L’homme aux rats

Posté par othoharmonie le 22 septembre 2016

 

L’analyse de « L’Homme aux rats » présente un intérêt multiple. C’est en traitant ce cas que Freud a découvert la névrose de contrainte. Le journal qu’il tient durant la cure apporte un éclairage précieux sur les difficultés encore grandes de Freud par rapport au transfert. Et c’est ce qui le conduira, quelques années plus tard, à définir les deux versants de la règle fondamentale, condition sine qua non pour que la séance soit un véritable espace extraterritorial d’énonciation, capable de restituer le sujet à son histoire.

homme aux rats

Un homme vient en consultation chez Freud parce qu’il souffre d’une grande peur obsessionnelle. Quand il était à l’armée, il avait entendu un officier supérieur décrire une torture particulière: un pot contenant un rat est placé contre les fesses d’une victime, où l’animal se fraie un passage dans l’anus. L’homme aux rats craint que cette torture soit appliquée à son père ou bien à une jeune femme dont il est amoureux. Le fait que son père soit mort depuis des années indique le caractère complètement irrationnel de cette crainte. Malgré tout, l’idée s’impose à lui avec insistance, le plus souvent sous forme de menace. Il se sent obligé de faire telle ou telle chose d’une façon très précise de peur que cette menace ne se réalise.

Le caractère irrationnel de la crainte ne peut être saisi que si l’obsession est remise dans le contexte de l’histoire du patient. Un des principaux soucis de l’homme aux rats est à cette époque le choix entre deux épouses possibles. Tout en étant épris d’une autre dame, il est informé par sa mère que, peu après la mort de son père, une cousine s’est déclarée prête à lui donner une de ses filles en mariage. L’homme se trouve donc devant un dilemme concernant son mariage, qui se dit Heiraten en allemand. Ce problème de Heiraten renvoie également à son père. Peu avant de rencontrer celle qui allait devenir sa femme, le père avait en effet fait des avances à une jolie fille qui était toutefois désargentée et de modeste naissance. Il avait finalement renoncé à cette dame et en avait choisi une autre de famille aisée, la mère de l’homme aux rats. Le dilemme du fils est donc similaire à celui du père: le choix entre son désir ou les vœux de la famille.

Au cours des séances avec Freud, une autre lecture du signifiant « rat » apparaît. L’homme aux rats raconte comment, enfant, il avait une nourrice avec qui il prenait des libertés: « Lorsque j’allais dans son lit, je la découvrais et la touchais, chose qu’elle me laissait faire tranquillement.». Il se souvient aussi comment peu après elle se maria à un Hofrat, titre qui témoignait d’un certain statut en Autriche à l’époque, et que, à partir de ce jour, il dut pour s’adresser à elle utiliser l’expression Frau Hofrat. Les mots Heiraten et Hofrat contiennent tous deux le groupe de phonèmes « rat » qui aurait acquis dans la vie de l’homme aux rats un statut spécial du fait des références particulières à sa vie amoureuse et à celle de son père. En effet, le signifiant « rat » réapparaît fréquemment au cours de l’analyse, comme dans Spielratte, une dette de jeu de son père, et dans Raten, l’argent qu’il devait à Freud pour les séances. L’homme aux rats avait l’habitude de compter intérieurement le coût des séances en Raten au lieu d’espèces: Eine RatZwei Raten, etc. Tout cela confirme l’importance de ce groupe de phonèmes.

homme ratOn voit donc qu’au fil de l’analyse de l’homme aux rats une constante se dégage. Elle ne se présente pas sous la forme d’une constante sémantique, mais bien d’un fragment de parole — le signifiant « rat ». L’obsession qu’a l’homme aux rats pour le supplice s’éclaire lorsque le mot « rat » ne fait plus l’objet d’une lecture sémantique, renvoyant à un rongeur, mais est considéré comme un signifiant, un fragment phonologique. Les différents épisodes de vie racontés, à première vue complètement décousus, trouvent leur cohérence dans le réseau de sens que tisse le signifiant « rat ». Ce mot est capable de renvoyer à différentes réalités sémantiques en les dotant de qualités émotionnellement équivalentes indépendamment du contexte. Cette qualité émotionnelle dans ce cas précis est de l’ordre d’une anxiété obsessionnelle.

FREUD S. (1919/1954). Cinq psychanalyses, trad. M. Bonaparte et R. Loewenstein, Paris, PUF, p. 203.

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