A9gendes%20authentiques%20(French).pdf

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Le Rhinocéros Légendaire

Posté par othoharmonie le 15 décembre 2014

 

Le Rhinocéros Légendaire dans RHINOCEROSLe rhinocéros, dont le nom, déjà fixé à l’époque romaine, signifie littéralement corne sur le nez, est un animal qui a toujours impressionné l’homme par son aspect terrifiant et massif. Représenté dès les temps préhistoriques, il a, au cours des siècles, été souvent l’objet d’estampes, de tableaux ou de sculptures. Ce thème apparaît également dans la littérature ou le cinéma.

Bien qu’il ne soit pas aussi souvent représenté que d’autres espèces animales, le rhinocéros est figuré dans de nombreuses grottes ornées dont les Combarelles, la grotte Chauvet, lagrotte Margot, Cussac, Arcy-sur-Cure. Des rhinocéros laineux sont attestés à Lascaux et à Rouffignac.

Les figurations aurignaciennes (- 32 000 à – 29 000 ans) de la grotte Chauvet comprennent une représentation de deux rhinocéros s’affrontant et une tête rhinocéros à deux cornes. Les techniques utilisées sont parfois plus qu’une simple esquisse au charbon. En particulier, les artistes ont utilisé une technique de préparation par raclage de la paroi pour faire ressortir l’animal, représenté avec un trait noir sur fond blanc.

Les archéologues ont mis au jour dans la vallée de l’Indus, sur le site de Mohenjo-daro, des tombes attribuées à la période -2400 -1800. Ils y ont trouvé des cachets rectangulaires en stéatite blanche portant de courtes inscriptions et des représentations animales dont celles de rhinocéros indiens.

Le rhinocéros a été assez peu représenté par les artistes dans l’Antiquité. En Égypte, on peut toutefois citer une représentation de Thoutmôsis III (environ -1450) chassant le rhinocéros. Il y a également un rhinocéros à deux cornes sur la Mosaïque Barberini de Préneste (Palestrina), qui reproduit un original égyptien du IIe s. av. J.-C., et un rhinocéros (indien ?) assez maladroitement représenté sur un fresque d’un tombeau de Marisa, dans le Negev (Israël), également au IIe s. av. J.-C. En Chine, des vases en bronze (zun) en forme de rhinocéros ont été découverts, datant des dynasties Shang (XIe s. av. J.-C.) et des Han occidentaux (206 av. J.-C. – 9 ap. J.-C.).

Aux trois premiers siècles, les bronziers gallo-romains ont fabriqué de petites statuettes de rhinocéros en bronze. L’une est au Musée d’archéologie nationale (Saint-Germain-en-Laye) ; une autre, représentant un rhinocéros « noir » africain d’une manière très réaliste, a été retrouvée dans l’épave de Port-Vendres III et est datée de la fin du iie siècle.

Certaines mosaïques romaines du iie au ive siècle représentent des rhinocéros. Il y en a un, peu réaliste, sur une mosaïque de Pérouse (IIe s.) représentant Orphée charmant les animaux, un autre sur une mosaïque de Lydda (Lod, Israël) du ive siècle, où il fait face à un éléphant dans un paysage africain. La plus belle (et énigmatique) est un détail de la mosaïque de la Grande Chasse dans la villa romaine du Casale à Piazza Armerina, également du ive siècle, où un groupe de soldats romains capture au lasso un rhinocéros indien dans un marécage.

Cet animal semi-mythique continue au xviie et au xviiie siècle d’apparaître assez fréquemment dans les arts décoratifs (tapisseries, fresques, décor de céramique, illustrations de livres) sans toutefois inspirer de réalisations aussi monumentales que celles du xvie siècle. Signalons toutefois un bas-relief de bronze par Giambologna sur une porte de la cathédrale de Pise(Italie).

Au milieu du xviiie siècle, le rhinocéros en armure est un thème conventionnel clairement lié à celui du décor exotique et de la chinoiserie. En témoignent la tapisserie du « Cheval rayé » de la Suite des Indes, ou encore ces statuettes qui font partie des chefs d’œuvre de la porcelaine de Saxe.

Avec la tournée de Clara les choses changent. L’image du rhinocéros indien a supplanté celle du monstre cuirassé de Dürer. Le Hollandais Vandelaar réalise deux gravures quasi surréalistes avant la lettre (où Clara, alors encore toute jeune, broute dans un décor de ruines accompagnée d’un squelette humain); l’Allemand Johann Elias Ridinger réalise d’après nature dessins et gravures plus conventionnels. À la demande de Louis XV, Clara pose pour le peintre animalier Jean-Baptiste Oudry, dont le tableau monumental fut exposé au Salon de 1751, tandis qu’à Venise Pietro Longhi réalise deux versions de la Mostra del Rinoceronte, d’un réalisme outrancier.

Le xixe siècle en France sera celui du réalisme animalier, qui prend des proportions monumentales. Pour l’Exposition universelle de 1878 à Paris, Henri-Alfred Jacquemart réalise un rhinocéros, fondu en 1878 à Nantes dans les usines de J. Voruz Aîné. D’une hauteur de 2,86 m et d’une largeur de 2,29 m, il fait partie d’un ensemble de quatre statues de fonte (dorées à l’origine) monumentales (un cheval, un taureau, un éléphant et un rhinocéros) entourant la fontaine devant le Palais du Trocadéro. Démonté en 1935 lors de la démolition du Palais du Trocadéro, le rhinocéros de Jacquemart fut installé Porte de Saint-Cloud jusqu’en 1985. Avec le cheval et l’éléphant (le taureau est à Nîmes), ce rhinocéros est aujourd’hui sur le parvis duMusée d’Orsay.

Toujours à Paris, Auguste Cain réalise en 1882 sur commande de l’État le groupe « Rhinocéros attaqué par des tigres » en 1882. L’original en plâtre (aujourd’hui perdu ?) est présenté hors-concours au Salon 1882, et sa version monumentale en bronze est placée en 1884 dans le Jardin des Tuileries, où il se trouve toujours.

La statue de Jacquemart a sans doute inspiré en 1930 la jeune artiste américaine Katharine Ward Lane (1899-1989) qui devait décorer la façade des nouveaux laboratoires de biologie de l’université Harvard à Cambridge, Massachusetts. La Fondation Rockefeller avait financé le projet pour 2 millions de dollars de l’époque. De 1932 à 1937, date de l’inauguration, elle réalisa deux colossales statues en bronze de rhinocéros indiens, de la taille dit-on des plus gros spécimens connus. Traditionnellement surnommés Bessie et Victoria, ces deux rhinos comptent parmi les plus grosses statues de bronze fondues au xxe siècle aux États-Unis.

Enfin Salvador Dalí a conçu « le Rhinocéros habillé de dentelle », rhinocéros dürérien associé à des tests d’oursins. Cette statue de bronze a été produite à de nombreux exemplaires, la plupart de simples statuettes, mais une version monumentale de 3,52 m de haut et de 3,6 tonnes se trouve aujourd’hui à Marbella (Espagne). Il existe d’autres exemplaires de ce colosse.

220px-Jacquemart_RhinocerosC’est au XVe siècle que l’auteur du Songe de Poliphile avait imaginé un monument constitué d’une statue colossale d’éléphant portant sur son dos un obélisque égyptien. L’influence de cette œuvre inclassable fut immense aux XVIe et XVIIe siècles, notamment pour la conception de jardins. L’éléphant portant un obélisque fut réalisé par plusieurs artistes (il y en a un sur laPiazza della Minerva à Rome, œuvre d’Ercole Ferrata en 1667). Un sculpteur français – était-ce Jean Goujon ? – associa cet éléphant (qu’il ne connaissait que par les illustrations du Songe de Poliphile) au Rhinocerus de Dürer, et réalisa un rhinocéros portant un obélisque pour l’entrée solennelle du roi Henri II à Paris le 16 juin 1549. Le monument a hélas disparu, il n’en demeure qu’une gravure.

