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Le Lynx dans les Vosges

Posté par othoharmonie le 10 août 2012

Animal complètement méconnu, contrairement au loup et à l’ours, le lynx est longtemps demeuré ignoré par les populations et ne laisse aucune trace dans le folklore local. Seule la toponymie des lieux témoigne de sa présence. Pourtant, avant d’être exterminée vers la fin du XVIIe siècle, l’espèce était répandue au moyen-âge dans nos montagnes comme dans nos forêts de plaine.

 Le Lynx dans les Vosges dans LYNXLe lynx a été réintroduit dans le Massif vosgien en 1983. Seul programme officiel autorisé par l’Etat afin d’établir un second noyau de population proche du Massif jurassien, où le lynx est présent suite aux lâchers effectués en suisse dans les années 1970. Entre 1983 et 1993, neuf femelles de douze mâles ont été lâchés, mais seule, une dizaine d’animaux survivent. Quatre femelles et six mâles fondent alors, la population actuelle. 

Le lynx, félin de grande taille, mesure de 80 à 110 cm de longueur, 50 à 70 cm de hauteur, pour un poids de 18 à 25 kg. Son pelage est roux, fauve à brun gris avec des mouchetures noires. Des longs pinceaux de poils prolongent les extrémités des oreilles. Sa queue est très courte et il possède une allure élancée, haut perché sur des membres particulièrement longs et robustes.

L’espèce vit dans nos vallées boisées, pourvu qu’elle y trouve la quiétude et de quoi se nourrir. Le lynx est un animal solitaire et ne tolère aucun congénère adulte du même sexe sur son territoire. Selon les individus, un lynx adulte occupe un domaine vital dont la superficie varie entre 150 à 450 km².  Il peut parcourir des distances de 10 à plus de 20 km au cours d’une nuit.

220px-Lynxes_at_Skansen dans LYNXC’est sur ce vaste territoire, que le félin capture ses proies. Il tue lui même les proies qu’il consomme. L’essentiel de son régime alimentaire est constitué d’ongulés de taille moyenne, principalement le chevreuil et le chamois. D’autres espèces comme le lièvre, les petits carnivores (renards, chat sauvages ou domestiques…) les rongeurs et les oiseaux complètent ce menu. Les proies de grande taille sont constituées de biches adultes ou jeunes cerfs (daguets). La prédation sur le sanglier est quasi inexistante. Le lynx attaque également les animaux domestiques, moutons et chèvres.

Aujourd’hui, plus de vingt ans après les premiers lâchers, le lynx occupe dans le Massif vosgien, une superficie égale à 3627 km². L’espèce est présente dans le Massif vosgien depuis les contreforts Francs-Comtois jusqu’à Saverne. D’est en Ouest, cette aire s’étend depuis le piémont alsacien jusqu’aux premiers massifs forestiers montagneux du versant lorrain. Dans les Vosges du Nord le présence de l’espèce est plus sporadique.

Le félin a trouvé des conditions favorables, liées à la présence d’ongulés sauvages et de forêts suffisamment denses. Toutefois, le développement de la population est particulièrement lent et semble lié à l’effectif faible de lynx fondateurs réintroduits sur une trop longue durée. L’isolement géographique de la population Vosgienne, le braconnage,  limitent également l’extension de l’espèce.

Alain Laurent. Réseau Lynx ONCFS 

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La chasse au Lynx

Posté par othoharmonie le 10 août 2012

 

