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L’Éléphant 1

Posté par othoharmonie le 21 novembre 2011

 

 

Par Louis Figuier 

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On a dit, avec raison, que l’homme est le maître de la nature. Il a soumis tous les animaux à son empire ; il a transformé suivant L'Éléphant 1 dans ELEPHANT 320px-Loxodontacyclotisses désirs la végétation qui couvre la terre ; il a percé des montagnes, comblé des vallons, creusé des voies dans l’épaisseur des collines, changé les isthmes en voie maritime, et noyé des continents. Il est, en un mot, à la tête de la création inanimée ou vivante. Mais on peut bien admettre un moment cette hypothèse que l’homme aurait pu ne point exister, ou bien encore qu’il aurait pu disparaître, par un des cataclysmes dont notre globe a été plusieurs fois le théâtre. L’homme aurait pu périr pendant la période glaciaire, alors qu’un refroidissement subit se manifesta sur toute l’étendue de la terre habitée, et que l’abaissement excessif de température fit disparaître un certain nombre d’espèces animales, dont on ne retrouve aujourd’hui que les vestiges, à l’état fossile, dans les terrains de cette époque. Il aurait pu être anéanti pendant les périodes diluviennes, qui ont laissé des traces si profondes de leurs ravages dans les terrains quaternaires.

En admettant l’hypothèse de la disparition, de la suppression de l’espèce humaine, on peut se demander quel est celui des animaux qui aurait remplacé l’homme, dans son rôle de souverain de la nature.

Elephant Mud Bath.oggA cette question, nous répondrons, avec assurance, que l’être animé qui aurait pris, en l’absence de l’homme, la direction suprême de la création, c’est l’Éléphant. De même que l’homme, parti des plateaux de l’Asie orientale, s’est répandu peu à peu dans toutes les contrées du globe, de même l’Éléphant, parti des rives de l’Indus, ou des bords des fleuves africains, se serait acclimaté dans toutes les contrées de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique actuelles. Et de même que l’homme règne aujourd’hui en tranquille vainqueur sur toutes les tribus animales, de même l’Éléphant aurait étendu son empire sur toute la création zoologique.

Qu’a-t-il fallu à l’homme pour assurer sa victoire sur le reste des habitants du globe ? La main et l’intelligence. Nous n’examinerons pas si l’homme possède la main parce qu’il possède l’intelligence, ou si son intelligence, comme le voulaient les philosophes sceptiques du dernier siècle, n’est que le résultat de l’existence de la main. Prenons les deux éléments tels qu’ils sont, sans rechercher leur dépendance mutuelle, et disons, avec tous les naturalistes, que l’intelligence et la main sont les causes de la suprématie de l’homme.

Or, l’Éléphant est pourvu de l’intelligence et de la main. La main est même disposée d’une manière plus commode et plus efficace chez l’Éléphant que chez l’homme. Elle est posée à l’extrémité d’une sorte de bras extrêmement long et prodigieusement flexible, vulgairement désigné sous le nom de trompe. (A SUIVRE…) 

 

FIGUIER, Louis (1819-1894) : L’Éléphant (1882). 



Saisie du texte : S. Pestel pour la collection électronique de la Médiathèque André Malraux de Lisieux (05.II.2009) Texte relu par : A. Guézou
Adresse : Médiathèque André Malraux, B.P. 27216, 14107 Lisieux cedex
-Tél. : 02.31.48.41.00.- Fax : 02.31.48.41.01
Mél : mediatheque@ville-lisieux.fr, [Olivier Bogros] 100346.471@compuserve.com

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Texte établi sur un exemplaire (BmLx : nc) de l’ouvrage Les Animaux chez eux illustré par Auguste Lançon (1836-1887) paru chez L. Baschet à Paris en 1882. 



 

elephants dans ELEPHANT

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Eléphant 2

Posté par othoharmonie le 21 novembre 2011

Par Louis Figuier 


Les Latins se servaient, pour désigner la trompe de l’Éléphant, des mots brachium et manus. En effet, on peut comparer cet Eléphant 2  dans ELEPHANT 300px-Mnong_mahoutorgane au bras, pour sa force, et à la main pour sa souplesse. Pline, Végèce, Quinte-Curce, Solin, Silius Italicus, le désignent par l’expression de manus. L’expression nasutamanus, dont se sert Cassiodore (1) désigne très bien le double service auquel cet organe est destiné. L’épithète anguimanos, que Lucrèce applique aux Éléphants, peint aussi très bien l’extrême flexibilité de leur trompe, qui peut s’allonger, se raccourcir, et se plier, comme le corps d’un serpent.

Les Grecs ont aussi quelquefois donné le nom de χείφ à la trompe de l’Éléphant. Ce mot est employé dans ce sens par Diodore, Élien et Philostrate.  « La nature a donné la trompe à ce quadrupède, en place de la main », dit un poète d’une époque plus récente (2).

Cette assimilation de la trompe de l’Éléphant à une main est très juste, car cet animal s’en sert à peu près comme nous nous servons de la main, pour défaire un noeud, tourner une clef, déboucher une bouteille ; ramasser des pièces de monnaie, etc. ; mais il l’emploie surtout d’une manière utile pour arracher et porter à sa bouche l’herbe et les feuilles dont il fait sa nourriture. C’est pour cela que les Grecs ont aussi donné à cet organe le nom de proboscis, c’est-à-dire pour paître (à pascendo).

320px-Asian_elephant_eating_-_melbourne_zoo dans ELEPHANTQuant à l’intelligence, l’Éléphant la possède à un tel degré que beaucoup d’hommes, on peut le dire, sont bien au-dessous de l’Éléphant sous le rapport intellectuel.

Quelques exemples vont prouver à quel degré l’Éléphant est doué des qualités de l’esprit.

L’Éléphant comprend la justice, c’est-à-dire rend le bien pour le bien, et le mal pour le mal. C’est ce que l’homme ne fait pas ; car il rend trop souvent le mal pour le bien : il déchire la main qui l’a nourri ; il maltraite ou massacre son bienfaiteur ou son frère.

De cet esprit de justice qui anime l’Éléphant on peut fournir plus d’une preuve.

Le cornac d’un Éléphant de Madagascar avait, un jour, brisé, par méchanceté, une noix de coco sur la tête de son animal. Le lendemain, l’Éléphant, en traversant une rue, aperçoit des noix de coco exposées dans une boutique. Il en prend une avec sa trompe, et en frappe si rudement le front de son cornac, que l’homme reste mort sur la place.

Un jeune homme avait, plusieurs fois, offert et retiré un morceau de sucre à un Éléphant ; puis il avait fini par le donner à un autre Éléphant. Offensé de cette taquinerie, l’Éléphant saisit le jeune homme avec sa trompe, lui meurtrit la figure et met ses vêtements en pièces. (A SUIVRE…) 

 

 

FIGUIER, Louis (1819-1894) : L’Éléphant (1882). 



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Eléphant 3

Posté par othoharmonie le 21 novembre 2011

Par Louis Figuier 


Eléphant 3 dans ELEPHANT 220px-Elephant_sanctuary_GuruvayurUn Éléphant était dans l’usage d’allonger sa trompe aux fenêtres des maisons d’Achem (île de Sumatra), pour demander des fruits ou des racines, et les habitants se faisaient un plaisir de lui en donner. Un matin, il présente l’extrémité de sa trompe aux fenêtres d’un tailleur. Mais celui-ci, au lieu de donner à l’Éléphant ce qu’il désire, pique la trompe avec son aiguille. L’animal parut supporter cette insulte avec indifférence. Il continua sa route, et se rendit tranquillement à la rivière, où le cornac le conduisait chaque matin, pour le laver. Seulement, il remua le limon avec un de ses pieds de devant, et aspira dans sa trompe une quantité de cette eau fangeuse. Lorsqu’il repassa dans la rue où se trouvait la boutique du tailleur, il s’avança vers la fenêtre et y lança une énorme masse d’eau, avec une telle force que le tailleur et ses ouvriers furent renversés et frappés de terreur.

On lit dans la Décade philosophique qu’un Éléphant aspergea de la même façon un factionnaire qui voulait empêcher le public de lui donner à manger. Bien plus, la femelle du même Éléphant, partageant la colère du mâle, s’empara du fusil du soldat, le fit tourner dans sa trompe, le brisa sous ses pieds, et ne le rendit qu’après l’avoir tordu comme un tire-bouchon.

L’Éléphant a, beaucoup plus que certains hommes, le sentiment de sa dignité personnelle. Il a le respect de soi-même, sentiment qui est étranger à bien des membres de l’espèce humaine.

220px-Le_Toru_Du_MOnde dans ELEPHANTLe maître d’une ancienne ménagerie d’Angleterre, nommé Pidcock, avait depuis quelques années l’habitude d’offrir tous les soirs à son Éléphant un verre de liqueur spiritueuse. L’animal paraissait tenir particulièrement à cette faveur ; car il buvait la goutte avec une certaine sensualité. Pidcock versait toujours à l’Éléphant le premier verre, et s’administrait le second. Un soir, il changea d’idée et apostropha l’animal en lui disant : « Tu as été assez longtemps servi le premier, c’est maintenant à mon tour de boire avant toi ! » Le compère Éléphant prit mal la chose ; il refusa d’être servi le second, et ne fit plus raison à son maître dans ses libations quotidiennes. Il faut que chacun tienne son rang !