Récupéré par les surréalistes, ce thème a été repris au XXe siècle. Dans un des tableaux du Casanova de Federico Fellini, le décor du palais romain d’un diplomate britannique, dans lequel se déroule une orgie, comprend un rhinocéros dürérien rose portant sur son dos une colonne ornée d’une spirale (comme les colonnes Trajane ou Antonine) et terminée par un demi-globe, symbole sexuel évident.

Salvador Dalí, quant à lui, a conçu deux sculptures. L’une représente l’éléphant du Poliphile, surmonté d’un obélisque et intitulée « l’Eléphant Spatial », l’autre le rhinocéros dürérien portant sur son dos un empilement de tests d’oursins ayant la forme d’un obélisque, et intitulée « le Rhinocéros cosmique ». Les deux animaux ont les pattes démesurément allongées comme celles d’un insecte. Dali a déclaré que si la ville de Paris devait un jour lui élever une statue, il souhaitait une version colossale du Rhinocéros cosmique, surmontée de son buste par Arno Breker, et installée dans les jardins du Trocadéro, là même où s’était dressé le rhinocéros de Jacquemart.

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Rhinocéros Cadeau de Dieu

Posté par othoharmonie le 14 décembre 2014

 

 

images (10)«Andatu est le choix qui convient tout à fait», a déclaré le ministre Zulkifli Hasan lors d’une conférence de presse, après la naissance du rhinocéros, samedi dans un refuge du parc de Way Kambas, sur l’île de Sumatra (nord-ouest).

«Andatu» vient de la contraction des noms du père Andalas, et de la mère, Ratu, tout en regroupant les premières syllabes de l’expression «Anugerah Dari Tuhan», ou «Cadeau de Dieu», a-t-il expliqué.

Il ne s’agit que de la quatrième naissance en captivité d’une telle espèce en plus d’un siècle, et de la première en Indonésie. Les trois dernières avaient eu lieu au zoo américain de Cincinnati, a précisé la Fondation internationale des rhinos (IRF) qui a qualifié la naissance d’«historique».

Cela «représente un événement majeur dans la conservation des rhinocéros de Sumatra», a ajouté le ministre.

UNE NAISSANCE SOUS OBSERVATION

Widodo Ramono, un des responsables du refuge qui a assisté à la naissance, a quant à lui évoqué un moment chargé d’émotions. «Nous étions tous en train de regarder les images prises par les caméras de surveillance. Personne ne faisait de bruit. Puis nous avons vu le nouveau-né. Tout le monde a crié. Encore plus fort que quand un footballeur marque un but».

Le rhinocéros de Sumatra, espèce en danger critique d’extinction, compte «moins de 200 individus à l’état sauvage», après avoir subi une chute de moitié de sa population sur les vingt dernières années, selon l’IRF.

L’animal est chassé pour ses cornes qui valent une fortune sur le marché noir, en raison de leurs prétendues vertus médicinales. Mais il est également victime de la destruction de son habitat, devenant un des symboles de la lutte contre la déforestation massive qui sévit actuellement en Indonésie.

Article http://fr.canoe.ca/artdevivre/animal

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Rêver de Rhinocéros

Posté par othoharmonie le 14 décembre 2014

 

collier-rhinoceros-noeud-bleuRêver de Rhinocéros représente souvent la stabilité dans vos relations, mais aussi la puissance et la violence.

Pour voir un rhinocéros dans votre rêve, donne à penser que vous avez besoin pour aller de l’avant pour atteindre vos objectifs et ne tiennent pas non pour une réponse. Ne laissez pas les obstacles vous détourner de votre destination. Vous devez être plus agressif. 

Voir un rhinocéros en songe indique que vous avez besoin d’aller de l’avant afin d’assouvir vos ambitions. Ne laissez pas les obstacles et les aléas de la vie vous barrer la route du succès et de vous détourner de votre destination. Vous devez être plus déterminé et agressif. Pour une femme qui a fait ce rêve, cela révèle son désir violent d’avoir des rapports sexuels. Ses envies risquent de prendre le dessus.

Sa présence dans le rêve indique, selon le scénario, votre  passage en force ou celui des autres. L’animal révèle ainsi l’obligation de « charger », c’est-à-dire de foncer, d’y aller, de se lancer. La charge figure souvent la prise de décisions radicales et franches.

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CONFUSION ENTRE RHINOCEROS ET LICORNE

Posté par othoharmonie le 13 décembre 2014

 

Parmi les variantes orientales de la confusion entre rhinocéros et licorne, on peut signaler le bulan, chez les peuples altaïques.

 

220px-Rhinoceros_unicornis_(Panzernashorn)Selon les Etymologiae d’Isidore de Séville (environ 560-636), un traité médiéval à son tour repris par de nombreux autres auteurs, le  » rhinocéros est le nom donné à l’animal par les Grecs, sa traduction latine est corne sur le nez… Il est si fort qu’il est impossible pour les chasseurs de le capturer ; mais, comme l’affirment ceux qui ont écrit sur la nature des animaux, on lui met devant une jeune fille vierge qui lui offre le sein ; et lui, abandonnant toute férocité, il s’endort dans son sein et il est capturé comme s’il était sans défense « . Le rapport entre vierge et licorne remonte au Mahabarata, grand récit de Bharata, poème épique de l’Inde ancienne entre le

IVe siècle av. J.-C. et le IVe siècle apr. J.-C. Cette technique de chasse insolite est confirmée au fil des siècles par d’innombrables textes et représentations, avec la seule variante du sein dénudé ou couvert, mais le fait indiscutable qu’aucune licorne n’a jamais été capturée fait douter, plus que de la méthode, de l’existence même des licornes, ou de la pénurie de vierges. Isidore de Séville est aussi le premier à narrer dans le même texte la capture de la licorne avec une vierge et le combat entre un rhinocéros et un éléphant tiré de Pline. Et dans l’Isidorus versificatus du XIIe siècle, on lit que  » le rhinocéros, cet animal qui n’a qu’une corne au milieu du front et que nul ne peut vaincre est vaincu par une vierge nue « . Cette version est reprise aussi dans les Carmina burana, un recueil de deux cent cinquante documents poétiques et musicaux du XIIe- XIIIe siècle, contenus dans le Codex Latinus Monacensis. Le titre de Carmina burana a été introduit par le spécialiste Johannes Andreas Schmeller en 1847 pour la première publication du manuscrit, provenant de Seckau, mais retrouvé en 1803 dans l’abbaye de Benediktbeuern, l’ancienne Bura Sancti Benedicti fondée vers 740 par saint Boniface à Bad Tölz en Bavière. Le chant  93 récite :

Rhinoceros virginibus se solet exhibere

sed cujus est virginitas intemerata vere

suo potest gremio hunc sola retinere.

Igiturque juveni virgo sociatur,

et me senem spreverit jure defraudatur,

ut ab hac rhinoceros se capi patiatur.

 

Dans le Deuxième voyage de Sindbad, un cycle indépendant d’histoires de la période Abbasside inséré dans Les Mille et Une Nuits, à leur tour une série de contes tirés des histoires persanes Hazar Afsanah (Mille légendes), traduits en arabe vers 850, la marin rencontre le rhinocéros sur une île  » plus petit qu’un éléphant, mais plus grand qu’un buffle, avec une seule corne d’environ une coudée « . 