La chasse au Lynx dans LYNX 220px-Lynx_de_Sib%C3%A9rie_Thoiry_1981En 1900, le lynx avait été chassé de toute l’Europe occidentale et méridionale. Des populations résiduelles subsistaient dans les Balkans (Serbie, Monténégro et Albanie) et – quoique fortement réduites – dans le nord de l’Europe. En Europe centrale, la seule population viable occupait les zones de montagne boisées des Carpates. En Suisse, le lynx disparut au XVIIe siècle déjà du Plateau, mais réussit à demeurer dans le Jura jusqu’au début du XIXe siècle et dans les Alpes jusqu’à la fin du XIXe siècle. La dernière observation historique de lynx en Suisse date de 1909 dans la région du col du Simplon. Le lynx a disparu des Alpes et d’Europe occidentale avant l’ours et le loup, bien qu’il ait été vraisemblablement moins pourchassé. Cette situation s’explique par la plus grande vulnérabilité du lynx face à la destruction de son habitat (déboisement) et, fait décisif, par le recul de ses proies sauvages au XIXe siècle: Les ongulés (bouquetins, cerfs, chevreuils et sangliers) avaient été exterminés de notre pays avant les grands prédateurs. Seuls les chamois survivaient dans les Alpes, mais en petit nombre par rapport à la population actuelle. Le lynx ne s’attaque qu’occasionnellement aux moutons; contrairement au loup ou à l’ours, qui mangent des charognes et se déplacent sur de longues distances, il ne peut pas se nourrir uniquement d’animaux domestiques, qui ne pâturent à l’alpage qu’en été.

 

Vers 1950, après que la chasse – illimitée jusqu’alors – a été réglementée, les populations de lynx commencèrent à se stabiliser et à se rétablir en Europe de l’Est. En ce qui concerne les pays nordiques, la Suède mit l’espèce sous protection absolue, permettant à la population de se régénérer – lentement d’abord, puis plus rapidement à partir de 1980. Plusieurs tentatives de réintroduction ont lieu depuis 1970 en Europe centrale et occidentale, dans les Alpes suisses et le Jura, mais aussi en Slovénie, en

Autriche, en France, en Italie, en Allemagne et en République tchèque. 

Des lynx ont été réintroduits en Suisse durant la première moitié des années 1970. Les premiers individus ont été lâchés dans le canton d’Obwald. L’inspecteur des forêts de l’époque, Leo Lienert, donna son aval au lâcher de cerfs et obtint du gouvernement cantonal l’autorisation de réintroduire le lynx en contrepartie. Les animaux provenaient des Carpates slovaques. 

Le jardin zoologique d’Ostrava envoya des lynx capturés dans les Carpates. En plus des lâchers officiels dans les cantons d’Obwald, Vaud et Neuchâtel, plusieurs individus – pour ce que l’on sait également d’origine slovaque – furent introduits illégalement dans les Alpes et le Jura. Selon les estimations, entre 25 et 30 lynx auraient été lâchés en Suisse, mais seule une partie est à l’origine des deux populations des Alpes et du Jura. On sait par exemple que les lâchers clandestins dans le Parc national en Engadine n’ont jamais permis le développement d’une population. Il est probable que les populations actuelles ne sont nées que d’un petit nombre d’individus, puisqu’on enregistrait déjà des pertes dans les années qui suivirent les réintroductions. 

À l’époque, la Suisse n’avait aucune expérience en matière de réintroduction du lynx. Elle faisait, alors, oeuvre de pionnier. Avec le recul, il faut avouer que ces projets étaient critiques: Le manque de professionnalisme, l’absence de coordination et les mystères entretenus autour des lâchers dans les années 1970 entravent, encore actuellement, la réintroduction de l’espèce en Suisse. Même les instances cantonales continuent de justifier les tirs illégaux par les lâchers non autorisés. Le déficit d’information durant les lâchers a ouvert la porte aux rumeurs et aux spéculations. Il suffit qu’un lynx surgisse quelque part pour éveiller le soupçon d’un lâcher illégal. S’il est vrai que le lynx s’aventure rarement hors de son territoire – au contraire du loup et de l’ours – cela n’est toutefois pas impossible. 

Le lynx a d’abord colonisé l’ouest de la Suisse, délaissant largement la partie est. À la fin des années

1990, la population de lynx s’accrut dans le nord-ouest des Alpes suisses. On y nota davantage d’observations de lynx et une augmentation du nombre d’attaques perpétrées sur des moutons estivés, ce qui ne manqua pas de ranimer immédiatement et violemment le vieux débat sur la légitimation des grands prédateurs dans notre pays.

