Le Tigre ch.4

Posté par othoharmonie le 17 février 2012

 

Par Fulbert Dumonteil

 Le plus souvent, le Tigre, dans un bond vertigineux, saute au cou du Buffle aveuglé par la rage, l’étrangle, l’égorge et en quelques coups de crocs formidables met ses tripes au vent. Quelquefois, aussi, le Buffle, dans un élan furieux, prévient son adversaire, le jette en l’air de ses cornes terribles, et le foule à ses pieds, palpitant, les os fracassés, s’en va, puis revient, implacable, acharné, pour broyer un cadavre.

Le Tigre ch.4 dans TIGRE 300px-COLLECTIE_TROPENMUSEUM_Een_groep_mannen_en_kinderen_poseert_bij_een_pas_geschoten_tijger_te_Malingping_in_Bantam_West-Java_TMnr_10006636Quand le Tigre aperçoit l’homme pour la première fois sur la limite des forêts, il paraît qu’il ne l’attaque jamais. Il le considère avec un mélange de surprise et de dédain : « Quel est donc ce pygmée ? »

Ce pygmée est le maître du Monde et le dompteur de la Création.

Les Annamites ont eu l’ingénieuse idée de se débarrasser de Monseigneur le Tigre, comme ils l’appellent respectueusement, en lui donnant un concert : ce n’est meurtrier que pour les oreilles.

Armés de tams-tams, de gongs, de tambours, de trompes et de crécelles, les assaillants, je n’ose dire les musiciens, forment un vaste cercle autour du bois où les Tigres font la sieste.

Surpris dans leur sommeil, étourdis par un tintamarre extravagant qui éclate comme une bombe au sein des forêts, les Tigres sont pris d’une terreur folle, restent sur place, hésitants, tremblants, l’oreille basse, comme paralysés, ne songeant ni à fuir ni à se défendre. On peut alors s’approcher d’eux et les tuer impunément à coups de fusil, à coups de lance.

Si, par extraordinaire, l’un d’eux parvient à vaincre sa surprise et à s’échapper, il s’enfuit dans les montagnes de toute la vitesse de ses jambes, comme s’il avait un orchestre dans la tête. Il n’ira plus au concert. (à suivre)

 

DUMONTEIL, Fulbert (1830-1912) : Le tigre (1882).


Saisie du texte : S. Pestel pour la collection électronique de la Médiathèque André Malraux de Lisieux (07.II.2009)
Texte relu par : A. Guézou
Adresse : Médiathèque André Malraux, B.P. 27216, 14107 Lisieux cedex
-Tél. : 02.31.48.41.00.- Fax : 02.31.48.41.01
Mél : mediatheque@ville-lisieux.fr, [Olivier Bogros] 100346.471@compuserve.com
http://www.bmlisieux.com/


Diffusion libre et gratuite (freeware)


Texte établi sur un exemplaire (BmLx : nc) de l’ouvrage Les Animaux chez eux illustré par Auguste Lançon (1836-1887) paru chez L. Baschet à Paris en 1882.

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