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LA PREMIERE PRESENTATION D’UN PRIMATE

Posté par othoharmonie le 16 mai 2015

 

  

Sapajus_libidinosusÀ cette époque, il n’est pas question de partir étudier de manière systématique les singes sur le terrain. Seuls quelques savants privi­légiés ont l’occasion d’observer les rarissimes spécimens vivants arrivés en Europe. Les anthropomorphes continuent à être des objets d’étonnement. La première présentation publique d’un primate anthropoïde, ainsi que sa désignation par le nom sous lequel nous le connaissons aujourd’hui, chimpanzé (dérivé du mot bantou kimpanzi), a lieu en septembre 1738 à Londres. On s’empresse de mettre la jeune femelle en scène dans une Heure du thé. 

Elle est revêtue d’une robe en soie, boit très délicatement du thé et s’appuie sur un bâton, conformément à une représentation désormais clas­sique. Thomas Boreman en décrit le caractère modeste, doux, discret et tranquille, comme il se doit pour une véritable lady. Elle imite les comportements humains à un degré étonnant. Le premier chim­panzé vivant arrivé en France débarque à Paris en 1740. Buffon travaille alors à une oeuvre titanesque, une histoire naturelle où il définit le simien comme un animal bipède, dénué de queue, dont les mains, les doigts et les ongles ressemblent à ceux des hommes. Le grand naturaliste précise que les grands singes, dont la face est aplatie, portent des masques de figure humaine et ajoute : « Ce sont de tous les singes ceux qui ressemblent le plus à l’homme, ceux qui, par conséquent, sont les plus dignes d’être observés. » 

Il compare les anthropomorphes aux hommes en l’état de nature : ils ont la même taille, la même force, la même ardeur pour les femmes, sont bipèdes et utilisent des armes. Il explique, par ailleurs, que le chimpanzé qu’il a adopté s’est approprié certaines habitudes humaines. Il est notamment capable de se servir du thé et utilise couverts, serviette, verre, tasse et soucoupe. Buffon refuse cependant d’huma­niser les anthropomorphes : la ressemblance est anatomique et non mentale. Il estime que les facultés d’imitation du primate relèvent de la caricature : le singe n’est pas capable de poursuivre un projet en copiant un savoir-faire. Cette impossibilité d’enchaîner les pensées volontaires en vue d’une fin garantit la prééminence de l’Homme sur ces espèces, de nature purement animale. Il déclare cependant que l’orang-outan est le « premier des singes ou le dernier des hommes  ». 

Il défend un principe d’évolution des vivants, tout en refusant l’idée que les humains (dont il affirme l’unité) aient pu passer par le stade animal. Envisageant donc le simien (de l’ordre de la dégénéres­cence) comme un miroir de l’humain (de l’ordre du perfectible), mais

uniquement d’un point de vue physique (les primates ne pensent ni ne parlent), Buffon conclut par cette phrase : il « n’est en effet qu’un animal, mais un animal très singulier, que l’Homme ne peut voir sans entrer en lui-même, sans se reconnaître, sans se convaincre que son corps n’est pas la partie la plus essentielle de sa nature 1 ». Le savant reconnaît, néanmoins, que les anthropoïdes peuvent manifester des sentiments, font preuve de mémoire et sont capables d’apprendre. En ce qui concerne nomenclature et classification des primates, les naturalistes sont alors en désaccord. Le tableau dressé est confus : Buffon distingue le Pongo du Jocko, noms qu’il emprunte à Battell, mais qu’il attribue tour à tour au chimpanzé et à l’orang-outan, tout en les présentant ensemble : il est possible qu’ils appartiennent à la même espèce. 