 C’est sur la base de ces conflits que fut adopté le Concept Lynx Suisse en l’an 2000. Ce programme de gestion eut notamment pour conséquence l’expansion de la zone de répartition du lynx vers le nord-est de la Suisse: Neuf lynx furent capturés dans l’ouest de la Suisse entre 2001 et 2003 pour être relâchés dans le nord-est du pays. Le projet de translocation de lynx vers le nord-est de la Suisse (projet UNO) a fait l’objet d’une intensive préparation; les recommandations de l’UICN (Union mondiale pour la nature, www.iucn.org) ont largement été prises en compte pour les réintroductions. En outre, on a pu profiter des expériences des années 1970 pour ne pas répéter les erreurs du passé. La transparence passait avant tout. La surveillance systématique des animaux était indispensable pour assurer le suivi.

 Le projet mettait également l’accent sur l’information complète de la population.

Le projet de réintroduction reçut un large soutien et connut des débuts très prometteurs. Les animaux s’organisèrent rapidement en un système social typique. Les premières naissances de lynx vivant en liberté furent documentées en 2002 en 2003. La perte de trois mâles crée cependant un vide critique dans la population, jeune et encore vulnérable. Actuellement, six lynx adultes vivent dans le nord-est de la Suisse. Par ailleurs, un mâle subadulte a pu être capturé et équipé d’un collier-émetteur en novembre 2003. Il vit depuis plusieurs mois dans la région du Tössstock.

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La réintroduction du Lynx

Posté par othoharmonie le 10 août 2012

 

C’est dans le cadre de l’opération « Grand Retour » du WWF France que la réintroduction du lynx a été programmée en étroite liaison avec le Groupe Lynx d’Alsace. La disparition du lynx en Alsace remonte à 1640 et l’ours brun fut exterminé entre 1750 et 1760.

La réintroduction du Lynx dans LYNX 220px-VenuskopfLe premier lâcher a été effectué le 5 mai 1983 dans le massif du Taennchel avec l’appui de l’Office national des forêts. Le projet de lâcher quelques exemplaires de lynx fut vivement critiqué par les éleveurs et les chasseurs craignant pour la survie de leur cheptel. D’autres personnes, sous l’emprise d’une peur atavique du loup-cervier de nos ancêtres, se joignirent aux doléances des adversaires du lynx. Trois animaux, deux mâles de 19,5 et 21 kg et une femelle de 15,5 kg capturés en République tchèque et munis de colliers radio-émetteurs pour permettre le pistage de leurs déplacements sont lâchés dans le massif du Taennchel. Transférés dans des cages situées au cœur de la pente du Taennchel, le site du lâcher, ils ont effectué une période de repos et subi une vaccination anti-rabique avant qu’ils ne soient libérés. Le premier couple, Xenie et Boric, libéré le 2 mai 1983 est resté à proximité du point de lâcher, ce qui prouve qu’ils se sont très vite acclimatés. Le mâle Boric a été retrouvé mort le 10 janvier 1984 dans la forêt de Willer-sur-Thur, victime d’un braconnier. Un autre lynx mâle, Alex, libéré le 4 juin 1983 au Taennchel a disparu le 28 octobre 1983 des contrôles télémétriques. On retrouvera son crâne le 24 mars 1986 non loin de son lâcher dans la forêt domaniale de Ribeauvillé. Il est arrivé à maintes reprises, dans d’autres circonstances, que les lynx se dispersent sur de grandes étendues.

Ce premier lâcher fut suivi par sept autres à la fin de 1991. On peut dire que jusqu’en 1993, vingt-et-un animaux ont été réintroduits dans le massif vosgien dont quinze en particulier au Taennchel. Cinq ont disparu ou ont été abattus. Tous les lynx sont suivis régulièrement par télémétrie et radiopistage. Un autre couple de lynx, Hectorine et Sixty ont été lâchés dans le massif du Climont le 27 mars 1987. Tatra, une femelle lynx, a été lâchée au Taennchel le 24 mars 1992. Au total treize lynx ont été introduits dans le massif du Taennchel, quatre dans le massif du Climont et deux dans le massif du Rossberg. Six ont été retrouvés morts par maladie ou tués par balle. En théorie il reste, dans ces trois massifs qui se jouxtent, douze lynx vivants. Récemment un lynx a été aperçu au-dessus de la crête de Sainte Marie-aux-Mines ce qui prouve que le lynx s’est très bien acclimaté dans les environs. De nombreuses mises bas sont signalées par les correspondants du Réseau lynx, créé par l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS). Tous les indices, empreintes, poils, excréments, cadavres, hurlements ou observations visuelles sont recueillis. Ainsi 74 rapports sont enregistrés durant douze mois dans les Vosges, chevauchant les années 2006-2007.