Les Éléphants qui sont exhibés, en divers pays, dans des représentations théâtrales, donnent des preuves d’une intelligence très variée. Ils se mettent en mouvement, sur les planches, avec une singulière légèreté. Sur une scène encombrée d’acteurs, ils évitent tout choc contraire au bon ordre et à la mise en scène. Ils avancent en cadence, et d’un pas mesuré, qui s’accorde avec les sons de la musique. Ils distinguent un acteur d’un autre. S’il s’agit, par exemple, de placer la couronne sur la tête d’un roi légitime, ils n’iront pas l’égarer sur le front d’un usurpateur. On a vu à Paris, en 1867, un Éléphant, qui donnait des représentations au Cirque du boulevard du Prince Eugène, se livrer à des exercices de gymnastique et à des tours d’adresse qui inspiraient une haute idée de sa docilité et de son intelligence. L’Éléphant ascensionniste allait jusqu’à faire tenir sa pesante masse sur une corde raide. C’est un tour d’adresse que ne feraient pas beaucoup d’hommes. (A SUIVRE…) 

 

FIGUIER, Louis (1819-1894) : L’Éléphant (1882). 



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Eléphant 4

Posté par othoharmonie le 21 novembre 2011

Par Louis Figuier 


Eléphant 4  dans ELEPHANT 220px-African_Elephant_in_KenyaL’Éléphant semble posséder certaines facultés musicales. En 1813, des musiciens de Paris se réunirent pour donner un concert à l’Éléphant qui existait alors au Jardin des Plantes. L’animal manifesta un vrai plaisir à entendre chanter : O ma tendre musette ! L’air de Charmante Gabrielle lui plut tellement, qu’il marquait la mesure en faisant osciller sa trompe de droite à gauche, et en balançant son énorme masse. Il poussait même quelques sons, plus ou moins d’accord avec ceux des musiciens. Les grandes symphonies étaient moins de son goût. Il paraissait comprendre plus aisément la mélodie que l’harmonie savante. Je sais plus d’un homme qui est Éléphant sous ce rapport. Quand le concert fut terminé, le sensible Pachyderme s’approcha de l’un des musiciens, qui, en donnant du cor, l’avait particulièrement ému. Il s’agenouilla devant lui, le caressa de sa trompe, et lui exprima, par toutes sortes de gentillesses, le plaisir qu’il avait eu à l’entendre.

Un jeune seigneur birman avait un Éléphant plein d’intelligence. Ce seigneur s’étant marié, notre Pachyderme se promenait, 220px-COLLECTIE_TROPENMUSEUM_Militair_transport_met_een_olifant_TMnr_10027941a dans ELEPHANTsous la surveillance de son cornac, dans un enclos palissadé, au centre duquel était située l’habitation. Ayant remarqué la présence des femmes, que fit notre Éléphant ? Il s’appuya délicatement contre une barrière de bambous destinée à enclore un jardin d’agrément, cueillit avec sa trompe les fleurs les plus belles et les plus fraîches, puis, relevant la tête et arrondissant sa trompe avec grâce, il tendit la fleur au niveau de la balustrade….. Une des femmes allongea le bras ; l’Éléphant retira sa trompe. Le même manège s’étant renouvelé à plusieurs reprises, le maître voulut prendre la fleur ; mais l’Éléphant ne lâcha pas son bouquet. Alors la jeune épouse avança la main, non sans quelque crainte, et le galant Pachyderme lui remit la fleur, comme l’hommage qu’il réservait à la jeunesse et à la beauté !

L’intelligence et la main auraient donc, selon nous, assuré à l’Éléphant la domination de la nature. Remarquez, en effet, qu’aucun autre animal ne réunit à un tel degré ces deux attributs. Un petit nombre d’espèces de Singes sont, il est vrai, munies d’une main ; mais en ce qui concerne l’intelligence, les Singes ne sont pas de beaucoup supérieurs aux autres mammifères.

A l’exemple de l’homme, l’Éléphant aurait pu s’acclimater, vivre et se répandre en tribus innombrables dans toute l’étendue du globe. Ce qui le démontre, c’est que l’on trouve les débris fossiles de cet animal dans presque tous les pays. Sans doute 330px-Elephants_du_Krugerl’Éléphant est aujourd’hui confiné en Asie et en Afrique, mais, aux temps géologiques il vivait dans les climats les plus divers. En France, en Allemagne, en Italie, on trouve de véritables cimetières de Mastodontes et de Mammouths, simples espèces fossiles du genre Éléphant.

Aucun pays n’est aussi riche en restes fossiles d’Éléphants que le nord de la Sibérie. Le sol des rivages de la mer Glaciale est presque entièrement composé de ces ossements, cimentés par de la glace et du sable.

Les défenses fossiles d’Éléphant sont très largement exploitées aujourd’hui dans l’extrême nord de la Sibérie. Chaque année, d’innombrables caravanes se dirigent vers ces rivages glacés, et en rapportent de véritables cargaisons d’ivoire, que l’industrie de l’Europe emploie aux mêmes usages que l’ivoire des défenses des Éléphants actuellement vivants. (A SUIVRE) 

 

FIGUIER, Louis (1819-1894) : L’Éléphant (1882). 



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Eléphant 5

Posté par othoharmonie le 21 novembre 2011

Par Louis Figuier 


 Femelle avec son éléphanteauOn a beaucoup discuté et l’on discute encore pour s’expliquer la présence, sous ces froides latitudes, d’animaux qui ne vivent aujourd’hui que dans les régions brûlantes de l’Afrique et de l’Asie. On se demande si les animaux auxquels ils ont appartenu vivaient sous l’équateur, comme leurs congénères d’aujourd’hui, et auraient été apportés vers le nord par quelque cataclysme géologique, ou s’ils existaient dans les lieux mêmes où l’on trouve aujourd’hui leurs débris.

Cette dernière hypothèse a été reconnue vraie, par suite d’une découverte étonnante qui prouve que l’Éléphant fossile, connu des savants sous le nom de Mammouth, vivait sous les zones du nord.

Eléphant 5  dans ELEPHANT 250px-MammouthVoici la découverte dont il s’agit ; En 1799, un cadavre de Mammouth fut retrouvé sous les glaces de la Sibérie. L’Éléphant, déjà fort endommagé, fut examiné, en 1806, par le professeur Adams, de Moscou. Les Jakoutes l’avaient dépecé et s’étaient servis de sa chair pour nourrir leurs chiens. Les Ours et autres carnassiers en avaient consommé aussi une grande partie. Mais une portion de la peau et une oreille étaient encore intactes ; on distinguait même la prunelle de l’oeil, et le cerveau se reconnaissait également. Le squelette était encore entier, à l’exception d’un pied de devant. Le cou était encore couvert d’une épaisse crinière, et la peau était encore revêtue de crins noirâtres et d’une espèce de laine rougeâtre si abondante que ce qui en restait ne put être transporté que difficilement par dix hommes. On retira, en outre, plus de trente livres de poils et de crins, que les Ours blancs avaient enfoncés dans le sol humide, en dévorant les chairs. Les restes de cet animal, rendu au jour après plus d’un millier d’années, sont conservés au musée de l’Académie de Saint-Pétersbourg.

200px-Mammoth_mg_2791 dans ELEPHANTLe Muséum d’histoire naturelle de Paris possède un morceau de peau et des mèches de crin, avec des flocons de laine, d’un autre Mammouth, qui fut trouvé tout entier et parfaitement conservé sous les glaces, aux bords de la mer Glaciale, en 1806.

Après ces considérations générales sur l’importance extrême de l’Éléphant, parmi les êtres de la création vivante, nous devons aborder l’histoire naturelle proprement dite de ce grand Pachyderme.

L’Éléphant est le plus grand des mammifères terrestres. Si la taille, jointe à la force, donnait droit à la domination, l’Éléphant aurait été le roi de la terre.

Les proportions de l’Éléphant sont lourdes et massives, mais sa physionomie est noble et même imposante. Ce géant de la création a reçu en partage, et ceci le rapproche encore de l’homme, un crâne énorme, bien que les dimensions du cerveau ne répondent pas à l’excessif développement de la boîte crânienne.  (A SUIVRE…) 

 

FIGUIER, Louis (1819-1894) : L’Éléphant (1882). 



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Eléphant 6

Posté par othoharmonie le 21 novembre 2011

Par Louis Figuier 


Eléphant 6 dans ELEPHANT 320px-Elephant_With_Trunk_In_Others_MouthLa tête de l’Éléphant est entourée de deux immenses et minces oreilles, qui s’étendent en haut, en arrière et même en bas. Elles lui servent d’éventail contre la chaleur. L’oeil est très petit, car il n’a pas le tiers de la grosseur du globe de l’oeil du boeuf, si l’on compare la grandeur de ces deux animaux. La bouche est également petite et presque entièrement cachée derrière les défenses et la base de la trompe.

Cette trompe n’est autre chose que le nez prolongé d’une façon démesurée, en forme de tube, et qui se termine par les ouvertures des narines.

La trompe de l’Éléphant est, à la fois, un organe de tact, d’odorat, de préhension, et en même temps une arme redoutable. Par contre, l’extrémité de cet organe qui se termine par une sorte de doigt, saisit les objets avec tant de délicatesse qu’elle peut ramasser un grain de blé, une mouche, un fétu.

Les défenses de l’Éléphant ne sont autre chose que les dents incisives prodigieusement allongées. Dirigées obliquement en bas, en avant et en dehors, elles se recourbent en haut. Leur longueur peut dépasser deux mètres et demi, et elles peuvent peser jusqu’à cinquante ou soixante kilogrammes. Chez les femelles, elles sont quelquefois peut allongées et ne font pas saillie hors des lèvres.

