L’âne par Victor Hugo 10

Posté par othoharmonie le 24 décembre 2011

 

Je n’avais pas prévu, je l’avoue, cette effusion rapide, instantanée, dès la première minute de notre arrivée en Portugal. Nous trouvions des amis, une famille dans ceux qui nous avaient lus, qui nous connaissaient, pour nous avoir fouillé l’esprit.

 Mais ne croyez pas que cette hospitalité soit exclusivement réservée à ceux qui écrivent des livres ! Il suffit d’en lire, pour participer à cette franc-maçonnerie, interdite aux ignorants. Les lecteurs entre eux se tâtent vite, se lient promptement, et même, quand ils ne sont pas d’accord sur les conséquences à tirer de leurs lectures, ils fraternisent par le souvenir des passages dont ils se sont émus simultanément et différemment.

File:Nellie Bly-6m-in-Mexico-03.jpg Puisque je vous fais mes confidences, il faut bien que vous m’en permettiez une dernière qui brûle mes lèvres depuis que j’ai commencé, et qui n’est d’ailleurs qu’un hommage à la poésie, à la fraternité, à la liberté, les trois choses qui nous occupent, et que je glorifie dans l’éloge du livre de Victor Hugo.

 Messieurs, j’ai voulu que notre réunion fût présidée par mon ami Laurent Pichat, pour qu’il fût à côté de moi la démonstration visible de cette union commencée par les livres, de cette fraternité qui a vieilli dans la lutte, et qui s’épanouit dans le triomphe de la République. Il y a quarante ans que, nos livres d’école sous le bras, nous nous sommes donné la main. L’étreinte est aussi chaude aujourd’hui qu’elle l’était à la porte du vieux collège Charlemagne ; et quand, depuis ces jours d’aurore intellectuelle, de poésie en commun, les circonstances, les devoirs nous ont séparés, la séparation a toujours été vite interrompue, supprimée, par l’échange de nos livres, par ces embrassements de nos esprits à distance, qui réglaient et maintenaient à l’unisson le battement de nos deux coeurs.

 Quand nous nous retrouvons, après une séparation, nous reprenons l’entretien d’il y a quarante ans, et qui semble l’entretien d’hier. Seulement, nous ne parlons plus uniquement de poésie : nous mêlons la famille à nos élégies, et la République à notre prose.

 Si, par respect pour le grand poète qui fut notre maître et notre premier ami illustre à tous deux, je ne me défendais de faire applaudir aujourd’hui autre chose que les vers de Victor Hugo, je vous lirais les beaux vers de mon ami Laurent Pichat.

 Vous les trouverez, Messieurs, dans la bibliothèque de Courbevoie ; car mon ami veut que ses livres coudoient les miens, et que nous nous unissions encore dans le dévouement à porter à votre oeuvre. Vous lirez ce volume des Réveils paru cette année, et qui est l’appel d’un patriote au redressement moral, au devoir patient, résolu, à la liberté de la conscience, à la libre-pensée. Vous comprendrez alors pourquoi notre amitié n’a pas faibli ; pourquoi le sénateur et le simple écrivain, debout jadis devant l’Empire qui les frappait sans les vaincre, debout devant la République qu’ils servent de toute leur âme, ne seront disjoints et séparés, que si l’un deux doit aller attendre l’autre là où l’on ne se sépare plus !  (A SUIVRE…)

  

Issu de la conférence faite à Courbevoie, le 7 novembre 1880 au profit de la bibliothèque populaire

par Louis Ulbach – sous la présidence de M. Laurent Pichat, sénateur

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