Il apparaît aujourd’hui, que le lynx s’est durablement installé dans les Vosges, avec des reproductions attestées (Taennchel, La Hingrie près du col de Fouchy). Les hauteurs du val de Lièpvre et du val de Villé font partie des territoires qu’il fréquente. Sa discrétion et la densité encore faible de son peuplement sont ses meilleurs atoûts pour échappper à l’homme, son seul prédateur.

Lynx_lynx_cub_20050709-300x199 dans LYNXLe lynx est un animal en voie de raréfaction. C’est un superprédateur qui a sa place dans l’équilibre naturel de la forêt. Il empêche les chevreuils de devenir trop nombreux ce qui est nuisible. En capturant les animaux malades ou faibles, il améliore l’état sanitaire des animaux sur place. Le lynx ne vit qu’en forêt : les Vosges étaient le seul massif français où il était absent. Le lynx chasse à l’affût. Il attaque les proies à la gorge pour les étouffer. Les proies du lynx sont le chamois, les petits rongeurs, le cerf, le chevreuil, les petits carnivores, le lièvre, le renard. En 2006 on estimait que le massif des Vosges avait entre 30 à 40 lynx. Le massif du Taennchel reste l’un des endroits de prédilection des chasseurs en raison d’une forte densité de cerfs, de chevreuils et de sangliers. Mais la population des lynx vosgiens reste encore fragile en raison d’un braconnage fréquent et des risques liés à la chasse et à la circulation automobile.

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Le Lynx dans le Jura

Posté par othoharmonie le 10 août 2012

 

U n lynx de 20,5 kg capturé vendredi 2 mars à la Rossinière, a été relâché au Mont Aubert, dans le jura du Canton de Vaud. Le lynx est équipé d’un collier émetteur et sera suivi pendant plus d’une année. Les lynx sont plus nombreux dans les Alpes alors que le Jura a perdu plusieurs individus. Ce transfert permettra de rééquilibrer les lieux d’implantation. Zoro, quant à lui (le lynx capturé en 2006 et ensuite relâché) évolue actuellement sur le territoire français au sud-est de Genève à 100 km de son lâcher.

Le Lynx dans le Jura dans LYNX 220px-Lynx_lynx_poingTrop de lynx tue le lynx?

L e député vaudois Albert Chapalay estime que la surpopulation de lynx dans son canton est telle que le braconnage risque de se développer. Ses collaborateurs ont même convoqué une réunion intercantonale pour trouver une solution à la présence excessive de l’animal.

 Histoire de Lynx de Lévi-Strauss, Claude. —.

Pion, Paris, 1991, 368 p., ill., bibl., index.

 

Puisque cette histoire de lynx est le septième sinon même le huitième volume qu’il consacre à l’étude de la mythologie amérindienne, on pourrait s’attendre à ce que Claude Lévi-Strauss y vienne conclure en quelque sorte son oeuvre en reprenant, pour les compléter, quelques démonstrations laissées en suspens dans les

Mythologiques. Or, bien que l’on trouve dans ce nouveau livre la poursuite de plusieurs intérêts anciens, l’ouvrage, heureusement, donne plutôt l’impression d’un mélange de notes, de remarques et d’inventions, pas toujours très bien organisées ni rigoureuses, souvent offertes un peu en vrac ou pêle-mêle. Il est heureux qu’il en soit ainsi, car si l’on attendait un testament, il faudra davantage retenir ici le témoignage d’une extraordinaire vitalité intellectuelle : Lévi-Strauss nous offre quelques vastes matières à réflexion pour nous dire en somme, comme toujours, qu’il reste encore beaucoup à faire.