Nicolò De Conti (1395-1469), marin, voyageur et commerçant de Chioggia, en 1444 décrit le rhinocéros comme  » un animal à la tête de porc, une queue de boeuf et une corne sur le front, comme celle de la licorne, mais plus courte d’une coudée « . Pour découvrir les lieux mystérieux d’origine des épices, il voyage de Samarkand à l’Inde, du Catai à Bornéo, de Java aux Moluques, observant la flore, la faune, les coutumes, et apprenant les langues, les habitudes, les comportements et les religions, allant même jusqu’à devenir musulman pour éviter le supplice du pal. 

S’étant adressé au pape vénitien Eugène IV Condulmer pour se reconvertir à la religion chrétienne, il est chargé par le Souverain Pontife de raconter ses voyages à son secrétaire, l’homme de lettres Poggio Bracciolini (1380-1459) qui les reprend pour ses exigences philosophiques dans le IVème livre du De varietate fortunae (1431-1448). Les Hieroglyphica, sive de Sacris Ægyptiorum Aliarumque Gentium Litteris Commentariorum de Gianpietro Valeriano, dit Pierius (1477-1558), sont une oeuvre de succès qui décrit amplement le  » rhinocerote « , tandis que selon Jean Fonteneau, dit Alfonse de Saintonge, dans La Cosmographie avec l’espère et régime du soleil et du Nord, de 1545,  » Dans cette terre d’Éthiopie il y a des éléphants et des  » robincéros  » qui sont un type de licornes, presque formés comme des mulets « . D’autres auteurs nient l’existence de la licorne comme le médecin Andrea Martini qui, en 1556, publie Contre la fausse opinion de la licorne et Ambroise Paré1 (1510-1590) dans le Discours de la licorne de 1582. 

En 1585 le frère augustin Juan Augustin Gonzalez de Mendoza visite les franciscains missionnaires au Cambodge où il voit des éléphants et des rhinocéros en vrai et à son retour en Espagne dans la Historia de las cosas mas notables, ritos y costumbres del gran Reyno de la China est en mesure de démentir qu’il s’agit de la licorne. Jan-Huygen van Linschoten (1563-1611) dans l’Histoire de la navigation de Jean-Hugues de Linscot et de son voyage aux Indes orientales de 1610, affirme qu’il existe seulement le rhinocéros. Ulisse Aldovrandi dans son De quadrupedibus solipedibus publié en 1616, mais remontant à la fin du siècle précédent, consacre un chapitre au rhinocéros, qui se différencie d’animaux incertains comme la licorne, le monoceros de Pline, l’oryx d’Aristote, l’onagre ou l’âne des Indes avec lesquels les anciens confondaient souvent le périssodactyle et confirme que Marco Polo s’est trompé. En effet, en 1295, le voyageur vénitien Marco Polo1 (1254-1324) fut fait prisonnier par les Génois dans une bataille navale et, entre 1298 et 1299, il dicta dans les prisons de Gênes à son compagnon de captivité Rustichello da Pisa son récit de voyage Le Divisament dou monde. Écrit en franco-italien, le livre est connu sous le titre de Il Milione du nom Emilione d’un ancêtre de la famille Polo. 

CONFUSION ENTRE RHINOCEROS ET LICORNE dans RHINOCEROSIl raconte que, de passage sur l’île de Sumatra, faisant partie de la suite de la princesse Cocacin, nièce du Grand Khan Kublai (1214-1294, descendant de Gengis Khan), il entend parler de la présence d’une licorne qu’il pense capturer pour l’apporter à Venise, mais il voit seulement un rhinocéros  » Egli hanno leonfanti assai selvatici, e unicorni che non sono guari minori che leonfanti. E sono di pelo di bufali, e piedi come leonfanti. Nel mezzo della fronte hanno un corno nero e grosso: e dicovi che non fanno male con quel corno, ma co’ la lingua, chè l’hanno ispinosa tutta quanta di spine molte grandi. Lo capo hanno come di cinghiaro, la testa  porta tuttavia inchinata verso terra; ed istà molto volentieri nel fango; ella è molto laida bestia  a vedere. Non è, come si dice di qua, ch’ella si lasci prendere alla pulcella, ma è il contrario « . 

Le mythe de la licorne est détruit aussi par le jésuite Claude Dumolinet (1620-1687) qui dans son catalogue du cabinet de curiosités de la bibliothèque de Sainte-Geneviève affirme qu’il  » n’est plus permis de nier qu’il s’agit de la corne d’un poisson  » précisément de narval2, depuis toujours faite passer pour celle de la licorne, et le huguenot controversé François Leguat (1634-1735) dans les Voyages et aventures de F. Leguat et de ses compagnons en deux îles désertes des Indes orientales de 1708 écrit que  » Pour la licorne, c’est une chimère…

 

Le rhinocéros est la vraie licorne quadrupède « . La légende de la licorne s’écroule en 1827, quand le baron Georges Léopole Chrétien Frédéric Dagobert Cuvier (1769-1832) déclare qu’il ne peut exister un animal doté d’une seule corne et d’un ongle fendu, car l’os frontal aurait dû aussi être fendu et il est impossible qu’une corne pousse sur la fente. En effet, celle du rhinocéros n’est pas composée d’une gaine cornée qui revêt un os relié au crâne, mais il s’agit d’un ensemble de soies très dures indépendantes du crâne. 

Le dilemme de la licorne pourrait s’expliquer banalement par des récits imprécis ou exagérés du rhinocéros indien à une corne, ou par la difficulté d’examiner l’animal sauvage dans son milieu, ou aussi par la présence fréquente d’antilopes avec une seule corne pour des causes génétiques, comme, par exemple, les coudous (Tragelaphus strepsiceros ou Grand koudou) qui vivent dans la zone de Tsipishe en Afrique du Sud, ou parce qu’elle s’est cassée. 

Le mythe trouve une conclusion plausible en 1930 avec le livre d’Odell Shepard The Lore of the Unicorn « Il semble probable que l’idée de la licorne est née de l’usage d’unir les cornes de divers animaux domestiques par un procédé encore utilisé aujourd’hui. On peut trouver ici l’explication des vaches et des taureaux avec une seule corne que, selon Claudius Elianus, on pouvait trouver en Éthiopie, et des troupeaux unicornes dont parle Pline qui vivaient en Mauritanie. Même les vaches avec une seule corne courbée vers l’arrière et longue un empan, vues à Zeila en Éthiopie par Lodovico de Varthema (écrivain et voyageur italien du XVIe siècle) étaient peut-être de ce type. La tête de bélier avec une seule corne envoyée à Périclès (495-429 av. J.-C.) par ses paysans, était peut-être celle du plus bel exemplaire parmi les troupeaux, symbole parfait de cette suprématie que, selon l’interprétation de Plutarque (biographe grec du Ier siècle apr. J.-C.) ils souhaitaient à leur seigneur. Enfin, le mystérieux boeuf unicorne, mentionné trois fois dans le Talmud, qu’Adam sacrifia à Yahvé, était peut-être le plus bel exemplaire de son troupeau de bêtes, la chose la plus précieuse que possédait Adam « . Et en mars 1933, le biologiste américain Franklin Dove effectue une simple opération sur un veau mâle d’un jour à peine, unissant les deux cornes sur la tête du veau.