220px-Mammoth_ivory_hg dans ELEPHANTLes défenses servent à l’Éléphant d’arme offensive et défensive. Elles protègent la trompe, qui se replie dans leur courbure, lorsque l’animal traverse des bois épineux et fourrés ; elles lui servent encore à écarter et à maintenir les branches d’arbres, lorsque la trompe va cueillir les sommités de rameaux feuillus.

L’énorme tête dont nous venons d’examiner les différentes parties s’unit à un cou tellement court que les mouvements en sont très circonscrits et très difficiles. Le dos est voûté et la croupe ravalée ; la queue est courte et mince. Les jambes antérieures manquent de clavicules, et ne paraissent être que de massifs piliers placés sous le corps pour en soutenir la pesante masse. Comme ceux des membres postérieurs, les os en sont placés dans une position perpendiculaire au corps et au sol : ce qui donne à l’animal un air lourd et gêné ; les jambes antérieures sont d’ailleurs plus longues que celles de derrière, qui sont très courtes. Sous les pieds se trouve une espèce de semelle calleuse, assez épaisse pour empêcher les sabots de toucher à terre.

Ce corps informe, colossal et pesant, est revêtu d’une peau calleuse, épaisse, crevassée et d’un gris sale et noirâtre, munie de poils rares et qui ne sont guère apparents que sur la trompe, sur les paupières et sur la queue, terminée par un bouquet de crins. (A SUIVRE…) 

 

FIGUIER, Louis (1819-1894) : L’Éléphant (1882). 



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Eléphant 7

Posté par othoharmonie le 21 novembre 2011

Par Louis Figuier 


Eléphant 7  dans ELEPHANTLes Éléphants vivent dans les contrées les plus chaudes de l’Afrique et de l’Asie. Recherchant les forêts et les lieux marécageux, ils se tiennent par troupes, plus ou moins nombreuses, qui sont toujours conduites par un vieux mâle. Leur nourriture consiste en herbes, en racines et en graines. Ils vont souvent chercher cette nourriture dans les champs cultivés, où ils occasionnent des ravages considérables.

La marche des Éléphants est beaucoup plus rapide que ne le pourrait faire croire la lourdeur de leur allure. Ces animaux pourraient, selon certains auteurs, faire de vingt à vingt-cinq lieues par jour. Ils nagent aussi très bien.

On a longtemps prétendu que les Éléphants ne peuvent pas se coucher, et qu’ils dorment constamment debout. Il est vrai qu’on trouve chez les Éléphants, comme chez les chevaux, des individus qui peuvent dormir debout et ne se couchent que rarement ; mais d’ordinaire ils dorment couchés sur le côté, comme la plupart des quadrupèdes.

 dans ELEPHANTLa mère Éléphant porte vingt mois son petit. En venant au monde, le jeune Pachyderme est haut d’un mètre environ. Il jouit de l’usage de tous ses organes, et est assez fort pour suivre ses parents. Quand il veut téter, il renverse sa trompe en arrière, et il prend le lait à la mamelle maternelle avec sa bouche, non avec sa trompe, comme certains auteurs l’ont dit. La durée de l’allaitement est d’environ deux ans.

La taille ordinaire des Éléphants d’Asie est de 3 mètres ; les femelles sont, en proportion, plus petites. Quant à ceux d’Afrique, il est rare qu’ils excèdent 2m,50. Les anciens voyageurs et quelques modernes font, il est vrai, mention d’Éléphants d’une taille démesurée, mais ce sont là des exagérations. M. Corse, qui a été directeur de la ménagerie d’Éléphants de la Compagnie des Indes, assure que la taille moyenne de ces animaux est de 3 mètres au plus. Buckingham, qui a fait un long séjour dans le même pays, dit que le plus grand Éléphant qu’il y ait jamais vu avait 3m,25 de haut ; enfin le major Forbes, qui a demeuré onze ans à Ceylan, n’en a vu qu’un seul dont la taille excédât 3m,25, et il affirme que ceux de 3 mètres n’y sont pas communs.

220px-Elephant_breastfeadingLa force de l’Éléphant excède certainement celle de tout autre animal terrestre ; cependant elle n’est pas aussi grande que pourraient le faire supposer sa masse et ses proportions. Il peut soulever, avec sa trompe, un poids de 100 kilogrammes, et soutenir, sur ses défenses, 500 kilogrammes ; mais ce sont là des efforts instantanés, sur lesquels il ne faut pas compter.

Rien n’est aussi violent que la première impulsion de cet animal, lorsqu’il est excité par la colère ou par la frayeur ; mais il résiste difficilement à un travail soutenu. Aussi les fardeaux qu’on lui impose en voyage ne vont-ils guère au-delà de 1000 kilogrammes. Ainsi chargé, il peut faire de douze à quinze lieues par jour. Si l’on augmente sa charge, il se fatigue promptement, il se rebute, et refuse d’avancer. Sa marche ordinaire n’est guère plus rapide que celle du cheval ; mais quand on le pousse, il prend une sorte de pas d’amble qui, pour la vitesse, équivaut au galop. Il a le pied très sûr, il marche avec circonspection, et il lui arrive rarement de broncher. Malgré cela, c’est toujours une monture incommode, à cause de son balancement continuel et de son allure saccadée. (A SUIVRE

 

FIGUIER, Louis (1819-1894) : L’Éléphant (1882). 

 



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Eléphant 8

Posté par othoharmonie le 21 novembre 2011

Par Louis Figuier 


Nous venons de dire que les Éléphants habitent les immenses plaines de l’Asie et de l’Afrique. C’est que deux espèces différentes doivent être distinguées dans la famille des Éléphants de la création actuelle : l’Éléphant d’Asie et celui d’Afrique.

 Éléphant d'Asie L’Éléphant d’Asie vit aujourd’hui dans tout le continent des Indes, principalement dans le royaume de Siam, l’empire des Birmans, le Bengale et l’Indoustan proprement dit. On le trouve également dans l’île de Ceylan, à Sumatra et dans l’île de Bornéo. Sa tête est large, aplatie sur le devant du front, renflée sur ses côtés. Ses oreilles sont moins grandes que celles de l’Éléphant d’Afrique, et leurs proportions sont un peu différentes. Sa couleur est d’un gris terreux passant au brun.

Chez quelques individus, atteints d’une sorte d’albinisme, la couleur est d’un blanc rosé. Les peuples des bords du Gange croient que ces Éléphants blancs ou roses donnent asile aux âmes de leurs anciens rois. Les princes de Siam et du Pégu, fiers de les posséder, les logent dans leurs palais, et les font servir magnifiquement par un nombreux personnel d’adorateurs.

Les Éléphants blancs sont en grande vénération dans l’Inde. Imbus du dogme de la métempsycose, les Indous sont persuadés que, dans la nature, l’Éléphant tient après l’homme le premier rang ; et comme, d’un autre côté, la blancheur de la peau est à leurs yeux un symbole de la pureté de l’âme, une distinction que les dieux n’accordent qu’aux êtres parfaits, l’Éléphant blanc est pour les Indiens un animal privilégié, dont le corps ne peut servir d’habitation qu’aux mânes des rois, des pontifes et des héros.

Il n’y a aujourd’hui que les Éléphants d’Asie que l’on puisse réduire en domesticité. Il faut même remarquer que les individus Eléphant 8 dans ELEPHANT 2217245-l-phant-blancque l’on utilise ne sont pas nés en captivité. Ce sont des individus capturés sauvages et ensuite apprivoisés.

La chasse aux Éléphants se fait, dans l’Inde, comme elle se faisait il y a deux mille ans ; car tous les Orientaux restent fidèles à leurs anciens usages.

On choisit une vaste étendue de bois, qu’on hérisse de barricades et qu’on entoure de fossés larges et profonds. On y introduit des femelles privées. C’est un appât auquel les Éléphants sauvages ne résistent jamais, surtout si l’on a eu soin de choisir la saison des amours. Ils arrivent par troupes dans la nuit, et vont trouver les femelles, en passant par de larges ouvertures qu’on a eu soin de ménager dans l’enceinte. On ferme ces issues aussitôt qu’il en est entré un nombre suffisant, et l’on introduit, pour les traquer et pour battre le bois, des chasseurs et des Éléphants privés.

On a eu soin de disposer à l’avance, dans l’intérieur de l’enceinte, de petits enclos à une seule entrée ; on cherche à faire engager dans ces petits enclos les Éléphants sauvages, pour les isoler. Dès que les Éléphants s’aperçoivent qu’ils sont renfermés, ils entrent en fureur, et font, pour recouvrer leur liberté, des efforts désespérés. On les laisse se débattre un certain temps, et lorsque la faim et la fatigue ont épuisé leurs forces, on les fait attaquer par des Éléphants privés, qui les terrassent à coups de trompe et les forcent à se tenir tranquilles. Les chasseurs saisissent ce moment pour leur jeter des noeuds coulants, et pour les attacher aux arbres, où ils les laissent jusqu’à ce que, domptés par le jeûne et par la lassitude, ils n’opposent plus de résistance. Alors on les mêle aux Éléphants privés, et on achève de les rendre dociles par des caresses et par des soins. (A SUIVRE…) 

FIGUIER, Louis (1819-1894) : L’Éléphant (1882). 

 



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Texte établi sur un exemplaire (BmLx : nc) de l’ouvrage Les Animaux chez eux illustré par Auguste Lançon (1836-1887) paru chez L. Baschet à Paris en 1882. 