Les relations entre savants et primates anthro­poïdes ont, de fait, été longtemps embourbées dans les problèmes d’identification. Par ailleurs, les érudits pensent que les « orangs-outans » se déplacent en mode bipède aussi bien que quadrupède. Ils sont en effet trompés par la disposition des grands singes à imiter ceux qui les entourent. À partir d’études sur la localisation de leur trou occipital et d’examens de leur colonne vertébrale, Daubenton prouve néanmoins que les anthropomorphes sont quadrupèdes. Ses études sont en fait motivées par la recherche d’un critère objectif de distinction entre humains et anthropomorphes, ici la locomotion, bipède pour les premiers et quadrupède pour les seconds. Elles démontrent que la posture verticale, attribut qui fut aussi important que le langage dans le partage entre humanité et animalité, est un caractère fondamental de l’Homme. Pour Daubenton, les singes qui vivent à proximité des humains, en Europe, sont donc des singes dénaturés.

 

SOURCE : Petite Histoire des Grands Singes 

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Premières cohabitations entre hommes et singes

Posté par othoharmonie le 16 mai 2015

 

Tufted_CapuchinAu XVIIIe siècle, l’histoire naturelle connaît un engouement sans pareil. Le public a alors le goût des espèces rares et étonnantes, par exemple le rhinocéros présenté à la foire de Saint-Germain (1749), ou l’éléphant exhibé à Reims (1773). Le peuple a alors accès à quelques bêtes exotiques grâce à des montreurs ambulants, présents sur les foires. Les comportements d’imitation des singes non anthropoïdes sont mis en évidence lors de spectacles. Ils sont habillés et figurent certaines professions ou activités humaines, mimant des scènes du quotidien, jouant aux cartes, mangeant avec des couverts ou imitant les danses à la mode.

Les primates comme objets taxinomiques

Dans les muséums, l’afflux de spécimens pousse les naturalistes à s’atteler au grand oeuvre de mise en ordre des objets du monde. Dans ce cadre, ils privilégient les études morphologiques et anatomiques, l’observation des caractères externes et l’analyse de la structure interne des animaux, ainsi que l’anatomie comparée. 

Leur volonté de maîtrise du chaos s’exprime également dans la pratique de dénomination. Les savants trouvent dans le système linnéen la possibilité de mener à bien cette tâche commune selon des stan­dards rigoureux d’analyse et des codes partagés, autour desquels ils forment un collectif. En 1735, Carl von Linné parvient en effet à systématiser une nouvelle nomenclature dite « binomiale », c’est-à-dire composée d’un binôme : le premier des deux termes désigne le genre ; le second, l’espèce. 

Il définit l’ordre des Anthropomorpha à partir de caractères morphologiques communs aux hommes, singes et paresseux. En 1758 (dixième édition du Systema Naturae), il échange le terme d’Anthropomorpha contre celui de Primates (dérivé du mot latin primas : « qui est au premier rang », « qui a la préémi­nence », « qui est supérieur » – Gaffiot, 1974), pour nommer le groupe qui comporte les humains (parmi lesquels Homo sapiens ou diurnus, Homo ferus et certains hommes monstrueux), les chimpanzés (Simia satyrus) et les orangs-outans (Homo nocturnus, Homo sylvestris ou troglodytes). Créationniste et fixiste, Linné parle sous le contrôle de Dieu, la Nature constituant un réservoir d’évidences sensibles qui attestent l’existence divine : « Je nomme les espèces comme Dieu les a créées. » Le système linnéen obéit à la prescription biblique de dénomination des objets du monde, mais l’Homme est placé dans la série animale, ce qui constitue une rupture épistémologique décisive. 

SOURCE : Petite Histoire des Grands Singes 

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Le singe comme figure du diable

Posté par othoharmonie le 16 mai 2015

 

290px-La_Palmyre_030De la chute de l’Empire romain à l’ère gothique, le monde médiéval est peuplé d’êtres qui oscillent entre animalité et humanité, et qui menacent, de la sorte, la frontière érigée entre les deux règnes. L’héritage antique pèse fortement. Un imaginaire païen se maintient, dans une paysannerie moyenâgeuse, qui continue à vénérer, malgré l’Église, les figures liées aux cultes de la nature et de la fertilité. Les spiritualités anciennes, et particulièrement la religion égyptienne, dont le panthéon est animé de dieux hybrides et de déités animales, sont considérées comme incompatibles avec la doctrine chrétienne. La divinité attribuée au babouin par les Égyptiens, peuple idolâtre, ne pouvait en effet manquer de susciter la désapprobation.