 

Extrait de : Le Rhinocéros – Histoires fantastiques et légendes authentiques traduit en Français

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Autre unicorne que le Rhinocéros

Posté par othoharmonie le 13 décembre 2014

Chludov_unicornLa licorne, parfois nommée unicorne, est une créature légendaire à corne unique. Connue en Occident depuis l’Antiquité grecque par des récits de voyageurs en Perse et en Inde, sous le nom de monocéros, elle est peut-être en partie issue du chamanisme oriental à l’origine du Qilin (ou licorne chinoise) et du récit sanskrit d’Ekasringa. La licorne occidentale se différencie toutefois nettement de sa consœur asiatique par son apparence, son symbolisme et son histoire. Sous l’influence du premier des bestiaires, le Physiologos, les bestiaires médiévaux occidentaux et leurs miniatures la décrivent comme un animal sylvestre très féroce, symbole de pureté et de grâce, attiré par l’odeur de la virginité. Les chasseurs utiliseraient une jeune fille vierge pour la capturer. Sa forme se fixe entre le cheval et la chèvre blanche. La licorne se voit dotée d’un corpséquin, d’une barbiche de bouc, de sabots fendus et surtout d’une longue corne au milieu du front, droite, spiralée et pointue, qui constitue sa principale caractéristique comme dans la série de tapisseries La Dame à la licorne.

Elle devient l’animal imaginaire le plus important du Moyen Âge à la Renaissance. La croyance en son existence est omniprésente grâce au commerce de sa corne et à sa présence dans certaines traductions de la Bible. Des objets présentés comme d’authentiques « cornes de licorne » s’échangent à prix d’or, crédités du pouvoir de purifier les liquides des poisons et de guérir la plupart des maladies. Peu à peu, on découvre qu’il s’agit en réalité de dents de narval, un mammifère marin arctique. Il est admis que les multiples descriptions de licornes dans les récits de voyages correspondent aux déformations d’animaux réels, comme le rhinocéros et l’antilope. La croyance en l’existence de la licorne reste toutefois discutée jusqu’au milieu du xixe siècle et de tous temps, cette bête légendaire intéresse des théologiens, médecins, naturalistes, poètes, gens de lettres, ésotéristes, alchimistes, psychologues, historiens et symbolistes. Son aspect symbolique, très riche, l’associe à la dualité de l’être humain, la recherche spirituelle, l’expérience du divin, la femme vierge, l’amour et la protection. Carl Gustav Jung lui consacre une quarantaine de pages dans Psychologie et alchimie.

La licorne figure depuis la fin du xixe siècle parmi les créatures typiques des récits de fantasy et de féerie, grâce à des œuvres comme De l’autre côté du miroir de Lewis Carroll, La Dernière Licorne de Peter S. Beagle, Legend de Ridley Scott, ou encore Unico d’Osamu Tezuka. Son imagerie moderne s’éloigne de l’héritage médiéval, pour devenir celle d’un grand cheval blanc « magique » avec une corne unique au milieu du front. Son association récente à la rêverie des petites filles sous l’influence, entre autres, de My Little Pony, lui donne une image plus mièvre, au point qu’elle est parodiée à travers le culte de la Licorne rose invisible, la web série Charlie la licorne ou encore le jeu Robot Unicorn Attack.

Selon l’ésotériste Francesca Yvonne Caroutch, la licorne est issue du chamanisme asiatique. Sa première trace écrit e remonte aux Annales de bambou, en Chine. Intégrée à la mythologie chinoise sous le nom de Qilin, elle devient un symbole cosmique dans la civilisation mésopotamienne, de fécondité et de fertilité dans la civilisation indo-aryenne, elle est présente dans les plus anciennes cosmogonies et des textes religieux et philosophiques aussi bien chinois qu’indiensou perses, en Himalaya, Mésopotamie, et Crète préhellénique.

Elle penche pour une lointaine origine indienne et perse, l’orientaliste Shrader ajoutant que certains bas-relief perses, représentant un bœuf vu de profil (donc avec une seule corne visible), ont joué un rôle dans la diffusion de la légende de la licorne vers l’occident. Chez les perses, l’unicorne de fécondité neutralise les poisons. Comme dans le Bundahishn des anciens sages persans, on trouve trace de créatures unicornes dans l’Atharva-Véda, l’épopée de Gilgamesh, le Rāmāyana et le Mahâbhârata de l’Inde Antique, qui contribuent à diffuser cette légende dans le monde chrétien. Le conte indien de l’« ermite cornu », ou « Ekasringa », issu des Jātaka (récits des vies antérieures du Bouddha) et du Mahâbhârata, met en scène un ermite solitaire appelé Ekasringa, ce qui signifie « Corne unique ». Il conte le périple d’un mystique méditant et vivant dans la forêt parmi les animaux. En buvant à la même source qu’une antilope divine, il donne naissance à un enfant doté d’une corne unique sur la tête et de pouvoirs surnaturels. Ce conte est souvent cité pour son influence sur la licorne occidentale : certains éléments se retrouveraient dans les croyances perses, elles-mêmes à l’origine des récits gréco-romains concernant le monoceros. Au Japon, en Chine, en Inde et en Perse, des versions différentes existent. Le conte d’Ekasringa, issu de la littérature sanskrite, aurait, toujours d’après F.Y. Caroutch, forgé après de nombreux remaniements la légende de l’apparition merveilleuse d’un animal surmonté d’une corne en ivoire, qui ne peut être capturé que par une jeune fille. Un autre récit asiatique parle de la rencontre entre un avant-garde de l’armée de Genghis Khan et un animal unicorne dans le désert, qui lui dit : « L’heure est venue pour votre Chef de rebrousser chemin et de retourner sur ses terres ».

L’existence physique de la licorne reste longtemps une croyance partagée, son apparence plus vraisemblable que celle de créatures mythologiques comme la chimère ou le griffon, associée au fait que sa « corne » circule chez les apothicaires, expliquent sa longévité. Il est fréquent, pour les explorateurs, de confondre des animaux bien connus avec une créature à corne unique. Pour Odell Shepard, le monoceros de Ctésias mélange des récits sur le rhinocéros indien, dont la corne est traditionnellement créditée de propriétés thérapeutiques, sur l’onagre (ou âne sauvage), réputé dans l’Antiquité pour sa vitesse et sa combativité (cité par exemple dans l’Anabase de Xénophon), et sur l’antilope du Tibet. Les monoceros dansIndica sont décrits comme des ânes sauvages.

En 1704, un dessin du Museum Museorum compare la défense du narval (unicornu officinale), la « corne de licorne », un faux squelette reconstitué de licorne et une représentation équine de la licorne, titrée unicornu fictium. La défense du narval reste longtemps considérée comme une corne et non comme une dent, probablement en raison du refus de la dissymétrie énoncé par Carl von Linné dans son Systema Naturae. Lenarval est depuis nommé la « licorne de mer ». S’il est admis que la plupart des « cornes de licorne » vendues comme antidote sont en réalité ses dents depuis le xviiie siècle, si la découverte du narval fait s’effondrer le cours des « cornes de licorne » et met fin à leur commerce, la croyance en l’existence de la licorne perdure, même chez des érudits, jusqu’au milieu du xixe siècle.

Un animal éteint, Elasmotherium, est un énorme rhinocéros eurasien natif des steppes. Surnommé la « licorne géante », il possède une très grande corne unique au milieu de la tête. La description de cet animal pourrait s’être transmise oralement dans certaines légendes russes, selon Willy Ley. Le témoignage d’Ibn Fadlân laisse à supposer la survie d’Elasmotherium pendant les temps historiques, puisque la description de l’animal correspond parfaitement à la licorne karkadann de la Autre unicorne que le Rhinocéros dans RHINOCEROS 220px-BarthelemylicPerse, et à la licorne zhi de la Chine.

