Peur ancestrale du loup

Posté par othoharmonie le 8 mars 2012

 

 Canis simensisLes plus grands penseurs ont contribué à forger des croyances qu’ils présentèrent sous forme de connaissances dans leur traité. Platon en premier, repris plus tard par Aristote puis par Pline, disait de se méfier du regard malfaisant du loup, qui jette des éclairs et paralyse. En fait, le loup peut voir dans la nuit et possède, dans l’obscurité, des yeux phosphorescents semblables à ceux du chat. Aristote croyait ses vertèbres cervicales soudées. (CARBONE, 1991, 56). Hérodote, au Ve siècle av. J.-C., fait mention de phénomènes de lycanthropie, et jusqu’au XVIIe, des gens soupçonnés seront condamnés à mort en Europe. (CARBONE, 1991, 91).

     Platon et Aristote hurlaient déjà au loup sans le connaître. Ph.: H. Westerling                                                                                                                                                                                                                

    « Le loup est un animal terrible. Sa morsure est venimeuse parce qu’il se nourrit volontiers de crapauds. L’herbe ne repousse plus là où il est passé. » (cité par CARBONE, 1991, 14). Cette déclaration de Barthélemy l’Anglais, n’avait rien de marginal au VIIe siècle. Bien au contraire, elle reflète ce que les auteurs d’histoire naturelle et tous croient. C’est à peu près ce que tous les bestiaires du Moyen-Age considèrent communément. Le « bestiaire d’Oxford » constitue un bon exemple de cette diffusion mensongère ou, tout du moins, purement fictive.                                            

  Peur ancestrale du loup dans LOUP 233px-FalklandIslandFox2  Plus tard, sous Louis XIV, un stratège proposera à son roi un plan de conquête de l’Angleterre comme suit : «Un loup mange un homme en deux jours, débarquez dix-mille loups Outre-Manche, en quelque temps, il n’y aura plus un seul Anglais. » (CARBONE, 1991, 16).

 Henry III, en 1583, s’inquiète du sort de ses « sujets habitant des villages et plat pays » car on parle d’une race pervertie préférant le berger au troupeau et la tendre chair d’enfant à toute autre. A divers endroits durant le XIVe siècle, les récits coïncident étrangement à propos de disparitions de jeunes filles.

« Méfiez-vous de l’homme aux sourcils barrant le front. A ce signe, vous reconnaîtrez un garou !» (cité par CARBONE, 1991, 95). Peter Stumb qui, sous cette forme, tua et dévora treize enfants, fut condamné par le tribunal de Cologne – plus pour son pacte avec le démon que pour homicide et cannibalisme – aux supplices des tenailles et de la roue, à la décapitation et au bûcher. Le cas n’est pas exceptionnel au cours du XVIe siècle. En France, en Allemagne, en Suisse, et ailleurs, les bûchers flambent.

220px-Canis_lupus_portrait dans LOUPJusque-là, régnait en fait une grande confusion sur l’identité du loup puisque l’animal comptait quasiment autant de noms que d’auteurs pour en parler, la plupart désignant même plusieurs espèces. On attribuait donc chaque méfait à qui l’on voulait bien, selon les stéréotypes ambiants. Nul doute que le loup serait volontiers désigné comme bouc émissaire. Dans le doute, il en va encore ainsi aujourd’hui. Au XVIIIe, la confusion sera quelque peu éclaircie par Linné. Désormais, les scientifiques l’appelleront « Canis Lupus », comme pour chaque espèce, un nom latin composé de deux mots, le premier désignant le genre, le second, l’espèce. Cette reconnaissance de la science n’est encore que le point de départ d’une véritable connaissance. Du chemin reste à parcourir.

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