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Eléphant 9

Posté par othoharmonie le 21 novembre 2011

Par Louis Figuier 


Diodore de Sicile décrit un moyen, aussi hardi que périlleux, qui était employé de son temps, par les Éthiopiens chasseurs Eléphant 9 dans ELEPHANT 220px-Ivory_traded’Éléphants. Ces hommes, dit Diodore de Sicile, se cachent sur des arbres, pour observer les sentiers que suivent ordinairement les Éléphants. Quand l’un de ces animaux vient à passer sous l’arbre où le chasseur est aux aguets, celui-ci saute sur l’animal, le saisit par la queue, et de ses jambes lui serre fortement la cuisse gauche ; puis, avec une petite hache parfaitement effilée, il frappe à coups redoublés ses tendons et ses jarrets de la jambe droite. Tout cela se fait avec une merveilleuse vitesse, car il faut ou s’emparer de l’animal ou perdre la vie. Le plus souvent c’est l’Éléphant qui périt ; mais quelquefois aussi il écrase dans sa chute l’Éthiopien, ou il le tue, en le serrant contre des arbres ou contre des rochers.

Ces mêmes particularités sont racontées par Agatharcide, de Gnide, par Pline et par Strabon.

Les Abyssins modernes ont conservé le courage traditionnel de leurs ancêtres. Selon le voyageur Bruce, il y a encore en Abyssinie des hommes auxquels on donne le nom d’agagéers, c’est-à-dire coupe-jarrets, qui chassent les Éléphants, en leur coupant les tendons des jambes à coups de sabre. Ils montent à cheval, et lorsque l’animal court sur eux, ils savent l’esquiver et revenir ensuite à la charge. Une fois qu’ils l’ont blessé, ils l’achèvent à coups de flèche et de zagaies.

Dans l’état sauvage, l’Éléphant des Indes atteint l’âge de deux cents ans ; mais en captivité il ne vit guère que cent vingt ans.

220px-Roosevelt_safari_elephant2 dans ELEPHANTA la guerre, on l’emploie pour transporter les malades, les tentes et les ustensiles. Les Anglais ont essayé de l’atteler à leurs trains d’artillerie.

Bien plus, les propriétaires des grandes plaines cultivées de certaines parties de l’Inde sont parvenus à lui faire tirer la charrue. Jamais plus monstrueux laboureur n’avait éventré la terre de son soc redoutable. L’Éléphant laboureur fait à lui seul l’ouvrage d’une trentaine de boeufs.

Il est spécialement utile dans la chasse au tigre, pour porter les chasseurs, et même pour les défendre si leur terrible gibier se retourne contre eux.

Dès la plus haute antiquité l’Éléphant d’Asie a été dressé au service domestique et militaire, et cet usage s’est continué jusqu’à nos jours. Dans les combats que se livraient les peuples de l’Asie, on le chargeait de tours, occupées par des hommes armés de flèches, de frondes ou de javelots.

310px-Afrikanischer_Elefant-paintingLes premières armées qui conduisirent des Éléphants à leur suite portaient avec eux le gage de la victoire. En effet, la vue seule de ces animaux équipés en guerre frappait de terreur les bataillons ennemis. Les Romains furent très effrayés lorsqu’ils virent, pour la première fois, dans leurs campagnes contre Pyrrhus, ces machines vivantes. Ils apprirent pourtant à combattre les Éléphants africains. Avec des haches, ils brisaient leurs jambes colossales ; ils lançaient au milieu de leurs troupes d’énormes pieux, pour entraver leur marche.

Plus tard, les Romains apprirent à conduire eux-mêmes des Éléphants au combat, et César en fit un usage avantageux dans la campagne des Gaules. Les restes des Éléphants amenés par les Romains dans les Gaules ont été retrouvés dans le midi de la France. A Rome, on vit paraître les Éléphants dans le Colysée, pour combattre les gladiateurs, et souvent on les attela au char qui portait les triomphateurs au Capitole. (A SUIVRE…). 

 

FIGUIER, Louis (1819-1894) : L’Éléphant (1882). 



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Eléphant 10

Posté par othoharmonie le 21 novembre 2011

Par Louis Figuier 


C’est pour orner la pompe de son triomphe que César fit amener à Rome les Éléphants qu’il avait pris à la bataille de Thapsus. On vit alors quarante de ces magnifiques animaux disposés sur deux rangs, et portant chacun un flambeau dans sa trompe.
Éléphant (gravure du XVIIIe siècle)

L’idée de ce spectacle, qui intéressa beaucoup les Romains, avait été empruntée aux rois d’Égypte et de Syrie, qui se faisaient quelquefois accompagner ainsi par des Éléphants dressés à porter des torches.

Il faut noter, à propos de l’emploi des Éléphants dans les armées, que l’espèce indienne est plus courageuse que l’espèce africaine. Les Romains connaissaient bien cette particularité, car dans les batailles où ils n’avaient que des Éléphants d’Afrique à opposer à des Éléphants indiens, ils avaient soin de les placer, non devant les corps d’armée, mais derrière les soldats. C’est ce que firent les Romains, selon Tite-Live, à la bataille de Magnésie.

L’Éléphant d’Afrique a la tête plus arrondie et moins large en dessus que l’Éléphant d’Asie. Son front n’a pas la double bosse latérale qu’on trouve chez ce dernier. Les oreilles sont plus grandes et plus rapprochées par leur bord interne ; ses défenses sont plus fortes. Quelques autres particularités relatives à la forme des os et à celle des dents molaires distinguent encore l’Éléphant d’Afrique de celui d’Asie.

On rencontre les Éléphants d’Afrique depuis le cap de Bonne-Espérance jusque dans la haute Égypte. Ils existent par conséquent en Mozambique, en Abyssinie, en Guinée et au Sénégal.

Eléphant 10 dans ELEPHANTLes Éléphants africains vivent, comme ceux de l’Inde, en troupes plus ou moins nombreuses. On en trouve aussi de solitaires : les Hollandais les désignent sous le nom de rôdeurs. Ils étaient autrefois beaucoup plus communs qu’aujourd’hui aux environs du cap de Bonne-Espérance. Un voyageur du siècle dernier, Thumberg, rapporte qu’un chasseur lui affirma en avoir abattu, dans ces régions, quatre ou cinq par jour, et cela régulièrement. Il ajoutait que le nombre de ses victimes s’était élevé plusieurs fois à douze ou treize et même à vingt-deux par jour. C’était peut-être propos de chasseur. Quoi qu’il en soit, on peut aujourd’hui voyager dans l’intérieur de l’Afrique sans rencontrer un seul de ces géants, qui étaient autrefois si abondants dans ces pays.

L’Éléphant d’Afrique diffère beaucoup de l’Éléphant d’Asie en ce qui concerne ses rapports avec l’homme. Il se prête peu au service, il s’apprivoise plus difficilement. Aussi ne demande-t-on pas à l’Éléphant d’Afrique ce qu’on obtient de celui des Indes. On le chasse pour la nourriture que fournit son abondante chair, et surtout pour l’ivoire de ses défenses.

On chasse l’Éléphant d’Afrique avec le fusil et avec des flèches empoisonnées. D’autres fois on l’attire et on le fait tomber, par surprise, dans des fosses au fond desquelles il se meurtrit sur des pieux effilés. (FIN). 

 

FIGUIER, Louis (1819-1894) : L’Éléphant (1882). 



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Le buffle 1

Posté par othoharmonie le 21 novembre 2011

  

Par Henri Dalivoy 

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 Boselaphus tragocamelusJe dois au lecteur un aveu pénible mais loyal : je n’ai jamais vu d’autres Buffles que ceux du Jardin des plantes et du Jardin d’acclimatation. J’ajouterai, pour achever ma confession, que l’étude sur place de ces animaux a suffi largement à mon bonheur et ne m’a pas inspiré la moindre velléité d’aller, un jour, faire avec eux plus ample connaissance en Roumanie, en Égypte, en Perse, aux Indes ou au Cap de Bonne-Espérance. Pure question de goût. Ce n’est point ma faute si je n’ai pas l’humeur vagabonde et si je considère comme une calamité un simple déplacement de Paris à Carcassonne ou à Quimper-Corentin.

Je ne me vante ni ne m’excuse de cette horreur des pérégrinations lointaines ; je me borne à constater, non sans une satisfaction secrète, que j’ai, du moins, cela de commun avec d’illustres naturalistes, voire même de fameux auteurs de récits de voyages, qui n’ont, de la vie, quitté leur cabinet. Il n’a jamais manqué, et, à notre époque surtout, il ne manque pas d’explorateurs infatigables, d’audacieux chercheurs d’inconnu, pour aller recueillir, dans les régions les plus inaccessibles de l’ancien et du nouveau monde, toutes les données, tous les renseignements propres à combler les lacunes de la science. Je m’incline respectueusement devant ces modestes et intrépides approvisionneurs de MM. les savants en chambre ; cependant ma déférence et mon admiration ne vont pas jusqu’à suivre leur exemple. Si la fatalité voulait que j’eusse à opter entre les deux destinées, je préfèrerais, à coup sûr, le rôle sédentaire ; il exige moins d’héroïsme et conduit plus rapidement à l’Institut.

Mais revenons au Buffle.