L’apparence de la licorne dans les œuvres du xixe siècle et d’après, inspirées par la féerie, accentue encore sa proximité avec le cheval blancpuisqu’elle perd parfois sa barbichette et ses sabots fendus. Solitaire, pure et bénéfique, la licorne porte désormais une corne unique de couleur blanche, dorée ou argentée au front. La taille de cette corne ne dépasse plus les 45 cm. Elle est décrite comme « un cheval magique avec une corne », scintillante sous la lumière de la lune, cette corne dorée ou argentée renvoyant au monde féerique et à la magie.

Bruno Faidutti cite la description de Bertrand d’Astorg à titre d’exemple :

« C’était une licorne blanche, de la même taille que mon cheval mais d’une foulée plus longue et plus légère. Sa crinière soyeuse volait sur son front ; le mouvement faisait courir sur son pelage des frissons brillants et flotter sa queue épaisse. Tout son corps exhalait une lumière cendrée ; des étincelles jaillissaient parfois de ses sabots. Elle galopait comme pour porter haut la corne terrible où des nervures nacrées s’enroulaient en torsades régulières. »

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Rhinocéros et Mythologie

Posté par othoharmonie le 13 décembre 2014

1024px-Durer_drawingUn tel animal n’avait pas été vu en Europe depuis douze siècles : on savait par les auteurs anciens qu’il existait, mais il était devenu pour la culture occidentale une bête mythique, parfois confondue dans les bestiaires avec le légendaire « monoceros » (la licorne). Les Indiens l’appelaient (ganda) (nom de l’espèce en gujarati), mais tous les érudits identifièrent immédiatement l’animal décrit sous le nom de rhinoceros par Pline l’Ancien, Strabon et d’autres auteurs anciens.

« Dans les mêmes jeux on montra aussi le rhinocéros qui porte une corne sur le nez ; on en a vu souvent depuis : c’est le second ennemi naturel de l’éléphant. Il aiguise sa corne contre les rochers, et se prépare ainsi au combat, cherchant surtout à atteindre le ventre, qu’il sait être la partie la plus vulnérable. Il est aussi long que l’éléphant ; il a les jambes beaucoup plus courtes, et la couleur du buis. »

— Pline l’Ancien

Savants et curieux vinrent examiner la bête. On en fit un ou plusieurs dessins, dont au moins celui qui servira de modèle à Hans Burgkmair et Albrecht Dürer, accompagnés de descriptions et de commentaires tirés des Anciens, et qui circulèrent en Italie, en Europe centrale et en Allemagne, notamment du fait des échanges intellectuels et commerciaux entre les Portugais et les Allemands, particulièrement présents à Lisbonne2. Dès le 13 juillet 1515 paraissait à Rome un poemetto de Giovanni Giacomo Penni décrivant l’arrivée sensationnelle de l’animal9.

Dans les jours qui suivirent, le roi fit défiler la bête sans incident avec d’autres animaux exotiques au cours d’une ou plusieurs parades dans les rues de Lisbonne. Le 3 juin, jour de lafête de la Sainte Trinité, Manuel organisa un combat opposant le rhinocéros à l’un de ses jeunes éléphants, puisque tout ce que l’on savait des mœurs de cet animal, notamment par Pline l’Ancien, était que l’éléphant et le rhinocéros seraient les pires ennemis. Découvrant son adversaire et peut-être effrayé par la foule bruyante venue en nombre, l’éléphant courut se réfugier dans son enclos et le rhinocéros fut déclaré vainqueur par abandon. L’arène se tenait dans une cour qui s’étendait entre les appartements royaux et la Casa da Mina, où se trouve aujourd’hui le ministère de l’Intérieur et la Place du Palais.

Le Rhinocéros de Dürer est le nom généralement donné à une gravure sur bois d’Albrecht Dürer datée de 1515. L’image est fondée sur une description écrite et un bref croquispar un artiste inconnu d’un Rhinocéros indien (Rhinoceros unicornis) débarqué à Lisbonne plus tôt dans l’année. Dürer n’a jamais observé ce rhinocéros qui était le premier individu vivant vu en Europe depuis l’époque romaine. Vers la fin de 1515, le roi de Portugal, Manuel Ier, envoya l’animal en cadeau au pape Léon X, mais il mourut dans unnaufrage au large des côtes italiennes au début de 1516. Un rhinocéros vivant ne sera pas revu en Europe jusqu’à ce qu’un second spécimen indien arrive à Lisbonne en 1577.

280px-Dürer_rhinoEn dépit de ses inexactitudes anatomiques, la gravure de Dürer devint très populaire en Europe et fut copiée à maintes reprises durant les trois siècles suivants. Elle a été considérée comme une représentation réaliste d’un rhinocéros jusqu’à la fin du xviiie siècle. Par la suite, des dessins et peintures plus corrects la supplantent, en particulier des représentations de Clara le rhinocéros qui fut exposée dans toute l’Europe au cours des années 1740 et 1750. Néanmoins, beaucoup d’artistes, comme Salvador Dalí ou Niki de Saint Phalle, continuent d’éprouver pour cette œuvre de Dürer une indéniable fascination en la reproduisant selon différentes manières.

En 1514, Afonso de Albuquerque, gouverneur de l’Inde portugaise à Goa, envoya deux ambassadeurs auprès de Muzaffar Shah II, sultan de Cambay (Gujarat moderne), pour lui demander le droit de construire un fort portugais sur l’île de Diu. Le sultan ne donna pas son accord mais renvoya les Portugais avec des cadeaux prestigieux, dont un rhinocéros et un fauteuil incrusté d’ivoire. L’animal fut fourni avec un gestionnaire et avait une jambe enchaînée.

À la différence des rhinocéros africains, le Rhinocéros indien (R. unicornis) ne possède qu’une seule corne. En outre, son dos est couvert de plaques de peau épaisse reliées entre elles par de la peau souple, favorisant leur articulation lors du déplacement de l’animal.

Albuquerque fit embarquer au plus vite ce cadeau royal sur la nef Nossa Senhora da Ajuda, sous le commandement de Francisco Pereira Coutinho, appelé « Le Rusticão ». Le bateau quitta Goa en janvier 1515 avec deux autres vaisseaux à destination de Lisbonne. Il fit escale à Madagascar, sur l’île de Sainte-Hélène et aux Açores. L’animal était nourri de paille, de foinet de riz cuit. Après un voyage particulièrement rapide de quatre mois, la flotte des Indes chargée d’épices et autres trésors arriva dans le port de Lisbonne le 20 mai 1515, mais c’est sans conteste le débarquement du rhinocéros, venant enrichir la ménagerie exotique du roi Manuel Iern , qui fit la plus forte impression.

Entre le 20 mai et le 3 juin 1515, le rhinocéros fut à Lisbonne l’objet de la curiosité générale : artistes et savants en firent des croquis et des descriptions qu’ils envoyèrent à leurs correspondants en Europe. C’est sur la base d’un de ces documents que Penni composa en Italie son poemetto, illustré d’une gravure assez sommaire de la bête. Un humaniste morave,Valentim Fernandes, envoya à des amis une lettre décrivant l’animal, lettre dont le texte original en allemand est perdu mais est connu par une copie en italien conservée à laBibliothèque nationale centrale de Florence. Un document comparable illustré par un auteur inconnu parvint à Nuremberg et inspira Albrecht Dürer.

Dans un premier temps, Dürer fit une copie à la plume et à l’encre de ce croquis, avec une reprise de la légende qui l’accompagnait. Ce dessin, intitulé RHINOCERON 1515, non signé mais qui est attribué à Dürer, est aujourd’hui au British Museum à Londres. La légende, en allemand, parle de « notre roi de Portugal », ce qui montre que l’auteur de la lettre était portugais, tandis que la date de 1513 est une faute de copie pour 1515. Dürer a interprété son modèle et en a fait une chimère : il a rajouté sur son dos une petite dent de narval (ce que l’on considérait alors comme une corne de licorne), a dessiné les plis de la peau du rhinocéros comme les plaques de la carapace d’un crustacé, a interprété le rendu de la peau de ses pattes comme des écailles de reptile ou de pattes d’oiseau et lui a dessiné une queue d’éléphant.

