Lorsque le ver de terre sort de l’ombre

Posté par othoharmonie le 23 juin 2015

 

 

290px-Tubifex02Commun mais pourtant méconnu, le lombric est l’animal choisi cette année comme emblème par Pro Natura. Travailleur de l’ombre, il est à l’honneur pour service rendu aux sols. «On cherchait un porte-parole pour parler de la surexploitation et de la diminution du sol en Suisse, explique Nicolas Wütrich, responsable de l’information pour Pro Natura. Le choix du ver de terre s’est vite imposé, même si l’on prenait un risque au niveau de l’image.» Au-delà du dégoût qu’ils peuvent susciter chez certains, les vers de terre méritent attention et respect. D’autant plus qu’ils représentent 80% du poids total des animaux, êtres humains compris, vivant sur la planète.

Il améliore la structure…

«Les vers de terre sont les intestins de la terre», disait déjà le philosophe grec Aristote. Le célèbre Darwin y a aussi consacré plus de quarante ans d’observation et un ouvrage Rôle des vers de terre dans la formation de la terre végétale (1881) dont les ventes en librairies dépassèrent, à l’époque, celles de L’origine des espèces. C’est dire! Aux côtés des fourmis, thermites, scarabées, taupes ou campagnols, les vers de terre contribuent au brassage du sol. Ce qui en améliore la structure. Ils ramènent à l’air libre des matières minérales profondes et enfouissent litière et fumiers qui se trouvent en surface. Cette action est principalement réalisée par les vers de terre appartenant à la catégorie des anéciques qui creusent des galeries verticales jusqu’à trois mètres de profondeur. Leur plus célèbre représentant est le Lumbricus terrestris qui dépose ses excréments en surface sous la forme de turricules. La formation de galeries favorise l’aération et le drainage du sol: deux conditions indispensables au bon développement des espèces végétales, mais également de tous les micro-organismes actifs du sol.

L’action des anéciques est complétée par celle des vers dits endogés. Plus pâles et plus petits, ils n’en restent pas moins très efficaces pour ameublir la couche arable en creusant des galeries horizontales. «On estime que les vers de terre creusent de 400 à 500 mètres de galeries sous un mètre carré de prairie. Dans les quarante premiers centimètres, où elles sont plus denses, ces galeries représentent 3% du volume total. Dans ces conditions, la capacité hydrique peut augmenter de 80% et la pénétration de l’eau être quatre à dix fois plus rapide», ont constaté les auteurs du livre Le sol vivant. L’action des lombrics est donc particulièrement positive dans les sols tassés ou lorsque les labours successifs forment une semelle étanche, car elle limite le ruissellement et l’érosion.

… et la fertilité du sol

On le sait désormais, les lombrics se nourrissent essentiellement de terre et de débris végétaux. Combattus jusqu’au XIXe siècle parce que la croyance populaire les accusait de grignoter les racines des plantes, les vers de terre sont désormais lavés de tout soupçon. Au contraire, leur travail est salué, notamment leur rôle de digesteurs. L’espèce Eisenia fetida appartient à la catégorie des épigés. Elle se plaît dans les matières organiques de surface: feuilles mortes, fumier ou compost (voir page suivante). Agnès Gerber pratique la lombriculture depuis plus de trente ans à Ollon (VD). Elle parle avec enthousiasme du travail de ses protégés. «Comme tous les autres lombrics, l’Isenia mange jour et nuit. Il ingurgite quotidiennement la moitié de son poids. Ses excréments composent un engrais naturel concentré de grande valeur, facilement assimilable par les plantes.» Dans la nature, ces déjections participent à la fertilisation des sols. On estime en effet que les lombrics produisent entre 40 et 100 tonnes d’humus par hectare chaque année, en mélangeant dans leur tube digestif matière organique, fines particules minérales et micro-organismes. Cette opération favorise aussi la multiplication des bactéries et des champignons utiles, améliorant ainsi l’état sanitaire du sol. Le laboratoire sols et substrats de la Haute Ecole du paysage, de l’ingénierie et de l’architecture de Genève (HEPIA) a étudié comment les sols participent à l’épuration des eaux de chaussée, fortement gorgées de polluants routiers. Le long de l’autoroute A9, en Valais, une prairie reconstituée épure ces eaux grâce à l’action conjointe d’une végétation appropriée et d’une forte densité de… vers de terre.

Le sol est menacé

Description de cette image, également commentée ci-aprèsBrasseur de sol, producteur d’humus, le lombric, même s’il ne fait pas partie des espèces menacées, voit constamment son espace vital se réduire. «Il n’y a qu’à voir le nombre de vers de terre qui meurent sur les routes après un épisode de pluie. Une fois à l’extérieur, ils ne trouvent plus de sol libre dans lequel pénétrer, relève Nicolas Wütrich. Depuis de nombreuses années, Pro Natura œuvre contre le mitage du territoire, notamment au sein du Comité de l’initiative pour le paysage. La pression est toujours plus forte sur le sol forestier et agricole, aux dépens de la biodiversité et des paysages. En Suisse, un mètre carré de sol naturel disparaît chaque seconde et avec lui en moyenne cent lombrics.» Hormis la destruction de la couche arable, les principaux dangers qui nuisent au travail des vers de terre sont l’usage de pesticides et le compactage de la terre par les machines agricoles, forestières ou de chantier.

Dans l’agriculture, selon une étude de l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL), le taux de mortalité des vers de terre peut atteindre 25% après un labour et 70% après le passage d’une herse rotative. Il s’agit donc de minimiser le travail du sol et d’adapter la mécanisation. Au jardin aussi, tout un chacun peut favoriser la bonne santé des lombrics en évitant l’usage de pesticides et en laissant en surface suffisamment de déchets de matières organiques pour qu’ils puissent se nourrir et proliférer. La légende qui dit qu’un ver de terre coupé donne deux individus une fois sectionné est absurde et trompeuse. Seule la partie antérieure peut éventuellement survivre. Mieux vaut donc laisser les vers en paix et apprécier leurs nombreux bienfaits.

Marjorie Siegrist

SOURCE Terre&Nature, le 16 juin 2011

 

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