Le buffle 1 dans VACHE - BOEUF.... 220px-Muybridge_Buffalo_gallopingJ’ai lu et noté ce qui a été écrit, que je sache, sur ce ruminant ; je me suis passé la fantaisie, bien inoffensive, de compulser, à son sujet, la Bible, les classiques grecs et latins, Aristote, Pline, etc., les « bestiaires » du moyen âge, les encyclopédies d’Albert le Grand, de Vincent de Beauvais, etc., l’interminable série des voyageurs, des naturalistes et des compilateurs des seizième, dix-septième et dix-huitième siècles, les grands ouvrages de Buffon, Cuvier, Flourens, d’Orbigny, etc., et, enfin, tous les travaux récents de zoologie. Eh bien ! je n’ai guère été, après, plus instruit qu’avant, et l’on ne me reprendra certainement pas à une pareille débauche de bouquins. Que de fables, que d’incertitudes, que de contradictions, que de desiderata, non seulement chez les écrivains de l’antiquité, du moyen âge et de la renaissance – ce qui s’explique de reste – mais aussi – et cela m’a enlevé une chère illusion – chez les plus célèbres naturalistes modernes et contemporains. Il m’a fallu une foi robuste pour ne pas douter de la science et désespérer du progrès.

On n’attend pas de moi, d’ailleurs, un de ces longs et doctes mémoires que peut seul se permettre un membre de l’Académie des sciences ou un professeur au Muséum ; ma tâche, heureusement, est plus modeste : les Animaux chez eux ne sont ni une revue d’érudition ni un traité complet d’histoire naturelle, et, pour ne parler que du Buffle et de ce qui me concerne, les superbes dessins de M. Lançon se passeraient fort bien de toute espèce de texte ; ma vile prose n’a pas d’autre but que de servir de repoussoir aux planches. Le lecteur, si lecteur il y a, est prévenu : il n’aura pas à me reprocher sa déception. (A SUIVRE…) 

 

DALIVOY, Henri : Le buffle (1882). 



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Le buffle 2

Posté par othoharmonie le 21 novembre 2011

 

Par Henri Dalivoy 


Quelques notions historiques vont me servir d’entrée en matière. Qu’on se tranquillise, je ne remonterai pas tout à fait au déluge.

 Buffle nain(Syncerus caffer nanus)L’antiquité grecque et romaine ne paraît pas avoir connu le Buffle ; un savant prélat italien, correspondant de Buffon, monsignor Caëtani, a signalé, il est vrai, un fragment de sculpture représentant la tête de cet animal, découvert, au siècle dernier, dans des fouilles archéologiques faites à Rome ; mais on n’en citerait pas, je crois, d’autres spécimens, à supposer encore que celui-ci ne donnât pas lieu à contestation. Quoi qu’il en soit, rien de plus incertain si le bubalus de la Bible, le boubalos ou le bonassos d’Aristote, le bubalus de Pline et de Martial, désigne le Buffle ou l’Aurochs, le Bison ou la Vache de Barbarie, le Zèbre ou l’Antilope, etc. : on n’a que l’embarras du choix. L’identification du bubalus et du bugle des auteurs du moyen âge n’est pas non plus rigoureusement déterminée. L’origine asiatique de ce bovidé prête moins à la controverse : il provient de la zône torride de l’ancien continent, des régions chaudes et marécageuses de l’Inde. Son apparition en Europe date, selon l’opinion admise, de la fin du sixième siècle, époque à laquelle, d’après le chroniqueur Paul Diacre, il fut introduit en Italie ; toutefois, il est probable que son acclimatation sur le littoral du Danube est bien antérieure. Plusieurs siècles auparavant, on le trouve déjà en Perse, en Syrie et en Égypte. 

 

Aujourd’hui, il existe à l’état sauvage en Asie (principalement aux Indes) et en Afrique (Cafrerie, le Cap, Congo, pays du centre) ; à l’état domestique, en Asie (Chine, Indes, Afghanistan, Perse, Arménie, Syrie, Palestine, bords de la mer Caspienne et de la mer Noire), en Afrique (Égypte) et en Europe (moyen et bas Danube, Turquie, Grèce et Italie) ; à l’état sauvage et à l’état domestique dans les îles de la Sonde, à Ceylan, Bornéo, Sumatra, Java, Timor, aux Moluques, aux Philippines, aux Mariannes, etc. Constatons enfin qu’au commencement du siècle, Napoléon essaya de le naturaliser dans les Landes, et que le Buffalo d’Amérique, malgré la ressemblance des noms, n’est autre que le Bison.

Le Jardin des plantes possède actuellement deux Buffles du Cap, le mâle et la femelle ; le Jardin d’acclimatation, une famille complète de Buffles d’Europe, le père, la mère et un tout jeune Buffletin. Il est donc facile, même avec les goûts les plus  Bison d'Europe (Bison bonasus)sédentaires, d’acquérir de visu une idée exacte des deux espèces caractéristiques de cet intéressant animal.

Intéressant, je ne retire pas le mot. Le moyen, en effet, de ne point ressentir malgré soi, un peu de pitié pour ces pauvres captifs, à la morne mélancolie, qui vous adressent, comme un reproche, un long regard résigné, et, parfois, lèvent au ciel des yeux suppliants, où on lit le regret des forêts vierges de l’Afrique ou des immenses steppes du littoral danubien ? Ému par ce regard, j’oublie que le Buffle à l’état sauvage n’inspire pas du tout le même intérêt ; si je le plains, prisonnier, libre, je ne serais nullement curieux de le rencontrer sur mon chemin.

De mon excursion à ces frileux jardins
                Qui montrent sans dangers aux pâles citadins
                Les fils des chauds soleils et des gorges sauvages
                Usant leur instinct libre aux barreaux de leurs cages.

Le buffle 2  dans VACHE - BOEUF.... 220px-Bison_broute4je ne me suis pas borné à rapporter une impression, un souvenir : j’ai bel et bien, séance tenante, rédigé d’après nature une description aussi consciencieuse que pittoresque du Buffle du Cap et du Buffle d’Europe. Par malheur, je n’avais pas encore vu les planches destinées à accompagner le texte. Dès que les dessins de M. Lançon m’eurent passé sous les yeux, mon devoir me fut tout tracé : je jetai mes feuillets au panier. Sacrifice douloureux. Mais devant ce terrible crayon, le plus sage pour moi est de confesser humblement l’infériorité de ma littérature ; la lutte me serait trop désavantageuse, mon amour-propre aurait trop à souffrir de la comparaison. Il ne me reste que la ressource d’appeler à mon aide un auxiliaire dont personne ne niera l’autorité. Buffon, immortel Buffon, à la rescousse !

« Le Buffle est d’un naturel plus dur et moins traitable que le boeuf ; il obéit plus difficilement, il est plus violent, il a des fantaisies plus brusques et plus fréquentes : toutes ses habitudes sont grossières et brutes ; il est, après le cochon, le plus sale des animaux domestiques, par la difficulté qu’il met à se laisser nettoyer et panser. (A SUIVRE…) 

 

 

DALIVOY, Henri : Le buffle (1882). 

 



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Le buffle 3

Posté par othoharmonie le 21 novembre 2011

 

Par Henri Dalivoy 

 

 Anoa de MalaisieSa figure est grosse et repoussante, son regard stupidement farouche ; il avance ignoblement son cou, et porte mal sa tête, presque toujours penchée vers la terre ; sa voix est un mugissement épouvantable, d’un ton beaucoup plus fort et plus grave que celui d’un taureau ; il a les membres maigres et la queue nue, la mine obscure, la physionomie noire, comme le poil et la peau : il diffère principale du boeuf à l’extérieur par cette couleur de la peau qu’on aperçoit aisément sous le poil, qui n’est que peu fourni. Il a le corps plus gros et plus court que le boeuf, les jambes plus hautes, la tête proportionnellement beaucoup plus petite, les cornes moins rondes, noires et en partie comprimées, un toupet de poil crépu sur le front : il a aussi la peau plus épaisse et plus dure que le Boeuf ; sa chair, noire et dure, est non seulement désagréable au goût, mais répugnante à l’odorat. Le lait de la femelle Buffle n’est pas si loin que celui de la Vache ; elle en fournit cependant en plus grande quantité », etc., etc.

Comment trouvez-vous le morceau ? Entre nous, il n’est pas éminemment remarquable : je dirai même tout bas, qu’il ne suffirait point à illustrer son auteur ; l’exactitude, la précision, la couleur, le brillant de la forme y laissent tant soit peu à désirer. Dût-on m’accuser de fatuité, je regrette mon essai descriptif.

Écoutons une autre sommité de la science.

 Syncerus caffer« Le Buffle a les membres gros et courts, le corps massif, la tête grande, le front bombé, le chanfrein droit et étroit, le mufle très large. Ses cornes, bas placées, sont triangulaires et marquées à intervalles réguliers d’empreintes peu profondes ; elles se dirigent d’abord obliquement en dehors et en arrière, puis se relèvent vers la pointe. Elles sont de couleur noire, et cette couleur est aussi celle des sabots, des ergots, des poils et de la peau. Les poils sont rares sur le corps et assez épais sur le front où ils forment une sorte de touffe ; les genoux sont aussi d’ordinaire assez velus et le bas des jambes même est quelquefois garni de poils longs et frisés. A la partie inférieure du cou et antérieure de la poitrine, la peau forme un fanon de grandeur variable suivant les races et même suivant les individus. Le port du Buffle est lourd et ses allures sont gauches ; en courant, il allonge le cou et tend le museau comme pour flairer ; il semble en effet se guider principalement par le sens de l’odorat. Malgré la lenteur de sa marche, il est précieux comme bête de trait, car sa force est très grande, comparativement même à celle du boeuf. »

Tenez-vous à être renseigné par un autre écrivain non moins compétent ?

