Une cigogne française bien particulière

Posté par othoharmonie le 1 novembre 2013

Un oiseau migrateur en provenance de l’Hexagone a été arrêté pour espionnage en Haute-Égypte parce qu’il portait un mystérieux boîtier sur son dos.

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Le climat de paranoïa en vigueur en Égypte vient d’atteindre un degré inégalé. Après la sanglante répression des Frères musulmans, accusés de « terrorisme » au lendemain de la destitution du président Mohamed Morsi, suivi des arrestations de journalistes occidentaux, soupçonnés d’être à la solde des islamistes, le nouveau pouvoir égyptien, piloté par les militaires, s’attaque désormais aux animaux. Les autorités du pays détiennent depuis la semaine dernière une cigogne, suspectée d’être un agent secret à la solde des Français, a révélé dimanche l’agence Associated Press.

Cet espion d’un nouveau genre a été intercepté en Haute-Égypte, dans le gouvernorat de Qena, à 450 kilomètres au sud du Caire, alors qu’il évoluait parmi quatre de ses congénères. C’est un pêcheur, interpellé par un étrange boîtier électronique fixé sur le dos de l’oiseau, qui a donné l’alerte. Obéissant à la lettre aux strictes consignes sécuritaires demandant à tout Égyptien de dénoncer les tentatives de complot contre l’État, le héros s’est emparé de l’animal qui s’approchait dangereusement de son domicile.

Une balise française

Arrivé au poste de police muni de sa prise, le pêcheur ne provoque pas le moindre fou rire. Bien au contraire, l’homme est reçu par des officiers tout aussi interloqués que lui par le curieux dispositif présenté par la « bête ». Et pour cause, en début d’année, un agent de sécurité a capturé un pigeon détenant, selon lui, un mystérieux microfilm. Une pure coïncidence ? Les policiers n’y croient pas, et placent l’oiseau en détention afin de mener l’enquête. 

La photo de l’échassier en cage fait la une des journaux du pays, qui se passionnent pour ce mystérieux espion à plumes qui en voulait à la révolution égyptienne. Un expert vétérinaire est même dépêché sur place pour tenter de percer ses secrets. Le suspense ne durera pas longtemps. Dès samedi, Ayman Abdallah, chef des services vétérinaires de la région de Qena, révèle que le boîtier n’est en rien un dispositif d’écoute ultraperfectionné mis au point par la DGSE, mais une simple balise fixée par des scientifiques français pour suivre les déplacements de l’oiseau migrateur. Preuve de l’innocence de la cigogne, le vétérinaire souligne que le boîtier a cessé de fonctionner dès l’instant où l’oiseau a franchi la frontière française. 

Mais l’affaire a pris une telle ampleur que des sources militaires égyptiennes se voient obligées de confirmer, sous le couvert de l’anonymat, la vraie identité de l’oiseau. Or, ce dernier n’est toujours pas libre. Telle une véritable menace pour la sécurité intérieure de l’Égypte, l’oiseau doit encore attendre la permission du procureur général pour quitter le pays. Quant au pêcheur de Qena, son patriotisme a été loué par le quotidien gouvernemental Al-Ahram, malgré son énorme bévue.

L’incident aurait pu prêter à rire s’il n’était pas le dernier exemple de la logique répressive qui s’abat contre toute opinion discordante en Égypte. Quiconque conteste le discours officiel de l’armée – et partagé par la majorité de la population – d’une révolution populaire qui a mis fin au terrorisme islamiste soutenu par l’étranger est voué aux gémonies. Comme le rappelle Vanessa Descouraux, correspondante de Radio France au Caire, il règne dans le pays un climat d »‘espionnite aiguë » depuis le 3 juillet dernier, date de l’éviction de Mohamed Morsi. 

Plus d’un millier de personnes ont été tuées, dont une majorité de partisans du président déchu, et plus de 2 000 Frères musulmans ont été arrêtés, dont la quasi-totalité des dirigeants de la confrérie. Sans oublier les 60 journalistes occidentaux qui ont été détenus sous l’accusation d’espionnage. Reste que l’affaire de l’espion qui craquetait n’est pas encore totalement élucidée. Étrangement, les autorités égyptiennes ont, depuis le début, évoqué l’arrestation d’un cygne. Les images sont pourtant formelles. L’espion présumé n’était autre qu’une cigogne.

Article publié par Le Point.fr – le 02/09/2013  

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