 

Dès les premières lignes, il est tout de suite clair que nous retrouvons un territoire familier. Le texte ouvre sur deux versions d’un mythe Nez-Percé traitant de grossesse et de l’arrivée de jumeaux opposés, Lynx et Coyote, une opposition qui sera ensuite traduite dans des contrastes multiples construits avec des éléments naturels, des outils de cuisine la production de nourriture, les activités de chasse, ce qui permettra d’opposer le vertical et l’horizontal, le ciel et la terre, le monde extérieur et le corps, et ainsi de suite. Comme le dit Lévi-Strauss dans son Avant-propos, le début de cet ouvrage ressemble beaucoup à la phase nommée « ouverture » lors d’une partie d’échecs : il y aura nécessairement ici un effet de répétition chez l’observateur habitué qui connaît la routine et qui attend, sachant que quelque chose s’en vient. On passe ensuite à des variations de ce qui semble être les mêmes récits chez les Klikitat, les Coeur-d’ Alêne, Sanpoil, Flathead, Snohomish, Thompson et Shuswap, avant de faire le grand saut vers l’Amérique du sud et retrouver un mythe remarquablement semblable chez les Tupinamba et, de nouveau, dans des variantes Guarayu (Bolivie) et Mbya-Guarani (Paraguay).

 

Assez rapidement, ces comparaisons mènent Lévi-Strauss au thème central de sa démonstration. En bilan de ces constructions mythiques diverses, il suggère en effet qu’en terre d’Amérique, les oppositions essentielles de la vie restent partout et toujours en état de déséquilibre. Toute unitgé renferme nécessairement une dualité et, entre ces deux moitiés, il n’y a jamais d’égalité véritable. Les pôles opposés qui semblent ordonner la nature tout comme la société ne forment nulle part des jumeaux vraiment identiques. Il n’y a jamais de véritable parité. C’est ainsi que fonctionne l’univers et voilà pourquoi il n’y a pas d’inertie possible dans un tel système.

 C’est en ce sens que Lévi-Strauss ajoute l’argument (dont certains rapporteurs ont fait grand cas) voulant que les cultures amérindiennes aient déjà « prévu » l’existence des Européens en leur faisant une place logique, quoique vide jusqu’à leur arrivée, dans un système de pensée qui devait imaginer la possibilité du « Non-Indien » et qui se maintenait en perpétuelle transformation.

Tout cela est dit en 92 pages. Et Lévi-Strauss, qui en Avant-propos exprime son regret de ne pas être compris comme un auteur de roman policier ou de conte de fées, risque d’être encore une fois déçu. Le premier tiers du livre offre une démonstration que tout lecteur suivra avec attention ; on y trouve même quelques petits suspenses qui pourraient rappeler le genre roman policier : pourquoi la femme enceinte de la Côte Nord-ouest prononce-t-elle la sentence fatidique en disant « Si c’est un garçon je le garde ; mais si c’est une fille je la tue », alors que la mère Canela du Brésil prononce les mêmes paroles mais en inversant les sexes ? Voilà qui est fascinant, mais dès que le lecteur dépasse le premier tiers du livre, il n’y a plus vraiment d’énigme, le fil conducteur se perd, la narration tournoie et l’on comprend que l’on est entré dans le monde des considérations diverses et des digressions intéressantes.

La seconde partie (joliment nommée « Éclaircies », à la suite d’une première partie intitulée « Du côté du brouillard ») a peut-être la faiblesse de ne pas faire avancer la démonstration de la thèse principale, mais aussi la qualité de poursuivre des pistes secondaires souvent riches ou stimulantes. Cette seconde partie (pages 119 à 224) nous place devant un gigantesque casse-tête que l’auteur essaie de compléter en ajoutant ici et là quelques pièces. On y retrouve, peut-être plus nettement que nulle part ailleurs, un ethnologue amoureux de la mythologie amérindienne et plus convaincu que jamais qu’on y trouve la trace et la preuve d’une prodigieuse intelligence humaine. C’est aussi la partie de l’ouvrage que les critiques pourraient attaquer facilement en disant que les généralisations (du genre « En Amérique du sud ») sont toujours excessives et que les interprétations paraissent parfois abusives (quand, par exemple, un enfant dissimulé sous une robe et qui y fait une bosse est comparé aux excroissances formées sur une branche par les noeuds du bois). Mais c’est aussi dans ces aventures exploratoires que les admirateurs trouveront de nouvelles preuves d’un esprit analytique franchement génial : «… un bain voulu par et pour soi, malgré l’autre, est la contradictoire d’un bain voulu non par et pour soi, mais pour l’autre qui n’en veut pas » (p. 135) ; ou encore, «… la transformation saute par-dessus le contraire et retombe à pieds joints sur le contradictoire au-delà ». Il faut dire qu’il y a là matière à des années de travail.