« Le Buffle ordinaire a le corps un peu allongé, arrondi, le cou court et épais, lissé, mais sans fanons ; la tête plus courte et plus large que celle du boeuf ; le front grand, le museau court, les jambes de moyenne longueur, fortes, vigoureuses ; la queue assez longue ; le garrot presque élevé en forme de bosse, le dos incliné ; la croupe haute et retombante ; la poitrine assez mince, le ventre gros, les flancs rentrés ; les yeux petits, à expression sauvage et méchante, les oreilles longues et larges, les cornes…. »

Mais il me semble qu’insister là-dessus serait scabreux : je saute, à regret, la dissertation relative aux cornes.

« Les sabots sont bombés, grands, larges. Les poils sont rares, roides, presque soyeux ; ceux des épaules, de la partie antérieure du cou, du front, de la touffe terminale de la queue sont allongés. L’arrière-train, la croupe, la poitrine, le ventre, les cuisses et la plus grande partie des jambes sont presque entièrement nus. L’animal est d’un gris noir foncé ou noir ; les flancs sont roux, le fond de la peau est noir ; les poils tirent tantôt sur le gris bleu, tantôt sur le brun ou le roux, » etc., etc.

 Syncerus caffer cafferAbrégeons. A moins d’épuiser tout le stock scientifique sur la matière, voilà, je pense, assez de citations pour contenter les exigences les plus difficiles. Il est présumable, du reste, que ni vous ni moi ne nous préoccupons outre mesure de savoir si le Buffle a une côte de plus ou de moins que le boeuf, si sa langue est lisse ou rugueuse, s’il a ou non l’haleine fétide, s’il justifie l’observation qu’a fait Aristote à propos des ruminants : Nullum cornutum animal pedere ; s’il plonge à dix ou douze pieds de profondeur pour arracher avec ses cornes des plantes aquatiques qu’il mange en continuant à nager ; si les trayons de la femelle sont transversaux ou parallèles, s’il est vrai que son lait serve à fabriquer le fromage parmesan, et toutes autres questions de ce genre, fort importantes, je suis le premier à le reconnaître, et longuement traitées dans les ouvrages spéciaux, mais par contre, dénuées de charme et manquant d’intérêt aux yeux de pauvres ignorants de notre sorte. En attendant que MM. les naturalistes aient pu résoudre ces graves problèmes, dormons tranquilles, et surtout, selon le recommandable précepte de maître François Rabelais, « beuvons frais ». (A SUIVRE….)

DALIVOY, Henri : Le buffle (1882). 

 



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Le buffle 4

Posté par othoharmonie le 21 novembre 2011

Par Henri Dalivoy 

 

 Bubalus bubalisLe lecteur me saura gré de ne pas m’arrêter aux divisions, subdivisions et variétés de l’espèce Buffle, depuis le bos bubalus vulgaris et le Buffle de la Cafrerie ou du Cap jusqu’au Buffle Arni, au Buffle Kérabau, au Buffle Bhain, au Buffle brachycère et au Buffle des Célèbes, qui tient le milieu entre le Buffle et l’Antilope. Les zoologues ne sont pas encore parvenus à se mettre parfaitement d’accord à propos de la nomenclature et du classement des divers types connus. Ne soyons pas plus royalistes que les rois de l’Académie des sciences et du Muséum, et bornons-nous à quelques détails inédits sur le Buffle des rives danubiennes. C’est cette variété, comprenant le Buffle commun et le Buffle blanc, que M. Lançon a représentée en majeure partie dans ses admirables dessins. C’est à lui que nous sommes redevable des renseignements qui suivent. Ayant vécu pendant plusieurs mois en Roumanie, en Valachie, etc., il a pu étudier à l’aise ces animaux et les croquer, sous de multiples aspects, avec l’exactitude, la fougue et la vive couleur locale qui lui sont familières. 

 

 Bubalus bubalis  à TaïwanDans toute la basse région danubienne, le Buffle vit sur les bords du fleuve, au milieu des pacages et des steppes, moitié domestique, moitié sauvage, presque en liberté, à la façon des taureaux et des chevaux de la Camargue. Sa rusticité s’y approprie à merveille à la nonchalance orientale de ses maîtres. Lent, lourd, capricieux parfois, mais fort, robuste, dur à la peine et d’une sobriété sans pareille, il est utilement employé aux travaux de culture et de transport. La manière de l’atteler est des plus primitives : en guise de joug, on lui introduit la tête entre deux barres de bois parallèles, reliées verticalement l’une à l’autre et rattachées au timon par de longues chevilles qui complètent ainsi le collier, ou, pour mieux dire, le carcan. Impossible de pousser plus loin la simplicité et l’économie. Mais le Buffle n’a pas l’habitude d’être gâté et se trouve très bien, paraît-il, de ce rude harnais.

Il n’est ferré que des pieds de devant. Excellente bête de somme, il charrie les plus lourds fardeaux ; une seule paire enlève facilement une grosse pièce d’artillerie, que huit chevaux ou six boeufs auraient peine à traîner. Aussi un attelage de Buffles est-il considéré comme une richesse et entouré de tous les soins dont sont capables ses indolents et flegmatiques propriétaires.

Son pelage peu fourni et laissant presque la peau à nu lui fait redouter surtout les ardeurs du soleil. L’eau semble être son élément. En toute saison, sauf au coeur de l’hiver, on l’y voit nageant, s’ébattant par bandes ou, plus souvent encore, enfoncé jusqu’au cou dans les flaques marécageuses où il barbote, broute et s’endort tranquillement, la tête seule hors de l’eau. Quand on l’attelle, pendant les chaleurs, on le couvre d’une épaisse couche de boue qu’on tâche de renouveler ou d’arroser dès que l’argile est devenue sèche. Arrivé au relai, il va se jeter dans la vase avant même d’apaiser sa soif à l’auge du puits.

Le buffle 4  dans VACHE - BOEUF.... 250px-Bubalus_depressicornisAu pâturage, il vit en bonne intelligence avec les Boeufs, les Anes et les Chevaux. Pour ami, il a l’oiseau des Buffles, le textor erythrorhyncos – traduction littérale : le tisserand à bec rouge – qui, perché sur son dos, le débarrasse de la vermine ; pour ennemi, une espèce de mouche venimeuse, au nom aussi imagé, probablement, qui, les soirs d’été, s’attaque à la plupart des animaux domestiques, les affole par ses piqûres au mufle et cause quelquefois leur mort. Afin de préserver leurs troupeaux, les gens du pays allument de distance en distance, dans le pacage et la steppe, de grands feux de fumier qui durent toute la nuit. Les bêtes sont accoutumées à recourir elles-mêmes au remède : aussitôt qu’un Buffle ou un Cheval se sent piqué, il se dirige à toute vitesse, aiguillonné par la douleur, vers le feu le plus rapproché, expose à cette fumée âcre la partie du naseau où s’est attaché l’insecte et lui fait ainsi lâcher prise, en prévenant par une sorte de cautérisation l’effet du virus. On se figure le tableau. Le charme des claires nuits d’Orient, l’ampleur confuse de l’horizon, les oppositions d’ombres et de lumières, les silhouettes désordonnées des animaux réfugiés autour de la fournaise, la tête dans le feu, râlant, bondissant, en furie, tout donne à cette scène nocturne un caractère saisissant, vraiment fantastique ; on peut en croire sur parole M. Lançon : il s’y connaît.

Un autre spectacle curieux, dans un genre différent, est celui d’une troupe de Buffles quand elle traverse à la nage les bras du Danube, les plus vieux portant, assis sur leur front et les mains appuyées aux cornes, deux ou trois marmots qui trouvent ce véhicule très commode pour passer l’eau sans mouiller leurs guenilles. Quel joli pendant réaliste à la légende d’Arion, sans la lyre, et à la fable du Singe et du Dauphin, sans la mésaventure finale ! (A SUIVRE…) 

 

DALIVOY, Henri : Le buffle (1882). 

 



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Texte établi sur un exemplaire (BmLx : nc) de l’ouvrage Les Animaux chez eux illustré par Auguste Lançon (1836-1887) paru chez L. Baschet à Paris en 1882. 



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Le buffle 5

Posté par othoharmonie le 21 novembre 2011

 

Par Henri Dalivoy 

 Buffle d'Afrique (Syncerus caffer)Malgré leur air rébarbatif, les Buffles danubiens ne sont guère farouches. De petits bambins à moitié nus, et munis d’une simple gaule, vont les chercher au pâturage ou dans les mares, les arrachent au repos, les rassemblent et les conduisent à la ferme ou au travail, avec autant d’aisance et de sécurité que s’il s’agissait des plus inoffensifs quadrupèdes.

Les indigènes vantent généralement son instinct, sa mémoire, sa finesse d’ouïe et d’odorat. Il dépasse en longévité le Boeuf, le Cheval, et atteint, dit-on, jusqu’à quarante ans. Sa chair a bien un fumet un peu prononcé, mais au demeurant, à ce que m’assure M. Lançon, elle n’est point désagréable ; sèche, on la conserve longtemps : elle se mange crue, découpée en longues lanières qui rappellent vaguement le saucisson d’Arles. On estime sa graisse à l’égal de celle du Cochon ; le lait de la femelle, toujours d’après mon auteur, est très savoureux et s’emploie surtout à la confection d’une espèce de petit fromage fort apprécié là-bas des connaisseurs.

Nous sommes loin, avec l’utile serviteur domestique des populations roumaines et valaques, du ruminant dangereux, sournois, traître et rageur qui se rencontre, à l’état sauvage, dans d’autres climats ; plus à craindre, en Afrique, que le Lion, l’Éléphant ou le Rhinocéros ; redouté aussi aux Indes, où il est l’adversaire souvent victorieux du Tigre, dans les combats de bêtes féroces qui mettent en présence ces deux ennemis.

