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QUAND LES HUITRES FONT PARLER D’ELLES

Posté par othoharmonie le 16 juin 2016

 

 

Cueillie sur le littoral, elle était expédiée jusqu’à Rome où elle était très appréciée. L’huître était appelée « callibléphares », littéralement « belles paupières », par les romains en raison des bords de son manteau. Malgré le savoir-faire romain en matière d’ostréiculture, l’huître plate n’est pas cultivée en France à cette époque. Des écrits attestent que l’exploitation des gisements naturels d’huîtres plates se poursuit pendant le Moyen-Âge et à la Renaissance.

huitresC’est au XVIIème siècle que se développe une première culture d’huîtres dans les réservoirs des marais salants de la côte atlantique, puis dans des bassins spécialement aménagés dans la région de Marennes-Oléron. La méthode consistait à récolter les naissains d’huîtres sur des rochers ou en dragant sur des gisements naturels, pour ensuite les élever dans les bassins.

Au XVIIIème siècle, le sel perd son rôle primordial de monnaie qu’il avait acquis au Moyen-Âge. Cette perte d’importance sociale et commerciale du sel entraîne la disparition de sa production, conduisant à la libération de nombreuses zones de marais salants. Le littoral Atlantique, particulièrement impacté par cette décision, dispose à présent de dizaines de milliers d’hectares de marais. La conchyliculture, et plus particulièrement l’ostréiculture, va ainsi se développer par le biais de ces différents marais qui ne vont ainsi pas être abandonnés. L’ostréiculture connaît toutefois une dépendance importante des naissains récoltés en mer sur les rochers ou par dragage. Les gisements naturels sont ainsi surexploités et s’épuisent. Dans les années 1850, tous les gisements français sont plus ou moins touchés par des interdictions d’exploitation.

L’ostréiculture moderne va ainsi naître. Pour contourner la baisse des rendements de pêche de naissains d’huîtres plates et les interdictions d’exploitation, l’idée d’immerger des pieux de bois afin de capter le naissain apparaît : le captage sur collecteur est né.

 

Pour faire face à la pénurie d’huîtres plates, les arcachonnais importent à partir de 1860 des huîtres portugaises (Crassostrea Angulata). Le hasard a voulu que cette espèce vienne également peupler nos eaux françaises et qu’elle y soit cultivée. En effet, dans les années 1860, un navire chargé de livrer des huîtres portugaises à Arcachon a dû décharger sa cargaison dans l’estuaire de la Gironde afin de pouvoir gérer au mieux la tempête qu’il subissait.

Cette espèce, robuste et résistante, croit vite. Elle supplante rapidement l’huître plate sur le littoral atlantique. Dans les années 1900, on capte ainsi un tiers d’huîtres plates, contre deux tiers d’huîtres portugaises.

Frappée par des mortalités massives dans les années 1920, l’huître plate connaît une disparition presque totale. Initialement localisée dans le sud-ouest, l’huître portugaise fut alors introduite dans tous les bassins de production. Ainsi, dans les années 1960, la production d’huîtres portugaises représentait près de 80% des productions, contre seulement 20% pour l’huître plate.

Cependant, dans les années 1970, l’huître portugaise connaît une epizootie qui la décime et fait disparaitre l’espèce des côtes françaises. L’introduction de l’huître creuse japonaise (Crassostrea Gigas) originaire du pacifique, à la suite de cette épidémie a permis la reprise de l’élevage d’huîtres creuses en France. Cette espèce est aujourd’hui l’espèce d’huîtres la plus cultivée en France et dans le monde.

 

Pendant longtemps, en France, les hommes se contentaient de pêcher les huîtres sur les gisements naturels. A l’époque, il s’agissait de l’huître endémique des côtes françaises : l’huître plate Ostrea edulis. Au cours du XIXème siècle, ces gisements commencèrent à s’épuiser, du fait de la surpêche, et des mesures de protection devinrent nécessaires. Ainsi, dès 1850, le Ministère de l’agriculture demanda au naturaliste Victor Coste d’étudier les installations des ostréiculteurs italiens. En 1853, Napoléon III signa un décret portant règlement sur la police de la pêche maritime côtière. L’exploitation des gisements devint alors contrôlée : nombre d’autorisations de pêche limité, interdiction de pêche pendant les périodes de reproduction (1er Mai au 31 Août), pêche autorisée uniquement entre le lever et le coucher du soleil, …

 perle

Des actions de repeuplement des gisements naturels furent aussi menées. Victor Coste créa des bancs artificiels et mit au point des dispositifs de captage du naissain. C’est l’apparition, vers 1860, des premiers parcs. L’Etat permit aussi l’importation d’huîtres étrangères. C’est ainsi que l’huître creuse portugaise (Crassostrea angulata) arriva en France dans le bassin d’Arcachon. Son introduction dans l’estuaire de la Gironde est accidentelle : en 1868, le navire « Le Morlaisien » fut pris dans une tempête et sa cargaison d’huîtres creuses fut rejetée en mer. Ces dernières s’adaptèrent à ce nouveau milieu et s’y reproduisirent.

