L’Ane 6

Posté par othoharmonie le 25 décembre 2011

Par Édouard Drumont

L'Ane 6 dans ANE L’Ane est-il donc irréprochable ? Quel que soit mon désir de rendre justice à ce grand méconnu, je ne voudrais pas aller jusqu’à soutenir cette thèse. La Fontaine, qui, selon moi, a été dur pour l’Ane, a bien vu cependant quelques traits de son caractère. L’Ane est un loustic, il aime les mauvaises plaisanteries et les tours d’un atticisme douteux : il s’amuse comme un fou à ces grosses malices au risque de les expier sous le bâton.

 C’est un sournois. On est en droit de lui reprocher un entêtement bizarre, particulier aux gens qui n’ont pas de volonté. Vous les connaissez, ces obstinations incompréhensibles de lunatiques qui se butent à un rien après avoir tout supporté et qui déploient alors cette force d’inertie contre laquelle tous les arguments, même les plus frappants, viennent se briser. L’Ane est ainsi. Quelle idée traverse sa cervelle à certains moments ? Le vase est-il trop plein et déborde-t-il ? Est-il à bout et ne peut-il rien accepter après avoir tout subi ? Est-il révolté du peu de raison de l’homme qui lui demande plus qu’il ne saurait fournir ? On n’en sait rien. L’Anesse de Balaam n’a parlé qu’une fois et encore c’était dans le désert…

 L’Ane est malencontreux, je vous l’accorde encore, ce qui tient à son défaut d’usage du monde. Les caresses que, dans son désir de rivaliser avec le petit Chien, il prodigue à son maître avec son pied, en accompagnant d’un chant gracieux cette action hardie, démontrent qu’il n’est point organisé pour la vie des cours. Il est naïvement vaniteux ; il prend pour lui les hommages qu’on rend aux reliques dont il est chargé ; tantôt il s’affuble de la peau du Lion pour épouvanter le voisinage ; tantôt il se fait honneur d’une victoire à laquelle il n’a contribué que par ses braiments.

  dans ANEMalgré tout, l’Ane sort sympathique de cette Comédie animale que La Fontaine nous a donnée avant que Balzac ne nous donnât la Comédie humaine. Il n’a point, comme tant d’autres, de gros méfaits sur la conscience, et la spontanéité de ses aveux dans les Animaux malades de la peste témoigne d’une âme de bête au fond candide et honnête. Qu’il est nature ce cri de Haro sur le baudet ! qui retentit contre le faible et l’innocent ! C’est cette iniquité précisément qui recommande maître Aliboron à la compassion de tous les coeurs généreux.

Sévèrement traité par les fabulistes, l’Ane n’a pas eu plus de chance avec les faiseurs d’histoire naturelle. (A SUIVRE…)

 

 

 DRUMONT, Édouard (1844-1917) : L’Ane (1882).


Saisie du texte : S. Pestel pour la collection électronique de la Médiathèque André Malraux de Lisieux (17.VII.2002)
Texte relu par : A. Guézou
Adresse : Médiathèque André Malraux, B.P. 27216, 14107 Lisieux cedex
-Tél. : 02.31.48.41.00.- Fax : 02.31.48.41.01
Mél : mediatheque@ville-lisieux.fr, [Olivier Bogros] 100346.471@compuserve.com
http://www.bmlisieux.com/


Diffusion libre et gratuite (freeware)


Texte établi sur un exemplaire (BmLx : nc) de l’ouvrage Les Animaux chez eux illustré par Auguste Lançon (1836-1887) paru chez L. Baschet à Paris en 1882.

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