Pour être absolument complet, j’aurais encore à parler des divers usages de la peau et des cornes de Buffle ; mais la fabrication des peignes et la buffleterie ne sont pas mon affaire. Il suffit de signaler que, par une amère dérision du sort, les dépouilles de ce superbe animal servent également à la coquetterie féminine et au majestueux uniforme du gendarme.   (FIN).     

 

 DALIVOY, Henri : Le buffle (1882). 

 



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Le Chien 1

Posté par othoharmonie le 20 novembre 2011

Par G. de Cherville 

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Bernardyn13Le Chien fournira dans cent ans comme aujourd’hui, matière aux diatribes aussi bien qu’aux panégyriques. Comme l’amour, comme la femme, il représente un thème inépuisable, il aurait le droit d’être fier du rapprochement. 

Au point de vue général et populaire sa réputation est détestable. Dans la bouche d’un homme de l’Orient, son nom devient la plus sanglante des injures. 

Nous autres Occidentaux, nous témoignons, quoi qu’on en dise, de plus de richesse dans l’imagination ; nous avons cherché nos images désobligeantes chez tant d’autres êtres, que le Chien s’est trouvé déchargé d’autant. En cela nous nous montrons beaucoup moins logiques que les Orientaux : chez ceux-ci, le Chien, à demi errant, à peine apprivoisé, vivant d’immondices, peut être accepté comme un type de bassesse et d’ignominie ; nous autres, nous commettons un contre-sens en qualifiant, par exemple, de « métier de chien », une profession qui ne nous plaît guère, ordinairement celle que nous exerçons. Le métier d’un Chien choyé, caressé, aimé, nourri comme un prébendaire, dormant la grasse matinée, donnant satisfaction aux menues passions qui l’incitent est plus digne d’envie que de pitié ; pas mal de rois de la création s’en accommoderaient. Il y a bien les coups de fouet ; mais comme, par le temps qui court, ils rentrent dans l’apanage des positions sociales les plus élevées et qu’en somme on en est quitte pour se secouer du museau à la queue, il a bien le droit de les dédaigner. 

Le Chien 1 dans CHIEN 220px-Neapolitan_Mastiff_FlickrLa parfaite philosophie avec laquelle il les reçoit est le gros grief que lui reprochent ses détracteurs ; ils qualifient de lâcheté la soumission avec laquelle il lèche la main qui l’a frappé, ils taxent la résignation de son attachement de simple platitude, à les entendre la servilité de son caractère est avilissante, peu s’en faut qu’ils ne reprochent à un caniche rossé par son aveugle de ne pas avoir entonné la Marseillaise

On peut leur répondre que ce servilisme n’est que la formule de l’affection dans l’espèce et revendiquer pour l’animal le droit de s’écrier avec la femme de Sganarelle : « Et s’il me plaît à moi d’être battue ! » Mais c’est opposer un enfantillage à un autre enfantillage. On ne mesure pas le Chien à l’aune qui sert à toiser les hommes. Lui demander de la grandeur d’âme, de la dignité, est à peu près aussi raisonnable que de vouloir qu’il parle latin ou de vouloir qu’il se forme une opinion sur la question d’Orient. Qu’il remplisse consciencieusement son rôle aimable sur la terre, voilà tout ce que nous devons attendre de lui.

 Ce rôle n’est pas de peu d’importance. (A SUIVRE…) 

CHERVILLE, Gaspard de Pekow marquis de (1821-1898) : Le Chien (1882). 



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Le Chien 2

Posté par othoharmonie le 20 novembre 2011

Par G. de Cherville 

Lhasa apso r5.jpgLa conquête du Chien fut autrement intéressante que ne l’est celle d’un empire, puisque sans elle, très probablement, il n’eût jamais existé d’empire. Sans le Cheval et sans le Chien, avec le Cheval mais sans le Chien, qui sait si la fameuse évolution découverte par M. Darwin se fût accomplie ? Nous serions certainement des Singes extrêmement distingués, mais nous n’en aurions peut-être, peut-être pas dépouillé la peau velue, si nous n’avions pas pensé à nous rallier cet inappréciable serviteur qui, en nous aidant à asservir les autres animaux, en se chargeant de garder les troupeaux, nous a créé les loisirs dont toutes nos découvertes scientifiques et économiques ont été les conséquences. 

Rouage social moins actif qu’aux temps primitifs, le Chien reste néanmoins un animal indispensable. Il défend la maison et son maître, non plus contre les Lions et les Panthères, mais contre les bêtes féroces de notre espèce, encore plus redoutables, il reste notre auxiliaire à la chasse et dans la surveillance des bestiaux, il nous étonne par sa fidélité, nous distrait par sa gentillesse, nous prodigue des leçons de reconnaissance et de désintéressement, dont nous ne profitons pas assez, et enfin, nous aime par-dessus le marché ; lui demander davantage ce serait se montrer trop exigeant. 

Le Chien a-t-il été un animal primitif ? Est-il une création composite façonnée, pétrie, modelée, éduquée, perfectionnée, assimilée par l’industrie humaine ? 

Le Chien 2 dans CHIEN 180px-Magyar_agar_kanLes deux hypothèses ont leurs partisans ; les uns et les autres ont dépensé souvent du talent, quelquefois du génie, toujours beaucoup d’encre à exécuter d’aventureux stepple-chases sur le turf des conjectures et des probabilités. 

Rien ne passionne davantage les savants que les problèmes dont l’utilité est contestable. 

M. de Buffon penchait pour une race de Chiens sauvages, souche unique de toutes les variétés que nous connaissons ; il désigne le Chien de berger comme étant celui qui se rapproche le plus de cette race mère, il l’a choisi pour souche dans son arbre généalogique des races canines. Sa théorie se basait sur l’insuccès des tentatives multipliées qu’il aurait faites pour rapprocher par l’accouplement le Chien de ses congénères Loup et Renard. 

Les contradicteurs de l’illustre académicien ont répondu que, trop soucieux de sa dignité et de la blancheur de ses manchettes, il n’avait jamais présidé, comme il convient au véritable naturaliste, c’est-à-dire en personne, aux expériences qui furent le prétexte de tant de pages immortelles. Effectivement, on est quelque peu tenté d’accuser les fondés de pouvoir du grand homme, d’avoir abusé de la confiance qu’il leur accordait, car il est aujourd’hui surabondamment démontré que le métis, vainement cherché par Buffon, s’obtient non seulement avec le Loup, mais avec le Chacal, que l’intervention humaine n’est pas même nécessaire pour qu’il se produise, qu’il existe de nombreuses preuves de ces croisements accidentels dans l’état d’indépendance. (A SUIVRE….) 

CHERVILLE, Gaspard de Pekow marquis de (1821-1898) : Le Chien (1882). 



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Le Chien 3

Posté par othoharmonie le 20 novembre 2011

Par G. de Cherville 

Les adversaires du système du Chien primitif objectent encore que cet animal n’existe pas dans les contrées où l’homme ne l’a Le Chien 3 dans CHIEN 220px-Yumi_19mois2point précédé ; ils insinuent que le Dhôl, dont les bandes exploitent les jungles des frontières ouest du Bengale, que le I ou Dingo de l’Australie, que le Deeb de la Nubie et de l’Abyssinie, que l’Aguari de l’Amérique du Sud, peuvent être des descendants de Chiens civilisés qui, cédant à la passion de la franche lippée, auraient rompu leur ban. 

On pourrait, il est vrai, leur répondre que, si le Chien était l’espèce composite qu’ils imaginent, il lui serait advenu, dans ce retour à la sauvagerie, ce qui arrive non seulement à tous les animaux domestiques, mais à tous les végétaux cultivés quand on les abandonne à eux-mêmes ; ces Chiens auraient usé de leur indépendance pour restituer à chacune des souches dont ils sont originaires, ce qu’ils auraient emprunté à chacune d’elles ; l’animal façonné par l’homme aurait rapidement disparu pour se refondre avec les Loups, avec les Chacals. 

Mais vraiment est-ce bien la peine de vous remorquer à notre suite, dans l’ornière conjecture, au-dessus de laquelle quelques-uns ont du moins des ailes pour planer. Plutôt que d’essayer d’ajouter un peut-être aux peut-être qui ont été présentés comme des solutions, ne vaut-il pas mieux se rallier à l’opinion la plus simple et la plus honorable pour le Chien, c’est-à-dire à celle de Buffon ? Je l’adopte sans m’informer davantage si elle est plus solidement justifiée que l’opinion contraire, uniquement parce que, selon moi, la règle de trois a toujours tort contre la règle du sentiment. 

Spitz.jpgEn raison de mon estime, disons le mot vrai, de ma tendresse pour l’animal dont je vous occupe, je tiens essentiellement à ce qu’il ait figuré dans l’œuvre du cinquième jour. Quoi ! il aurait eu en partage la délicatesse exquise du sens de l’odorat, l’agilité, la grâce, la force, le courage, à tous ces dons Dieu aurait ajouté des vertus dont on ne l’accusera pas d’avoir été prodigue : la patience, la tempérance, la fidélité, la constance, le désintéressement, la chaleur dans le sentiment, il aurait permis que cette simple bête eût quelquefois de l’esprit, il lui aurait ordonné de mettre tout cela au service de l’homme et il n’aurait pas jugé que ce véritable chef-d’œuvre fût digne d’une façon particulière ? C’est tout à fait invraisemblable. 

