Le buffle 2

Posté par othoharmonie le 21 novembre 2011

 

Par Henri Dalivoy 


Quelques notions historiques vont me servir d’entrée en matière. Qu’on se tranquillise, je ne remonterai pas tout à fait au déluge.

 Buffle nain(Syncerus caffer nanus)L’antiquité grecque et romaine ne paraît pas avoir connu le Buffle ; un savant prélat italien, correspondant de Buffon, monsignor Caëtani, a signalé, il est vrai, un fragment de sculpture représentant la tête de cet animal, découvert, au siècle dernier, dans des fouilles archéologiques faites à Rome ; mais on n’en citerait pas, je crois, d’autres spécimens, à supposer encore que celui-ci ne donnât pas lieu à contestation. Quoi qu’il en soit, rien de plus incertain si le bubalus de la Bible, le boubalos ou le bonassos d’Aristote, le bubalus de Pline et de Martial, désigne le Buffle ou l’Aurochs, le Bison ou la Vache de Barbarie, le Zèbre ou l’Antilope, etc. : on n’a que l’embarras du choix. L’identification du bubalus et du bugle des auteurs du moyen âge n’est pas non plus rigoureusement déterminée. L’origine asiatique de ce bovidé prête moins à la controverse : il provient de la zône torride de l’ancien continent, des régions chaudes et marécageuses de l’Inde. Son apparition en Europe date, selon l’opinion admise, de la fin du sixième siècle, époque à laquelle, d’après le chroniqueur Paul Diacre, il fut introduit en Italie ; toutefois, il est probable que son acclimatation sur le littoral du Danube est bien antérieure. Plusieurs siècles auparavant, on le trouve déjà en Perse, en Syrie et en Égypte. 

 

Aujourd’hui, il existe à l’état sauvage en Asie (principalement aux Indes) et en Afrique (Cafrerie, le Cap, Congo, pays du centre) ; à l’état domestique, en Asie (Chine, Indes, Afghanistan, Perse, Arménie, Syrie, Palestine, bords de la mer Caspienne et de la mer Noire), en Afrique (Égypte) et en Europe (moyen et bas Danube, Turquie, Grèce et Italie) ; à l’état sauvage et à l’état domestique dans les îles de la Sonde, à Ceylan, Bornéo, Sumatra, Java, Timor, aux Moluques, aux Philippines, aux Mariannes, etc. Constatons enfin qu’au commencement du siècle, Napoléon essaya de le naturaliser dans les Landes, et que le Buffalo d’Amérique, malgré la ressemblance des noms, n’est autre que le Bison.

Le Jardin des plantes possède actuellement deux Buffles du Cap, le mâle et la femelle ; le Jardin d’acclimatation, une famille complète de Buffles d’Europe, le père, la mère et un tout jeune Buffletin. Il est donc facile, même avec les goûts les plus  Bison d'Europe (Bison bonasus)sédentaires, d’acquérir de visu une idée exacte des deux espèces caractéristiques de cet intéressant animal.

Intéressant, je ne retire pas le mot. Le moyen, en effet, de ne point ressentir malgré soi, un peu de pitié pour ces pauvres captifs, à la morne mélancolie, qui vous adressent, comme un reproche, un long regard résigné, et, parfois, lèvent au ciel des yeux suppliants, où on lit le regret des forêts vierges de l’Afrique ou des immenses steppes du littoral danubien ? Ému par ce regard, j’oublie que le Buffle à l’état sauvage n’inspire pas du tout le même intérêt ; si je le plains, prisonnier, libre, je ne serais nullement curieux de le rencontrer sur mon chemin.

De mon excursion à ces frileux jardins
                Qui montrent sans dangers aux pâles citadins
                Les fils des chauds soleils et des gorges sauvages
                Usant leur instinct libre aux barreaux de leurs cages.

Le buffle 2  dans VACHE - BOEUF.... 220px-Bison_broute4je ne me suis pas borné à rapporter une impression, un souvenir : j’ai bel et bien, séance tenante, rédigé d’après nature une description aussi consciencieuse que pittoresque du Buffle du Cap et du Buffle d’Europe. Par malheur, je n’avais pas encore vu les planches destinées à accompagner le texte. Dès que les dessins de M. Lançon m’eurent passé sous les yeux, mon devoir me fut tout tracé : je jetai mes feuillets au panier. Sacrifice douloureux. Mais devant ce terrible crayon, le plus sage pour moi est de confesser humblement l’infériorité de ma littérature ; la lutte me serait trop désavantageuse, mon amour-propre aurait trop à souffrir de la comparaison. Il ne me reste que la ressource d’appeler à mon aide un auxiliaire dont personne ne niera l’autorité. Buffon, immortel Buffon, à la rescousse !

« Le Buffle est d’un naturel plus dur et moins traitable que le boeuf ; il obéit plus difficilement, il est plus violent, il a des fantaisies plus brusques et plus fréquentes : toutes ses habitudes sont grossières et brutes ; il est, après le cochon, le plus sale des animaux domestiques, par la difficulté qu’il met à se laisser nettoyer et panser. (A SUIVRE…) 

 

 

DALIVOY, Henri : Le buffle (1882). 

 



Saisie du texte : S. Pestel pour la collection électronique de la Médiathèque André Malraux de Lisieux (11.II.2009) Texte relu par : A. Guézou
Adresse : Médiathèque André Malraux, B.P. 27216, 14107 Lisieux cedex
-Tél. : 02.31.48.41.00.- Fax : 02.31.48.41.01
Mél : mediatheque@ville-lisieux.fr, [Olivier Bogros] 100346.471@compuserve.com

http://www.bmlisieux.com/ 



Diffusion libre et gratuite (freeware) 



Texte établi sur un exemplaire (BmLx : nc) de l’ouvrage Les Animaux chez eux illustré par Auguste Lançon (1836-1887) paru chez L. Baschet à Paris en 1882. 



Vache_13 dans VACHE - BOEUF....

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