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Préjugés des Anciens sur les Caméléons

Posté par othoharmonie le 14 juin 2015

 

 
 
Furcifer_oustaleti_femaleUne fable accréditée par les anciens sur le caméléon est que cet animal ne vit que d’air. Voilà une singulière propriété qui serait bien à envier. Il aspire l’air avec délices, il lui ouvre tout son corps, il s’en gorge, il s’en remplit, et ce délicat soutien lui suffit.

Pline admire d’autant plus cette particularité qu’il assure que la nature n’a concédé à aucun autre animal un pareil privilège. « Cet animal, dit-il, est le seul qui ne boive ni ne mange ; seulement il hume l’air, se tenant debout, et ne vit d’autre chose. »

Il est difficile de voir au juste ce qui a pu donner naissance à une si singulière opinion ; mais il est certain, par le témoignage d’une multitude d’auteurs anciens, tels que Solin, Ovide, Stobée, saint Augustin, qu’elle a été fort répandue. Peut-être s’est-on confirmé dans cette opinion par une habitude remarquable du caméléon : c’est que, lorsqu’il aspire l’air, comme ses poumons sont très développés, l’air semble lui remplir tout d’un coup tout le corps, comme s’il se versait dans ses intestins et dans son estomac. Il faut ajouter à cela que le caméléon, comme la plupart des reptiles, qui ont peu de sang et un sang froid, peut supporter le jeûne très longtemps sans paraître en souffrir beaucoup.

Mais en cela il ne s’écarte en rien des crapauds, des tortues, même de certains serpents qui jouissent également à un degré éminent de cette faculté. Scaliger rapporte comme un fait important que Landius a observé un caméléon enlevant une mouche avec sa langue. Belon, en ouvrant quelques-uns de ces animaux, constata que leur estomac était habituellement rempli de petits insectes.

Peirsec lui-même jugea encore nécessaire de faire des expériences de ce type sur les caméléons, et publia qu’il en avait vu boire et manger. On sait maintenant très bien que le caméléon se nourrit d’insectes qu’il va poursuivre sur les arbres et qu’il saisit de fort loin avec sa langue, qui est gluante à l’extrémité et qui se darde hors de sa bouche à une distance presque égale à la grandeur de son corps.

Une autre histoire sur le caméléon, aussi fabuleuse que la précédente, mais moins extravagante cependant, en ce qu’elle se justifie au moins par certaines apparences de vérité, est que cet animal se teint de la couleur des objets qui l’environnent. Cette opinion date aussi de l’Antiquité : elle exprimée dans Pline ; et c’est en vertu de cette croyance que le peuple a fait du caméléon l’emblème du courtisan.

Il est incontestable qu’il y a en effet, à cet égard, quelque chose de fort extraordinaire chez le caméléon : c’est que cet animal change à volonté de couleur, soit dans toute l’étendue de son corps, soit dans quelques parties seulement. Il est tantôt presque blanc, tantôt jaunâtre ou verdâtre, tantôt rouge, rouge foncé, violet et presque noir. Il suffit d’exciter sa colère pour lui voir prendre ces dernières nuances ; de le mettre dans un endroit froid et obscur pour le voir blanchir.

Cette dernière circonstance prouve assez que s’il change de couleur, ce n’est pas par le reflet des lieux ou pour se mettre en harmonie avec la nuance qui l’entoure. En effet, cette singulière variation dépend simplement de l’état de calme ou d’agitation de l’animal. C’est surtout l’étendue avec laquelle elle se développe qui mérite particulièrement l’attention ; car si l’on ne considère que la faculté du changement de couleur, il est certain qu’elle est commune à beaucoup d’autres animaux, et à l’homme lui-même, dont la figure, suivant les passions qui agitent son âme, devient tantôt pâle, tantôt jaune, tantôt rose ou rouge.

Description de cette image, également commentée ci-aprèsLes naturalistes ont cru pendant longtemps que ces changements de couleur étaient dus, chez le caméléon comme chez l’homme, au simple mouvement du sang. « La grandeur du poumon des caméléons, dit M. Cuvier, est probablement ce qui leur donne la propriété de changer de couleur. Leur poumon, en effet, les rend plus ou moins transparents, contraint plus ou moins le sang à refluer vers la peau, colore même ce fluide plus ou moins vivement, selon qu’il se remplit ou de vide ou d’air. »

Des observations plus récentes et plus attentives paraissent prouver que le phénomène en question est sans aucune relation avec le jeu du poumon, et provient de la structure même de la peau, qui renferme diverses matières colorantes qui peuvent, à la volonté de l’animal, se témoigner à la superficie ou se dissimuler. En résumé, on peut donc dire que le caméléon change en effet facilement de couleur, mais avec une certaine indépendance de son entourage.