Les intuitions sont parfois fulgurantes, les conclusions parfois prématurées, mais Lévi-Strauss confessera plus loin avoir trouvé une certaine paix : «… j’ai procédé par essais et par erreurs. Des oppositions, même réelles, n’ont pas toujours la forme que je leur ai donnée ; d’autres n’existent peut-être pas. Si l’on m’accorde que j’ai vu juste dans un nombre appréciable de cas, je m’estimerai satisfait. » (p. 250).

 Lynx du Canada (Lynx canadensis)La dernière partie, comme il se doit, cherche à conclure sur la plupart des dossiers importants mais qui, encore ici, n’ont pas toujours de lien direct avec ce qui était annoncé comme le propos central de cet ouvrage. Lévi-Strauss montre d’abord beaucoup d’aisance à traiter de ce qu’on appelle l’acculturation et de l’influence, sur la mythologie amérindienne, des récits de contes d’origine européenne transmis par des voyageurs franco-canadiens qui avaient la bonne habitude de jaser longuement avec les Amérindiens, en Chinook, les soirs autour du feu. Ensuite, sur un tout autre sujet et en redisant sa fidélité à Montaigne, il renouvelle son choix philosophique pour l’équilibre difficile entre le scepticisme radical et la volonté de vivre, entre la satisfaction de croire que la vie a un sens alors que « la sincérité intellectuelle assure qu’il n’en est rien » (p. 287). Dans un autre chapitre, sous le titre pourtant éminemment triste du « Dernier retour du dénicheur d’oiseaux », Lévi-Strauss fait preuve d’une forme remarquable en voulant boucler une démonstration analytique débutée huit livres plus tôt. L’ouvrage se termine sur « L’idéologie bipartite des Amérindiens » qui relance une discussion avec les ethnographes de l’école de Harvard sur les rapports difficiles entre réciprocité et hiérarchie mais, comme je le disais au début, qui ne constitue pas une véritable conclusion. On sortira donc de cette lecture convaincu que le thème de la gémellité est prometteur, que la porte demeure grande ouverte et que l’on vient de recevoir ici un remarquable encouragement à poursuivre.

Il serait difficile de trouver de meilleurs mots pour conclure et inutile de les chercher : « Dans ce domaine d’un seul tenant que constitue idéalement la mythologie générale, formant un réseau trop connexe pour que des significations s’en dégagent, il arrive parfois qu’un carrefour brille d’une phosphorescence fugitive. Elle étonne, on s’arrête, on jette un regard curieux, tout s’éteint, et on passe. La mythologie des jumeaux offre un terrain propice à ce genre d’illusions. » Puis, deux pages plus loin …» «… les illusions ont leur charme, et on est pardonnable de ne pas s’y montrer insensible pourvu qu’on sache couper court. » (p. 317 et 319).

[Bernard Arcand, Département d'Anthropologie, Université Laval]

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Histoire du Lynx en Suisse

Posté par othoharmonie le 10 août 2012


 

Dans les années 1970, le lynx occupa rapidement l’ouest des Alpes suisses et le sud-ouest du Jura.

 

 Lynx lynxL’expansion vers l’est fut plus lente, mais on tablait sur la colonisation des Alpes suisses orientales vers le milieu des années 1980. Or il n’en fut rien. Même si certains individus se sont avancés jusque dans les Grisons, les deux populations de Suisse ont cessé de s’étendre depuis plus de dix ans. Elles se sont même retirées de certains endroits des Alpes de Suisse centrale.