Un dessin à la plume illustrant le Livre d’Heures de l’Empereur Maximilien, réalisé peu après, s’inspire de l’interprétation de Dürer (notamment par la carapace et la dent de narval).

Pour permettre une duplication en grand nombre du dessin Albrecht Dürer réalisa peu après une gravure sur bois d’après son dessin à la plume, ce qui fait qu’à l’impression le rhinocéros apparaît orienté dans l’autre sens. Cette gravure est intitulée « 1515 RHINOCERVS » et signée de son monogramme habituel, « AD ». La technique de la gravure sur bois ne permettant pas de tracer des lignes aussi fines qu’à la plume, les plaques de la carapace du rhinocéros n’évoquent plus un crustacé mais plutôt les plaques d’une armure métallique. La légende de la gravure, composée en caractères mobiles, est placée par Dürer au-dessus de l’image, et possède de notables différences par rapport à la légende du dessin : on y mentionne cette fois « le grand et puissant roi de Portugal » et on ne reproduit plus le nom de l’animal en langue indienne. L’ensemble mesure 248 × 317 mm.

La traduction française de la légende en allemand de la gravure de Dürer est la suivante :

« En l’année 1513 après la naissance du Christ, on apporta de l’Inde à Emmanuel, le grand et puissant roi de Portugal, cet animal vivant. Ils l’appellent rhinocéros. Il est représenté ici dans sa forme complète. Il a la couleur d’une tortue tachetée, et est presque entièrement couvert d’épaisses écailles. Il est de la taille d’un éléphant mais plus bas sur ses jambes et presque invulnérable. Il a une corne forte et pointue sur le nez, qu’il se met à aiguiser chaque fois qu’il se trouve près d’une pierre. Le stupide animal est l’ennemi mortel de l’éléphant. Celui-ci le craint terriblement car lorsqu’ils s’affrontent, le rhinocéros court la tête baissée entre ses pattes avant et éventre fatalement son adversaire incapable de se défendre. Face à un animal si bien armé, l’éléphant ne peut rien faire. Ils disent aussi que le rhinocéros est rapide, vif et intelligent. »

— Faidutti 1996, chap. 3.2

Photographie en noir et blanc d'un Rhinocéros vu de trois-quarts profil en train de gravir un talus dans le parc d'un zoo.Après la mort de l’artiste en 1528, plusieurs rééditions de ce bois gravé furent réalisées jusqu’au début du xviie siècle. On peut les classer d’après la progression plus ou moins avancée d’une fente dans le bois (elle part des poils de la queue, et s’étend progressivement aux pattes arrière, puis au museau pour les impressions les plus tardives), ainsi que par les corrections apportées au texte composé en caractères mobiles. Johann David Passavant a ainsi repéré six éditions : deux avec cinq lignes de légende ; une troisième avec cinq lignes et demi ; une quatrième avec cinq lignes complètes ; une cinquième édition hollandaise, publiée par Hendrick Hondius, dont la légende commence par « Int jaer ons Heern 1515… » (corrigeant ainsi la date erronée de 1513 donnée par les quatre premières éditions allemandes et remontant à une faute de copie de Dürer quand il réalisa son premier dessin à la plume) ; enfin une sixième édition sur deux planches en clair-obscur.

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Comment le Rhinocéros a acquit sa peau

Posté par othoharmonie le 11 décembre 2014

(How the Rhinoceros got his Skin)


1024px-Sumatran_Rhino_2Il était une fois, dans une île déserte à la limite de la mer Rouge, un Parsi dont le chapeau reflétait les rayons du soleil avec une splendeur-plus-qu’orientale. Le Parsi vivait au bord de la mer Rouge avec rien d’autre que son chapeau, son couteau et un fourneau de cuisine du genre auquel il ne faut surtout pas toucher. Un jour, il prit de la farine, de l’eau, des groseilles, des prunes, du sucre et toutes sortes de choses pour se confectionner un gâteau de deux pieds de diamètre et trois d’épaisseur. Il s’agissait d’un Mets Supérieur (ça, c’est de la Magie) et il le mit ensuite sur le fourneau car il avait le droit, lui, d’utiliser ce fourneau. Il le fit cuire, cuire, jusqu’à ce qu’il ait bruni partout et sentît divinement bon. Mais au moment où le Parsi allait manger le gâteau, voici que descendit sur la plage, venant de l’intérieur Totalement Inhabité, un Rhinocéros avec une corne sur le nez, deux petits yeux de cochon et peu de bonnes manières. En ce temps-là, la peau du Rhinocéros lui allait parfaitement. Elle ne faisait aucun pli. Il ressemblait tout à fait à un Rhinocéros d’Arche de Noé, mais bien sûr en beaucoup plus gros. Toujours est-il qu’il n’avait alors pas de manières comme il n’en a pas aujourd’hui, et n’en aura d’ailleurs jamais. 

« Ça alors ! » dit-il, et aussitôt le Parsi abandonna son gâteau pour se réfugier en haut d’un palmier, rien qu’avec son chapeau qui reflétait toujours les rayons du soleil avec une splendeur-plus-qu’orientale. Le Rhinocéros renversa le fourneau à pétrole avec son nez, le gâteau roula sur le sable, il le piqua avec sa corne et le mangea, puis repartit en remuant la queue vers l’intérieur Absolument Inhabité et désolé qui touche les îles de Mazanderan, Socotra et les Promontoires du Grand Équinoxe. Alors le Parsi descendit de son palmier, et récita le sloka suivant que je vais te rapporter puisque tu ne le connais pas : 

Qu’il pâtisse et ne se rie
Qui s’est farci sa part
De la pâtisserie
Qu’a cuite le Parsi.

 

Ce qui voulait en dire bien plus que tu ne pourrais le croire. Parce que voilà que cinq semaines plus tard, il y eut une vague de chaleur dans la mer Rouge et tout le monde ôta ses habits. Le Parsi ôta son chapeau, mais le Rhinocéros enleva sa peau et se la jeta sur l’épaule pour descendre se baigner. En ce temps-là, elle se boutonnait par-dessous à l’aide de trois boutons. Elle ressemblait à un ciré. Le Rhinocéros ne dit rien au sujet du gâteau du Parsi car il l’avait mangé en entier et il n’avait jamais eu de manières, ni alors, ni maintenant, ni plus tard. Il avança dans l’eau en se dandinant et en soufflant des bulles par le nez. Il avait laissé sa peau sur la plage. Or, le Parsi passait par là et il trouva la peau ; il sourit et son sourire fit deux fois le tour de son visage.