(D’après « Le Magasin pittoresque », paru en 1870)

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Caméléon sensible à la lumière et à la chaleur

Posté par othoharmonie le 14 juin 2015

 

 

FurciferPardalisMaleEn Europe, le caméléon commun habite les régions littorales dans les dunes et les forêts de pins ou d’eucalyptus. Très exposées au vent comme au soleil, les dunes subissent au cours de l’année des écarts de température allant de 10 à 30 °C. L’espèce ne semble pas souffrir du froid et vit jusqu’à 1 750 m dans l’Atlas, en Afrique du Nord, et jusqu’à 1 000 m dans les montagnes du Taurus, en Turquie. Selon le Français Robert Bourgat, l’amplitude, c’est-à-dire la variation de température au cours d’une journée, en Afrique du Nord atteint fréquemment 40 °C. On imagine par quelles couleurs de l’arc-en-ciel passe la robe du caméléon du matin jusqu’au soir avec de telles variations thermiques.

Tous les caméléons sont arboricoles, mais pas pour autant forestiers. Certains caméléons peuvent habiter, en Afrique du Nord, au Proche-Orient ou en Europe méridionale, des zones arides, voire désertiques, à végétation arbustive très espacée, comme c’est le cas par exemple de Chamaeleo chamaeleon ou deChamaeleo calytratus. À Madagascar, les nombreuses espèces présentes se répartissent dans des biotopes très variés allant du jardin urbain aux forêts caducifoliées (arbres à feuilles caduques) de l’Ouest, en passant par les étendues forestières d’altitude et celles des zones tropicales ou équatoriales humides. La place des caméléons dans ces écosystèmes est aussi variable que ces écosystèmes eux-mêmes, représentant des extrêmes, du désert brûlant et sec à la forêt humide et froide.

Sensibles à la lumière et à la chaleur

Les variations des teintes des caméléons ne relèvent pas du mimétisme comme on l’a cru longtemps.  Elles dépendent des réactions de l’animal, mais surtout des changements thermiques de son environnement et de l’intensité lumineuse qui influent sur le fonctionnement des chromatophores. Ainsi, dans l’obscurité ou la nuit, le caméléon commun « perd » toutes ses couleurs : lorsqu’il est au repos, il devient blanchâtre, livide. On connaît certains des facteurs intervenant dans ce phénomène spectaculaire de changement de couleur, et notamment la lumière. Par exemple, si l’on place l’une des faces du tronc d’un caméléon commun sous les rayons directs du soleil et que l’on cache l’autre face, on constate, après un quart d’heure, que la face ensoleillée a viré au brun sombre, alors que la face restée à l’ombre est devenue très pâle et tachetée de vert (cependant, si l’animal a froid, il devient entièrement sombre pour mieux capter les radiations solaires). Si l’ensemble du corps est soumis à la lumière, il devient uniformément brun sombre. Une autre expérience a montré que si l’on intercale un grillage entre l’animal et le soleil, l’ombre portée par les mailles va s’imprimer en jaune vif sur les flancs sombres ! Enfermé dans une boîte noire à une température de 25 °C, le caméléon prend une teinte vert brillant. Dans les mêmes conditions, mais à une température de 10 °C, sa peau tourne au gris terne.

Les autres lézards, proies ou rivaux ?

Les caméléons ont des relations un peu particulières avec les autres lézards, eux aussi insectivores. Dans certaines régions, comme en Afrique du Nord, seuls les caméléons sont arboricoles, ils n’entrent donc pas en compétition avec les lézards dans la recherche de leur alimentation. Mais ces derniers sont parfois la proie de certains grands caméléons qui n’hésitent pas à s’en nourrir, à l’occasion.

Des ennemis mal connus

Il semble que le plus grand nombre de prédations aient lieu lorsque les caméléons se déplacent maladroitement à terre, et qu’elles soient le fait d’espèces très diverses. Dans les arbres et les arbustes, où l’animal est nettement plus à l’aise, ce sont surtout des oiseaux diurnes que les caméléons doivent se protéger. Les serpents arboricoles sont également parfois susceptibles de s’approcher et de capturer un caméléon sur sa branche. Ainsi, en Europe, les deux principaux ennemis du caméléon commun sont un rapace, le busard cendré (Circus pygargus) et un reptile, la couleuvre de Montpellier (Malpolon monspessulanus).

Description de l'image Chameleon_in_Berenty_Madagascar_0001.JPG.Au moment de la mue, le caméléon est moins alerte et devient une proie plus facile. La mue a lieu 3 ou 4 fois par an, toute sa vie, quand l’animal est en bonne santé. Lorsque les conditions sont mauvaises et que l’animal est dénutri ou malade, il devient gris terne et sa mue, laborieuse, peut durer plusieurs mois.

Pendant la phase qui précède la mue, l’animal perd l’appétit et ralentit ses déplacements. La cornée s’opacifie, devient bleutée. Tout le corps prend bientôt une teinte bleuâtre sous l’effet de la lymphe, qui s’infiltre entre l’ancien épiderme et la nouvelle peau, formée de cellules peu kératinisées. Puis le vieil épiderme se détache par plaques depuis la commissure des lèvres jusqu’au dessous des pattes. Le caméléon, gêné par ces lambeaux de peau, se frotte contre des branches pour s’en débarrasser.

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