Depuis 1993/1994, la population de lynx semble toutefois s’accroître à nouveau au nord-ouest des

Alpes suisses. La densité actuelle de lynx dans la partie ouest de l’Oberland bernois et dans les Alpes vaudoises et fribourgeoises est plus élevée que jamais, et depuis 1995 et 1996 le nombre de troupeaux de moutons attaqués a également augmenté fortement dans la région (cf. carte et chapitre « Lynx et animaux domestiques »). Comme au début des années 1980, la région connaît une phase de forte densité, d’où un nombre plus élevé de victimes parmi les animaux domestiques. Suite aux attaques perpétrées sur des troupeaux de moutons, les autorités ont appliqué la disposition légale selon laquelle les lynx qui causent des dommages considérables peuvent être abattus avec l’autorisation de l’OFEFP.

 En 1997, 1998 et 1999, des fonctionnaires des cantons de Berne et Fribourg ont tiré trois lynx qui avaient tué trop de moutons. Beaucoup d’habitants du nord-ouest des Alpes, cependant, jugent cette mesure insuffisante. Les chasseurs, notamment, demandent une réduction substantielle des effectifs de lynx, qu’ils rendent responsables du recul de la population de chevreuils.

 La recrudescence récente de lynx dans le nord-ouest des Alpes et la controverse qu’elle engendre ne sont absolument pas représentatives de la situation dans le reste des Alpes – bien au contraire. Les Alpes suisses hébergent aujourd’hui entre 75 et 80 individus adultes et subadultes, dont les trois quarts vivent dans le nord-ouest des Alpes (cf. carte). Or bien que la densité de la population de lynx y soit relativement forte depuis quelques années, cette population ne s’étend pas, ou ne le fait que très lentement. Ce n’est pourtant pas faute d’habitats appropriés au sud, à l’est et à l’ouest du territoire occupé. Les raisons sont les suivantes: premièrement, le lynx n’est pas – au contraire du loup et de l’ours – un animal qui se déplace volontiers. Deuxièmement, il lui faudrait franchir des crêtes de montagne de haute altitude ou des vallées densément peuplées, traversées par des cours d’eau et des voies de communication. Du reste, la fragmentation actuelle de l’habitat ne pose pas problème qu’au lynx, mais à la majorité des animaux sauvages terrestres. Les déplacements de lynx dotés d’un  collierémetteur attestent pourtant que certains individus ont réussi à franchir la vallée de l’Aar dans l’Oberland bernois. Le problème est que s’ils ne trouvent pas de population à laquelle se joindre de l’autre côté, ils font demi-tour ou se perdent dans l’immensité d’un territoire non colonisé.

 

Histoire du Lynx en Suisse dans LYNX 320px-Lynx_Nationalpark_Bayerischer_Wald_01Apparemment, il existe une solution: Puisque certaines régions ont trop de lynx alors que d’autres n’en ont pas, il semblerait logique et judicieux de déplacer des animaux – dans le cadre d’un projet de protection et de gestion pour toute la Suisse, voire tout l’arc alpin. La population de lynx du sud-est des Alpes, à la frontière italo-austro-slovène, devrait s’unir à celle des Alpes suisses. En effet, une population doit s’étendre sur une grande surface pour être stable à long terme et capable de supporter des pertes ou une régulation ciblée. Autrement dit, une population sera plus stable et plus sûre si elle est dispersée sur une grande surface que si elle fluctue et se concentre en certains endroits – où sa présence ne sera pas appréciée de tout le monde. Actuellement, une stratégie globale de cohabitation avec le lynx se dessine dans notre pays: Plusieurs cantons de Suisse orientale sont intéressés à voir le lynx réapparaître dans leurs contrées, qui lui offriraient un habitat propice. Mais un tel projet requiert une volonté de collaborer non seulement entre cantons et Confédération, mais également entre divers groupes d’intérêts tels que chasseurs, éleveurs et défenseurs de la nature.

Les publications ainsi que des informations détaillées peuvent être téléchargées sous www.kora.ch

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