Le bouc

Posté par othoharmonie le 19 avril 2014

 

 

220px-Gorges_du_Verdon_Goat-Rove-brown_0255-1Certains écrivent que les habitants de la ville égyptienne de Mendès  vénéraient un tel animal, conservé dans un temple où on lui présentait régulièrement des hiérodules, c’est-à-dire des femmes spécialisées dans son culte, lequel comprenait éventuellement l’union avec l’animal sacré… mais c’est là répéter une erreur d’Hérodote, puisque l’animal vénéré à Mendès était en réalité un bélier. Il est vrai par contre qu’à Rome, au cours de la fête des Lupercales, les femmes étaient rituellement fouettées avec des lanières en peau de bouc ou de chèvre, afin d’assurer leur fertilité. 

Le caractère combatif, agonistique, du bouc le prédisposait à être l’incarnation de Verethragna, homologue iranien de l’Indra Vritrahan de l’Inde ancienne, et dieu combattant du mazdéisme, dont le nom dérive de verethrâgan « celui qui frappe l’obstacle ». 

Le seizième chapitre du Lévitique, décrit minutieusement le rituel, suivant lequel, au jour dit des Expiations, le grand prêtre recevait rituellement deux boucs : l’un était sacrifié, et l’autre, chassé rituellement, était le fameux « bouc émissaire » (caper emissarius), chargé d’emporter au loin les péchés des hommes. Et le Lévitique condamne, non pas le bouc, mais les personnes qui ont commerce avec lui : « Ils n’offriront plus leurs sacrifices aux boucs avec lesquels ils se prostituent ». Du reste, puisqu’il se charge des péchés de l’humanité, le bouc émissaire peut être considéré comme une préfiguration du Christ. Saint Paul, qui écrivait au cours du premier siècle, estima donc que le sang du Christ a remplacé celui des boucs sacrifiés (Héb. 9, 12-14) et bien plus tard, saint Bernard (ayant vécu de 1091 à 1153) dira que « ce nom de Bouc s’applique justement au très bon Jésus, quoique le bouc soit un animal immonde ». 

Pendant l’office de Yom Kippur (« Jour du pardon »), le grand prêtre du temple de Jérusalem tirait au sort entre deux boucs, l’un qui devait être sacrifié, et l’autre envoyé à Azazel, dans le désert. Ce nom d’Azazel a été diversement interprété : pour les uns il s’agirait d’une falaise du sommet de laquelle le bouc émissaire était précipité, pour d’autres il résulterait de la combinaison des noms de deux anges déchus et corrompus : Uza et Azaël. Il reste qu’en hébreu moderne, l’expression « va à Azazel ! » équivaut à notre « va au diable ! » 

Le souvenir du bouc émissaire prenant sur lui les péchés d’autrui a peut-être en partie motivé la coutume poitevine de mettre un bouc dans les étables au prétexte – disaient les paysans – que les miasmes et germes d’épidémies se concentrent sur eux, et de ce fait épargnent le gros bétail ; mais entre les deux guerres, René Charbonneau-Lassay a plusieurs fois vérifié que lors de épidémies de fièvre aphteuse « la présence du bouc dans les étables n’empêchait nullement les animaux de mourir. Néanmoins, l’épidémie passée, le paysan remplaçait simplement son bouc par un autre, en prétendant que le premier était dégénéré » (1940 : 183). 

Mais de ce bouc rédempteur et non coupable, le christianisme a fait le symbole de la culpabilité, et y a vu l’incarnation du Mal. À partir du XIIe siècle, l’animal innocent, mais chargé de péchés, est progressivement devenu l’image même du Mal. Aussi le diable est-il régulièrement doté, dans l’iconographie, de pattes, de cornes et d’oreilles de bouc, à l’instar de l’ancien Pan. On prétend alors que le bouc est la monture favorite des sorcières, et les clercs s’accordent à dire que c’est sous la forme de cet animal que Satan préside au Sabbat des sorcières, et qu’il possède charnellement ces dernières. Il est vrai que dans l’Ancien Testament déjà, le mot « bouc » intervenait avec une connotation péjorative, puisqu’il était utilisé pour surnommer des oppresseurs que YHVH menaçait de frapper (Zacharie 10, 3). L’agneau, le mouton, la brebis représentant le chrétien, les caprins auxquels ils s’opposent figureront les juifs, et l’encyclopédiste médiéval Raban Maur, qui avait déjà écrit que le bouc est « obscène et effronté… toujours porté au coït » (« Hircus, lascivum animal et petulum, et fervens semper ad coitum… »), ajoutera donc, au IXe siècle, que le nom de cet animal sert à désigner les hommes semblablement portés sur la chose, mais aussi les pécheurs en général, les païens, et… les juifs ! 

Une autre invention, également destinée à discréditer une communauté finalement peu appréciée de l’Église, est celle qui fit des templiers – accusés d’homosexualité – des adorateurs du Baphomet, figure de bouc satanique, et la psychanalyse a brodé sur cette symbolique, puisque Carl Jung a cru voir dans cet animal un symbole du penchant de l’homme pour la sodomie !

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