 

Dans notre région des Pays de la Loire, l’huître creuse portugaise est élevée dès 1915 dans les chenaux du Payré (commune de Talmont-Saint-Hilaire, Vendée). Elle est introduite avec succès en 1947 dans la baie de Bourgneuf.

 

Les huîtres en Bretagne nord, c’est une longue histoire. Les gastronomes n’ont pas attendu le XIXème siècle pour les apprécier.

A Rome déjà, l’huître avait sa place dans les fastueux banquets. Les Romains en importaient des côtes bretonnes et de la Manche pendant les invasions en Gaule. Dans son ouvrage «Histoire de l’huître en Bretagne», Olivier Levasseur parle d’un « parcours cahotique », souvent ponctué de « graves crises de l’huître, pêchée et cultivée dès le VI ème siècle dans la région ».

Le mollusque va disparaître des tables au Moyen-Age, détrôné notamment par la coquille Saint-Jacques. Louis XIV va le réhabiliter, au point d’en manger tous les matins. François 1er ne tarira d’éloges sur l’huître de Cancale… Le port breton va devenir la capitale de l’huître. La culture s’étend aux rades de Saint-Malo et de Saint-Brieuc, aux côtes du Trégor, jusqu’à la région de Brest.

 Au XVIIIème siècle, la surexploitation de la ressource appauvrit les bancs. Un édit royal interdit la pêche du 1er avril au 31 octobre. Dans le même temps, les techniques d’élevage se développent, tout comme les outils d’exploitation.

En 1858, un commissaire de la Marine invente le système des collecteurs pour capter les larves d’huîtres, les naissains. Sa mise en oeuvre, qui démarre à Cancale et se généralise sur les côtes bretonnes, donne le coup d’envoi de l’ostréiculture : il est désormais possible de repeupler et de recréer des bancs!

En Bretagne nord, c’est essentiellement l’huître plate qui est cultivée. L’huître creuse portugaise, plus robuste et moins chère, est introduite dans la région au milieu du XIX ème siècle. Deux épizooties -la dernière dans les années 80- vont attaquer et mettre à mal les huîtres bretonnes.

L’huître creuse japonaise, la gigas, va permettre à l’ostréiculture régionale de survivre. Elle constitue aujourd’hui l’essentiel des cultures : la Bretagne-nord produit 26.700 tonnes d’huîtres creuses et seulement 1.500 tonnes de plates.

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QUAND LES MOULES FONT PARLER D’ELLES

Posté par othoharmonie le 16 juin 2016

 

 

MoulesUne lectrice fidèle a employé récemment dans un commentaire le terme « bouchot » que je ne connaissais pas, n’étant pas né au bord de la mer (elle non plus à vrai dire) mais au milieu des bois. Il s’agit des pieux non écorcés (en chêne ou en châtaignier) d’environ 6 mètres de long qu’on enfonce dans le sable et qui servent à l’élevage des moules.

Selon le Robert historique, le mot serait originaire du Poitou. On trouve le  mot « bouchaux » en ancien français, issu du latin médiéval « buccaudum ». Ce dernier serait apparenté à  un autre mot du latin médiéval  (dans la même région toujours), « buccale », lequel désignait l’endroit où l’eau s’échappait à la sortie d’un étang (latin classique « bucca », la bouche, lui-même d’origine celtique et qui avait supplanté le mot latin « os »)

Notre « bouchot » était donc employé dans le Poitou au sens de vanne d’écluse, puis il a désigné plus précisément la sortie d’un parc en clayonnage pour emprisonner le poisson, puis finalement un parc aménagé pour la culture des moules (les pieux étant souvent alignés de manière à former un V). On parla donc de « moules de bouchot » ou tout simplement de « bouchots ». Le terme « bouchot(t)eur » désigne quant à lui assez logiquement un mytiliculteur (terme savant formé à partir du grec mutilos/mytilos, coquillage)

Les peuples étant plus inventifs que les dictionnaires et plus portés vers le merveilleux, ont imaginé une légende. On dit qu’un Irlandais, un certain Patrice Waltonum (tous les Irlandais s’appellent Patrice ou Patrick, c’est bien connu) s’était échoué en 1235 dans la baie de l’Aiguillon (à la limite de la Vendée et de la Charente-Maritime, là où la Sèvre niortaise vient se jeter dans l’Atlantique, autrement dit dans le Pertuis breton, en face de l’île de Ré). Voulant s’établir là, il se mit en devoir d’attraper des oiseaux de mer pour se nourrir. Pour ce faire, il planta des pieux dans le sable, et tendit des filets entre eux.  Cependant, comme ces pieux se trouvaient en partie submergés à marée haute, les moules et les coquillages vinrent s’y fixer et le brave Irlandais dut bien constater qu’il attrapait plus de moules que d’oiseaux de mer. Il aurait ensuite perfectionné sa technique en reliant ses piquets par des claies, sur lesquelles les moules vinrent elles aussi se fixer. Cette structure, dont le nom irlandais était « bout choat » aurait donné par déformation notre « bouchot ». C’est du moins ce que dit la légende et même si rien n’est vrai, cela reste une belle histoire.