Sans doute la fabrication de cette machine chassante et aimante aurait quelque chose de très flatteur pour l’orgueil de notre espèce ; mais, d’un autre côté, la nécessité de l’intervention humaine dans la composition d’un être si supérieur aux êtres qui extérieurement lui ressemblent, serait quelque peu humiliante pour le Créateur. Ne sommes-nous donc pas assez riches en merveilles de notre façon ? N’avons-nous pas à notre actif la poudre à canon, la vapeur, la photographie et le reste ? Nous pouvons laisser le Chien au bon Dieu. (A SUIVRE…. ) 

CHERVILLE, Gaspard de Pekow marquis de (1821-1898) : Le Chien (1882).   



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Le Chien 4

Posté par othoharmonie le 20 novembre 2011

Par G. de Cherville 

Une certaine école de physiologistes refuse nettement au Chien comme aux autres animaux la faculté de s’élever au-dessus de Chow chow puppy.jpgl’instinct. Il y a sans doute une si énorme distance entre les attributions intellectuelles chez l’homme et chez les bêtes qu’on ne peut songer à les comparer ; le premier invente, les secondes sont incapables de créer. Cependant il nous paraît évident que la nature leur a réservé ce que Locke a défini « la connaissance de quelque raison, une liaison dans les perceptions que les sensations seules ne sauraient donner », c’est-à-dire précisément cette aptitude à certains calculs, caractère essentiel de l’intelligence que ces savants lui refusent. 

Leur doctrine sur ce point est tellement absolue que, pour y faire brèche, il suffit de démontrer que les animaux sont capables d’un acte réfléchi, quel qu’il soit. Cependant je tiens à choisir mes exemples dans une opération intellectuelle d’ordre supérieur, dans la comparaison, produit d’un effet de réflexion assez laborieux, résultante de l’évocation simultanée de deux idées, tantôt parallèles, tantôt divergentes, et d’un calcul entre les bénéfices et les inconvénients de chacune d’elles, acte d’intelligence s’il en fut jamais. 

Le Chien 4 dans CHIEN 250px-Rough_ColliesQuel est le chasseur qui n’a pas vu son Chien apprécier aussi judicieusement que possible la différence qui existe entre l’emploi des diverses chaussures de son maître ? J’ai là à mes pieds un épagneul qui jamais ne s’y trompe. S’il voit apparaître certains souliers jaunâtres aux semelles épaisses, il devient immédiatement folâtre ; il les salue d’un long bâillement, qui se termine par un aboi de bonne compagnie, mezza voce, il se détire, frétille de la queue, secoue ses oreilles, va, vient de la cheminée à la porte, de la porte à la cheminée, me disant très clairement dans sa pantomime : 

« Mais dépêche-toi donc, maudit lambin, puisque nous allons à la chasse ; les minutes de plaisir sont des diamants trop précieux pour qu’on les gaspille ! » 

Si, au contraire les bottines que l’on m’apporte sont noires, luisantes et légères, il ne daignera pas les honorer d’un regard. Sans quitter la peau de sanglier qui lui sert de couchette, il prendra une mine grave, boudeuse, renfrognée ; s’il avait des larmes à son service, comme l’enfant que l’on laisse au logis, il en userait pour m’attendrir. 

Quand nous sommes lui et moi à Paris, c’est encore la cordonnerie qui lui fournit le thermomètre de ses satisfactions, mais ses prédilections changent d’objet ; ce sont de vieux escarpins qui ont le privilège de le mettre en liesse, parce que ce sont toujours ceux que je chausse pour aller faire en sa compagnie une promenade quotidienne dans les rues désertes des environs. 

Rough Collie 600.jpgCe même Chien m’a donné dans ces promenades un autre témoignage de calcul raisonné qui ne manque pas d’originalité. Elles avaient un but utilitaire qui condamnait mon compagnon à quelques stations ; il arriva plusieurs fois que, distrait, je m’éloignai sans l’attendre et qu’il se perdit. Nous passions quelque temps à courir l’un après l’autre dans le quartier, après quoi, en rentrant, je le retrouvais à la maison où il m’avait précédé, en perdant bien entendu l’heure de flânerie qu’il se promettait sans aucun doute. Après une demi-douzaine de ces accidents désagréables, il trouva le moyen d’y parer. Aussitôt descendu dans la rue, il prenait le galop, se ménageait une avance de deux ou trois cents mètres dans la direction que nous devions prendre et exécutait la halte indispensable le nez tourné de mon côté, de façon à ne pas me perdre de vue et à pouvoir, sans trouble d’aucune sorte, se livrer à ses petites affaires. Un mathématicien eût-il mieux trouvé ?  (A SUIVRE…) 

CHERVILLE, Gaspard de Pekow marquis de (1821-1898) : Le Chien (1882). 



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Le Chien 5

Posté par othoharmonie le 20 novembre 2011

 

Par G. de Cherville 

 

Bloodhound 423.jpgJe suis amené à confesser une faiblesse que mes confrères en saint Hubert ne me reprocheront pas trop amèrement, je l’espère, celle d’avoir toujours admis dans l’intimité la plus large, la plus sans façon le représentant de la race canine que j’avais pour collaborateur. Cette promiscuité a ses inconvénients sans doute, elle a aussi ses avantages. Ce n’est guère que dans ce rapprochement de tous les instants que le Chien fournit la mesure de l’intelligence dont il est susceptible, aussi bien que des aimables qualités dont il est doué. Si le maître sort rarement, en revanche, le domestique est souvent dehors et le Chien l’accompagne. La remise de quelque argent destiné aux commissions est le préambule ordinaire de ces expéditions. Le taciturne observateur l’a si bien retenu, qu’aujourd’hui il suffit de faire « dreliner » de la monnaie pour qu’il prenne sa canne et son chapeau, c’est-à-dire se secoue de la tête à la queue, se préparant visiblement à aller dans le monde. 

 

Tout cela ne témoigne-t-il pas de cette liaison dans les perceptions, que des sensations seules ne sauraient donner, dont parle Locke ? 

 

Voici un fait parfaitement authentique, bien autrement concluant en faveur de la faculté d’un certain raisonnement chez le Chien. En 1867, à la Varenne-Saint-Hilaire où j’habitais, je trouvai devant ma porte un basset ayant au cou un reste de corde ; on le chassa, il revint avec tant d’acharnement que bon gré mal gré il fallut lui donner l’hospitalité. Je n’eus pas à le regretter. Le basset était vieux, singulièrement hargneux, prodigue de coups de dents, mais il possédait des qualités de chasseur qui rachetaient un peu les petites imperfections de son caractère. 

 

Une originalité que j’avais rarement observée chez un Chien courant lui valut ma conquête. Comme s’il eût compris que j’étais le seul envers lequel il eût à acquitter une dette de reconnaissance, le basset ne consentit jamais à aboyer sur un lapin au bénéfice d’un autre que moi, qu’il connaissait depuis deux mois à peine. 

 

Pies grenlandzki 871.jpgUn jour, un de mes amis vint en mon absence demander le Chien et l’emmena, en chemin de fer, à deux lieues au-dessus de Meaux, dans des bois où il le découpla. Selon ses petites habitudes, Finaud, quand il se vit libre, regarda dédaigneusement l’emprunteur, leva un instant la cuisse, entra dans le bois et disparut sans avoir chassé. Le lendemain, vers trois heures du soir, je le voyais arriver, crotté par-dessus l’échine, mais prodigieusement satisfait. 

 

De cette quarantaine de kilomètres franchis en pays inconnu, de la traversée du dédale des rues parisiennes, je ne parle que pour mémoire : c’est l’acte d’un instinct admirable, mais il est de pur instinct. Mais vous en concluez, comme je le fis alors : que si cet animal, si bien doué sous ce rapport, n’était pas depuis longtemps retourné dans la maison de son premier maître, c’était uniquement parce qu’il ne l’avait pas voulu ; il y avait été maltraité peut-être et, après réflexion et comparaison, il s’était décidé à donner la préférence au logis où on lui témoignait le plus d’indulgence. 

 

Le Chien 5 dans CHIEN 220px-Greenland_dogs_upernavik_2007-06-19Il y avait effectivement un drame dans le passé de Finaud. Son aventure de Meaux avait fait quelque bruit dans le pays ; son ancien maître vint chez moi et me raconta son histoire. Il habitait Sucy ; décidé à se défaire de ce basset devenu désagréable et méchant, il l’avait, un soir, amené aux bords de la Marne, à une lieue de la Varenne, et l’avait jeté à l’eau avec une pierre au cou. Cette pierre en se détachant avait permis au malheureux animal d’échapper à la mort ; mais il avait si bien conscience de l’attentat dont il venait d’être l’objet, qu’il préféra errer à l’aventure, plutôt que de prendre la trace de son maître et de revenir chez lui ; il lui en gardait une telle rancune, qu’il ne cessait pas de gronder depuis que son bourreau était là et celui-ci, ayant essayé de le caresser, il le mordit.  (A SUIVRE…) 

 

 

CHERVILLE, Gaspard de Pekow marquis de (1821-1898) : Le Chien (1882). 

 



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Texte relu par : A. Guézou
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-Tél. : 02.31.48.41.00.- Fax : 02.31.48.41.01
Mél : mediatheque@ville-lisieux.fr, [Olivier Bogros] 100346.471@compuserve.com

http://www.bmlisieux.com/ 



Diffusion libre et gratuite (freeware) 



Texte établi sur un exemplaire (BmLx : nc) de l’ouvrage Les Animaux chez eux illustré par Auguste Lançon (1836-1887) paru chez L. Baschet à Paris en 1882. 



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