LA SOCIÉTÉ DES HOMMES-PANTHÈRES

Posté par othoharmonie le 5 septembre 2015

 

PanthèreLe port de la peau de panthère lors de certaines danses exige l’appartenance à un mkem et le versement d’un droit forfaitaire au fo mais ne signifie pas forcément une alliance totémique avec la panthère. Tous ceux qui ont fait un pacte avec la panthère kè nomgwi forment une confrérie particulière. Nous avons déjà mentionné le rôle important de cette société dans les rituels de l’année du kè. Son organisation et son initiation s’apparentent à celles que nous venons de voir pour les autres sociétés totémiques.

Mais la panthère est symbole de force et de puissance royale dans toute la région et, de ce fait, il est plus difficile d’adhérer à cette confrérie ; la société des hommes-panthères intervient dans les rites de protection et de fertilité de la chefferie ; en outre, elle est associée, comme la société des hommes- éléphants, au mystère de maso’ et participe au respect de l’autorité royale. Le rôle des peh-nomgwi est aussi considérable chez les Douala où ils constituent le mungi : « Mungi, la confrérie des fils du léopard, est l’ordre des administrateurs et de la police, véritable centrale politique, qui sillonnent les états locaux et les chefferies apparemment indépendantes … . » « Les grandes loges des fils du léopard apparaissent à tous les niveaux comme des gouvernements parallèles. » Notons que l’on retrouve des confréries un peu analogues jusqu’au Gabon, au Congo et au Za’ire. De même que dans ces régions où cette société est considérée comme néfaste, chez les Bamiléké les hommes-panthères peuvent indifféremment accomplir de bonnes ou mauvaises œuvres. Tous les objets sculptés ou perlés à figuration de panthère  et de serpent sont la propriété de droit du fo ou du fofo’.

Le fo se désigne lui-même comme la panthère nomgwi. En outre, lors de son initiation, il contracte une alliance avec une panthère pi qui vit en brousse. Le fo est donc, avec sa première femme nkung fo, membre influent de la société des hommes-panthères Peh-nomgwi. « Le fon est réputé faire en compagnie de sa femme, comme lui transformée en panthère, de longues courses de nuit dans la brousse. Ainsi quand un chasseur tue une panthère et que cet événement coïncide avec la mort d’un fon, on dit que le chasseur a tué le fon. Malgré cela, il n’est pas puni puisque le chef s’est endormi et qu’il a bien voulu quitter son trône148. » La croyance, à l’inverse, selon laquelle la panthère est susceptible de prendre forme humaine et, en particulier, capable de marcher debout est très répandue.

« La panthère chassée se débarrasse du chasseur en lui jetant une poignée de fer. » Les te sont les fourmis magnan rouges, insectes très agressifs. Le chasseur qui a tué une panthère doit immédiatement cacher avec un morceau de tissu le museau de l’animal pour éviter qu’on ne reconnaisse la victimelso. Peu après, il remet la peau au chef qui la garde de droit ainsi que les moustaches soigneusement recueillies. En revanche, le fo doit donner une fête en l’honneur du chasseur au cours de laquelle les autres grands chasseurs dansent. On lui donne en outre un titre honorifique dans la chefferie et une femme. Cette danse s’appelle gu. La panthère est souvent le pi des guérisseurs gheghè, qui collectent les remèdes en brousse, ce qui la lie à la médecine. Aussi, outre leurs fonctions sacerdotale et politique, les hommes-panthères se spécialisent dans des domaines comme la géomancie, la pharmacopée, la botanique, l’astrologie.

Extrait du livre en PDF : http://detoursdesmondes.typepad.com/files/panthere.pdf

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