Des linguistes voient plutôt l’origine du mot « bouchot » dans le nom patois d’une forme de piège immergé pour capturer l’anguille dans le marais poitevin (avec toujours cette idée que le piège est constitué de pieux et de filets et prend la forme d’un v).  Le mot dériverait de « boucher » (obstruer le « bouchaux », terme qui désignait comme on l’a vu plus haut la sortie d’une retenue d’eau). C’est donc bien la volonté de boucher un orifice qui prédomine (soit ici le goulot étroit du piège dans lequel s’est faufilée l’anguille, soit dans d’autres cas la sortie de l’étang, afin d’empêcher l’eau de s’écouler). Notre mot « bouchon » comme notre verbe « boucher »viennent d’ailleurs de l’ancien français « bousche » (poignée de paille, faisceau de branchage), venant du latin populaire « bosca » (broussailles). Ce « bosca » est un neutre pluriel en latin, mais il existait aussi comme substantif masculin, lequel, au pluriel, donne évidemment « bosci », d’où notre terme de « bois ».

Je me demande jusqu’à quel point il n’y aurait pas eu confusion entre « bucca » (la bouche) cité plus haut et « bosca » (le bouchon de branchage servant à fermer cette bouche).

Certains pensent que la technique du piège à anguille aurait pu être utilisée sur le littoral. On aurait accroché des filets à des pieux alignés de manière à former un entonnoir en V. Les poissons qui cherchaient à gagner le large à marée basse auraient ainsi été conduits dans une nasse qui « bouchait » la sortie. Ces pieux se couvrant naturellement de moules, on aurait alors eu l’idée d’en planter pour l’élevage (en ensemençant les pieux à l’aide de cordes couvertes de larves et en enfermant les moules dans un filet). La forme en V (ou en W s’il y avait deux V) prise par les alignements de pieux est bien attestée autrefois, ce qui semble confirmer que l’origine de notre mytiliculture doit remonter à ces pièges à poissons.

moule étangLaissons maintenant l’étymologie pour faire un peu d’histoire et de géographie et nous pencher sur l’évolution de la culture des moules. Pendant très longtemps, cette technique d’élevage sur bouchots ne s’est pratiquée que sur la côte atlantique, car il n’y a que là que les larves se fixent naturellement sur les pieux. En plus, elle semblait se limiter à l’embouchure de l’aiguillon.  Rappelons à ce propos que c’est à cet endroit que se trouvait l’ancien golfe du Poitou, (encore attesté dans l’Antiquité). Composé de petites îles, il devint marécageux à cause des dépôts de l’océan et des alluvions des différents cours d’eau, comme la Sèvre Niortaise.  Au VII° siècle, des moines entreprirent des travaux d’assèchement, en construisant des canaux. Au XIII° siècle, après la Guerre de Cent ans, les rois de France encouragèrent le travail des moines. Mais il ne suffisait pas de creuser des canaux, il fallait aussi élever des digues (contre les avancées de la mer et contre les débordements des rivières). Henri IV fit venir des ingénieurs hollandais, passés maîtres dans leur pays dans ce genre de travaux. Ils étaient par ailleurs huguenots, ce qui pour l’ancien protestant qu’était le roi (« Paris vaut bien une messe ») ne gâchait rien. Bref, on parvint tant bien que mal à assécher ce golfe, qui est devenu aujourd’hui le marais Poitevin, appelé aussi la « Venise verte ».

Mais revenons à nos moules. Il faut attendre le XIX° siècle pour que la culture des moules se développe de la Vendée jusqu’à l’île d’Oléron. Dans les années 1950, ce type de culture a été implanté dans la baie du Mont St Michel et dans le Cotentin, ce qui fait qu’aujourd’hui c’est la Normandie qui est devenue la première région productrice de moules de bouchot au monde. Comme les larves ne se fixent pas naturellement aux pieux dans cette région, on tend des cordes de captage sur la côte Atlantique (Noirmoutier, etc.). Les bébés moules viennent s’y déposer et on rapporte les cordes en Normandie afin de les fixer sur nos fameux bouchots.

 

Article issu du site : http://feuilly.hautetfort.com/

 

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