Le dauphin triste

Posté par othoharmonie le 18 décembre 2012

Le dauphin triste

Extrait du livre « Botschaft der Deline » de Eric Demay – Editions Kosmos

 

Les névroses de Jean-Floch

Un grand dauphin (Tursiops truncatus)

« Jean-floch est peut être le dauphin le plus incroyable que j’ai pu rencontrer. Le dauphin était très difficile à trouver et la côte très escarpée compliquait mes déplacements. C’est finalement en fin d’après-midi dans le port de Camaret que je rencontrais pour la première fois le fameux dauphin. 

Il restait près d’une bouée en plein milieu du port. Les accès à l’eau étaient si difficiles qu’il m’avait fallu nager plusieurs centaines de mètres avant de le rejoindre. Fatigué par le poids de mon caisson vidéo et par mon empressement, j’arrivais complètement exténué à la rencontre de Jean-floch.

 Ce dernier s’entourait la nageoire caudale avec des cordages comme pour se faire couler. J’avais jamais rencontré un dauphin aussi « bavard » !

Il me lançait toutes sortes de sons à des fréquences aussi diverses les unes que les autres. J’étais ravi car ma caméra était équipée d’un microphone sous-marin. Je me demandais vraiment comment il pouvait ne pas couler avec autant de cordages emmêlés autour de sa queue.

 En fait, il était beaucoup plus précis dans ses gestes qu’il ne paraissait. On m’avait beaucoup alerté sur ses comportements atypiques et tout le monde s’inquiétait. Il y avait même eu un petit problème quand un plongeur avait coupé au couteau tous les cordages entourant le dauphin, hélas ces cordages servaient à fixer le bateau d’un pêcheur local ce qui avait légèrement envenimé la situation….

 En fait je reste encore convaincu que Jean Floch était sujet à une maladie mentale proche d’une névrose et peut être même d’une psychose maniaco-dépressive. Ce besoin d’être aimé, qu’on s’occupe de lui, le poussait à ce genre de simulation de suicide, additionné à des crises d’auto-mutilation. Je n’avais jamais rencontré d’animal sauvage avec autant de cicatrices causées par son propre comportement.

Mais alors comment parler de névrose pour un animal autre que l’homme. Il faudrait par ailleurs considérer le dauphin comme l’égal de l’homme pour ce qui est de la question de l’éducation et du rôle primordial de la « petite enfance » décrit par la psychanalyse.

 Le dauphin triste  dans DAUPHIN baleine1Je ne pouvais pas m’empêcher de penser à la théorie de Cousteau qui disait que les ambassadeurs étaient des individus rejetés de leur groupe. Souvent il est y vrai que les ambassadeurs ont des particularités bien distinctes. « U2″ en Australie avait cet aileron atypique qui aurait pu la « désocialiser ». Imaginons chez l’homme, un enfant bossu qui malgré toutes les règles d’insertion sociale et de solidarité, est malgré lui rejeté du quotidien des autres enfants, notamment pendant l’adolescence. La chose pourrait aussi bien se reproduire dans la société pourtant complexe des dauphins. Un dauphin dit « anormal » pourrait ne pas se mouler dans la société d’un groupe de dauphins. Je me pose toujours la question.

 Jean Floch avait de telles cicatrices que la photo identification était devenue presque inutile. Habituellement ce sont les prises de vues des ailerons qui permettent d’identifier les individus. Ce dauphin était unique dans sa morphologie, une véritable « gueule cassée » !

 Ce dauphin me faisait beaucoup de peine quant à sa condition solitaire.
En Bretagne, les ports sont grands et peu de baigneurs tentent de rencontrer Jean Floch dans les eaux souvent froides. Lors de ma première rencontre, j’avais réalisé des images vidéo très ordinaires mais l’enregistrement sonore avait été excellent, je n’avais jamais entendu de telles gammes de fréquences aussi riches.

 La séance avait commencé tard et comme la nuit arrivait, j’avais décidé de sortir de l’eau. Jean Floch était comme un fou dès qu’il comprit ma décision de le quitter. Il soufflait trèsfort avec son évent et se collait à moi. Il essayait toutes les formes de séduction possibles pour que je reste avec lui. Alors que j’arrivais près du quai et que je ne changeais toujours pas d’avis, il se plaça sous moi et me souleva de tout son corps. Ainsi j’avais quasiment mes palmes qui sortaient hors de l’eau et j’avais toutes les peines à avancer.

 Je me suis donc arrêté et je le regardais droit dans les yeux. Il y avait beaucoup de tristesse dans son regard, c’était vraiment pathétique, cela me crevait le coeur. Je lui parlais pour lui expliquer pourquoi je devais sortir et finalement il me laissait regagner la terre ferme.

 Plus tard, je le retrouvais quelques fois en milieu de journée toujours pressé dans des cordages ou la tête frôlant des hélices. Je n’ai pas pu beaucoup me familiariser avec lui car j’avais été obligé de le quitter pour aller rencontrer d’autres dauphins à Zanzibar dans l’Océan Indien.

Je pense souvent à lui, Jean Floch est le dauphin qui soulève encore en moi beaucoup de questions.

 

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