 

Puis il dansa trois fois autour de la peau et se frotta les mains. Ensuite il regagna son campement et remplit son chapeau de miettes de gâteau car le Parsi ne mangeait que des gâteaux et il ne nettoyait jamais son campement. Il prit la peau, et il secoua la peau, et il frotta la peau et il l’incrusta de vieilles miettes de gâteau, sèches et rêches, et de quelques groseilles brûlées, autant qu’elle pouvait en contenir. Puis il grimpa en haut de son palmier et attendit que le Rhinocéros sorte de l’eau et remette sa peau. Ce que fit le Rhinocéros. Il boutonna les trois boutons et ça le râpait comme des miettes dans un lit. Il Tête d'un Rhinocéros de Sumatra vue de face, qui émerge au milieu des feuilles d'un arbuste.voulut se gratter, mais cela ne fit qu’aggraver les choses, alors il s’allongea sur le sable et se roula, se roula, se roula encore, et chaque fois qu’il se roulait, les miettes du gâteau le démangeaient davantage. Et de pis en pis. Alors, il courut jusqu’au palmier et se frotta, se frotta, se frotta encore. Il se frotta tant et si fort que sa peau fit un grand pli derrière ses épaules et un autre pli en dessous, là où se trouvaient d’ordinaire les boutons (mais il les avait fait sauter à tant se frotter), et il fit d’autres plis sur les pattes. Cela le mit de mauvaise humeur, mais les miettes s’en fichaient. Elles étaient sous sa peau et elles le râpaient. Alors le Rhinocéros rentra chez lui très irrité ; depuis ce jour, les rhinocéros ont tous de grands plis sur la peau et mauvais caractère, tout ça à cause des miettes de gâteau qui sont dessous. Le Parsi descendit de son palmier avec son chapeau qui reflétait les rayons du soleil avec une splendeur-plus-qu’orientale, il emballa son fourneau et partit dans la direction d’Orotavo, d’Amygdal, des Hautes Prairies d’Antananarivo et des Marais de Sonaput. 

Cette île déserte est,
Passé le cap Gardafui,
Près des rives de Socotra
Et de la mer rose Arabique,
Mais on y cuit.

Il en cuirait, partant de Suez,
À nos pareils, à vous, à moi,
D’aller, même en P & O
Voir le Parsi au gâteau.

 

SOURCE http://kiplinginfrench.free.fr/HCCtable.html

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Protection du Rhinocéros

Posté par othoharmonie le 11 décembre 2014

 

White_rhinoceros_Hluhluwe-UmfoloziEn Afrique, le rhinocéros noir et le rhinocéros blancs ont connu, au cours du xxe siècle, un effondrement dramatique de leurs populations. Le second a même frôlé l’extinction, avec moins de 200 survivants à la fin des années 1980. Les menaces pesant sur ces deux espèces ont mobilisé des opérations de sauvetage, lourdes et coûteuses, sur le terrain (comme le déplacement, en hélicoptère, de rhinocéros jusque dans des zones protégées). Les deux espèces sont placées en annexe I de la Cites (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction) – commerce international strictement interdit – depuis 1977. Dans les années 1990, des mesures de protection nationales ont été mises en place dans les pays où ces animaux vivaient encore, pour permettre d’appliquer les décisions de la Cites. La politique de protection du rhinocéros blanc menée en Afrique du Sud notamment a été particulièrement efficace, et l’espèce a été sauvée. La récupération de l’espèce a même permis de la faire passer, en 1994, de l’annexe I à l’annexe II de la Cites. Celle-ci autorise, dans une certaine mesure, le commerce d’animaux vivants, ainsi que le commerce limité de trophées de chasse. En effet, la chasse sportive de mâles surnuméraires est autorisée, générant des revenus qui sont réinjectés dans la gestion des rhinocéros. On dénombrait en 2008 un effectif total de près de 17 500 rhinocéros blancs –  le plus élevé, de très loin, des cinq espèces.

Les mesures de sauvegarde montrent également leur efficacité pour le rhinocéros noir, dont les effectifs remontent depuis 1995. La survie de l’espèce reste toutefois très menacée, avec à peine plus de 4 200 individus (4 240 en 2008) sur l’ensemble de son aire de répartition.

Les programmes de sauvegarde des rhinocéros africains sont coordonnés par l’International Rhino Fundation (IRF). Outre des mesures de protection « physique », sur le terrain (visant à limiter, si ce n’est éradiquer, le braconnage), ils comprennent notamment des travaux de recherche visant à mieux connaître la biologie du rhinocéros noir, dans le but en particulier d’optimiser leur taux de reproduction. En effet, faire croître les populations dans les réserves permettra ultérieurement d’implanter de petites populations dans d’autres régions. La tentative, en Namibie à la fin des années 1980, de couper les cornes des rhinocéros afin de décourager les braconniers n’a pas été efficace, car les rhinocéros étaient tout de même abattus. De plus, l’opération n’était simple ni pour les rhinocéros, ni pour les gestionnaires de la faune ; elle était de plus dangereuse pour les animaux, qui supportaient mal l’anesthésie, et se retrouvaient sans aucun moyen de défense, surtout les mères. Cette mesure a été abandonnée, au profit de l’implication des populations locales dans la protection des rhinocéros.

Les trois espèces asiatiques sont inscrites à l’annexe I de la Cites depuis 1975. Les programmes de sauvegarde, également coordonnés par l’IRF, sont essentiellement concentrés sur le rhinocéros de Java et celui de Sumatra, menacés au niveau le plus critique. Le rhinocéros unicorne de l’Inde, dont les effectifs étaient tombés sous la barre des 200 individus dans les années 1980, a bénéficié de mesures de protection fortes de la part des gouvernements indien et népalais. Aujourd’hui, la population récupère (entre 2 700 et 2 850 en 2008), mais la majorité des animaux (85 % de l’effectif total) vit dans une seule réserve, ce qui rend cette population vulnérable aux épidémies.

Les mesures prises en Asie, outre une protection contre le braconnage sur le terrain, comprennent des programmes de reproduction en captivité dans le but de réintroductions ultérieures dans la nature, ainsi que la mise en place d’une médecine vétérinaire performante spécialisée dans les rhinocéros. Les populations locales sont également impliquées dans ces actions, et des programmes d’éducation sont organisés à destination des enfants.

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Origine et évolution du rhinocéros

Posté par othoharmonie le 9 décembre 2014

 

1024px-Rauhohr-Nashorn-drawingCinq espèces de rhinocéros, comptabilisant au total moins de 18 000 individus, vivent encore aujourd’hui en Afrique et en Asie. Toutes ont frôlé l’extinction. Il ne s’agit pourtant pas d’une lignée vieillissante, inadaptée au climat, à la végétation, à l’environnement : ces survivants d’une famille au passé glorieux sont des animaux tout à fait à l’aise dans leur milieu naturel. Mais, face à l’homme et à ses armes de plus en plus perfectionnées, ils sont impuissants à se défendre, et leur survie ne dépend que des mesures de protection dont ils bénéficient.

À l’ère tertiaire, il y a environ 40 millions d’années, la famille des rhinocérotidés – et d’autres groupes proches – a connu un foisonnement de formes rarement égalé, et quelques-unes vraiment extraordinaires. Certains ressemblaient à des chevaux et couraient sur des pieds munis de trois doigts. D’autres faisaient penser à de longs cylindres montés sur quatre petites pattes, évoquant par leur forme les hippopotames. Sans doute ceux-là étaient-ils amphibies. D’autres encore arboraient de surprenantes défenses qui leur donnaient un aspect formidable. Ainsi l’Indricotherium de Mongolie (appelé autrefois Baluchitherium), le plus grand mammifère à mode de vie terrestre ayant jamais existé. Cet animal mesurait de 5 à 6 m au garrot (à titre de comparaison, l’éléphant d’Afrique actuel atteint au maximum 4 m) et était capable de brouter des feuilles à 8 m du sol grâce à son long cou. Il devait peser environ 30 tonnes (l’éléphant en pèse en moyenne 4,5). Il s’est éteint il y a environ 10 millions d’années.

