Climat, attention aux Manchots

Posté par othoharmonie le 31 octobre 2014

 

Deux études s’inquiètent des conséquences du changement climatique  sur deux espèces de manchots, en Amérique du Sud et dans la mer de Ross.

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Tous les bébés du monde veulent avoir chaud et manger à leur faim. Les manchots ont beau peupler les plus froides contrées, ils n’échappent pas à la règle. Hélas, deux études publiées fin janvier dans PlosOne montrent que, quand le climat se dérègle, leurs poussins meurent glacés et le ventre creux.

Une équipe américaine s’est penchée sur le sort de 3496 jeunes manchots de Magellan, nés entre 1983 et 2010 à Punta Tombo, sur la côte atlantique de l’Argentine. «C’est la première étude de long terme qui montre que le changement climatique a un impact majeur sur la survie des poussins», explique la professeur de biologie de l’Université de Washington qui a dirigé l’étude. Dee Boersma avait déjà montré en 2009 que surpêche et pollution forçaient Spheniscus magellanicus à nager de plus en plus loin pour manger. Et lorsqu’un des parents traîne en mer, l’autre resté au nid et les petits ont faim.

Mais le froid aussi fait œuvre macabre. Car les poussins, trop gros pour s’abriter dans le giron de leurs parents mais encore dépourvus de plumes imperméables, sont trempés jusqu’aux os lorsque tombent des pluies glaciales. Quand il fait trop chaud, la même absence de plumes waterproof les empêche de piquer une tête pour se rafraîchir. Les tempêtes, calcule Dee Boersma, tuent chaque année 7 à 8 % des petits ; mais à deux reprises lors de l’étude (1991 et 1999), les pluies en ont décimé près de la moitié. C’est, insiste la chercheuse, une cause de mortalité qui s’ajoute aux autres (faim, prédateurs…). Et plus les poussins ont faim, plus ils peinent à réguler leur température interne.

Les poussins, dépourvus de plumes imperméables, sont trempés jusqu’aux os lorsque tombent des pluies glaciales

Les climatologues prévoient que des pluies diluviennes pourraient frapper la région tous les sept à quinze ans à la fin du XXIe siècle, quand elles tombaient tous les vingt ans à la fin du XXe siècle. «Nous allons voir des années durant lesquelles quasiment aucun oisillon ne survivra», s’inquiète la biologiste. Or le nombre de manchots se reproduisant à Punta Tombo, insiste-t-elle, a déjà chuté de près de 20 % depuis 1987, notamment à cause de la pollution. Et de plaider pour la création d’une réserve marine, «pour être sûr que la plus grande colonie de manchots de Magellan au monde ait assez à manger».

Icebergs géants

En mer de Ross, à l’extrême sud du globe, leurs cousins d’Adélie s’adaptent mal aux événements extrêmes. Des chercheurs du centre d’écologie fonctionnelle et évolutive (CNRS) suivent, avec une équipe américaine, trois populations de manchots d’Adélie depuis le milieu des années 1990. «Nous avons voulu savoir comment la fluctuation de la glace influait sur la pêche des manchots », explique Amélie Lescroël, premier auteur d’une étude publiée dans PlosOne. «Nous avons pu montrer qu’ils étaient plus efficaces quand il y avait moins de glace : les manchots doivent plonger pour trouver leur nourriture. Si l’accès à l’eau est bouché, c’est plus compliqué», explique-t-elle.

Les icebergs prennent de la place, obscurcissent l’océan et empêchent l’écoulement normal de la glace en été

images (5)Cinq ans durant, deux icebergs géants, dont l’un de plus de 3 000 m² de surface, sont restés coincés dans une baie, bloquant l’accès à la mer. «L’efficacité de la pêche des manchots était nettement moindre. Les icebergs prenaient de la place, gênant la production de la chaîne alimentaire en obscurcissant l’océan, et empêchaient l’écoulement normal de la glace en été, donc l’accès à la nourriture.» Les manchots durent multiplier les kilomètres à pattes pour atteindre la mer, puis revenir au nid pour nourrir leur famille… Or ils préfèrent de loin la nage! Les climatologues ne sont pas unanimes quant à l’impact du changement climatique sur le vêlage d’icebergs, mais «on pense que ce genre d’événement extrême va s’accélérer, et qu’on aura de plus en plus de gros icebergs», affirme Amélie Lescroël.

Peut-être faudra-t-il alors imiter les responsables du sanctuaire marin de Scarborough, dans le nord-est de l’Angleterre: 12 manchots de Humboldt y déprimaient à cause d’une météo exécrable, et se terraient dans leur abri. Les manchots de Sa Majesté ont donc été placés… sous antidépresseurs.

 

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