Des humains rétrogradés et sataniques

Rattaché aux anciennes croyances profanes, le simia offre une image vile et dépravée de l’être humain. Exhibant une hideur révé­latrice de sa bestialité, il tente de singer l’Homme tout comme le diable essaie d’imiter Dieu. Ses proximités physiques et compor­tementales sont donc interprétées en sa défaveur : il devient le pro­totype de l’imposteur et du mystificateur. 

Le singe se présente comme un humain rétrogradé par un acte divin, de même que l’Homme est un ange déchu. Il constitue un avertissement, rappelant le risque de la déchéance et de la régression vers l’animalité. Pendant tout le Moyen Âge, l’Église considère officiellement le singe comme une figure du diable. 

Il semble que, malgré sa large diffusion, la doctrine du simien apparenté à Satan ait cependant eu peu d’effet sur les conceptions populaires à propos des primates, en raison, peut-être, de la rareté des figures du diable adoptant cette forme. Le Malin est incarné par d’autres animaux : chien, chat ou chèvre. Au tournant des XIe et XIIe siècles, des macaques de Barbarie sont montrés dans les foires et adoptés par les plus riches. Devenus plus familiers depuis les croi­sades, ils suscitent beaucoup d’intérêt. Vers le XIIIe siècle, les singes abandonnent les oripeaux du diable et symbolisent le péché, consti­tuant à nouveau une mise en garde contre la chute de l’Homme par la répudiation de sa dimension spirituelle. 

Les auteurs des bestiaires chrétiens défendent un projet encyclopé­dique, au sens où ils veulent rendre compte de la totalité du savoir et de l’être, dans différents champs, des sciences à l’art, des allégories morales aux adages de la tradition. Supports de démonstration magis­trale, les animaux constituent des exemples sur lesquels les auteurs plaquent des préceptes moraux. Plusieurs encyclopédistes, parmi lesquels Isidore de Séville, affirment eux aussi la parenté du singe avec le diable. 

Lors du changement de paradigme qui émerge vers le XIIe siècle, les érudits opèrent un retour aux sources antiques et redécouvrent les auteurs grecs et latins. Les êtres hybrides, faunes, singes et autres créatures mythologiques, refont surface. Les ressem­blances physiques entre humains et simiens sont reconnues, mais le critère de rationalité prévaut pour les distinguer. Une des nouveautés apportées par les encyclopédistes consiste à spéculer sur la men­talité, voire la psychologie des primates ; toutes les connaissances liées à leur biologie, ou à leur anatomie, étant recensées à partir des travaux des savants grecs, romains, arabes ou germaniques, parmi lesquels Aristote, Pline, Avicenne ou Hildegarde de Bingen. 

 Albert le Grand élabore son histoire naturelle comme une branche de la théologie, de même que les autres encyclopédistes. Son oeuvre se démarque néanmoins de leurs travaux. Ses descriptions se fondent en effet, souvent, sur des observations directes. Il répertorie toutes les similitudes entre l’être humain et les singes, y compris du point de vue mental (mémoire, jugement et imagination), mais maintient l’épreuve de la ratio. Seul l’Homme se prescrit des lois, différencie le bien du mal, vit dans des sociétés civilisées. Le théologien domi­nicain Thomas de Cantimpré juge les ressemblances corporelles trom­peuses et considère les imitations simiesques comme de piètres copies des comportements humains. Il ajoute que les singes se déplacent à quatre pattes. Leur nature les oblige donc à tourner leur regard vers le sol, alors que l’Homme contemple le ciel, lieu de son salut. 

SOURCE : Petite Histoire des Grands Singes 

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