La lignée à laquelle appartiennent les rhinocéros « modernes » (famille des rhinocérotidés) s’est développée et diversifiée en une cinquantaine de genres et de très nombreuses espèces dont, outre les cinq que nous connaissons aujourd’hui, plusieurs ont été contemporaines de la lignée humaine. Elastotherium était une forme de grande taille (sans doute 2 m au garrot et jusqu’à 5 m de long), couvert d’un épais pelage et doté d’une extraordinaire corne atteignant 2 m. Le rhinocéros laineux, doté d’une épaisse et longue toison et qui habitait l’Europe et l’Asie, est l’objet de quelques représentations dans l’art pariétal paléolithique (par exemple sur les fresques de la grotte Chauvet, il y a 25 000 à 32 000 ans) ; il s’est éteint il y a 10 000 ans. 

Au cours du xxe siècle, les cinq espèces actuelles de rhinocéros se sont raréfiées sous les effets combinés de la chasse et de la dégradation de leurs habitats. Les effectifs du rhinocéros noir – qui était jadis l’espèce la plus abondante, avec plusieurs centaines de milliers d’individus – ont ainsi connu un effondrement dramatique (disparition de quelque 95 % de ses populations en quelques décennies) par suite d’une chasse intensive. Il en est de même du rhinocéros blanc et du rhinocéros unicorne de l’Inde, dont il restait moins de 200 individus de chaque espèce au début des années 1980. Heureusement, les mesures prises un peu partout en Afrique et en Asie, à l’échelle internationale ainsi qu’au niveau local, ont porté leurs fruits Indian Rhinoceros.jpgdans quelques réserves bien gardées, où les effectifs remontent lentement. À l’exception du rhinocéros blanc (le plus abondant aujourd’hui), la survie des rhinocéros reste toutefois extrêmement incertaine à long terme ; le rhinocéros de Java et celui de Sumatra font partie des mammifères les plus menacés du monde. 

Le massacre des rhinocéros n’est qu’un exemple parmi tant d’autres de disparition d’espèces à cause d’une chasse incontrôlée. Il est probable que certains pays ne reverront jamais l’espèce. Heureusement, dans certaines réserves, on assiste à une lente progression du nombre de rhinocéros, qui serviront – on peut l’espérer – à repeupler la savane.

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Le rhinocéros vit en groupe

Posté par othoharmonie le 9 décembre 2014

 

images (1)Le rhinocéros est presque toujours vu en compagnie de groupes d’oiseaux appartenant à deux genres : le héron garde-bœuf et les pique-bœufs.

 Le premier (Bubulcus ibis) est un petit héron largement répandu à la surface de la planète et présent jusqu’en France. Il se reconnaît à son plumage presque blanc et à son bec jaune. Il se nourrit de sauterelles et de criquets, de la même couleur que l’herbe, immobiles et pratiquement invisibles dans les herbes de la prairie que les grands herbivores, en se déplaçant, font bouger. Le passage des rhinocéros les lui rend plus faciles à capturer. Les garde-bœufs accompagnent les bovins en Camargue, les zébus à Madagascar, ainsi que les rhinocéros africains. 

Les pique-bœufs (Buphagus africanus, le pique-bœuf à bec jaune, et Buphagus erythrorhynchus, le pique-bœuf à bec rouge) se perchent sur les rhinocéros et les grands ongulés et se nourrissent de leurs parasites externes. Ils sont très fréquents sur les rhinocéros où, apparemment, la nourriture est abondante. De plus, ils nettoient les blessures de leur peau en consommant les tissus morts autour des plaies. Le rhinocéros se prête avec complaisance à ces opérations chirurgicales. Tous ces oiseaux ont une autre fonction : en cas de danger, ils s’envolent bruyamment, alertant ainsi leur hôte.

Une autre catégorie d’animaux vit en association étroite avec le rhinocéros : il s’agit des bousiers, insectes coléoptères se nourrissant des crottins d’herbivores. Leur rôle est fondamental car ils font disparaître les excréments et recyclent les éléments qu’ils contiennent. Sans cet éparpillement, l’herbe ne repousserait pas si facilement sous les amas de crottins, et le renouvellement de la végétation serait plus lent. Les différentes espèces de bousiers sont spécialisées dans l’utilisation des crottins de tel ou tel herbivore. Seuls les plus grands peuvent s’occuper des déchets des rhinocéros ou des éléphants, façonnant une boule de la taille d’une balle de tennis dans laquelle la femelle pond ses œufs.

Le rhinocéros tisse donc des relations avec de nombreux animaux de la savane. Il entretient les pâturages pour les herbivores, aménage des sentiers dans les massifs épineux, participe à l’alimentation des pique-bœufs, des hérons garde-bœufs et des bousiers. Qu’il disparaisse, et c’est tout un réseau d’interactions qui s’effondre.

Malgré son allure massive, le rhinocéros noir fait preuve d’une certaine agilité quand il court. Ses charges à quelque 50 km/h contre des intrus sont spectaculaires. Mais, comme il ne distingue pas grand-chose à plus de 30 m et qu’il ne se dirige qu’à l’odeur, le moyen le plus sûr pour l’éviter consiste à effectuer un bond de côté au dernier moment.

C’est un strict végétarien, capable d’ingurgiter quotidiennement une grande quantité de nourriture, environ 2 % de son poids en végétaux secs. Sa lèvre supérieure, préhensile, saisit sans difficulté les feuilles et les rameaux ligneux. Il les broie avec ses molaires larges et plates qu’il frotte les unes contre les autres. Même les épines de 10 cm sont écrasées et avalées.

Les fermentations bactériennes de l’intestin accélèrent la digestion des fibres végétales, mais le rhinocéros, comme le cheval, ne rumine pas.

Ainsi que de nombreux herbivores de la savane, le rhinocéros noir prend des bains de boue ou de poussière, autant pour se rafraîchir que pour se débarrasser de ses parasites cutanés. Sa peau, très épaisse, comporte en effet dans sa partie externe un épiderme sensible qui attire les insectes piqueurs comme le moustique, ainsi que divers autres parasites externes. La gangue de boue n’est pas seulement un écran contre les piqûres, elle écrase les tiques en séchant. Le rhinocéros élimine le tout en traversant des buissons d’épines. Il aime aussi se rouler dans les cendres des feux de bivouac. On a observé des rhinocéros éparpillant des braises avec leurs cornes.

Le rhinocéros est le seul animal capable de traverser un massif végétal hérissé de piquants sans aucune gêne apparente. Sous son épiderme, il possède un derme très épais à l’épreuve des pointes les plus acérées.

Mais le rhinocéros noir a tendance à emprunter toujours les mêmes itinéraires dans ses déplacements, lorsqu’il se rend quotidiennement à son point d’eau, par exemple. À force de repasser systématiquement aux mêmes endroits, il creuse de véritables sentiers dans les massifs de buissons épineux. Ces sillons sont une aubaine pour d’autres animaux qui craignent les épines.

Même si quelques mâles se regroupent parfois autour d’une femelle en rut, les rhinocéros noirs vivent le plus souvent isolés. Le couple mère-petit est le seul lien étroit et durable que l’on ait constaté entre deux rhinocéros.

En plus du rhinocéros noir africain, il existe quatre autres espèces de rhinocéros au monde : une espèce vivant aussi en Afrique, le rhinocéros blanc, et trois espèces asiatiques, dont les effectifs sont extrêmement réduits. Le rhinocéros blanc et le rhinocéros de Sumatra ont deux cornes, comme le rhinocéros noir. Le rhinocéros de Java et le rhinocéros de l’Inde n’ont images (2)qu’une corne.

La population totale pour ces quatre espèces est de moins de 20 400 individus. Le rhinocéros blanc d’Afrique est le plus commun, ses effectifs représentant un peu moins des trois-quarts de la population totale des cinq espèces de rhinocéros (en tout environ 24 500 individus). Le rhinocéros de Java et celui de Sumatra font partie des mammifères les plus menacés au monde (respectivement moins de 60 et environ 200 individus).

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